‹ Aphrodite, drame musical en 7 tableauxChapitre 28 sur 29 · LA PRISON · texte numérisé non relu

LA PRISON

Une prison. — Un lit. ~ Fenêtre grillée an-dessus du Ht. — > Porte à gauche.

Au lever du rideau, Chrysis est à demie couchée sur le lit. — Ses cheveux sont épars, elle est appuyée sur le ooude et sa têto repose sur une de ses mains.

CHRYSIS

a J*irai demain te voir dans ta prison... » Il Tavait dit, mais il n'est pas venu. Mais il ne viendra pas, sans doute. Ah! pourquoi l'ai-je rencontré?

Et pourquoi m'a-t-il écoutée ?

Pourquoi me suis-je à mon tour laissée prendre ? Et pourquoi faut-il à présent Qu'il m'oublie et qu'il m'abandonne?

Ah! malheureuse! malheureuse que je suis!

C'était ma destinée; i

Ne pas aimer ou ne pas vivre :

Voilà quel choix m'a donné rEternel!

Je ne regrette pas d'avoir aimé...

Il est écrit : a Réjouis-toi dans ta jeunesse,

Livre ton cœur à l'allégresse, Et marche selon les visions de tes yeux, Avant que la corde se rompe,

miE DE BRUXELLES - STAD BRUSSEl, AxcJbives - Axchief

Atant que la lampe s'éteigne £t que la poussière retourne A la terre dont elle vient ! o

LE GEOLIER

êatre par U gauche. Il tient une coupe à la main et aa dirige vers le lit.

Cette coupe est pour toi, Chrysis. Prends.

cnnTsis

Cette coupe?

LB GEOLIER

Prends, te dis-je : c'est la ciguô...

CHRTSIS

Dieu I la ciguë !

LE GEOLIER

Allons, bois^ il le faut.

Ifous dcTons obéir à l'ordre que la reine Vient de m'envoyer à Tiiislant.

CHRYSlS

Mourir, déjà? Non, non, ce n'est pas l'heure encore. Accorde-moi, de grâce, un répit...

LE GEOLIER

Je ne puis.

L'ordre est formel et ne souflre pas de retard,

APHRODITE t»

Mais, bien loin de maudire ainsi la destinée,

Tu dois remercier les Dieux !

Si quelque autre eût commis tes crimes,

Tes sacrilèges odieux, On eût, pour le punir, épuisé les supplices! On l'aurait mis en croix ou sur le clievalel, Et l'on eût déchiré sa chair avec des crocs... Toi, Ton t'accorde une mort douce et sans souffranee

Pour qu'on te traite avec tant d'indulgence. Tu connais au palais quel(}u'un, c'est bien certain !

CHRYSIS

Oui, quelqu'un an palais!... Et j'aurais bien voulu Qu'il vînt me dire adieu... Mais il n'csl pas venu..

LE GEOLIEU

Grois-moî, ne tarde pas, de peur que le grand-prêtre N'aille trouver la reine, et qu'il n'exige d'elle Un plus dur châtiment!

CIIUYSIS

Oui, cela pourrait être...

Donne-moi donc la coupe et le mortel breuvage. El Je prend la coupe

Je la boirai d'un trait!

Elle boit et rend la coupe au geôlier. C'est fait!

70 APlIllOblTE

LE CEOLIEM

La coupe est vide...

Bien !

CHRYSIS

Que va-l-il arriver, réponds ? Que dois-je faire ?

LE GEOLIER

Lorsque lu commenceras A sentir les jambes pesantes, Tu reviendras l'étendre sur ce lit, El tu l'endormiras doupenienl, sans souIlVir.

CIIRYSIS

Oui, je m'endoriAirai I

LE GEOI.IE»

s'en aihut

Bon courage, Chrysis...

Les VOIX de Myrto et de Rhodis se tout entendre aa dehors.

MYinO ET lUIoOLS

Quand vient pour toi l'atTreuse épreuve, La douleur nous élreint, implacable et farouche 1 La mort, la pâle mort, qui de larmes s'abreuve,

Bientôt va baiser tes yeux el ta bouche... Mais dans la tombe encore il faut penser à nous,

Quand sur toi gémira la flûte, voix touchante Qui berce l'âme, heureuse qu'on lui chante Des iccents douloureux et doux I

OHRYSIS

Ces voix... ces plaintes ingénues...

Ce sont mes deux jeunes amies,

Qui, pour me dire adieu, sous ces murs sont venues...

Ah! pour cette pensée, enfants, soyez bénies !

f£Ile monte sar son lit, s'accrocbo aux barreaux de la te- Dêtrc derrière lesquels apparaissent les deux petites ioueuscs de ûùte.

MYRTO et RIIODIS

Chrysisî adieu, Chrysisî

<:niivsis

Myrlo, Rhodis, adieu!

Ah! voici qu'on les chasse'.... Hélas!

Elle reacscead et retombe sur soa lit.

Je sens déjà le froid de ia mort dans mes veines, El je n'ai plus que peu d'instants à vivre. Hélas! pourquoi n'a-t-il pas tenu sa promesse? Pourquoi n'est il pas venu?

Ah! voici le sommeil...

Un voile sur mes yeux cofnnience à se répandre... Démétriosl...

Je suis la rose de Saron...

Démctrios paraît, suivi du geôlier.

VILLE DE BRUXELLES - STAD BR15:.EL Archives - Archief

DéMÉTRIOS

ChrysisI

LE GEÔLIER

Tu viens trop lard... Elle a bu le poison!

// se retire, CHRYSIS

Je suis le lis de la vallée...

DÉMÉTRIOS

Elle meurt.

Je t'apportais l'amour, c'est la mort qui m*accuéille! Horreur! tout s'accomplit... toutes nos destinées. Le sang d'une femme et le sang d'une autre femme...

Et puis le mien, un peu plus tard!

Là... je vois... ces clartés qui brillent dans la nuit... Les yeux, les sombres yeux d'Aphrodite irritée ! Elle approche... elle est là... le miroir à la main, Le peigne en ses cheveux, le collier sur le sein...

Mes crimes!... Non, les tiens, déesse!

Tu nous a rendus fous des fureurs qui t'exaltent :

Cruelle, cruelle Aphrodite!

C'est toi qui m'as perdu, c'est toi qui l'as tuée! IJ tombe sur ie corps Je Chrysi»,

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