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Expressions d'Anatole France

FiG. 578. — John Sargent.

The Misses Hunter.

(Collection de Mrs Hunier.)

AHOLLO

raffinée et aristocratique fut représentée surtout par Gustave Moreau et par Baudry (fig. 563, 564, 569).

11 y a du pleinairisme, du symbolisme et de l'idéalisme, mais surtout de la poésie et une haute raison dans l'œuvre de Puvis de Chavannes (1824-1898), le décorateur par excellence du XIX' siècle, le seul qui ait su peindre une vaste composition sur une paroi sans la trouer d'ombres importunes (fig. 567).

Ses grandes oeuvres sont à la Sorbonne, au Panthéon, aux Musées d'Amiens, de Lyon et de Marseille. Ceux de ses contemporains dont il parait tenir davantage sont le Lj^onnais Chenavard, plus penseur que peintre, et Chassériau, artiste original qui mourut trop jeune (1819-1856; fig. 561). Puvis se rapprocha volontairement de Giotto, non seulement par la simplicité des mouvements et des attitudes, mais par un parti pris d'inachèvement et même d'incorrection dans le dessin. Cet archaïsme un peu puéril fut l'erreur d'un homme de grand talent qui a su, comme pas un, grouper des personnages sur des fonds de paysage idylliques ou héroïques, mais qui ne s'est guère mis en peine de représenter l'action et le mouvement.

L'étude des maîtres illustres du passé, devenus si accessibles dans les Musées, est un facteur essentiel de l'art moderne ; nombre de nos peintres les plus réputés offrent comme la synthèse d'une éducation

Fig. 579. — G. Watts. L'Espérance.

(Taie Galtery à Londres. J (Ctichc Hnllyer, Londres.)

L'ART AU XIX' SIECLE

FiG. 58o. — J. Whistler.

Portrait de la mère de l'artiste.

I Musée du LuxemboiirL' i

académique uniforme et de l'influence d un génie d'autrefois, élu de leur tempérament individuel. Ainsi, la puissante nature de Bonnat s'est nourrie de Ribera et de Velasquez (fig. 565. 566. 570) ; Ricard s'instruisit auprès de Titien et de Rembrandt, H. Regnault auprès de Goya (fig. 558) ; Velasquez a inspiré Carolus Duran dans ses meilleures toiles {la Dame au gant, fig. 571) ; Corrège et Prudhon se reconnaîtraient dans Henner, le peintre des éclatantes blancheurs (fig. 572) ; Roybet a juré par Hais, H. Lévy par Rubens, Bail par Vermeer ; Baudr>' et Benjamin Constant se sont crus Vénitiens ; Bastien-Lepage et Dagnan-Bouveret ont aimé Holbem (fig. 368). Notez bien qu'il s'agit de leçons posthumes librement recherchées et assimilées, non de pastiches, que le goût moderne, en France du moins, ne tolère pas. Des écoles de plagiaires comme celles de Léonard et de Raphaël au XVh siècle ne seraient plus acceptées par l'opinion, et Raphaël lui-même, s: peu discret dans ses emprunts,

aurait aujourd'hui maille a partir avec elle.

L'école de peinture en pajs belge et hollandais. Gallait, Leys, Wauters, Israëls, dérive a la fois de David, des romantiques français et des grands peintres flamands et hollandais du XV'II- siècle. Elle a produit toute une série d'œuvres solides, fortement pensées et dessinées ; mais, chose étrange sous les cieux de Rembrandt et de Rubens, elle n'a guère compte qu'un grand coloriste, Braekeleer. En Hollande, le paysage moderne a trouvé des interprètes émus, les frères Maris et le peintre de marines Mesdag.

En Allemagne, la tendance roman-

- 3ii —

Fig. 58i. — F. Rvde.

La Marseillaise.

(Arc de triomphe de l'Étoile, à Paris.)

FiG. 582. — A.-L. Barye.

CoMliAT d'IN tigre ET U L'N CROCOUILE.

iMusée dit Louvre.)

