ET CONTREFORT
DE Sainte-Gldule
A Bruxelles.
(Reisens,
A rchéologie chrétienne.}
FiG. i6i. — Façade
DE Notre-Dame de Paris.
iClichéSeurdein.)
graduellement, par des transitions que l'on a pu mettre en évidence ; c'est pourquoi, sans mer les influences étrangères, il est possible de retracer l'évolution de l'architecture comme SI elle avait été spontanée. La tendance imprimée par les éléments adventices n'empêche pas le fait de l'evo'ution, mais en explique le cours. Indiquons brièvement les phases principales de cette transformation.
L'église romane, comme l'eglise gothique, dérive, en dernière analyse, de la basilique romaine du l\ " siècle. Seulement, cette basilique, cette salle des fidèles, il fallait la couvrir, et le jour vint où l'on ne voulut plus de toits en charpente, trop exposés à l'incendie, ni de toits en grandes pierres honzontcJes, d'un transport et d'un maniement trop difficiles. On eut alors recours a la voûte, qui permettait l'emploi de petites pierres assemblées. Le profil d'une voûte peut être demi-circulaire ; il peut aussi dessiner un arc brisé, c'est-à-dire un angle formé de deux arcs qui se coupent. De même, le linteau qui surmonte une porte ou une fenêtre peut être remplacé par un cintre ou par un arc brisé. Le cintre est le principe générateur de l'architecture romane ; l'arc brisé est celui de l'architecture gothique. Mais ce n'est pas seulement la forme de la voûte qui importe ; c est aussi le mode de construction (fig.
156). Il y a deux types de voûte : la voûte en berceau, demi-cylindre creux, avec ou sans arcs doubleaux ; la voûte d'arête, dont l'extérieur ou extrados présente quatre arêtes et qui est formée par l'intersection à angle droit de deux voûtes en berceau. Une variété essentielle de la voûte d'arête, telle que la connaissaient les Romains, est la voûte d'arête à nervures, dont les arêtes forment des cintres bâtis. Alors que la voûte d'arête
Fig ifi2. — Chevet de Notre Dame de Paris.
io8
ARCHITECTURE ROMANE ET GOTHIQUE
romaine est une calotte homogène, qui doit
sa solidité a celle de ses points d'appui, la
voûte d arête à nervures doit la sienne à son
ossature d'arceaux qui la maintient comme en
équilibre.
La voûte d'arête à nervures saillantes a
été d'abord employée en Italie, après le
VHP siècle, par les architectes lombards, dont
l'art se constitua sous l'influence de Byzance,
mais ne fut pas une simple copie de l'art
byzantin.
La basilique romaine, lieu de réunion clos
et couvert, était devenue l'église chrétienne.
Le même modèle servit en Occident pendant
quatre siècles. Au lendemain de la mort de
Charlemagne, les guerres civiles, l'anarchie
intérieure et les invasions normandes firent
reculer la civilisation ; il sembla qu'une nuit
profonde fût descendue sur 1 Occident de
l'Europe. Des qu'elle se fut un peu dissipée,
il se produisit un vif mouvement d'activité
que le chroniqueur Raoul Glaber, mort en
1050, a signalé dans un passage célèbre : ' On eût dit que le monde,
secouant ses vieux haillons, voulait partout revêtir la robe blanche des églises ". Raoul Glaber dit aussi que, quelque temps après l'an 1000, ' tous les édifices religieux, cathédrciles, moustiers des saints, chapelles des villages, furent convertis par les fidèles en quelque chose de mieux ". Ce quelque chose de mieux, c'est sans doute la construction voûtée en pierre, c'est l'architecture romane.
Un des plus savants historiens de l'architecture, M. Choisy, attribue l'introduction de la voûte dans les églises d'Occident à des influences byzantines et syriennes ; l'extension du commerce de Venise avec Byzance, d'une part, et l'Occident de l'autre, la fré-
. 104. — Cathédrale 1 1 • vr\ • 1
DE Reims. quence des pèlerinages d vjccidentaux en
(Cliché courieux.) Palestine, enfin les relations de l'Asie avec
FiG. i63. — Cathédrale
DE Chartres.
{Cliché des Monuments
historiques.}
FiG
FiG. IÔ5. — Catiiédbale
d'Amiens.
(Cliché S'eurdein.)
APOLI.O —
les ports du Rhône et de la Loire, peuvent être alléguées en faveur de cette hypothèse. Mais il est possible que la vue des arcades romaines encore debout ait contribué ou même suffi à donner aux architectes d'Occident 1 idée de substituer le cintre a la plate-bande dans les édifices religieux.
L'eglise romane diffère de la basilique par plusieurs caractères. Elle est construite en forme de croix latine, c'est-à-dire que la longue nef est coupée, aux deux tiers de sa longueur, par un transept perpendiculaire ; sa toiture est voûtée ; ses fenêtres sont généralement cintrées ; enfin elle est pourvue d une ou de plusieurs tours qui font corps avec elle. Ces modifications, et d'autres encore, au plan primitif, n'ont pas été introduites en un jour ; on peut en suivre l'évolution jusqu'au milieu du XII siècle et encore au delà. Mais la conception générale resta la même : une nef centrale terminée par une abside, éclairée latéralement, et des bas-côtés, généralement au nombre de deux. Pour supporter le poids de la voûte, les architectes romans durent fortifier les murs et les piliers. Les murs épais et solides ne comportent que peu d'ouvertures ; l'éclairage des églises romanes est, par suite, toujours insuffisant. Les mêmes exigences de solidité portèrent a augmenter la largeur et à diminuer la hauteur des édifices ; de là, un caractère de lourdeur inséparable de ce genre de construction.
En France, les plus anciennes et les plus belles églises romanes sont au sud de la Loire (fig. 1 57). Ce style architectural fut surtout propagé par les moines de Cluny, dont l'immense église abbatiale, détruite sous le premier Empire, a été imitée un peu partout, même en Terre Sainte. Il se forma de nombreuses écoles locales, en Bourgogne, en Auvergne, en Périgord, etc. Celle de la vallée du Rhin, influencée par l'architecture lombarde, est peut-être la plus récente ;