‹ Aphasie syphilitiqueChapitre 11 sur 46 · X. — Observation de Leared · texte numérisé non relu

X. — Observation de Leared

Un marchand âgé de trente-neuf ans, d’une constitution moyenne, homme très-actif, vint me consulter pour la première fois à propos d’un grand ulcère siégeant à l’articulation scapulo-humérale droite. Le malade m’assura qu’il n’avait jamais eu la syphilis. 11 a les apparences d’un strumeux [strumous). Il guérit après un traitement à la pommade iodée.

En 1860, il vint me consulter à l’occasion d’une éruption papuleuse des bourses, des cuisses et de l’articulation du genou gauche. Guérison par suite d’un traitement à l’arsenic.

Dans l’espace de plusieurs années, le malade vint me consulter souvent, tantôt à propos d’ulcères de la gorge et de la voûte palatine, tantôt à propos de surdité, de toux, de douleurs dans le côté droit, etc. Plus tard, le malade fut affecté de diplopie, de vertiges, et de congestions de la rétine.

(1) Softening of the Brain-Hemiplegia and cerlain remarliable complications and remarks {Med, Times and Gaz. 1867, oct. 12, ii® 902, page 398),

Le 7 juillet 1863, le malade me fit venir et je lui constatai une hémiplégie droite complète. La veille, il se trouvait déjà mal à son aise. Le matin, en se réveillant, il s’aperçut qu’il parlait difficilement, s’habilla cependant et descendit : c’est alors qu’il liit paralysé des extrémités droites et perdit compléteruent Fusage de la parole. Je lui fis placer un vésicatoire à la nuque, et le panser avec une pommade mercurielle ; à l’intérieur, iodure de potassium et colchique.

Le 10 juillet, faiblesse extrême, le malade refuse toute nourriture et les médicaments ; en apparence, mort inévitable. Lavements nulritifs avec iodure de potassium.

Le 13, légère amélioration. Prend de la nourriture. Teinture de jusquiame.

Le 1/t, frictions à la nuque avec la pommade mercurielle; le malade répète après moi les mots «no», «go», (non, aller). La langue inclinée à droite ; l’angle de la bouche à gauche. Sensibilité de la moitié gauche de la face diminuée ; à partir de ce jour, l’état du malade s’améliora, m.ais fort lentement. J’administrai l’iode jusqu’au 10 août. Quelques frictions mercurielles générales. L’articulation des mots se rétablissait graduellement, mais les extrémités restaient dans le même état. Je suspendis ^tout traitement.

Après un séjour de trois mois à Brighton, le malade vient à Londres: parole considérablement améliorée; il peut se tenir debout et marcher à l’aide d’un bâton. La paralysie du bras dan . le même état. Le malade se plaint de douleurs dans l’articulation scapulohumérale.

En mars 1865, rechute à la suite d’occupations trop assidues.

Il devient évident maintenant que F articulation des mots n’est pas seule affectée, mais qu’;7 a aussi perdu la mémoire des lyiots, ce que je constatais lorsque le malade voulait écrire ses réponses (de la main gauche), comme il le faisait habituellement.

En avril, par suite d’occupations, aggravation de la paralysie de l’extrémité inférieure ainsi que de l’état défectueux de la parele.

11 juin, perte complète de la mémoire des mots; au lieu de «oui» il dit « non » et réciproquement. Prononce si mal les mots qu’on le comprend à peine.

Novembre, paralysie et œdème de la jambe. Douleurs vives et rougeur du gros orteil. Perte complète de la parole; colchique et acélale de potasse.

Décembre, la gangrène du gros orteil s’étendait sur tout le pied.

Janvier 1866, l’état inflammatoire augmente. J’abandonne le colchique.

Février, douleurs intenses dans l’extrémité à la suite de la gangrène.

Acétate de morphine 0,01 gramme pour calmer les douleurs. Pour la première fois, le malade a eu une attaque épileptifoi-me. Au lieu d’acétate de morphine, je prescrivis du jusquiame à haute dose.

5 mai\s, affaiblissement complet du malade précédé d’atroces douleurs. Spasmes continuels. (lEdème considérable de la jambe droite, le gros orteil entièrement sphacélé et prêt à se détacher. Pour calmer les douleurs, on eut recours à l’anesthésie, au moyen de l’appareil de Richardson, quoique sans succès.

Le 28, nouvel accès et mort.

