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NEUVIEME LEÇON LES ARTS MINEURS EN GRÈCE

L'ARTISAN grec était naturellement porté à faire œuvre d'artiste. Qu il s'agit pour lui d orner un vase, un trépied, un miroir, de modeler une figurine en terre cuite, de graver un cachet ou un coin monétaire, il exécutait son travail avec le désir instinctif de plaire à l'esprit et de réjouir les yeux. Même dans les besognes les plus humbles, il se montrait l'imitateur et parfois l'émule des grands artistes de

son temps. On peut dire, a cet égard, qu'il n'y a pas de différence essentielle, en Grèce, entre le grand art et l'art industriel, tant les artistes et les artisans cherchaient leurs inspirations aux mêmes sources et témoignaient de la même sûreté de goût.

Les monuments du grand art sont malheureusement peu nombreux et presque toujours mutilés, car ils étaient d ordinaire exposes a la surface du sol et ont été, pour la plupart, détruits ou endommages. Ainsi, nous ne possédons pas cinquante statues antiques de bronze — j entends de statues de grandeur naturelle — et, dans le nombre, il n y en a guère que quinze qui puissent remonter à l'époque grecque. Mais les monuments des arts mineurs étaient très souvent ensevelis avec les morts ; on les retrouve en foule dans les tombeaux, parfois dans l'état même où ils y ont été déposes par les anciens. Pour ne citer que peu d'exemples, les grandes tombes de la Crimée et de l'Etrurie ont fourni des bijoux d or d'une beauté de travail incomparable ; les nécropoles de l'Asie Mineure, de la Grèce, de la Russie méridionale, de l'Etrurie, de la Tnpolitaine, nous ont rendu des milliers de vases peints, de figurines en terre cuite, de verreries, de pierres gravées ayant servi de cachets. De même, les petits bronzes ont beaucoup mieux échappé que les grandes statues de métal aux causes de destruction qui menacent les objets dont la matière a du prix. Ces bronzes, statuettes ou reliefs, nous font connaître beaucoup de motifs de la statuaire qui, sans eux,

FiG. 104. — Vase d'argent

DÉCOUVERT A .\lÉSIA (CÔTE-d'Or).

(Musée de Sainl-Germain-en-Laye )

LES ARTS ^fI^'EURS £,V GRECE

FiG. io5. — « Noces Aldobrasdines ».

(Peinture antique au Musée du Vatican.)

ne seraient pas venus jusqu'à nous ; mais la plupart ne sont pas des copies; ils ont été conçus pour être exécutés a petite échelle. Enfin, les pierres gravées ou gemmes, grâce à leur nombre et à leur petitesse relative, se sont conservées par milliers et fournissent a l'histoire de l'art des matériaux aussi précis qu'abondants.

En dehors des bijoux — colliers, bracelets, boucles d'oreilles — qui ont été recueillis dans les tombes, nos Musées possèdent de magnifiques vases en argent repoussé et ciselé que le hasard a préserves de la cupidité des hommes, soit qu'ils fussent ensevehs au centre d'énormes tumulus difficiles a explorer

(vases de Crimée a 1 Ermitage de Saint- Pétersbourg), soit qu'ils composassent les trésors de temples ou de particuliers, soigneusement cachés, à l'époque des invasions barbares, par leurs gardiens ou leurs possesseurs (vases de Hildesheim en Hanovre au Musée de Berlin, de Berthouville dans l'Eure au Cabinet des Médailles à Pans), soit enfin qu'ils aient été perdus au cours d'une bataille (fig. 104). Une admirable collection de vases et d'objets d'argent, donnée par M. E. de Rothschild au Louvre, a été découverte sous les cendres du Vésuve, à Boscoreale près de Pompéi. Les vases antiques de métal sont souvent décorés de plaques en relief, fondues et ciselées à part, qui, offrant plus de résistance aux actions chimiques que les vases eux-mêmes, sont parvenues seules jusqu'à nous.

