LES ORIGIXES DE LART
FiG. 5. — Cheval au galop, d'après des photographies instantanées.
Le chef-d'œuvre de l'art qui nous occupe est peut-être le groupe de cerfs grave sur un andouiller découvert dans la grotte de Lorthet (fig. 4). On aperçoit d abord les pieds de derrière d'un cerf qui s'éloigne au galop. Puis vient un cerf également au galop, dans une attitude qui est une de celles qu'a révélées la photographie instantanée lorsqu'on s'est servi de ce procédé pour analyser les mouvements rapides (fig. 5) ; c'est seulement de nos jours que le peintre Morot, instruit par la photographie, a reproduit cette attitude, que tous les artistes des époques intermédiaires avaient ignorée. \'ient ensuite un autre cerf qui retourne vivement la tête comme pour bramer ; l'allure de cet animal est analogue à celle du cerf qui précède. Entre les animaux, comme pour remplir les espaces vides, l'artiste a figuré des saumons ; au-dessus du dernier cerf, il a gravé deux losanges pointés où M. Piette a cru voir une signature. Mais que viennent faire ici les saumons ? Sans doute une idée religieuse explique cette association des gros poissons et des cerfs ; l'artiste aura voulu réunir les deux variétés d'animaux dont son clan ou sa tribu tiraient principalement leur subsistance. Il est remarquable, en effet, que les animaux représentes par l'art quaternaire appartiennent tous à des espèces comestibles, dont les sauvages gravaient ou peignaient les images comme pour les attirer par une sorte de sympathie magique. Les civilisés parlent souvent de la magie de l'art ; les primitifs y croyaient.
Récemment, dans une grotte du département de l'Indre, on a découvert une plaque de schiste ornée d'un renne au galop (fig. 1 a). C'est encore un exem.ple de ce goût du mouvement qui caractérise les artistes de cette époque, joint à la pre'cision et a la sobriété des contours.
Parmi les peintures, les plus belles ont été copiées dans la grotte d'Altamira, près de Santander en Espagne (fig. 5 a) ; je peux vous
FiG. 5 a. — Bison peint sur paroi.
CLTverne d'Altamira (Espagne).
L'Anthropologie, 1904 (Masson, (îdiieur).
faire voir aussi quelques spécimens du plus haut intérêt relevés dans les cavernes du Périgord (fig. 2 et 3) et un groupe en ronde-bosse, sculpté en argile, qu'on a trouvé en 1912 dans une grotte de l'Ariège (fig. 5 b).
D'une grotte du Périgord provient une lampe en pierre, ornée d'une belle figure de bouquetm mcisée ; les artistes devaient faire usage de pareilles lampes pour graver et peindre leurs figures, car la partie des grottes qu'elles décorent est, sauf exceptions, tout à fait obscure, même en plein jour.
Voilà, après tant de surprises, la chose la plus étonnante ! Ces peintures, comprenant parfois plus de cent animaux de grande dimension, ne pouvaient être exécutées et n'étaient visibles qu'a la lumière artificiel'e ! Pourquoi donc prenait-on la peine de les exécuter ? Etait-ce seulement pour charmer la vue des chasseurs de rennes lorsque, le soir venu, réfugiés au fond d'une caverne, ils se nourrissaient des produits de leur chasse à la lueur de lampes fumeuses, que la graisse de renne alimentait ?... 1 1 n'est pas possible d'admettre cette hypothèse. J'ai déjà indiqué le caractère magique des œuvres d'art, sculptées, gravées ou peintes par l'homme primitif. Elles nous montrent les premiers pas de l'humanité dans la voie qui mène au culte des animaux (comme en Egypte), puis à celui des idoles à forme humaine (comme en Grèce) et enfin à celui de la divinité conçue commeunpur esprit. L'étude de la religion naissante se confond, dans une certaine mesure, avec celle des débuts de l'art.
Nés ensemble, l'art et la religion sont restés étroitement liés pendant de longs siècles ; leur affinité est encore sensible pour ceux qui réfléchissent aujourd'hui.
Fig b b. — Groupe de deux bisons.
Cavenic du Tue d'Audouberl (Ariàge).