Cathédrai F
DE Cologne.
— ARCHITECTURE ROMANE ET GOTHIQUE
mais les grandes églises qu'elle a élevées à Spire, à Mayence, a Worms, à Bamberg (fig. 158), comptent parmi les chefsd'œuvre de l'architecture religieuse. A Paris, on peut citer comme exemple, maigre les nombreux remaniements qu'elle a subis, l'église Saint-Germain-des-Pres. En Angleterre, le style roman, qualifié de normand par opposition au style saxon, est plus lourd et plus massif que dans son pays d'origine, la Normandie. En Italie, le monument capital de l'art roman est le dôme de Pise, construit de 1 063 a 1 1 1 8 (fig. 1 59). jusqu'à présent, nous n'avons pas parlé d ogives. Une erreur, datant du XIX' siècle, a donné ce nom aux arcs brisés ; en réalité, une ogive {augiva) est la nervure saillante qui soutient une voûte, pour en augmenter (augere) la résistance. Aussi peut-on parler de voûtes d'ogives et appeler ogivale l'architecture gothique, mais sans oublier que ce caractère n'est pas suffisant ; l'architecture gothique comporte, outre la voûte nervée, l'emploi de l'arc-boutant et une décoration empruntée à la nature, aux plantes et aux fruits de la région. L'arc-boutant est une conséquence de l'arc brisé (fig. 160). En effet, lorsque les églises gagnèrent en hauteur, les murs, d'ailleurs percés de larges fenêtres, ne purent suffire à supporter la poussée des voûtes ; il fallut les soutenir du dehors. A cet effet, on disposa à l'extérieur des arcs de pierre, appuyés à leur naissance sur de grosses piles en maçonnerie dites contreforts. Ces arcs, dits arcsboutants, sont destinés à transporter en dehors de l'édifice la poussée latérale des hautes voûtes intérieures. 11 n'y a rien d'analogue dans aucun autre système de construction.
Alors donc que le temple païen et l'église
Fig. 168. ^ - 1 • ■ 1 1
Sainte-Chapelle de Paris. Romane ont en eux-memes le principe de leur (Cliché Lévy et fils.) solidité, l'église gothique doit la sienne à des
i6û. — Catiikdhai F. de Cantebbi'ry.
étais placés au dehors ; elle ressemble à un animal dont I ossature serait, en partie du moins, extérieure à son corps. Ces contreforts et ces arcs-boutants, bien que disposés et décorés avec beaucoup d'art, suggèrent naturellement l'idée de béquilles.
Un édifice, pas plus qu'un individu, ne répond à l'ideal de la santé quand il est pourvu de ces soutiens. Aussi l'art gothique, bien qu il ait produit des chefsd'œuvre, porte-t-il en lui un germe inquiétant de caducité ; d'ailleurs, sur des centaines d'édifices gothiques que nous connaissons, il n'en est guère qui aient été achevés, et beaucoup étaient déjà ruinés en partie quand on travaillait a les finir.
Il est presque certain que les premiers monuments gothiques se sont élevés dans l'Ile-de-France et en Picardie. Le Midi, où la lumière est plus abondante, où la tradition romaine était plus vivace, s'est mieux accommode delà basilique romane ; le Nord chercha de bonne heure un modèle d'eglise comportant des ouvertures plus larges et plus nombreuses. Le souvenir d'anciennes constructions en charpente contribua peut-être, comme l'a soutenu Courajod, a cette évolution de l'art de bâtir.
Mais de ce que l'art gothique fleurit d'abord entre la Seine et la Somme, il ne résulte pas que la croisée d'ogives ait été imaginée dans cette région.
En Allemagne, l'art gothique ne parait pas avant I 209 (Magdebourg) ; il est absolument prouvé que l'art gothique français a précédé le gothique allemand de prés d'un siècle. Dans l'Ile-de-France, à Morienval, on en a signalé un exemple de 1115. Ce dernier fait, établi en 1 890 seulement,
a fait autorite pendant dix ans. Mais, p,^, ^^^ Cathédrale
plus récemment, des ogives au moins de Peterborough (face ouest).
ARCHITECTURE ROMANE ET GOTHIQUE
aussi anciennes ont été reconnues en Picardie et, chose imprévue, en Angleterre, où les voûtes d'ogives de la cathédrale de Durham appartiendraient au début du Xll siècle. Ainsi, l'on a heu de se demander aujourd'hui, non si le style gothique a fleuri d'abord dans l'Ile-de-France, ce qui est certain, mais si l'invention qui le caractérise s'est prcduite d'abord dans l'Ile-de- France, en Picardie, ou en Angleterre, où il faudrait y voir une idée apportée par les Normands.
A côté de l'opmion qui découvre l'origine de la croisée d'ogives dans l'Europe occidentale, une autre attribue cette invention aux Syriens ; la floraison de l'architecture gothique est précisément contemporaine des pèlerinages armés ou croisades, qui mirent la Syrie en relations intimes avec le nord-ouest de l'Europe. Quoi qu'il en soit, le nouveau style évolua avec une grande rapidité. Le chœur gothique de l'église abbatiale de Saint- Denis fut inauguré dès 1 144. L'église de Noyon fut commencée en 1 1 40, Notre- Dame de Paris en 1 163, Bourges en 1 1 72, Chartres en 1 1 94, Reims en 1211, Amiens en 1215. La
Pans fut con-