LA RENAISSANCE ALLEMANDE
France ; un de ses imitateurs à Augsbourg, Amberger, fut un portraitiste vigoureux et pénétrant (fig. 41 1).
Lucas Cranach ( 1 472- 1553), fondateur de l'école saxonne, était un tout autre homme que les précédents. Bien qu'ami intime du prince électeur de Saxe, lié avec Luther et Melanchton, dont il a peint les portraits, il n'avait rien d'un penseur ni d'un raffine. Le fond de son talent est la rusticité allemande, frottée de littérature et de mythologie, éprise d'élégance, mais à la façon d un paysan parvenu. Son savoir, qui se manifeste dans de beaux portraits, parait ailleurs un peu mince, d'autant plus qu'il produisait beaucoup et signait de son monogramme (le dragon) nombre de tableaux exécutés par des aides. Son type de femme est tout à fait particulier, avec un front énorme et des yeux obliques de Chinoise. A la différence de Durer et volontiers le nu, non seulement Adam et raient, mais les divinités de la fable (fig
tio. 414. Joos VON Cleve.
La Mort de la Vierge.
(Musée de Munich.) (Cliché Bruckmann, d Munich.)
Fig. 413. — Baldung Gries.
La N.\tivité.
(Musée de Francfort.)
(Cliché Bruckmann, à Munich.)
de Holbein, il représente très Eve, que tous les peintres figu- .412). Rien n'est plus risible que ces nudités de Cranach, souvent affublées, comme la Vénus du Louvre, d'un grand chapeau de velours rouge. Sa peinture, uniforme et sèche, a quelque chose de ligneux, comme son dessin ; il est d'autant plus allemand qu'il fait plus songer à l'art natio»
nal, la sculpture en bois.
Parfois, surtout dans ses anges, il rappelle beaucoup Pérugin, dont il a dû connaître quelques tableaux. Cranach est le plus amusant des
peintres, non seulement parce qu'il cherche à amuser, mais parce que sa neûveté et son faux goût de l'élégance amusent souvent le spectateur à ses dépens (fig. 408, 410). 11 a d'ailleurs pemt quelques portraits réalistes, qui prennent rang parmi les chefs-d'œuvre de l'école (fîg. 409). Comme graveur, il est inférieur a Durer et a Holbein, mais plus populaire et bon enfant ". Son fils, Lucas le Jeune, continua son art, on dirait presque son industrie, et inonda l'Allemagne de tableaux trop rapidement exécutés.
L'école d'Alsace produisit, au XV'l' siècle, un artiste éminent, Mathias Grûnewald, précurseur, dans sa Crucifixion de Colmar, du réalisme moderne le plus intense, et le premier Allemand qui ait employé la couleur non pas en enlumineur, mais en peintre. 11 eut peut-être pour eleve Hans Baldung Grien, qui travailla a Strasbourg et fut influencé par Durer; ce fut un dessinateur nerveux et un bon coloriste (fig. 413). L'école de Cologne tomba de plus en plus sous la dépendance des Paj's-Bas et de l'Italie. Un peintre très fécond, déjà imprégné d'italianisme, qu'on a nommé, jusqu'en 1 898, le Maître de la Mort de la Vierge, s'est révélé dernièrement sous le nom de Joos von Cleve, né à Anvers et mort en 1540 (fig. 414). Cet artiste distingué, qui travailla probablement à Cologne, eut pour élève le dernier peintre remarquable de cette ville, le portraitiste Barthélémy Bruyn (fig. 415). Mais, des la seconde moitié du XVI siècle, on peut dire que l'art allemand est mort, étouffe d'une part par l'imitation italienne, qui ne produit que des œuvres médiocres et sans caractère, victime d autre part des guerres religieuses qui dévastèrent l'Allemagne et y firent reculer la civilisation de plus d'un siècle Quand l'orage se dissipa, le pays était appauvri, la tradition nationale interrompue. L'art italien et l'art français régnèrent sans partage ; puis ce fut le tour de l'académisme, du néohellénisme, du raphaélisme, de l'impressionisme. Aujourd'hui encore, bien qu'elle compte de grands artistes, l'Allemagne ne possède pas d'art
Fig. 4i5. — B. Bruy.v.
L'HO.MME A l'œillet.
(Musée de Francfort.) (Cliché Britckmanii, à Mui''cli.)