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SEIZIEME LEÇON LA PEINTURE VÉNITIENNE

BIEN que Venise, au X\' et au xvi' siècle, ait produit d'excellents sculpteurs comme les Lombardi, c'est toujours a ses peintres que l'on pense d'abord quand il est question de l'école vénitienne ; aussi ne nous occuperons-nous ici que de la peinture.

L'école vénitienne, telle qu'elle séocUiouit dans la seconde moitié

du XV^ siècle, dérive de deux ^ ,

écoles antérieures. La plus emcienne avait pour centre l'ilot de Murano, où se perpétua pendant longtemps un style byzantin relevé d influences padouanes. Vers le milieu du .XV siècle, les maîtres les plus actifs de cette école appartenaient à la féunille des Vivanni ; le plus illustre des Vivarini, Alvise, né en 1450, parait avoir été le maitre de Lorenzo Lotto (fig. 265).

La seconde école vénitienne primitive est celle que fonda Jacopo Bellini, père des deux grands peintres Gentile et Giovanni. Jacopo était eleve du peintre ombrien Gentile da Fabnano ; mais il subit plutôt l'influence de l'école de Padoue, qui est vraiment la mère de la grande école vénitienne.

Padoue, qui dépendait politiquement de Venise, possèdent, depuis 1222, une université florissante, en relations suivies avec la vallée du Rhin et la France ; elle devint bientôt le centre intellectuel de toute l'Italie du Nord. De bonne heure, on vit arriver à Padoue des artistes florentins, notamment Giotto et Donatello qui y passa dix ans (1443-1453). L'école padouane offre comme une synthèse de l'élégance florentine et des bas-reliefs gréco-romains. Nulle part, sur un vieux fond de sévérité gothique, l'influence de la sculpture antique n'est plus sensible. Mantegna, élève de SqUcU^cione (1431-1506), fut . l63 ■

Fig. 265. — Alvise Vivarisi. Vierge

ET ENF.\NT AVEC .\NGES .MCSICIENS.

Église du Rédempteur a Venise.

(Cliché Aliiuri j Florence i

FiG. 266. — A. Manteg.na.

Martyre de S. Jacques.

Fresqle aux Eremita.ni. a Padole.

un puissant génie que l'on peut très bien connaître au Louvre, bien

que ses œuvres les plus importantes soient ses fresques de Padoue et

, de Mantoue. Son style sculptural,

abstrait, également imprégné de souvenirs gothiques et classiques, d'une correction presque hautaine dans sa sécheresse, ne doit pas seulement être étudié dans ses peintures, mais dans ses admirables gravures et dans ses dessins (fig. 266-268). Il y a la une rudesse saine et virile, aussi éloignée du giotlisme que du classicisme édulcoré des académiques.

Mantegna exerça une influence énorme sur l'école vénitienne de Bellini et même sur 1 é^ole rivale de Murano ; dans le grand art de Venise au XV siècle, on peut dire que toutes les qualités les plus hautes dérivent de lui.

Un troisième élément, dont il faut tenir grand compte, est le rôle

joué par un peintre d'origine sicilienne, mais qui vécut à Venise, Anto-

nello de Messine. Né en

1444, il alla, dit-on, se former dans les Flandres et

apprit d'un des successeurs

de Van Eyck, peut-être de

Petrus Cristus, la technique

de la peinture a l'huile. 11

est pourtant probable que

les Vénitiens, en relations

constantes avec le nord de

l'Europe, ont dû connaître

cette technique avant lui.

Antonello est l'auteur d'un

des plus beaux portraits du

Louvre, celui de l'homme que

l'on appelle le Condottiere ; il en a peint d'autres presque d'égale

valeur, comme celui de la collection Trivulzio à Milan (fig. 269), et nous

Fig. 267. • -iIantegna. Barbe de Brandebourg,

.MARQUIiE DE GoNZAGUE, ET SA COUR.

Fresque du palais de Mantoue.

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