APOI.LO

tique s'incarna d'abord dans un Viennois fantasque, Moritz von Schwind, qui peignit, non sans recherche d'archaïsme, des scènes

historiques et des légendes du Moyen Age. Mais l'école dominante fut celle dite des Nazaréniens, dont le siège était a Rome et qui se proposa surtout l'imitation du XV- siècle italien. Les maitres de cette école, Overbeck (1789-1869), Fuhrich, Schnorr, sont aujourd'hi i bien oubliés, non moins que Cornélius et son eleve Kaulbach, qui s inspirèrent également de Durer ; ils peignirent aussi mal qu'Ingres, dessinèrent beaucoup moins bien et se distinguèrent de lui par le goût de grandes compositions symboliques, qui sont ennuyeuses et reclament des commentaires. La peinture historique et anecdotique eut son Meissonier en Menzel (t 1905), qui fit revivre, avec beaucoup d'esprit et une touche savante, le grand Frédéric et sa cour. Une école néo-vénitienne naquit à Vienne avec Hans Makart (1840-1884), coloriste éclatant, esprit superficiel (fig. 573). Les portraitistes anglais. Van Dyck et Titien, formèrent le talent de Lenbach (1836-1904), dont les beaux portraits de Bismarck, de Moltke et de Guillaume I ' sont des œuvres plus saisissantes que raffinées (fig. 576). Le réalisme français trouva des adeptes en Uhde et en Liebermann, le premier enclin au mysticisme, le second plus directement inspiré de Millet. Enfin la Suisse allemande compta un coloriste d'une outrance affectée, Bœcklin (1827-1900), réaliste et romantique à la fois, peintre et penseur, mais trop préoccupe d'éblouir et de poser des énigmes (fig. 577). De Bœcklin dérive le Saxon Max Klinger (né en 1857), peintre, graveur et sculpteur, étrange aussi, d'une étrangeté voulue, mais plus instruit et d'un talent plus robuste. A l'heure actuelle, 1 influence de l'art français d'hier parait dominer dans toute l'Alle-

Fig. 583. — Ciir. Rauch.

mo.nume.vt

ni; Frédéric le Grand.

(Herliii )

L'ART AU XIX' SIECLE

FiG. 584. — 11 ^il v, L

Jeanne d'Arc.

tMtisce du Luxembourg I

magne, qui a des artistes habiles, mais pas de style national.

L'Italie a produit un paysagiste de plein air, révélateur des hauts sites alpestres, dont l'influence a été sensible sur l'école française, Segantmi. Un autre artiste italien, Boldini. compromis singulier entre Baudr>- et Manet, doit plutôt être compte parmi les Parisiens de l'école décadente ; mais il y a de rares qualités de touche dans ses portraits élégants et névroses.

Depuis 1850 environ, l'école française donne le ton a toute l'Europe ; l'Angleterre seule forme une province indépendante, ou, d ailleurs, les talents originaux sont devenus rares. Dans la première moitié du siècle, le plus grand artiste anglais est Turner (1775-1851), peintre amoureux de la lumière jusqu'à l'extase, Claude Lorrain romantique, fiévreux et quelquefois théâtral (fig. 574). Mais avec La\vrence, mort en 1 830, l'école des portraitistes du XVllp siècle avcut déjà tourné à l'académisme et la peinture anglaise traversa à son tour une phase de banalité et d'affaissement. Elle en fut tirée, en 1 848, par trois amis, Hunt. Rossetti et Millais, qui formèrent la "confrérie des Préraphaélites" {Preaphaelite Brotherhood, P. R. B.).

Millais s'écarta plus tard du groupe pour devenir un bon peintre bourgeois ; mais Rossetti eut un brillant eleve, Burne- Jones (fig. 575), et Watts, bien qu'indépendant a l'origme, s'mspira d'idées analogues (fig. 579). \ lolemment attaqués par les académiques, les P. R. B. furent défendus par l'esthéticien Ruskin, qui exerça une influence énorme sur l'art de son temps. Les Préraphaélites

Fir,. 585 A. Mercié.David voyaient dans Raphaël un apostat de l'idéal

(Musée du Luxembourg.) et UH apôtre du savoir-faire ; lis prenaient

Ji j

FiG. 586. — A. Mercié.

