Partie du plafond LA Chapelle Sixtine av Vatican
hasard, il se maintient par ; il se fcut une habitude de l'exceptionnel. Ceux qui l'imitèrent sans avoir son génie tombèrent dans la manière, c'est-à-dire dans l'affectation de sentiments qu'ils n'éprouvaient pas ; voila pourquoi le gigantisme tourmente de Michel-Ange fut pernicieux a l'art, bien plus encore que l'académisme naissant de Raphaël.
Michel-.Ange vécut quatre-vingt-huit ans et ne commença pas sa carrière d'artiste avec des allures de
Ufj
FiG. 34Ô. — .Michel-Ange.
Jérémie.
Chapelle Sixtine. ai" Vatican
Titan impétueux. Elève de Ghirlandajo et d'un sculpteur formé à l'école de Donatello, mfluencé par les œuvres puissantes de Jacopo délia Quercia (fig.260), il s'mspira aussi, dans sa première période florentine, des marbres antiques de la collection des Médicis. On connaît l'histoire de la statue de Cupidon, qu'il enterra pour la présenter comme une œuvre romaine et qui fut d'autant plus admirée qu'on la crut vieille de quinze siècles. Mais le génie de Michel-Ange n'avait en commun, avec l'art antique, que le goût des types généraux. La sérénité lui était inconnue, et toute tradition lui pesait comme une entrave.
On le reconnaît déjà à ses premiers chefs-d'œuvre (fig. 342, 344) : la Vierge portant le Christ mort à Saint-Pierre de Rome (1498), la Vierge et l'Enfant de Bruges (1501) et le David de Florence (1504). Si le David, chef-d'œuvre d'anatomie, parait à beaucoup de critiques une erreur de goût, les deux Vierges sont admirables et révèlent un grand génie déjà mûr. Michel- Ange posa hardiment le corps du Christ nu sur les genoux de la Vierge drapée et sut tirer un effet saisissant de ce contraste. La Vierge souffre en silence ; elle est trop haute et trop fière pour pleurer. Le groupe de Bruges
n'est pas d'une inspi- FiG. 347. -Michel- Ange. ^^^^^^ ^^-^^ j^^^jj^ Esclave enchaîne. t ' £ '
iMusée du Louvre.) L entant n est pas sur
Fig. 348.
Michel--\nge.
Laurent de Médicis.
ilL PENSJEROSO.)
Chapelle des Médicis,
a Florence.
MICHEL. ANCE ET CORRÉGE
les genoux de sa mère. C'était l'attitude traditionnelle : Michel-Ange devait s'en écarter.
11 est debout auprès d'elle, entre ses genoux, robuste et pensif. Elle aussi est robuste et pensive, sans abandon, sans tendresse, vibrante de mouvement contenu. Les doigts de la main droite, qui tient un livre, semblent frémir.
Tout Michel-Ange est déjà dans ces deux œuvres, pour qui sait les regarder et s'en pénétrer.
Le pape Jules II, le plus
FiG. 349. — Michel-Ange. L'Aurore.
Chapelle des Médicis, a Florence.
énergique des successeurs de saint Pierre, était digne de comprendre et de protéger un pareil homme. Il le chargea, en I 508, de décorer le plafond de la chapelle Sixtine, au Vatican. L'œuvre énorme que Michel-Ange accomplit la en quatre ans n'a pas d'égale ni de similaire en peinture. Ces scènes de l'Ancien Testament, ces Prophètes, ces Sibylles, ces éphèbes assis, tout cela ne ressemble à rien de ce que le monde avait encore vu (fig. 344, 346). Figures sculpturales, démesurées, éclatantes de puissance musculaire et de force tendue, dans des poses d'une hardiesse et d'une nouveauté déconcertantes, ce sont les représentcuits d'une race à la fois humaine et surhumaine en qui Michel- Ange a comme extériorisé son rêve d'énergie sauvage et de grandeur.
Charge de sculpter le tombeau de Jules II et celui des Médicis a Florence, Michel- Ange transporta dans la sculpture, son domaine favori, les vi- FiG. 35o. — Michel-Ange. • -11
r, T sions exaspérées de la