ONZIEME LEÇON L'ART CHRÉTIEN EN OCCIDENT ET EN ORIENT
LE terme d'art chrétien a été employé d'abord au XIX siècle par l'historien Alexis Rio, mort en 1874. 11 convient, à proprement parler, a toutes les manifestations de l'art depuis les premières peintures des Catacombes de Rome jusqu'à nos jours, dans les pays où le christianisme a prévalu. Toutefois, l'usage s'est établi de réserver la désignation ^ancien art chrétien a celui de l'Occident chrétien jusqu'à
Charlemagne, après lequel commence Xépoque romane ; on appelle art byzantin
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celui de 1 Orient chrétien, depuis que Byzance devint capitale, en 330 après J.-C, jusqu'à la prise de Constantinople et même au delà.
Bien qu'il existe des monuments de l'un et l'autre de ces arts dans tous les pays méditerranéens, ils doivent être surtout étudiés, au cours d'une revue rapide, dans leurs trois centres principaux :
Rome, Ravenne et Constantinople.
Les Catacombes de Rome sont des galeries souterraines où les premiers chrétiens ensevelissaient leurs morts. Elles furent en usage depuis l'an 100 jusqu'en l'an 420 environ. Lorsque le christianisme devint la religion officielle de l'Empire romain, les chrétiens établirent des nécropoles à la surface du sol et cessèrent de creuser des galeries pour les tombes ; quelques-uns, cependant, s'y firent ensevelir encore, pour reposer dans le voisinage des martyrs.
L'art chrétien primitif n'était pas hostile aux images ; il répugnait pourtant a la représentation de Dieu, et celle de Jésus en croix ne paraît pas avant le X' siècle. En général, les chrétiens avaient de l'éloignement pour la sculpture en ronde bosse, parce que les idoles
FiG. 140. — Peinture d'cne catacombe de Romk
REPRÉSENTANT OrPHÉE CHARMANT LES ANIMAIX ET DIVERS ÉPISODES DES ÉcRITl"RES.
(WcERMANN, Histoire de la peinture, t. I. Scemann. éditeur.)
Peinture
d'une catacombe
ROMAINE REPBÉSENTANT
1 LA Vierge
ET l'Enfant avec
UN PROPHÈTE (?l.
D'après Liell, Marien-barstellugen, Kribuurt;. Herder
L'ART CHRETIEN. OCCIDENT ET ORIENT
des temples païens étaient des statues. Les Catacombes ont été surtout décorées avec des pemtures et des reliefs en stuc.
Parmi ces œuvres d'art, il en est qui racontent des épisodes dé l'Ancien et du Nouveau Testament ; il y a aussi des figures allégoriques comme celle du Bon Pasteur (Jésus) ramenant la brebis égarée au bercail, celle d'Orphée au milieu des animaux (fig. 1 40), celle du poisson qui symbolise tantôt Jésus et tantôt un fidèle, du paon qui symbolise 1 etemité, etc. Mais l'étude et l'explication de ces motifs ne doivent pas nous arrêter ; c'est une branche spéciale de l'archéologie. Bornonsnous a constater que l'art des Catacombes ne se distingue de l'art païen que par les motifs qu'il traite et ceux qu'il évite (notamment les figures nues) ; par le style, il se rattache étroitement à l'cirt décoratif de Pompéi, et il n'a jamais su donner à ses personnages une expression de pureté ou de béatitude en accord avec 1 idéal religieux et moral du christianisme. Pour s en convaincre, il suffit de regarder la \'ierge et l'Enfant avec un prophète (Isciïe ?), motif qui paraît dans une peinture romaine du m siècle : il n'y a là de chrétien que le sujet (fig. 141)-
Au moment où le christianisme l'emporta sur le paganisme, les
païens ai:.es se faisaient souvent ensexelir dans de grandes cuves en marbre dites sarcophages, ornées de reliefs mythologiques ou relatifs à l'existence des défunts.
Les chrétiens suivirent l'exemple des païens, sauf que les épisodes de 1 Ecriture remplacèrent ceux de la Fable. Toutefois, les artisans qui sculptaient ces
Fig
Sarcophage chrétien de Salone EN Palmatie.
(D'après Garricci, 5Joria delf Arte Crisliaiia.)
FiG. 143. — Intérieur de i,a basii.iqc k OE Saint-Patl-hors-les-Murs a Rome.
(LûBKE, Archilehtiir, i. I. Secm.mn, éditeur. j
monuments étaient si habitués à certams motifs décoratifs que l'on
trouve encore, sur des sarcophages chrétiens, des têtes de Méduse,
des Griffons, des Amours, dont le sens païen primitif était comme oblitéré.
Les sarcophages chrétiens ne sont pas intéressants en tant qu'œuvres d'art. Ils offrent tous les défauts des sarcophages romains des bas temps, encombrement, lourdeur, incorrection du dessin.