GLORIA Viens.

(llùlel de Ville de Paris.)

modèle sur Botticelli et sur Mantegna. Mais ce n'étaient pas de vulgaires pasticheurs '*. Le caractère le plus saillant de leur école est l'intellectualisme, le dédain de l'art pour l'art ; ils veulent raconter et enseigner, toucher l'âme des foules, aller au peuple et le convertir a la beauté. Toutefois, ils ne racontent pas des anecdoctes bourgeoises comme Hogarth ; l'antiquité et le Moyen Age celtique leur fournissent des légendes où ils découvrent et veulent faire découvrir des symboles. Bien que plusieurs d'entre eux, des 1848, aient devancé l'école française dans la voie du pleinairisme et du f3ointillisme , ce ne sont pas des impressionistes ; ils ont horreur du faire lâché

et expéditif ; leur facture, minutieuse et pédante, juxtapose, mais sans

assez les harmoniser, des couleurs intenses

et crues.

Cet art sec et factice, bien qu'au service d'un idéal très élevé, devait finir par

causer quelque lassitude. Un pemtre-graveur

américain, Whistler (fig. 580), se rattachant

comme Manet à Velasquez, mais moins

agressif dans l'expression de ses préférences,

exposait à Londres des portraits impres-

sionisles d'une délicate tonalité gris d'argent,

des paysages lestement enlevés à la française, un surtout, ' nocturne en noir et or ",

qui fit sensation. Ruskin injuria Whistler ;

il l'accusa d'avoir jeté r.n pot de couleurs

â la face du public ". Whistler fit un procès

à Ruskin (1878) ; il obtint un centime de

dommages-intérêts, et les débats, où Burne-

I . Monet et Pissarro allèrent â Londres en 1 870 et y subirent l'influence des artistes anglais, mais surtout celle de Turner, mort vingt ans plus tôt, dont les dernières œuvres sont " impres- «ionistes

FiG. 587. — P. Dubois.

Chanteur florentin.

(Cliché Keurdein )

L'ART AU XIX' SIECLE

FiG. 588. — L.-E. Barrias.

Les Premières Fi'nérailles.

(l'etit Palais ) (Cliché (îirau.i'ui.)

Jones vint témoigner contre l'art nouveau, parurent consacrer le triomphe du préraphaélisme, maître du goût public et prétendant le rester. En réalité, c'était le commencement du déclin. Whistler est mort en 1903, admiré et imité ; l'école de Rossetti et de Burne-Jones est en pleine dissolution, et 1 art français, sous sa forme la plus récente, trouve au nord de la Manche de nombreux amis.

L'esthétique des P. R. B. n'a pas dominé, à titre exclusif, dans l'Angleterre contemporaine. Un peintre d'origine hollandaise. Aima Tadema, s'est rendu célèbre par des tableaux de la vie antique, d'une minutie de facture qui n'exclut pas la grandeur.

Le portrait a été brillamment représenté par Orchardson, Herkomer, Ouless et Laver}', le paysage par H. Moore et par B. Leader, auteur du tableau : Le soir il y aura de la lumière, qui sera sans doute compté

un jour parmi les chefs-d'œuvre du paysage

moderne.

La sculpture ne fut que faiblement atteinte par le mouvement romantique.

Jusqu au delà du milieu du XIX siècle, elle s'inspira surtout de l'antique, de Canova et de Thorwaldsen. Pourtant, en France, la tradition de Puget et de Houdon survécut ; elle s'amplifia même dans le Bourguignon Rude (1784-1855), artiste vigoureux qui s'éleva au sublime dans sa Marseillaise (fîg. 581). Le salon de 1833 révéla le génie de Barj-e (1796-1875), animalier incomparable, qu'on peut appeler le Michel-Ange des fauves ; Cain et Gardet ont suivi la voie qu'il a tracée (fig. 582). L'Allemagne eut aussi des sculpteurs puissants, en qui re\ecut. mi-

Fig. 589. — Saist-Marceavx.

