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LA PEINTURE VENITIENNE

FiG. 289. — TlNTORET.

Présentation de la Vierge au Temple.

Eglise S. Maria dell' Orto, a Venise.

(Cliché Xaya, à Venise.)

a Londres, Sebastiano rappelle à la fois Michcl-Ange et Titien ; dans ses portraits, il est très voiiin de Raphaël, avec lequel on l'a souvent confondu (fîg. 285, 286).

Mais le vrai Michel- Ange vénitien fut Tintoret (1518- 1 594), qui, à côté de Paul Véronese (1 528-1 588), domine de son activité fiévreuse et un peu triviale la seconde floraison de la Renaissance à Venise. Les fresques de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine ont inspiré des centaines d artistes ; mais combien peu ont eu le tempérament de leur modèle ! Tintoret est de ceux-là ; il n'est pas un imitateur du grand Florentin, mais comme un frère plus jeune, né sous un ciel plus clément. D'une fécondité sans bornes, épris de difficultés à vamcre, fougueux, inégal, Tintoret a cherché et trouvé, dans les contrastes violents de l'ombre et de la lumière, des effets grandioses que ses prédécesseurs avaient ignorés. Comme dessinateur, il est souvent brutal et incorrect, jamais banal ; comme peintre, il reprend la tradition de Titien vieilli, qui, fatigué des tons rouges et dorés qu'a prodigués la Renaissance vénitienne, s'était créé une palette nouvelle, oii les gris argentés et les bleus pâles l'emportaient sur les couleurs voyantes. Les grands tableaux de Tintoret ont aujourd'hui presque tous noirci ; mais on peut se faire une idée de ses dons de coloriste

FiG. 290. — TlNTORET.

L'Origine de la Voie lactée.

(Galerie Sationale de Londres.)

FiG. 2QI. — Paul Véronèse.

Enlévf.mext d'El'rope.

Palais nrs Doges, a \'fnisk

au Louvre même, par ses petites esquisses et par ses portraits (fig. 289, 290).

Paul Caliari, dit Veronese, sortait d'une famille de peintres de

Vérone, ce qui ne l'empécha pas d'exprimer à merveille et sans le moindre accent provincial le charme de la vie luxueuse de Venise dans la dernière moitié du XVh siècle. Quelque chose du faste et de la solennité de l'Espagne, dont la domination pesait alors sur 1 Italie, se mêle, dans ses grandes compositions, à l'amour tout vénitien de la belle lumière et des beaux atours. Lui aussi a donné, dans sa palette, une importance dominante aux tons argentins ; on peut vraiment dire que, dans la peinture de Venise, l'âge d'argent a succédé a làge d'or (fig. 291,292).

Le fait qu'il y eut deux Renaissances a Venise, malgré la décadence politique et commerciale de la ville après la Ligue de Cambrai (1512), prouve à quel point les tendances de la Renaissance y avaient trouvé un terrain propice ; Venise eut d ailleurs la bonne fortune d'échapper à l'éclectisme académique, qui, après la floraison de l'école romaine sous Raphaël, mit fin aux grandes écoles de peinture en Italie.

En plein .XVlll' siècle encore, Venise comptait un grand artiste de la Renaissance, Tiepolo (1696-1770). C'était toujours la plus belle ville du monde et la plus gaie, rendez-vous des élégances et des plaisirs. On y voyait, comme par le passé, de magnifiques processions, des pompes imposantes. La vie y était facile et relativement libre, dans

Fig. 292. — Paul Véronèse.

L'iNnusTRiE. Palais des Doges, a \'i;msi:

KlG. 2q3. — TiEPOLO.

Saint Joseph

ET L'Enfant Jésus.

lA ca demie de l 'en ise.)

K'iiché Alinari. à Florence J

lA PEINTURE VENITIENNE

un site merveilleux, enveloppé d'une

atmosphère transparente .

queCanaletto d'abord, puis Guard), paysagistes des lagunes, ont rendue avec tant de charme et de vérité. Tiepolo donna une dernière ex-

l'iG. 294. — MORETTO,

Sainte Justine.

tMusée de Vienne.)

pression a ces splendeurs.

Son génie dérive de celui de Tintoret, meiis avec plus de mesure, plus d'élégance ; c'est

le peintre d'une aristocratie raffinée, qui se sent supérieure à la foule

et dont la religion, influencée par

l'Espagne, la Contre-réforme et les

Jésuites, offre un mélange subtil de

mondanité et de dévotion (fig. 293,

294 a). Tiepolo, on l'a dit avec raison,

est à la fois le dernier des peintres

anciens et le premier des modernes ;

presque tous les grands décorateurs

du XIX' siècle se sont inspirés de lui. L'mfîuence de l'école vénitienne fut

durable. En Italie même, elle donna

naissance à des écoles locales, celles de

Vérone, de Vicence. de Brescia, cette

dernière illustrée par le grand Moretto

(1498-1555), qui précéda Tintoret et

Véronèse dans l'emploi des tonalités

d'argent (fig. 294). Tintoret et Jacopo . Bassano (1510-1592), qui fut un des I créateurs du paysage moderne, ont

Fig. 204 i^. — Tiepolo.

L'.\doration des Rois (Fragment).

(Musée de Munich.)

(Cliché Hanfstaengl, à Munich.1

été les premiers modèles de Velasquez. Titien fut l'inspirateur de Rubens et de Reynolds ; Tiepolo fut imité par l'Espagnol Goya, de qui dérive, en bonne partie, la peinture française de la seconde moitié du XIX siècle. Par ces rejetons qu'elle a produits, on peut dire que 1 école vénitienne subsiste encore, bien différente, à cet égard, de celle de Florence, qui n'a fait que revivre d'une vie éphémère et artificielle dans le groupe des préraphaélites anglais. Nous avons vu, en traitant de l'architecture, que les palais de Venise, eux aussi, avaient continue a servir de modèles, alors que l'art sévère de Bramante n'a inspiré que des imitations isolées. Ainsi la Renaissance a triomphé à Venise et a surtout été propagée par e!le. Une seule chose lui a manqué, qui fait la gloire de Florence : la gravité de la vie et la profondeur de la pensée.

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