Les grands ouvrages de la peinture antique ont tous disparu : Polygnote, Zeuxis, Parrhasios, Apelle ne sont guère pour nous que des noms. La meilleure fresque que l'on puisse citer, la scène nuptiale

Fig. 106. — Achille

parmi les filles de sctros.

(Peinture de Pompéi.)

dite Noces AldobranJines au Vatican, tant admirée de Poussin, laisse deviner la grandeur de nos pertes, mais n'est que le reflet d'une belle œuvre (fig. 105) . On peut en dire autant des mosaïques, imitations un peu grossières de peintures a l'aide de cubes de pierre multicolores, dont on ornait, surtout à l'époque romaine, les pavés et quelquefois les murs. Une des plus belles mosaïques connues, qui représente la bataille d'issus (à Naples), parait être, comme beaucoup d'oeuvres du même genre, la copie d'une peinture exécutée a Alexandrie. Les

nombreuses fresques découvertes à Pompéi, a Herculanum, à Rome, en Egypte, sont, pour la plupart, des ouvrages décoratifs de faible valeur et toutes, d'ailleurs, postérieures à l'époque grecque (fig. 1 06, 1 07). L'Egypte a fourni une série de bons portraits réalistes, appartenant aux premiers siècles de l'Empire romain, qui sont de précieux spécimens de la peinture a la cire {encaustique). Mais, à défaut des œuvres de Polygnote ou de Micon, nous avons les vases peints de leur époque, inspirés de leur style et des motifs qu'ils ont créés. Le Louvre en possède la collection la plus riche et peutêtre la mieux classée qui soit au monde ; quelques mots suffiront pour en indiquer les divisions essentielles.

11 a deja été question des vases mycéniens (1600 à 1 100 avant J.-C), dont le décor est caractérisé par une sorte d'aversion de la ligne droite, où dominent l'ornement végétal et la faune marine. De 1 100 à 750 environ, règne, ou plutôt reparait le style géométrique', c'est-à-dire une décoration composée de cercles isolés ou concentriques, de lignes

Fig. 107. — Le phrygien Paris

jugeant les trois déesses.

(Musée de Saples.}

1. Au milieu, la fiancée couronnée, causant avec la déesse de la Persuasion (Peitho) : le dancé est assis sur le seuil de la demeure. A côté de la déesse, une autre femme à demi-nue tient une patère avec de l'huile. A gauche, apprêts du bain ; à droite, célébration d'un sacrifice. Cette peinture fut découverte en 1606 à Rome et appartint d'abord au cardinal Aldobrandini, d'où le nom qu'elle porte encore aujourd'hui.

2. La poterie à décor géométrique avait été fabriquée avant l'époque mycénienne, non seulement en Grèce, mais dans toute 1 Europe, où ce style persista jusqu'à l'époque de 1 Empire Romain et même au delà.

LES ARTS MINEURS EN GRECE

FiG. io8. — Vase découvert

AU DiPYLON, A Athènes.

{Musée d' Athènes. )

brisées, croisées, parallèles ou diversement enchevêtrées. Dans les vases de ce genre, les personnages et les animaux eux-mêmes affectent des types stylisés ; les lignes infiniment variées et smueuses de la nature se rapprochent toutes de dessins géométriques. La série la plus intéressante de ces vases, où sont figurés des batailles navcJes, des cortèges funéraires, provient du cimetière athénien du Dipylon (la double porte), d'où le nom de vases dipy liens sous lequel ils sont connus (fig. 1 08). Vers 750 paraît un style nouveau, caractérisé par une ornementation en zones qui rappelle celle des tapis orientaux ; on désigne ces vases sous le nom de corinthiens (fig. 109). Le fond est jaune clair, les figures noires, avec des rehauts blancs et violets. Enfin, vers l'an 600, commence la céramique grecque a figures noires sur fond rouge, qui dure encore vers l'an 500, date après laquelle prévalut peu à peu un style nouveau, la peinture rouge sur tond noir. Ces deux sortes de vases sont souvent qualifiés détrusques, parce qu'on les a trouvés en grand nombre dans

les tombes de l'Etrurie; mais cette désignation est inexacte, car il est certain que presque tous ces vases étaient fabriques a Athènes, du moins au \' siècle, et que tous les vases de beau style découverts en Etrurie sont de provenance athénienne. Le style des vases à figures noires est archaïque, mais atteste déjà une sûreté de dessin remarquable (fig. 1 10). Parmi les vases à figures rouges qu'Athènes produisit en masse de 500 à 400 et que l'on fabriquait encore au iv siècle (fig. 111),

