‹ Aphasie syphilitiqueChapitre 24 sur 46 · XXV. — Observation de John Isbell · texte numérisé non relu

XXV. — Observation de John Isbell

M. M..., en novembre 1812, se plaignait de douleurs dans les membres; ces douleurs étaient portées au plus haut point d’intensité pendant la nuit. Perte, par intervalles, du mouvement volontaire et de la sensibilité dans la jambe et le bras droit. Chaque jour, entre onze heures du matin et deux heures de l’après-midi, il survenait une perte totale de la vue, précédée d’une vive douleur au front, douleur qui occupait principalement le dessus des orbites. L’attaque durait ordinairement une demi-heure ou un quart d’heure et se renouvelait souvent trois ou quatre fois pendant les susdites heures. Le malade était en outre privée de temps à autre, de la faculté de parler, mais cette privation durait rarement plus d’une à deux minutes.

En examinant le corps, je découvris, à la partie inférieure du radius du bras gauche, une augmentation de volume ressemblant à un nœud vénérien {nodus syphiliticus). La tumeur devenait très-douloureuse la nuit.

Voici le récit de ses douleurs : Environ quatre ans auparavant, il avait contracté deux fois la maladie vénérienne, sous forme de chancres, dont il s’était débarrassé au moyen de quelques remèdes fournis par un droguiste. Un an après, il ressentit de légères douleurs dans les membres, et, environ une fois tous les quinze jours, il fut pris d’un obscurcissement de la vue qui se déclarait vers midi. Pendant un an, ces accidents se sont graduellement accrus, au point que la maladie revenait chaque jour sous la forme décrite plus haut.

Frictions mercurielles, 1 gros.

Les jours suivants la cécité ne revint pas. Amélioration et guérison sous l’influence de ces frictions.

(1) Vvaren, Métamorphoses de la syphilis, p. 147.

RLCHliRCHES SUR L’aPHASIE SYPHILITIQUE.

^XVf. — Observation de Worms (1).

S..., âge de Irentc-neuf ans^ entre h l’hôpital du Gros-Caillou. Constitution moyenne, faciès pâle, amaigri, alopécie incomplète. Se plaint d’une douleur de tête siégeant à gauche, au-dessus de l’oreille, et s’iriadiant dans le front, la joue et le menton du même côté, douleur qu’il a ressentie à plusieurs reprises depuis cinq à six mois, mais qui, depuis dix jours, est revenue avec une intensité nouvelle. Les accès sont irrégulièrement intermittents; il ne se passe pas de jour sans qu’il souffre horriblement pendant deux ou trois heures. Douleurs lancinantes, l’œil ne devient pas rouge. Pendant toute la durée de 1 accès, le malade bégaye en parlant et, qudqiinfois^ il lui est impossible d articuler les mots.

La pression du temporal est douloureuse ; il n’existe aucune tumeur appréciable à la face externe du crâne. Pas de paralysie ni de la face, ni de la langue; il est certain que le malade a eu un chancre il y a un an et qu’il en avait déjà eu d’autres précédemment, mais la filiation des autres accidents n’a pas été suivie. Actuellement, il n’existe ni ulcérations h la gorge, ni taches, ni tumeurs sur le corps.

On établit le diagnostic : altération osseuse, compromettant l’intégrité du ganglion de Gasser. A partir du 8 juillet, on prescrit l’iodure de potassium à la dose de 1 gr. à 1 gr. 50 cent, par jour. Au bout de dix jours, les douleurs faciales sont complètement guéries. 11 quitte l’hôpital avec la prescription de continuer l’iodure de potassium jusqu’au bO juillet.

Le 21 septembre, le malade est rapporté à l’hôpital, il a été subitement pris d’attaques convulsives.

Le 22 au matin, perte absolue de connaissance. Attaques épileptiformes se succédant de quart d’heure en quart d’heure. Contraction de la jambe et du bras droits.

2à, 25, 26 septembre, coma profond et mort.

Autopsie. — Toute la portion des méninges qui tapisse le temporal gauche et le rocher est épaissie, rouge et recouverte de pus en dehors et en dedans. La portion de l’hémisphère gauche correspondant à la portion malade des enveloppes est recouverte de pus, ramollie, réduite en bouillie dans sa masse jusqu’à 3 centimètres de profondeur. Le ganglion de Gasser est compris dans une masse épaisse et purulente de la dure-mère crânienne ; à l’œil nu il ne paraît pas altéré,

(1) Gros et Lancereaux, Affect, nerveuies syphilit., p. 387, obs. CGXVllI, 1861.

mais il est comprimé ; toute la portion osseuse du temporal correspondant à la base du rocher est épaissie, celle-ci est cariée et remplie de pus et de détritus osseux.

Page 1