Autopsie, — Cœur et poumons sains. Absence d’embolie de l’artère fémorale et de l’artère tibiale postérieure. Dans le cerveau : un ramollissement, à reflet jaunâtre, comprenant la plus grande partie du tiers antérieur de l’hémisphère gauche jusqu’à la ligne médiane, sans toutefois s’étendre sur la partie externe de cet hémisphère. Les circonvolutions cérébrales ramollies et comprimées en partie par le liquide arachnoïdien. La substance du cerveau très-molle; le corps strié, à sa partie antérieure, est réduit en bouillie. A la coupe, on découvre une cavité remplie de tissu vasculaire rouge et mou. Sur la surface du corps strié, au-dessus de cette quasi-cavité, se trouve une masse jaune du volume d’une fève, assez dure, composée de substance fibrinoide. L’hémisphère droit est tout à fait normal. L’examen microscopique des parties altérées démontra que la substance cérébrale était détruite et contenait beaucoup de glomérules (???).

Le docteur Leared termine son article par des réflexions sur la difficulté de préciser l’aphasie résultant d’un ramollissement du cerveau, difficulté qui, à son avis, persiste même après l’autopsie. Il croit, dans le cas présent, à un ramollissement. De plus, il croit que l’affection cérébrale date de deux ans et fut précédée par diverses ulcérations et éruptions, etc., toutes de nature scrofuleuse ou strumeuse.

« 11 est donc évident que l’affection cérébrale avait une même » origine )>. Ce fait est important, d’après Leared, comme prouvant l’influence qu’exercent les scrofules sur le ramollissement du cerveau. On pourrait observer, ajoute l’auteur, que la paralysie avait une origine syphilitique, mais une pareille conclusion serait inexacte, vu que le malade assure n’avoir jamais été affecté de syphilis ; de plus, la cicatrice de l’épaule et de l’avant-bras avait un caractère strumeux.

En général, les observations des médecins anglais sur la syphilis du système nerveux sont assez brièvement exposées.

L’observation du docteur Leared fait exception par sa prolixité (j’ai tâché de l’abréger autant que possible) et son extrême incohérence dans l’exposition des faits et surtout dans la conclusion de l’observation.

OKUXIEME CATEGORIE.

XI, — Observation de Ladreit de Lacharrière (1).

M. H..., âgé de vingt-cinq ans. En avril 1860, il contracta une blennorrhagie et un chancre; fit un traitement antisyphilitique mal suivi. Au bout (le quinze jours, le chancre fut cicatrisé. ïrès-peu de temps après, des taches sur la peau, ganglions nombreux dans la région cervicale, chute des cheveux, de la harbe, et des sourcils. On lui prescrivit cà l’intérieur l’iodure de potassium.

Le 22 octobre, il entrait dans le service de M. Oulmont, à l’hôpital de Lariboisière.

Ce malade dit que depuis quelques jours^ il s’était fait en lui des changements qu’il ne savait expliquer; il n’avait du goût pour rien et comprenait moins bien ce qu’on lui disait. Depuis deux jours, il s'apercevait qu'il ne pouvait plus écrire et qu'il parlait plus difficilement. Cet homme était sujet aux maux de tète, aussi n’avait-il pas fait grande attention à ceux qui avaient précédé les symptômes de paralysie que je viens de mentionner.

A l’examen, on constate : visage congestionné et un peu bouffi; taches d’un rouge cuivré caractéristique; alopécie ; perle presque complète de la barbe. La vue, l’odorat et le goût conservés; les traits du visage légèrement abaissés du côté droit; la langue un peu déviée du môme côté. La parole était embarrassée et difficile', le malade bégayait pour prononcer certains mots, d’autres lui échappaient complètement; la mémoire était très-affaiblie, surtout celle des noms; il dormait bien et ne se plaignait que d’une douleur sourde dans la tête.

Le malade accusait un notable affaiblissement du côté droit ; la sensibilité était partout conservée.

M. Oulmont, quoique soupçonnant le virus syphilitique de causer les

(i) Des paralysies syphilitiques, Ihèse, Paris, 1864, page 41, observation V.

RECHERCHES SUR L’aPHASIE SYPHILITIQUE.

accidents du système nerveux, voulut d’abord essayer un traitement tonique. Le malade prit de l’extrait de quinquina et de l’extrait de gentiane. Au bout de très-peu de temps, le malade se trouva mieux, mais cette amélioration ne continua pas.

Vers le milieu de janvier 1861, on lui prescrivit le protoiodure de mercure, une pilule de 0,05 gr. par jour. Depuis son nouveau traitement, il allait tous les jours de mieux en mieux, la parole était plus facile; les cheveux et les poils repoussaient très-rapidement, et l’état général était des meilleurs,

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