Génie garecast le secret

de la tombe.

(t'.liché Seurdein.t

^^^^^^^^^^^^ tigé par l'influence canovesque, quelque

f^^^^^^^B^^^H chose de l'âpre Renaissance germanique, M ^^^^^1 Rauch et Rietschel (fig. 583). Entre 1850 et 1865 environ, l'imitation de la sculpture italienne de la Renaissance vint se greffer sur le néo-classicisme ; de là, un éclectisme distingué qu'ont représenté jusqu'à nos jours des artistes comme Chapu (fig. 584), Mercie (fig. 585, 586), Dubois (fig. 587), Bartholdi, Guillaume, Barrias (fig. 588), Saint-Marceaux (fig. 589). Mais la tradition de Rude, avivée par une étude passionnée de la nature, se poursuivit avec Carpeaux (1827-1875), dont le Groupe de la Danse, sculpté pour la façade du Grand Opéra, fit à la fois scandale et école (fig. 590, 591). Lorsqu'on le dévoila, en 1869, un imbécile inconnu y répandit, pendant la nuit, le contenu d'une bouteille d'encre : c'était le mouchoir de Tartuffe offert a des femmes en chair et en os, toutes frémissantes de mouvement et d'émotion, comme on n était plus habitué d en voir. Plusieurs de nos maîtres sculpteurs contemporains, Frémiet (neveu de Rude), Dalou, Falguière, Bartholomé, Injal-

bert, paraissent se rattacher à Car- (fig. 592- Mais cette est réaliste que naturainfluence des modèles y

. 5qo. — J.-B. Carpealx.

La Dansk.

lCiraii.1 Opcra de l'aris.)

peaux 594).

école plutôt liste grands est encore sensible dans la recherche de la sveltesse et de l'élégance. Le naturalisme intégral, qui n'avait guère eu de prophète en sculpture depuis Dona-

1 1', :.! —J.-B. Cakpeaux.

Fontaine des Quatre Parties du monde.

(Jardin du Luxembourg, allée de l'Observatoire, à Paris. J

L'ART AU XIX' SIECLE

! tello, en a trouvé deux de notre temps : Rodin en France, Constantin Meunier en Belgique. Meunier {'[' 1905) est le Millet de la sculpture, un Millet qui représente au vrai, non des paysans, mais des travailleurs des mines et des ouvriers (fig. 593). Rodm, plus varié, plus poète, est aussi moins pondéré et plus agressif (fig. 596, 597). A cote de portraits admirables, de figures isolées que Donatello eut reconnues siennes, de groupes d'un sentiment profond ou d'une passion vibrante, il a confié a l'ébauchoir tous les rêves d'une fantaisie en délire, orientée souvent vers le monstrueux et l'exceptionnel. Mais, alors même qu'il s'égare, cet étonnant artiste ne faiblit jamais ; la forme reste vivante et tressaillante ; l'argile ou le marbre participent à l'hyperesthésie du sculpteur, (v 1918).

L'influence florentine a marqué de son empreinte un maître raffiné, graveur de plaquettes et de médailles, Roty ; mais il n'est ni florentin, ni grec ; dans son élégance aristocratique, il rappelle plutôt l'école de Fontainebleau et Jean Goujon, la première transformation française de l'art italien. Un émule de Roty, plus âge que lui, Chaplain, se rattacha davantage a la tradition classique et a celle des grands médailleurs français du X\ll' siècle, Dupré et Warin.

Depuis 1 890 en'> iron, les ressources expressives de la sculpture se sont accrues par une renaissance de la polychromie, qui, chaque jour, va s'imposant davantage. La polychromie n'a été bannie de la grande sculpture qu'a l'époque de Michel-Ange, parce qu'on découvrait alors en grand nombre des statues antiques lavées par les pluies; l'antiquité et le Moyen Age avaient colorié les marbres, et les exemples de polychromie, encore fréquents dans la première moitié

Fig. 592. — E. Frémiet.

Jeasse d'Arc.

(Première version de l'artiste,

autrefois place des Pyramides,

à Paris.)

