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L'ART GREC APRES ALEXANDRE

Fui. 102. — Centaure et Éros.

I M usée du Louvre.) (Cliché Giraudon.)

l'art. Si l'art grec s'en était tenu aux frontons du Parthénon, il aurait été aussi incomplet en son genre que ceux de l'Assyrie et de l'Egypte ; on ne peut en saisir la grandeur incomparable qu'à la condition de l'admirer à la fois dans les produits de sa jeunesse, de son adolescence et de son âge mûr.

Les mêmes préjugés d'esthétique intolérante ont pesé, depuis le milieu du XIX' siècle, sur le célèbre Apollon qui orne le Belvédère du Vatican (fig. 100). C'est la copie d'une statue de bronze qui a dû être sculptée peu d'années après la mort d'Alexandre et dont on attribue, sans preuves convaincantes, l'original à Léocharès, un des artistes qui, sous la direction de Sc©pas , avaient travaillé au Mausolée.

Le corps d'Apollon offre un contraste parfait avec ceux des dieux et des géants de la frise de Pergame. Là, les muscles sont tous indiqués avec insistance ; l'artiste éprouve comme une jouissance à les faire

saillir; ici, le squelette est enveloppé par la chair et l'épiderme ; la recherche de l'élégance l'emporte sur l'expression de la force. La tète de l'Apollon du Belvédère présente des caractères qui la rattachent à l'école de Scopas. Le dieu vient de lancer une flèche et son regard est courroucé ; mais il est en même temps passionné et inquiet. Les dieux, dans l'art hellénistique, ne connaissent plus la sérénité olympienne ; même victorieux et toutpuissants, ils sont tourmentés.

Ce caractère est bien plus apparent encore dans une admirable tête d'Apollon, jadis à Paris, qui a passé de la collection Pourtalès au 71 :

Fig. io3. — Fragment du Sarcophage DIT d'Alexandre.

(Musée de Conslantinople.)

Musée Britannique et qui offre comme un air de famille avec celle de r Apollon du Belvédère (fig. 101). Pourquoi l'Apollon Pourtalès semble-t-il souffrir ? Est-ce, comme on l'a dit, le délire musical qui l'agite ? La question n'a pas encore reçu de réponse satisfaisante. Mais quelle distance entre cette douleur ou cette inquiétude qui tire les traits d'un beau visage et la tristesse discrète de la Déméter de Cnide ! Ici, l'art grec atteint la limite de l'esthétique païenne, limite que l'art moderne n'hésitera pas à franchir quand il représentera la Vierge et saint Jean fondant en larmes au pied de la Croix.

Une tête de vieillard ou se peint la souffrance, qui fait partie du Musée Barracco à Rome, aurait sans doute provoqué de vives controverses si l'on n'y avait reconnu la réplique d'une tête de Centaure tourmenté par Eros, groupe hellénistique dont une belle copie est conservée au Louvre (fig. 102). Mais Eros n'inflige au Centaure aucune torture matérielle ; il n'est que le symbole de l'aiguillon de l'amour. Ainsi la passion malheureuse ou inassouvie peut imprimer ses stigmates au visage comme la morsure des serpents de Laocoon. Excellant à rendre les émotions vives et douloureuses, l'art hellénistique en cherche même les motifs dans des sujets de r —

Fig. io3a. — Fragment DU Sarcophage DIT

DES PLEUREt'SES.

(Musée de Conslanlinopic)

mythologie galante ; il y trouve l'occasion d'affirmer sa maîtrise et d'intéresser en éveillant la sympathie.

L'époque hellénistique a vu s'élever une foule

de temples plus grands et plus richement ornés que le Parthénon, mais d'un travail plus hàtif et d'un style moins pur. Malheureusement, des statues et des bas-reliefs qui les ornaient, il ne nous est parvenu que peu de chose. Pour se faire une idée des grandes compositions en relief de celte époque, il faut étudier le magnifique sarcophage

Fig. io3 b. — Trois têtes du sarcophage dWlexandre.

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