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LA PEINTURE VENITIENNE

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FiG. 268. — Mantegxa. Triomphe de César. Fragment d'un carton a Hampton-Coupt.

lui devons quelques petits tableaux d'une exécution étonnante, par exemple le Ca/uarre d'Anvers etle5a/n/ Jérôme de la Galerie Nationale de Londres. 11 est bon de dire que les couleurs à l'huile n'étaient employées, à cette époque, que pour donner un lustre superficiel à une peinture très soignée, exécutée à la détrempe (colle ou blanc d'œuf). qui formait comme le dessous du tableau. Le premier peintre qui ait peint directement, exclusivement à l'huile, est l'Espagnol Velasquez.

Venise était mieux gouvernée que les autres villes de l'Italie. Son commerce avec l'Orient l'avait faite riche et prospère ; elle ne connaissait pas la guerre civile. La religion y était respectée, mais moins tyrannique qu'ailleurs ; dès le Xlir siècle, Venise sut tenir tète à l'Inquisition et revendiquer pour ses magistrats, à l'exclusion des

moines envoyés de Rome, le droit de punir les hérétiques. La vie sociale y était très développée ; on aimait les plaisirs, les beaux atours, les réunions brillantes, les grandes cérémonies où tous les corps de l'Etat participaient. Ces habitudes se reflètent dans la peinture vénitie-ne, éprise de vie. représentant volontiers des processions magnifiques — comme le cé'èbre tableau de Gentile Bellini a Venise — ou des réunions tantôt sacrées et tantôt profanes. Les réunions sacrées sont les santé conversazioni, genre de composition spécial à la peinture vénitienne, où des saints, des saintes, des personnages de l'Ecri-

FiG. 269. — Axtonello de Messine

Portrait (1476).

(Collection Trivul^io. à Milan i

(Cliché A nderson, à Rome.)

F1G.270. — GiORGioNE. Le Concert champêtre.

(Musée du Louvre.)

ture. sont groupés sans motif apparent, uniquement pour le plaisir d'être ensemble. Les réunions profanes ont pour type ce charmant Concert champêtre de Giorgione au Louvre (fîg. 270), assemblée en plein air, dans un paysage riant, de femmes nues et de musiciens. Assurément, cela ne se passait pas ainsi à Venise ; mais les peintres de conversazioni ne regardaient pas à la vraisemblance : ils voulaient re-

présenter de beaux corps, des vêtements éclatants, donner l'idée d'une vie facile et joyeuse, sur un fond lumineux de paysage, et ils y réussissaient.

Dès la fin du XV^ siècle, les madones et les saints des peintres vénitiens ne sont plus des personnages ascétiques et moroses, mais de belles jeunes dames, de beaux jeunes gens au teint fleuri, aux cheveux dorés, qui aiment a se parer d'étoffes magnifiques et trouvent que la vie vaut la peine d être vécue.

Cet optimisme souriant est le caractère essentiel de la peinture vénitienne et se traduit surtout par l'opulence rayonnante de sa couleur. Expliquer cela par le climat est inadmissible, car il y a plus d'éclat encore dans le ciel de Naples ; or, les peintres de Naples ont peint gris et noir. C'est affaire de santé morale et physique, a Venise comme dans la Flandre de Rubens. A Florence, même chez des coloristes délicats et habiles, la couleur est quelque chose d'accessoire, de surajouté au dessin ; à Venise, depuis Giorgione, c'est la peinture même, qui

FiG. 271.

- Giovanni Bellini. Pieta.

(Musée de Milan.)

LA PEIXTURE l'ÉM TIENNE

FiG. 272. — Giov. Bei.lini.

Vierge et Enfant.

\cjdemie de \'enise.)(i'lichéS'ayj,à\'eiiise.)

semble parfois moins préoccupée des objets qu'elle représente que de l'atmosphère où ils baignent, de la lumière qui les pénètre et les enveloppe. Les Vénitiens n'ont pas été seulement des coloristes, mais des luministes.

Giovanni Bellini, qui vécut 86 ans (1430-1316), a passe par des étapes si diverses qu'on dirait une école de peinture plutôt qu'un peintre. Ses premières œuvres sont encore fines et sèches, voisines de Mantegna, avec des duretés et des bizarreries de dessin ; les compositions de son âge mûr sont des chefs-d'œuvre où presque rien ne manque, pas même un reflet de la couleur de Giorgione, élevé de Giovanni, mais mort six ans avant lui. Ce grand artiste, maître de nombreux élèves, a parcouru, au cours d'une laborieuse existence, tout le chemin qui mené de Mantegna à Titien. Une seule chose lui fit défaut : le don ou le goût de représenter

le mouvement (fig. 271-274).