Fig. SgS. — A. Falgcière.

Jei"se Martyr chrétien.

(Musée du Luxembourg. j

FiG. 594. — Bartholomé. Le Monument des morts (Cimetière du Pure Lachaise, à l'.iris.) fCliciié Fiarillu.)

du XVI' siècle, se sont multipliés en Espagne jusqu'à nos jours. On peut même dire que la sculpture populaire et l'imagerie religieuse n'y avaient jamais renoncé. Dans ce retour vers la sculpture peinte, qui sera peut-être, à titre exclusif, celle de demain, un rôle d'initiateur est échu à un artiste français, à la fois peintre et statuaire, mais plus

original comme statuaire que comme peintre, Gérôme, l'auteur de la figure assise qui personnifie la nécropole deTanagra (fig. 598). Barrias en France, Klmger en Allemagne, sont entres résolument dans la même voie.

Nous avons constaté, dans l'art français du XlX* siècle, bien inspirations venues du dehors et du passé, de l'Angleterre, de 1 pagne, de la Hollande, de l'Allemagne, de Venise, de Florence, Rome. Il nous reste à dire quelques mots d'une influence qui s'est manifestée sur les arts industriels des le milieu du XVIIP siècle, celle de l'Extrême-Orient. Dans le mobilier et la céramique du temps de Louis XV, les motifs de la décoration chinoise ont une grande part. La fabrication de la porcelaine chinoise commence vers 1 époque de Char- p,g 5^3 (^ meunier, lindustrie.

lemagne ; depuis le (Musée du Luxembourg.)

des

Es-

de

L'ART AU XIX' SIECLE

FiG. 590. E. RODIN.

Saint Jean-Baptiste.

(Musée du Luxembourg )

XIII' siècle, le commerce en répand les spécimens en Europe ; au XVlll' siècle, la

décoration s'en inspire, et Watteau déjà

s'amuse à peindre des chinoiseries. Mais

l'art chinois avait donné naissance à un fils

mieux doué que lui, l'art japonais, épris avec

ferveur des subtilités de la ligne, des caprices éclatants de la couleur, dédaignant la

symétrie pour une sorte de strabisme raffiné,

peignant et sculptant des animaux avec un

réalisme resté presque inconnu de l'Europe.

L'âge d or de cet art fut le XVlll' siècle;

l'Europe le découvrit dans la seconde

moitié du XIX . C'est d'abord a l'art

décoratif que s'adressèrent ces leçons

venues de loin ; elles lui enseignèrent les

laques, les flammés, les coulées d émail,

mais surtout elles l'aidèrent à s'émanciper

de 'a tradition. Le siècle qui avait produit

tant d'artistes n'avait pas su créer un style ;

après le style dit Empire, qui remonte a la

fin du règne de Louis XV, on n'avait connu qu'un piteux éclectisme ou

des imitations serviles des styles antérieurs. Le Japon fournit à 1 Europe

l'occasion de découvrir ce qu'elle cherchait ; il n'est pas le père, mais

le parrain du modem style.

L'évolution de ce style ne fait que commencer, et l'embarras est grand de le définir. Il est plus facile de dire ce qu'il n'est pas que ce qu'il est. De tous ceux qui ont paru jusqu'à présent, il est le premier qui ait cherche consciemment la nouveauté, qui se soit détourné avec parti pris des sentiers battus.

De là au bizarre et au grotesque, il ny a qu'un pas ; mais ne le jugeons point sur quelques extravagances isolées. Né, comme l'indique son nom anglais, de l'enseignement de Ruskin, qui prêcha

FiG. 597. — E. RoDis. Buste de femme (Musée du Luxembourg.)