L'interprétation des sujets de l'histoire sainte est presque toujours prosaïque ou maladroite. Les meilleurs sont ceux où sont sculptes des
motifs destinés à rappeler la vie des défunts et où leur religion n'est
attestée que par une figure symbolique, comme celle du Bon Pasteur
portant la brebis (fig. 142).
Pas plus que la peinture ou la sculpture en relief, l'architecture ne
sut découvrir de formule nouvelle pour édifier les maisons
de prière du culte nouveau.
L'église chrétienne est un
lieu de réunion pour les
fidèles, a la différence du
temple païen, qui est la
demeure de la divinité. Aussi
les premières églises prirentelles pour modèles les lieux
de réunion clos que l'on
appelait basiliques. Au lieu
de servir de tribunal ou de
marché, elles abritèrent les
reunions du culte ; cette fois encore, on versa le vin nouveau dans les
vieilles outres.
Parmi les basiliques de Rome, celle de Saint-Paul-hors-!es-Murs,
construite par Constantin et restaurée a la suite d'un incendie en 1 823,
peut être citée comme exemple (fig. 143). Elle se compose dune
Fir,. 144. L'i.MFh RATKK.K I M KODOR A ET SA COUR.
Mosaïque de Saint-Vitai. a Ravenne.
L'ART CHRÉTIEN. OCCIDENT ET ORIENT
FiG. 145. — Intérieur )E Saint-Apollinaire irt C/asse, a R/iVEnne.
grande nef, avec toit horizontal, et de deux bas-côtés moins élevés ; la nef centrale reçoit le jour par des fenêtres percées au-dessus des bascôtés. Au fond, est une porte dite arc de triomphe, en arrière de laquelle est l'autel ; le mur qui termme l'édifice est circulaire et forme l'abside. L'abside et l'arc de triomphe sont richement décorés de mosaïques de verre, à fond d'azur ou d'or, dont l'éclat rappelle celui des œuvres d'orfèvrerie émaillée.
Ces mosaïques ornent les murs verticaux et les voûtes, au lieu de former des pavés comme dans les habitations romaines et les temples païens. Il y en a des spécimens d'une grande beauté de couleur et d'un style grandiose, bien que froid, à Rome et surtout à Ravenne, qui fut le séjour de la Cour romaine depuis l'an 404, où le roi des Goths, Théodoric, résida vers 500 et qui appartint, de
534 à 752, aux Byzantins (fig. 144). Plusieurs églises du VI' siècle s'y sont conservées jusqu'à nos jours : Saint- Apollinaire nuovo, Saint- Apollinaire in Classe (sur l'ancien port). Saint- Vital ; cette dernière est une construction circulaire à coupole, où l'influence de l'art byzantin est indéniable ; les autres sont des basiliques, dont l'intérieur est d'une majesté émouvante, mais dont l'aspect extérieur n'est ni imposant, ni gracieux (fig. 145-147). Si le type architectural de la basilique, caractérisé par le plan rectangulaire et les plates-bandes, domine dans les églises d'Italie, celles de Constantinople appliquent et développent le prin-
i'iù. 14Ô. — Intérieur de Saint-Apollinaire nuovo, a Ravenne.
FiG. 147. — Vue de l'église Saint-Apollinaire
in Classe, a Ravenne.
(LÛBKE, Architektur, l. I. Scemann, éditeur.)
cipe de la coupole. La grande église de Byzance, Sainte- Sophie, fut construite de 532 à 562, sous Justmien, par Anthémios de Tralles et Isidore de Milet, c'est-a-dire par des architectes asiatiques. Nous avons vu que la coupole était déjà connue des Assyriens ; la tradition s'en était conservée en Perse, d'où elle se répandit en Syrie vers le m siècle après J.-C. et de Syrie en Asie Mineure aux siècles suivants.
Ce n'est sans doute pas du Panthéon de Ronne, mais d'églises asiatiques que s'inspirèrent les architectes de Sainte-Sophie (fig. 148).
Tout le monde sait que cet illustre édifice est, depuis 1453, une mosquée turque, où les mosaïques byzantines a figures ont été recouvertes avec de la chaux ; mais, dans l'ensemble, il est très bien conservé. L'intérieur offre une surface de 7000 mètres carrés. On traverse d'abord deux grands portiques, puis on pénètre sous une énorme voûte haute de 56 mètres et large de 32. Vers 1850, des travaux de restauration, exécutés dans la mosquée, ont permis de copier à l'aquarelle quelques-unes des mosaïques a figures appartenant a l'époque de Justinien et au IX' siècle. Malgré la raideur et la sécheresse du dessin, ces mosaïques éclatantes devaient encore ajouter à la grandeur de l'impression d'ensemble (fig.
149). Même aujourd'hui, on est ébloui par les murs revêtus de plaques de marbre, par les colonnes multicolores qui supportent les galeries, par le scintillement des cubes de mosaïque en verre doré.
Le luxe de l'art byzantin consiste dans l'éclat, dans la profusion des couleurs et des dorures. C'est un luxe vraiment asiatique, qui cherchait
V\G. 14*^. — Vie de Sainte-Sophie