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ET L'ÉCOLE ROMAINE

TOUTE la curiosité intellectuelle de la Renaissance, ses rêves de gloire et de progrès indéfini, son enthousiasme pour la beauté et la science, furent réunis, avec d'autres qualités de génie, en Léonard. Né à Vinci, entre Pise et Florence, en 1452, mort près d' Amboise en 1 5 1 9, il passa sa jeunesse à Florence, son âge mûr à

FiG. 295. — LÉONARD DE ViSCI. La CÈNE. (Ifaprès la gravure de Raphaël Morghen.)

RÉFECTOIRE DE SaISTE-MaRIE-DES-GRACES, A MlLAN.

Milan, les trois dernières années de sa vie en France, ou il paraît n'avoir plus eu la force de travailler. Peu d'hommes ont été plus laborieux, mais peu d hommes ont moins produit ; dans la science comme dans l'art, il était tourmenté par la passion d'inventer, de frayer des voies nouvelles, et il rappelle, par certains côtés, ces alchimistes du Moyen Age qui gaspillèrent de brillantes qualités dans la poursuite d'un chimérique idéal.

Quand Léonard, en 1483, offrit ses services à Ludovic le More, duc de Milan, dans une lettre que nous avons conservée, il se recommanda comme un inventeur de machines de guerre, un constructeur de ponts mobiles et de chariots, un ingénieur expert dans l'art des sièges ; à la fin de sa lettre, il ajoute : " Item, j'exécuterai en sculpture

FiG. 296. — Léonard de Visci

La Vierge aux rochers.

(Musée du Louvre.)

et de même en peinture n'importe quel travail a l'égal de n'importe quel autre. " C est donc comme ingénieur et comme inventeur qu'il se prisait lui-même le plus hautement.

Ses manuscrits, qui sont conservés, pour la plupart, a la Bibliothèque de l'Institut de Prance, témoignent de son goût passionne pour les sciences, en particulier pour !a mécanique ; il croyait même avoir réalisé la construction d'une machine volante, plus lourde que l'air. On a exagéré, puis déprécié la valeur des travaux scientifiques de Léonard ; si ses manuscrits contiennent beaucoup de notes et d'extraits, qui reproduisent ou résument seulement les idées d'autrui, il n'est pas moins certain qu'il eut le pressentiment de

plusieurs découvertes importantes et qu'il conçut, notamment en

géologie, des opinions fort en avance sur celles de son temps ' ,

Comme statuaire, Léonard travailla pendant dix-sept ans a une

figure équestre de François Sforza,

père de Ludovic le More. Le

modèle en plâtre du cheval, sans

le cavalier, fut expose en 1493 et

détruit en 1501 par les archers de

Louis XII. On n'est même pas sûr

d en posséder des copies. De ses

autres sculptures, d'ailleurs peu

nombreuses, il ne reste rien ; le

beau profil casque de Scipion, lègue

par M. Rattier au Louvre, pourrait

cependant être de lui.

Ce qui subsiste des peintures de

Léonard comprend quatre chefsd'œuvre de premier ordre, dont

trois au Louvre : la Cène, peinte à

rhuile sur le mur du Réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces à

\. Voir Revue des Idées, fév. 1908, p. 193 <Rémy de Gourmonti. I7S -

Fio. 297. — LÉONARD DE Vinci.

La Vierge et sainte Anne.

(Musée du Louvre.) (Cliché Neurdein.)

ÉCOLES MILANAISE, OMBRIENNE ET ROMAINE

FiG. 298. — LÉONARD DE ViNCI.

MONNA LlSA GlOCOXUA.

iMusée du Louvre)

FiG. 299. — G. Beltraffio.

Vierge et Enfant.

{Musée Poldi-Pe^sioli, à Milan

FiG. 3oo. — G. Beltraffio.

Vierge et Enfant.

(Galerie S'alio/mle de Londres. J (Cliché Ha ii/staengl, à Munich)

FiG. 3oI. — A. SOLARIO

Vierge et Enfant.

(Vierge au coissin vert.)

iMusêe du Louvre.)

Milan (1497), œuvre presque entièrement ruinée, mais dont on connaît une vmgtaine de bonnes copies ; la Vierge aux Rochers, peinte vers 1483 ; la Vierge avec sainte Anne, pemte vers 1502 ; enfin le célèbre portrait de Monna Lisa Gioconda, la Joconde, exécute de 1502 a 1506 (fig. 295-

Les tableaux de Léonard à Florence et au Vatican, ï Adoration des Mages et le Saint Jérôme, sont inachevés ; les autres œuvres qu'on lui attribue a Pans et ailleurs sont très retouchées ou dues à des élevés. Dans le nombre de ces peintures contestées, il y a cependant, au Louvre même, deux œuvres de grand prix : le portrait de femme, dit de Lucrezia Crivelli, et le Saint Jean-Baptiste, dont le charme n'est pas exempt d'affectation.