1 le culte de la simplicité, de la ligne et de la couleur expressives, doté de ses premiers chefs-d'œuvre par William Morris, à la faveur du mouvement préraphaélite, il trouva dans 1 art du Japon des inspirations opportunes, l'affranchissement de la symétrie et des ordres grecs, une entente admirable de la flore et de la faune emploj'éescomme éléments décoratifs. Mais il demanda au Japon plutôt des leçons que des modèles. 11 se pique de n'imiter rien m personne, de rompre également avec l'antique et le gothique, de substituer l'expression individuelle, la pensée qui se matérialise, au schématisme des formes transmises et des formules ensei-

~" gnées. La beauté, pour lui, ne réside pas FiG. 5ûB. — GÉRÔME. Tanagra. j ri- n . ■ . j

,,;,, . , dans I élégance ; ele est uniquement dans

(Muace du Luxembourg.) * i i- i l l l-

la convenance, dans 1 éloquence de la ligne, dans la suggestion impérieuse ou douce de la couleur. Avant d'applaudir a ce mouvement ou d'en médire,

il faut laisser à ses fruits encore ' ' 1

verts le temps de mûrir (fig. 598) .

Est-il permis de se hasarder à prévoir l'avenir, après avoir jeté un coup d'oeil rapide sur le passe ?

Quelles seront les destinées de l'art au -XX- siècle qui vient de commencer ?

D'abord, il ne sera plus question d'écoles locales. Avec la rapidité et la facilité des communications, on ne verra plus d écoles rivales et différentes à quelques lieues de chemin, comme furent celles

I. " Le temps est venu, écrivait récemment M. H. Cochin. de prononcer le De Profundh sur le soi-disant modem style (.Gazelle des Beaux- Arts, 1903. II. p. 44.) Je trouve cet arrêt bien prématuré.

Fig. 599. — Intérieur DE "STYLE

.moderne'', co.mposé par la maison

Barbedienne-Dit.mas. a Paris.

L'ART AU XIX'^ SIECLE

d'Athènes et d'Argos, de Florence et de Pérouse, de Bruges et de Tournai. Dès le xvin« siècle, les écoles devinrent nationales : on eut l'école française, l'école anglaise, l'école espagnole. Dans la seconde moitié du XIX- siècle, l'école française prend le dessus et tend à donner le ton aux autres ; mais, en même temps, l'unité de cette école se brise; on y trouve concurremment des classiques, des romantiques, des réalistes, des idéalistes, des impressionistes. Ainsi tout porte à croire que les écoles ne seront plus désignées par des noms de villes ou de peuples : la rivalité ne sera plus entre pays, mais entre principes.

Combien s'est élargi, tout en se simplifiant, le champ de nos études !

Au XIX" siècle, pour la première fois dans l'histoire, l'art moderne, fils de la Renaissance, eut des représentants dans toutes les contrées de l'Europe : le sculpteur Thorwaldsen, les peintres Thaulow et Edelfeldt dans les pays Scandinaves ; les sculpteurs Antokolsky et Troubetzkoï (fig. 600), les peintres Verestchaguin, Rjepin et Serow en Russie ; le Hongrois Munkacsy, le Galicien Matejko, le Tchèque Brozik, le Grec Rallis, le Turc Hamdi-bey. Les Etats-Unis sont entrés brillamment dans la lice avec un sculpteur comme Saint-Gaudens ("i" 1907 ; fig. 601), des peintres comme Whistler, Alexander et Sargent (fig. 578). Ceux-là et bien d'autres, formés à Pans, à Rome ou en Allemagne, ont donné naissance, dans leurs divers pays d'origine, à des écoles qui ne sont pas nationales, mais qui puisent leur inspiration et leur sève aux grands courants qui constituent 1 art européen.

L'art de l'avenir sera-t-il surtout réaliste ? Je ne le crois pas. Une des belles découvertes du X1X« siècle, la photographie, nous a rendu la réalité plus familière. Quel artiste, fût-il doué comme un Van Eyck, voudrait aujourd'hui lutter avec la plaque sensible ? Ce que l'on demande surtout à l'art, c'est ce que la photographie, même la photo-

I. Quelle folie de songer à copier la nature ! 11 faut simplement lui demeurer parallèle ". (Puvis de Cbavannes.)

FiG. Ooo. — Prince Trovbetzkoï.

Le comte Tolstoï.

