LA PRISON
Une prison. — Un lit. ~ Fenêtre grillée an-dessus du Ht. — > Porte à gauche.
Au lever du rideau, Chrysis est à demie couchée sur le lit. — Ses cheveux sont épars, elle est appuyée sur le ooude et sa têto repose sur une de ses mains.
CHRYSIS
a J*irai demain te voir dans ta prison... » Il Tavait dit, mais il n'est pas venu. Mais il ne viendra pas, sans doute. Ah! pourquoi l'ai-je rencontré?
Et pourquoi m'a-t-il écoutée ?
Pourquoi me suis-je à mon tour laissée prendre ? Et pourquoi faut-il à présent Qu'il m'oublie et qu'il m'abandonne?
Ah! malheureuse! malheureuse que je suis!
C'était ma destinée; i
Ne pas aimer ou ne pas vivre :
Voilà quel choix m'a donné rEternel!
Je ne regrette pas d'avoir aimé...
Il est écrit : a Réjouis-toi dans ta jeunesse,
Livre ton cœur à l'allégresse, Et marche selon les visions de tes yeux, Avant que la corde se rompe,
miE DE BRUXELLES - STAD BRUSSEl, AxcJbives - Axchief
Atant que la lampe s'éteigne £t que la poussière retourne A la terre dont elle vient ! o
LE GEOLIER
êatre par U gauche. Il tient une coupe à la main et aa dirige vers le lit.
Cette coupe est pour toi, Chrysis. Prends.
cnnTsis
Cette coupe?
LB GEOLIER
Prends, te dis-je : c'est la ciguô...
CHRTSIS
Dieu I la ciguë !
LE GEOLIER
Allons, bois^ il le faut.
Ifous dcTons obéir à l'ordre que la reine Vient de m'envoyer à Tiiislant.
CHRYSlS
Mourir, déjà? Non, non, ce n'est pas l'heure encore. Accorde-moi, de grâce, un répit...
LE GEOLIER
Je ne puis.
L'ordre est formel et ne souflre pas de retard,
APHRODITE t»
Mais, bien loin de maudire ainsi la destinée,
Tu dois remercier les Dieux !
Si quelque autre eût commis tes crimes,
Tes sacrilèges odieux, On eût, pour le punir, épuisé les supplices! On l'aurait mis en croix ou sur le clievalel, Et l'on eût déchiré sa chair avec des crocs... Toi, Ton t'accorde une mort douce et sans souffranee
Pour qu'on te traite avec tant d'indulgence. Tu connais au palais quel(}u'un, c'est bien certain !
CHRYSIS
Oui, quelqu'un an palais!... Et j'aurais bien voulu Qu'il vînt me dire adieu... Mais il n'csl pas venu..
LE GEOLIEU
Grois-moî, ne tarde pas, de peur que le grand-prêtre N'aille trouver la reine, et qu'il n'exige d'elle Un plus dur châtiment!
CIIUYSIS
Oui, cela pourrait être...
Donne-moi donc la coupe et le mortel breuvage. El Je prend la coupe
Je la boirai d'un trait!
Elle boit et rend la coupe au geôlier. C'est fait!
70 APlIllOblTE
LE CEOLIEM
La coupe est vide...
Bien !
CHRYSIS
Que va-l-il arriver, réponds ? Que dois-je faire ?
LE GEOLIER
Lorsque lu commenceras A sentir les jambes pesantes, Tu reviendras l'étendre sur ce lit, El tu l'endormiras doupenienl, sans souIlVir.
CIIRYSIS
Oui, je m'endoriAirai I
LE GEOI.IE»
s'en aihut
Bon courage, Chrysis...
Les VOIX de Myrto et de Rhodis se tout entendre aa dehors.
MYinO ET lUIoOLS
Quand vient pour toi l'atTreuse épreuve, La douleur nous élreint, implacable et farouche 1 La mort, la pâle mort, qui de larmes s'abreuve,
Bientôt va baiser tes yeux el ta bouche... Mais dans la tombe encore il faut penser à nous,
Quand sur toi gémira la flûte, voix touchante Qui berce l'âme, heureuse qu'on lui chante Des iccents douloureux et doux I
OHRYSIS
Ces voix... ces plaintes ingénues...
Ce sont mes deux jeunes amies,
Qui, pour me dire adieu, sous ces murs sont venues...
Ah! pour cette pensée, enfants, soyez bénies !
f£Ile monte sar son lit, s'accrocbo aux barreaux de la te- Dêtrc derrière lesquels apparaissent les deux petites ioueuscs de ûùte.
MYRTO et RIIODIS
Chrysisî adieu, Chrysisî
<:niivsis
Myrlo, Rhodis, adieu!
Ah! voici qu'on les chasse'.... Hélas!
Elle reacscead et retombe sur soa lit.
Je sens déjà le froid de ia mort dans mes veines, El je n'ai plus que peu d'instants à vivre. Hélas! pourquoi n'a-t-il pas tenu sa promesse? Pourquoi n'est il pas venu?
Ah! voici le sommeil...
Un voile sur mes yeux cofnnience à se répandre... Démétriosl...
Je suis la rose de Saron...
Démctrios paraît, suivi du geôlier.
VILLE DE BRUXELLES - STAD BR15:.EL Archives - Archief
DéMÉTRIOS
ChrysisI
LE GEÔLIER
Tu viens trop lard... Elle a bu le poison!
// se retire, CHRYSIS
Je suis le lis de la vallée...
DÉMÉTRIOS
Elle meurt.
Je t'apportais l'amour, c'est la mort qui m*accuéille! Horreur! tout s'accomplit... toutes nos destinées. Le sang d'une femme et le sang d'une autre femme...
Et puis le mien, un peu plus tard!
Là... je vois... ces clartés qui brillent dans la nuit... Les yeux, les sombres yeux d'Aphrodite irritée ! Elle approche... elle est là... le miroir à la main, Le peigne en ses cheveux, le collier sur le sein...
Mes crimes!... Non, les tiens, déesse!
Tu nous a rendus fous des fureurs qui t'exaltent :
Cruelle, cruelle Aphrodite!
C'est toi qui m'as perdu, c'est toi qui l'as tuée! IJ tombe sur ie corps Je Chrysi»,