Même les trois tableaux que j'ai énumérés d'abord, à la suite de la Cène, sont dans un état peu satisfaisant. La faute n'en est pas aux

Fig. 3o2. — Léonard de Vinci.

Carton poi"r une Sainte Famili.i

(Académie de Londres )

restaurateurs modernes. Léonard ne faisait rien simplement ; sa peinture a l'huile était une cuisine compliquée, condamnée à s'écailler et à noircir. Néanmoins, la Vierge aux Rochers et la Joconde suffisent a donner la mesure de son génie.

Léonard, à la différence de son maître Verrocchio, de son contemporain Botticelli et, en général, des grands Florentins du .W' siècle, rechercha la fluidité de l'enveloppe, rompit avec la manière sèche et anguleuse des primitifs. Mais il ne tomba

Fig. 3o3. — Léonard de Vinci.

L'Adoration des Mages.

Fragment d'un dessin conservé au Louvre.

— ECOLES MILANAISE. OMBRIENNE ET ROMAINE

pas pour cela dans l'a peu près ou dans la mollesse. Chez lui, la rigueur du dessin, l'impeccable raffinement de la ligne se complètent pjir l'art de les voiler sous le fondu du modelé et le clair-obscur (ce que les Italiens appellent lo sfumato) ; la précision des contours n'est qu'une première étape pour s'élever à une précision plus subtile et plus difficile à atteindre, celle des plans. Dès le milieu du xv: siècle, la Joconde pas- I sait, en Italie, pour l'inimitable

! chef-d'œuvre de l'art du por-

I . •. II A a. . FiG. 304. — B. LuiNi. Le MARIAGE DE LA Vierge.

I trait, pour le plus grand eirort Z ■■ c

I \ . ,. Fresque DE L EGLISE DE Saronso.

I du peintre rivalisant avec la

nature. On disait que Léonard y avait travaillé quatre ans ; que, pour . donner à son modèle une expression douce et souriante, il l'avait

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'^^^^n^pff

FiG. 3o5. — Cesare da Sesto {?).

La Vierge aux balances.

(Musée du Louvre )

Fig. 3o6. — S0D0MA. Saint-Victor.

Palais public de Sienne.

entouré de divertissements et de musique. C'est seulement de nos jours qu'on a voulu découvrir dans la Joconde un caractère mystérieux et romanesque, un regard de sphinx, une ironie dédai-

^POLLO

gneuse, et mille autres choses auxquelles Léonard n*a pas songé.

Le type des Vierges de Léonard — d'où dérive celui qu'il a prêté a la Joconde, car les portraits d'un artiste de génie subissent toujours l'influence de son idéal — se rattache au type favori de son maître Verrocchio. Léonard l'a embelli, l'a spintualisé, en a éliminé les duretés et les sécheresses, l'a paré enfin de ce sourire, qui, déjà presque maniéré dans la Sainte Anne du Louvre, a tté exagéré encore et surtout affadi par la plupart de ses imitateurs. La Cène de Milan montre avec quel souci de la pensée Léonard savait grouper ses figures. Ce sujet avait été

FiG. 307. — B., LuiNi. La Nativim

Église de Saronno.

(Cliché Anderson, à Home.)

FiG. 3o8. — SoDOMA.

L'Extase de sainte Catherine.

Église de Saint-Dominique,

A Sienne.

FiG. 809. SODOMA.

Vierge et Enfant

AVEC saints personnages.

iMusée de Turin.) (Cl. Anderson, à Rome.)

traité bien souvent avant lui ; il en a donné la formule quasi c'éhnitive. Jésus vient de dire : " L'un de vous me trahira ", et il baisse la

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tête, comme sous le souffle de l'émotion qu'il a déchaînée. Ce n'est pas seulement une grandeœuvre de peinture, mais une page de psychologie profonde, une étude de caractères et de sentiments, traduits à la fois par les expressions des physionomies, par les gestes et par les attitudes.

A côté de ces belles peintures à demi ruinées, il existe heureusement un bon nombre de dessins de Léonard, qui comptent parmi les chefsd'œuvre incontestes de la Renéiissance et suffiraient a la gloire de leur auteur. Deux d'entre eux doivent être cités hors pair : le carton de la Vierge et sainte Anne, qui est a l'Académie de Londres (fig. 302), et l'esquisse à la plume de X Adoration des Mages, qui est au Louvre (fîg. 303).

Il existait, à Milan, une école indigène, dérivant de celle de Padoue, notamment de Mantegna. qui avait été fondée veis 1450

FiG.Sio. — P.Pérugix. La Vierge et l'Enfant

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