‹ Aphasie syphilitiqueChapitre 31 sur 46 · XXXVII. — Observation de Bayle · texte numérisé non relu

XXXVII. — Observation de Bayle

M..., dans sa jeunesse, avait contracté plusieurs maladies vénériennes. Il y a trois ans, plus faible qu’à l’ordinaire, il devint sujet à des maux de tête conlinuels et intolérables, et perdit graduellement la vue. Vers le commencement de mai 1821, pertes subites de connaissance; trois attaques épileptiformes avec perle du sentiment, rigidité générale des membres, surtout des inférieurs. Le 8 juin, pupilles très-dilatées, cécité complète, facultés intellectuelles affaiblies, céphalalgie violente. Une paralysie incomplète très - considérable s’étend à tout l’appareil musculaire, langue tournée à droite, bouche légèrement déviée, prononciation lente, difficile et bégayée, impossibilité de se soutenir sur les jambes. Le 15, tremblement dans les membres, surtout dans les inférieurs. Le 21, tremblements suivis de roideur du membre thoracique droit; anxiété, gémissements; il répond avec beaucoup de lenteur; voix très-faible et prononciation extrêmement gênée. Le 2-3, six attaques de tremblements. Le 2à, les accès continuent, aphonie complète. Deux heures après la dernière attaque, perte complète de connaissance, insensibilité générale, respiration stertoreuse. Mort.

Autopsie. — Os du crâne minces et très-fragiles, surtout du côté gauche ; la dure-mère adhère au cerveau sur le lobe antérieur et sur la partie antérieure de la concavité de l’hémisphère gauche, d’une manière très-intime. Dans l’endroit des adhérences, quatre tumeurs du volume d’une noix, dures au toucher, dépassent le niveau du cerveau. Les parties correspondantes de la voûte du crâne offrent des enfoncements et des cavités dont la surface est rugueuse. La face interne de la grande aile du sphénoïde présente une couleur grisâtre et des érosions légères. La paroi postérieure du sinus frontal et la lame criblée de l’ethmoïde n’existent pas, de manière que la cavité du crâne

(I) Lagneau fils, Maladies syphilitiques du système nerveux, p. 388, obs. 77.

RECHERCHES SUR L’aPHASIE SYPHILITIQUE.

communique d’un côté avec celle du sinus, et de l’autre avec les fosses nasales ; il n’existe aucune trace des nerfs olfactifs; les nerfs optiques ne présentent pas la moitié de leur volume naturel, et sont tellement mous, qu’on les brise en les touchant. Une demi-cuillerée environ de sang fluide est épanchée à la partie postérieure et externe de 1 hémisphère gauche. Le lobe antérieur et l’extrémité antérieure de 1 hémisphère gauche sont occupés par plusieurs corps adhérents les uns aux autres, irrégulièrement arrondis, allongés, aplatis, etc., d un blanc tirant sur le gris, d’une densité égale à celle des cartilages ; ils sont entremêlés avec des portions rougeâtres, peu étendues, dans lesquelles on voit des vaisseaux sanguins injectés. Derrière ces dégénérescences (cancéreuses), la partie moyenne de l’hémisphère gauche est ramollie dans toute son épaisseur. La partie antérieure de la face interne de l'hémisphère droit est réduite en bouillie dans l’étendue de trois lignes environ; l’arachno'ide qui recouvre cette partie est détruite; l’arachnoïde cérébrale est légèrement épaissie dans toute son étendue. La pie-mère et la substance cérébrale sont injectées.

Page 1