En revanche, Crivelli, formé à Murano, mais influence par l'école de Padoue, resta toujours un primitif ( 1 430- 1 494). Dans ses Vierges grêles et légèrement grimaçantes, aux doigts nerveux et effiles, dont tous les contours vibrent, dont les vêtements sont d'une richesse éblouissante, il semble que le raj'onnement velouté des laque: du Japon s'allie aux élégances les plus raffinées de l'art gothique (fig. 275).

Carpaccio (1460-1522) et Cima da Conegliano (1460-1517) sont les artistes les plus aimables de ce groupe d'hommes de génie. Carpaccio, dans sa Légende de Sainte Ursule, a l'Aca-

Fig. 273. — G. Bellini.

Vierge et Enfant.

(Galerie S'ationale de Londres I

FiG. 274. — Giovanni Bellini et Basaiti.

La Vierge et l'Enfant avec des Saints.

(Collection Benson, à Londres.) (Cliché Rischgiti^j à Londres.)

FiG. 275. — Crivelli.

Vierge et Enfant.

(Collection Benson, à Londres.)

(Cliché Braun, Clément et Cie )

h IG. 276. — Ci.ma da Conegliano.

La Vierge et l'Enfant avec deux saints.

(Musée de Vienne.)

LA PEISTLRE VÉNIT l E.\ .\ E

FiG. 277. — Carpaccio.

Histoire de sainte Ursule.

(Académie de Venise.)

demie de Venise, est un conteur amusé et amusant, moins sounanc que

Benozzo Gozzoli, mais plus

réfléchi et plus suggestif

(fig. 277). Cima est un

peintre charmant de Vierges

encore graves, mais qui se

savent belles et dont les

formes doucement arrondies

contrastent avec 1 ossature

ascétique des florentines

(fig. 276).

Giorgione, au cours d'une

existence trop brève (1478-

1510), réunit la gaîté de

Carpaccio à !a poésie et a la délicatesse de son maître Bellini ; meus

il surpassa tous ses contem-

porains par la prestigieuse magie de son pinceau (fig. 270, 281). Ses conversazioni, ses tableaux mythologiques ou cillégonques, ses portraits eurent un succès immense, attesté par de nombreuses copies et de plus nombreuses imitations ; la Renaissance vénitienne avait reconnu son expression la plus parfaite dans ce peintre de la lumière et de la chair.

Titien n'a pas vécu 99 ans. comme on l'a cru, mais près de 88 ans,

ce qui est encore un bel âge.

Né vers 1488, associé tout

jeune aux travaux de Giorgione, il termina une des

plus belles œuvres de son

maître, la Vénus couchée, qui

est à Dresde, et devint son

héritier par la puissance de

la couleur, en le surpassant

par la fécondité de l'inven-

FiG. 278.

Titien. La Mise au Tombeau.

(Musée du Louvre.)

1 JS^i!iÊi\

l'iG. 270. — Titien. Exhortation a lW.mour.

fTableau dit : " Amour Sacré et Amour Profane ". )

(Galerie Borghése, à Rome i

FiG. 280. — Titien- Portrait OE François I'"'.

iCliché Xeurdein.)

tion. Titien ne cessa de faire de» progrès jusque dans son extrême vieillesse. Ses premiers tableaux, sans être secs, sont encore d'une touche un peu timide ; vieillard, il peignit avec une fougue et une hardiesse alors sans exemple, frayant la voie à Velasquez et aux peintres français de notre temps. Il a aborde tous les genres, y compris les grandes scènes de mythologie Païenne, où il a montré plus qu ailleurs son amour passionné de la vie, du mouvement et de la belle nature. Ses tableaux de sainteté eux-mêmes participent souvent à la gaité rayonnante de ses Bacchanales.

Quant à ses portraits, comme l'Homme au gant et le François Premier du Louvre, com.me le Charles-Quint assis de Munich, ce sont des

pages de profonde psychologie en même temps que des régals savoureux de pemture (fig. 278-280, 287, 288).

Un peu plus âgé que Titien et mort beaucoup plus tôt (1480-1528), Palma le Vieux fut, comme lui, un continuateur de Giorgione, mais avec un tempérament plus calme et moins original (fig. 282). Son Adoration des Bergers au Louvre est une des plus charmantes idylles qu'ait produites la peinture vénitienne ; à défaut du génie de Titien, on y goûte toutes les séductions de son pinceau.

Fi(i. 281. — Giorgione.

La \ierge et l"Enfant

AVEC S. Libéral et S. François.

Église de Castei. franco.

((ij^ette des licatix-Arts.)

Fig.

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