Fig. 109. — Vase corinthien.

(Musée de Munich.)

(Wœrmann, Histoire de In Peinture,

t. I. Seemann, éditeur.)

il y a des chefs-d'œuvre signés des potiers ou des peintres auxquels nous les devons ; trois au moins de ces noms d artisans, Euphronios,

Douns et Brygos, mentent d'être généralement connus.

Une classe particulièrement intéressante de vases athéniens est celle des lécythes a fond blanc et a figures polychromes, fabriques spécialement pour être déposés dans les tombeaux. Les sujets se rapportent pour la plupart au culte des morts. Il

FlG. no. — AtHENA MONTANT SUR SON CHAR. ]• J J '

(Vase grec à figures noires.) (Musée de Wur^bourg.) y a la des dessins qUl comptent parmi les plus exquis de tous les temps, par exemple cette scène où Hypnos (le Sommeil) et Thanatos (la Mort), en présence d'Hermès (Mercure), portent doucement une jeune femme au tombeau (fig. 1 1 2).

Apres la guerre du Péloponese, Athènes cessa d'être le centre exclusif de la fabrication des vases ; de grands ateliers s'établirent dans l'Italie méridionale. C'est là qu'on modela et qu on peignit les vases énormes qui attirent toui d'abord l'attention dans les Musées, bien que les peintures en soient souvent assez médiocres. Celle que reproduit notre figure I 1 3 est fort belle ; exécutée sur une grande amphore du Musée de Munich, elle représente le monde infernal, sujet

fréquemment traité a cette époque (vers 350), mais très rare à îa belle période de l'art.

La fabrication des vases à figures rouges cessa, en Italie même, vers 280 avant J.-C. Ils furent remplacés par des vases a couverte noire ou

Fi<;. III. — «ioiPE ET LK Sphinx.

FOND d'une coupe A FIGURES ROUGES.

(}tlusée du Vatican.)

LES ARTS MINEURS EN GRECE

FiG. 112. — LÉCYTHE BLANC ATHÉNIEN.

(Musée d'Athènes.)

rouge et à reliefs, qui sont des imitations des vases de métal. Les reliefs étant produits à l'aide de moules, on pouvait en multiplier facilement les exemplaires ; mais c'était là de l'industrie, au sens moderne du mot, plutôt que de l'art. Dans la céramique peinte, il n'y a peut-être pas un seul exemple de deux vases absolument identiques ; les ouvriers athéniens avaient horreur de la copie servile et ne travaillaient même pas à l'aide de patrons ou de poncifs.

Les types des vases grecs sont très variés ; une image d'ensemble suffira à en faire connaître les principaux (fîg. 1 M). Pour

beaucoup d'entre eux, les noms antiques

nous échappent ; on les désigne, dans les ouvrages de céramique, par des numéros.

Plus attrayante encore est l'étude des figurines en terre cuite, que les Grecs n'ont cessé de modeler depuis les temps mycéniens. îrPi^'riiia'lL^'^J ^'^ "°"^ °"* laissé tout un peuple de sta-

^'^'il'] UlTr tuettes représentant des dieux et des dées-

ses, des héros et des génies, des hommes et des femmes dans les occupations ou les plaisirs de leur vie familière, des caricatures, des animaux, des copies réduites de statues célèbres. A côté des statuettes, il y a des bas-reliefs qui souvent servaient a décorer les temples et les maisons. Presque toutes les villes et beaucoup de nécropoles antiques ont fourni des terres cuites ; c'étaient les oeuvres d'art les moins chères et, en même temps, celles qu'on choisissait le plus volontiers comme ex-voto aux dieux ou pour tenir compagnie aux défunts. Les deux nécropoles les plus célèbres à cet égard sont celles de Tanagra en Béotie et de M>Tina en Asie Mineure (entre Smyrne et Pergame). A Tanagra, il y a des figurines de toutes

FiG. Il3. .\.MPHORE

DE CaNOSA AVEC REPRÉSENTATION

DES Enfers.

