A CONSTANTINOPLE
L'ART CHRÉTIEN. OCCIDENT ET ORIENT
FiG. 149. — Intérieur de Sainte-Sophie
A COSSTANTINOPLE.
ses modèles dcins la Perse des Sassanides et s'inspiriut des tapis orientaux bien plus que des œuvres sévères de l'art gréco-romain. Dans l'ornementation sculptée, celle des chapiteaux et des frises, la figure humaine fait absclument défaut ; tout est purement décoratif et stylisé.
L'art chrétien subit, a Byzance, une crise redoutable, par suite de l'herésie ascétique des briseurs d'images, dils iconoclastes, qui s'emparèrent pendant quelque temps du pouvoir. Le Vlll* siècle et une partie du IX' virent détruire par ces fanatiques une foule d'œuvres d art, tant à Constantinople que dans les provinces de l'Empire. Les sculpteurs et les mosaïstes byzantins durent s'expatrier, et quelques-uns vinrent travailler à Aix-la-Chapelle, à la cour de Charlemagne. La fin de cette hérésie, vers 850, fut le signal d'une renaissance artistique qui remplit tout le X' siècle et une partie du Xl% époque de prospérité et de gloire militaire pour l'Empire byzantin.
Ce fut aussi, dans une certaine mesure, une époque de renaissance intellectuelle, puisque nos meilleurs manuscrits des auteurs grecs datent de ce temps-là ; il y eut même alors une tentative de réaction contre le despotisme théocratique ; mais ce mouvement des esprits, étouffe par l'obscurantisme d'Alexis Comnene, n'eut malheureusement pas de lendemain.
La statuaire était toujours peu pratiquée, à cause des préjugés religieux contre les idoles ; mais nous avons conservé des mosaïques, des bas-reliefs byzantins en ivoire et en métal, des émaux, des peintures sur parchemin, des œuvres d'orfèvrerie et de ciselure, qui sont exécutés avec une grande habileté technique et dans un style qui ne manque pas de grandeur (fig. 150, 151). Un des chefs-d'œuvre
FiG. i5o. — La Vierge ET l'Esfast.
Ivoire byzantindés ENVIRONS DE LAN lOOO.
(Musée d'L'trecht.) (ScHLf.MBERGEP, Épopée b\- ;<in(i>ie à lafin du X' siècle )
l"io. i5i. — Baptême de J. C
Miniature byzantine
du xi« siècle.
(Monl Alhos.)
de cet art est un bas-relief d'argent du Louvre, ayant appartenu à la basilique de Saint-Denis : un ange montre à Mane-Madeleine et à Marie, sœur de Jacques, que le tombeau du Seigneur est vide (fig. 1 52). On peut en rapprocher un bel ivoire du Cabinet des Médailles, qui représente un empereur bj'zantin et une impératrice du X siècle couronnes par le Christ (fig. 1 53). Mais, pour comprendre la majesté un peu théâtrale de cet art sans sourire, sa gravité maussade et la pauvreté de ses ressources expressives, il faut étudier surtout les grandes compositions des mosaïstes du XI' siècle, notamment la décoration de l'église de Daphni, a mi-chemin entre Athènes et Eleusis. L'art byzantin
Sciii.r.MBF.ROER, Épopée byzantine à la possede au plus haut degré le sentiment
//,u<«.\^s,éc-/eHachei.eeicie.édiieurs jy g^yj^ monumental; mais il manque
de vie et, dès l'époque de Justinien,
tend a créer des types et des formules
immuables. Ces caractères fâcheux se
constatent plus nettement encore lors
de la nouvelle floraison de l'art sous les
Paléologues (xiv< siècle), époque à laquelle appartiennent pourtant les belles
mosaïques de Kahrié-Djami, à Cons-
tantinople. On a donc tort de parler
de la décadence profonde de l'art byzantin après le XI' siècle ; même après
la chute de Constantinople (1453),
au début du XVI siècle, les peintures
des couvents du mont Athos, attribuées
au moine Panselinos, le ' Raphaël de
l'Athos ", marquent un développement , - , c
... . ^^ lu,. i?2. — Les Saintes Femmes
nouveau de la même école, avec son au to.mbeau. Bas-relief byzantin mélange de nobles qualités et de vices en argent doré.
incurables. A la fin du XV|- siècle, les /•\'"s^e d« Lo«rre rscLUMBEROER,
Il I* I l-.popée b\-!^antine ; Sicéphore Phocas.
vices prennent le dessus ; 1 art byzan- Firminoidot, éditeur.)