(Collectiun J. Reinach à Paris.f

graphie polychrome, ne peut donner, la beauté suggestive des formes et des mouvements, le rayonnement, 1 intensité ou le mystère de la couleur, en un mot l'équivalent, dans le domaine de l'art, de ce qu'est la poésie dans celui de la littérature. L'art du XX'= siècle sera, j'en

suis persuadé, idéaliste et poétique, en même temps que populaire ; il traduira l'éternelle aspiration de l'homme, de tous les hommes, vers ce qui manque à la vie de chaque jour et la complète, vers ce superflu et ce luxe que réclame notre sensibilité et dont aucun progrès d ordre utilitaire ne peut tenir lieu.

Loin donc de croire que la mission sociale de l'art soit achevée ou près de son terme, je pense que le XX' siècle lui fera une place plus grande et plus large encore que les précédents, il attribuera aussi — je lespere, du moins — une importance croissante à l'enseignement de l'art dans l'éducation. Il y a là un ordre d'études auxquelles l'homme civilisé, quelle que soit la profession qui l'occupe, ne peut plus aujourd'hui rester étranger. C est dans cette conviction que j'ai préparé ce cours d'histoire générale auquel vous avez fait si bon accueil ; il me reste a vous dire merci en le terminant.

FiG. ôoi. — Saist-Gaudens.

Le deuil.

(Monumentexécuté pour Madame Adams

dans un cimetière près de Washington.)

Juin 1903- Jum 1904.

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L'ART AU XIX' SIECLE

INDICATIONS COMPLEMENTAIRES

Pour compléter et tenir au courant les bibliographies qui font suite aux chapitres de ce Ii\Te. II suffit de dépouiller VArchâologischer /4nzei?er (art antique) et le Reperlorium fur Kunslwissenschaft (art chréiien. moderne et oriental). Depuis 1904. ce dernier recueil ne donne plus de bibliographie; il faut recourir aux Monatshefte fur Kunstuissenschaft (Leipzig) et au Répertoire d'art et d archéologie (Paris, depuis l'îlO).

On trouvera un grand nombre de monuments reproduits par la gravure ou la photographie dans les ouvrages suivants, qui ne devraient manquer à aucune bioliothèque dhistoire de l'art :

1° Seroux d'Agincourt, Histoire Je l'art par les monumenls (IV'-XV1° siècles), Paris, 6 vol.. 1823, avec 325 pi. (plusieurs éditions et traductions) ; 2' F. Winter et G. Dehio, Kunstgeschichte in Bilderrt, 5 vol. jusqu'au XVIIP siècle, Leipzig, 1899, 1900; 3" Reber et Baversdorfer, Klassischer Bilderschalz. 12 vol., Mumch, 1888-1900 (1800 tableaux, du XIV^ au XVIIP siècle) ; 4' Les Mêmes, Klassischer Shulpiurenschatz, 4 vol., Munich, 1896-1900 (sculptures anciermes et modernes); 5" P. Vitry et G. Brière, Documents de sculpture française du Moyen Age, Paris, 1904 (940 photograhies) ; 6" G. Hirt, Kulturgeschicht'iches Bilderhuch. 6 vol., Munich, 1887-1893 (3 500 gravures d'après des oeuvres du XVI' au XVIIP siècle) ; 7' S. Reinach, Répertoire de peintures du Moyen Age et de la Renaissance, 4 vol., Paris, 1905-1918 (5000 gravures d'après des tableaux du XIV' an XVI* siècle).

Toute bibliothèque d art devrait posséder aussi les Dictionnaires des artistes de Thieme et Becker (Leipzig, 1907 et suiv.)et deBénézit (Paris. 191 I et suiv.). ainsi que l'Histoire (/eT^^r/d'A. Michel et autres (P.. 1905 et suiv.). la Storia delTarie de G. RIzzo et P. Toesca (Turin. 1913 et suiv.), et la collection des Histoires de fArt dite Ars Una (P.. 1910 et suiv.i, conçues sur le modèle d'.-lpo//o.

Chasse de la cloche de sai.nt Patrice.

(\h siècle. j

(Musée de Dublin.)

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