L'ART GREC APRES ALEXASDRE
Pergame (au nord de Smyme). Vers 240 avant J.-C, le roi Attale repoussa les Gaulois qui avaient envahi l'Asie Mineure après avoir dévasté Delphes en 279. Pour commémorer ses succès, il dedia des statues de bronze représentant des Gaulois vaincus. On a retrouve à Rome, au XV'l siècle, des copies en marbre de plusieurs d'entre elles ; les deux plus grandes sont celle d'un Gaulois se tuant après avoir tue sa femme, et la célèbre statue dite a tort le Gladiateur mourant (fig. 96 et 97). Ce prétendu gladiateur est bien un Gaulois, car il porte un torques au cou, et son t>^pe physique, comme son bouclier et sa trompe guerrière, n'ont rien de grec. Le Gaulois mourant est une œuvre réaliste et pathétique a la fois ; le sculpteur grec — ' il s'appelait Epigonos — s est intéressé à ce brave et . robuste barbare qui était venu mourir si loin de sa patrie, entraîné par une indomptable soif d'aventures. Le traitement du marbre rappelle celui du Lutteur du Louvre et permet de rattacher le Gaulois à l'école de Lysippe. Plus tcird, après de nouveaux succès, vers 166, un autre roi de Pergame, Eumene IL éleva, sur l'Acropole de Pergame, un autel colossal en marbre blanc, dédié à Zeus, dont les restes ont été rendus au jour par une mission archéologique allemande. La base de cet autel était décorée d'une frise en haut relief représentant le combat des Dieux et des Géants (fig. 98). Aux yeux des Hellènes, il y avait la une allusion a des événements contemporains ; les Géants de la fable étaient les Gaulois, et les Dieux étaient les Grecs d'Asie.
Une centaine de mètres de cette frise, dont les figures ont deux mètres de haut, furent déterres de 1 880 a 1 890 et transportes au Musée de Berlin. C'est l'ensemble décoratif le plus imposant qui nous soit resté de l'antiquité ; la première impression, a la vue de ces sculptures colossales, est l'éblouissement. A l'examen, des défauts apparaissent : tendance à l'enflure, monotonie dans l'agitation et dans la violence ; mais que de morceaux achevés, quelle maîtrise du ciseau, quelle richesse de motifs ! Si l'on cherche, dans l'art moderne, des points de comparaison, on ne trouve que des figures ou des groupes isoles, le Milon
Fig. 00. — Laocoon et ses fils.
iSlusée du Vatican.)
FiG. 100. — Apollon
DIT Di' Belvédère.
(Mitsec iiu \'alican /
de Puget, la Marseillaise de Rude ; mais de pareil ensemble, ni la
Renaissance, ni le XIX'' siècle n'en ont produit. Rien de plus puissant que la figure de Zeus combattant, de plus émouvant que le Géant terrasse, en faveur duquel intercède sa mère Gaea (la Terre), émergeant du sol a mi-corps pour arrêter le bras d Athena. Ce n'est pas une des moindres qualités de l'art de Pergcime que d'avoir célébré des victoires sans refuser sa sympathie aux vaincus.
Cette éloquence de la douleur physique, si touchante dans la tête du jeune Géant (fîg. 98), est poussée plus loin encore dans le fameux groupe du Laocoon, au Vatican, œuvre de trois sculpteurs de Rhodes qui l'exécutèrent vers l'an 50 avant J.-C. (fig. 99). Aujourd'hui que nous connaissons les merveilles du grand
art attique, le Laocoon ne parait plus, comme au temps de Lessing,
l'expression la plus élevée du génie
grec ; mais c'en est, a coup sûr, la plus
pathétique et la plus émouvante. Le
prêtre troyen, enlacé par des serpents,
voit périr ses deux fils à côté de lui et
exhcile sa vie dans un cri suprême de
détresse. Douleur purement physique,
a-t-on dit, et cette critique, qui peut
sembler délicate, a fait fortune. Mais,
dans le Laocoon, la douleur de l'homme
expirant ne se double-t-elle pas de
celle du père ? Et pourquoi la douleur
de Laocoon serait-elle moins intéressante que celle des martjTs, dont l'art
moderne a si volontiers figuré les supplices ? Un genre de snobisme très
répandu consiste a médire de l'art grec
après Phidias, comme de l'art italien
après Raphaël ; le moindre défaut de
ceux qui s'y complaisent est de ne rien comprendre à l'évolution de
Fig. ioi. — Tête d'Apollon
(Musée Britannique.)
(Autrefois
che^ le Comte de Pourtalès.)