L'ART CHRETIEN OCCIDENT ET ORIENT
tin, figé en de rigoureuses formules, devenu une industrie à recettes fixes, s'endort dans un sommeil dont il n'est pas réveillé encore, bien qu'il n'ait cessé de dominer dans tous les pays où a triomphé le schisme grec.
Lorsque les Arabes, au vil siècle, envahirent la Syrie et l'Egypte, ils y trouvèrent les bonnes traditions de l'architecture byzantine, survivant à côté d'une peinture et d'une sculpture dégénérées (l'art copte ' ). Ils s'en inspirèrent, les modifièrent à leur gré et créèrent ainsi un art original, dont les mosquées du Caire (fig. 1 54) et celles de l'Espagne (Cordoue) nous donnent une idée avantageuse. La mosquée d'Amrou au Caire est de 643 ; l'Alhambra ou ' château rouge " de Grenade, merveille de l'architecture mauresque, date de 1300 environ. L'art arabe, fidèle aux prescriptions du Coran, s'interdit en général, sinon
d'une manière absolue, la représentation de la figure humaine ; mais cela même l'a obligé de varier a l'infini la décoration végétale et géométrique.
De là ces admirables arabesques, dont le nom est resté à des ornements compliqués, oii les ouvriers arabes de nos jours excellent encore. Une autre originalité de l'architecture arabe sont les voûtes à stalactites, agrégations de prismes de plâtre d'un effet très pittoresque ; l'origine doit probablement en être cherchée dans le travail des petits sanctuaires en bois (fig. 1 54 a).
L'art persan, qui avait contribué à la formation de l'art byzantin, en ressentit
Fig. i53. — Jésvs-Christ
DEBOUT ENTRE l"e.MPEREI"R
Romain IV et l'impératrice
El'doxie.
Ivoire byzantin du Cabinet
DES Médailles.
ScHLUMBERGER. Xtcépliore Phocas.
Firmin-Didoi, Odilcur.)
Fig. i54. — Le Caire,
Mosquée du Sultan Kait Bey.
(Cliché Bonfils )
1 . Les Coptes sont les chrétiens indigènes de l'Egypte, restés distincts des envahisseurs musulmans.
lOI
FiG. i54 a. — Cour des Lions
A 1 'Al.IlAMBRA. PRÈS DE GrENADK
à son tour l'influence et exerça la sienne sur l'art arabe, l'art turc et
l'art hindou. D'autre part, le Nord de l'Europe, en particulier la Russie, convertie au christianisme par les Byzantins vers l'an 1000, reçut et garda les traditions du byzantinisme. Les grandes églises de Kiew, de Moscou, de Saint- Pétersbourg dérivent directement de Sainte-Sophie. L'Italie méridionale, longtemps aux mains des Byzantins, conserva si bien leur empreinte qu'elle ne prit aucune part a l'œuvre de la Renaissance italienne. Même l'Occident de l'Europe n'échappa pas à cette influence, car Byzance, avec fa richesse, son commerce étendu, ses monuments étincelants d'or et de verreries, fut l'objet de l'admiration et de 1 envie des Occidentaux jusqu'aux premières lueurs de la Renaissance en
Italie. Saint-Marc, à Venise (fig. 155), est une église byzantine.
construite vers l'an 1 1 00 sur
le modèle de l'église des
Saints-Apôtres à Constan-
tinople , dont s'est également inspiré l'architecte de
la cathédrale de Saint- Front,
â Périgueux. Les ivoires, les
émaux, les broderies des
Byzantins se répandirent dans
tous les pays de l'Europe et
y furent imités. Ce qui doit
étonner, ce n'est pas que
l'art de l'Europe au Moyen
Age offre des analogies avec
celui de Byzance, mais qu'il
ait réussi, dans une large
mesure, à se préserver de son influence. Il faut s'en étonner, mais
aussi s'en rejouir. Car cette influence était néfaste, comme un souffle
de mort ; l'éclat extérieur et la pompe des œuvres byzantines en