(Musée de Munich.)

I'k;. 114. — Types divers de vases grecs. (Musée du Louvre.) En haut, de gauche a droite, hydrie. lécythe. AiMPiioiiE, ŒNocHoÉ. CRATÈRE ;

EN BAS, CANTHARE. ARYBALLE. COUPE. RHYTON, LÉCYTHE ARYBALLISQUE.

les époques; mais les plus belles, de la fin du IV' siè;le, reflètent

l'influence de Praxitèle. Ce sont surtout des femmes drapées, souvent avec des chapeaux et des éventails, d'une coquetterie et d'une grâce charmantes (fig. 1 1 5). A Myrina, les plus belles statuettes sont postérieures à l'époque d'Alexandre et présentent un caractère tout différent.

Cette nécropole a fourni en abondance des figures de femmes et d'éphèbes, drapés ou nus, qui se livrent à des jeux, à des gambades, a des mouvements violents (fig. 116). Il y a là. un écho de ces écoles de sculpture asiatiques, éprises de mobilité et de vie exubérante, auxquelles nous devons la frise du grand autel de Pergame. L'art alexandrin aussi, avec son goût des scènes familières et des caricatures, a exercé une influence manifeste

Fig. ii5.

Statuktte de Tanagra.

(Musée du Louvre.)

LES ARTS MINEURS EN GRECE

FiG. iiô. — Terres cuites de Myrisa.

(Musée du Louvre.)

(S'écropole de Myrina, Fontemoing, éditeur.)

sur les spirituels modeleurs

de Myrina. Aucun musée ne

se prête mieux que le Louvre

à l'étude des terres cuites

antiques, où les séries de

Smyrne, de Chypre, de

Rhodes, de l'Italie et de la

Cyrénaïque sont richement

réprésentées, à côté de celles

de Tanagra et de Myrina.

Dès l'époque mycénienne,

la gravure sur pierres dures

était pratiquée dans tout le

monde grec ; on connaît des

centaines de pierres gravées

de style minoen et mycénien, découvertes surtout dans les iles de

l'Archipel, qui servaient de cachets et dont on a même retrouvé les

empreintes sur des tablettes de terre cuite. Les pierres gravées en creux

s'appellent des intailles ; elles se distinguent des camées, où les ima.^es

sont en relief, et qui n'étaient pas des cachets, mais des bijoux.

De tous les objets antiques, les pierres gravées sont les seuls qui

nous soient presque toujours parvenus dans l'état même où les anciens

s'en sont servis. Nous possédons des intailles de toutes les époques de

l'art, où l'on peut suivre la succession des styles et l'influence des grandes

écoles de sculpture. Entre tant de gemmes qui sont des chefs-d'œuvre,

on est embarrassé de choisir un exemple. Notre figure 1 1 7 reproduit une intaille, aujourd'hui a Boston, qui représente le triomphe d'Auguste à Actium ; longue à peine de deux centimètres, elle a toute la finesse et toute la largeur de style d'un bas-relief historique.

La mode des camées, taillés dans des sardonjTC à plu-

sieurs couches, commence à

hiG. 117. — Triomphe d'Auglste. 1.. 1. . 1 , ,

VAINQUEUR A AcTiLM. 1 cpoque d Alexandie et durc

llntaille à. Boston, grandie deux fois et demie.) JUSqu'aU IV" Siècle de l'Em-

FiG. ii8. — PtoléméePhiladelphe

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