LÉON COGNIET
'.Musée du Luxembourg.)
Courbet : c'était ur.e protestation contre ces femmes nues, déesses ou mortelles, aux silhouettes d'une irréelle élégance, aux chairs exsangues et transparentes, dont l'académisme du XIX* siècle s'est montré prodigue. Mais cette exhibition tapageuse fit scandale sans faire école ; la technique de Manet fut plus imitée que sa conception un peu caricaturale de la forme. De sa technique, dont la formule est la juxtaposition des couleurs franches — car, disait-il, le principal personnage d'un tableau, c'est la lumière — dérivent deux tendances générales, qui, vers 1875, se développèrent en véritables systèmes, 1 impressionisme et le pleinairisme. L.' impressionisme est une sorte de sténographie picturale, dédaigneuse des détails, que la vision rapide et synthétique ne peut saisir. C'est aussi une réaction contre le symbolisme, lintallectualisme et tout ce qui, dans l'œuvre d'art, n'est pas du domaine
propre de
lart. Le
plein a i-
risme est
une révolte contre
lapeinture
faite dans
i'atelier,
avec des
noires que
le grand
jour ne
connaît
pas. On
peut être
impressioniste sans être pleinairiste, et réciproquement ; panni ces artistes ea
I. Le nom dérive d'un tableau exposé par le paysagiste Monet en 1863 au Salon des Refusez; P ' représentait un coucher de soleil avec ce titre : "' Impression
FiG. 571. — Caroll's Dl-ran.
La Dame au gant.
(Musée du Luxembourg.)
FiG. 572. — J.-J. Henner.
Saint Sébastien.
(Musée du Luxembourg.)
FiG. 573. — H. Makart.
Cléopatre sur le Cydnus.
(MiiSL^ de Stuttgart.jl.Xrl en tableaux. Scemann. C\1il.)
rupture avec l'Ecole, il y a presque autant d'écoles que d'individus.
Le plus remarquable des peintres de figures en plein air fut Bastien-Lepage, mort jeune, mais 'dont l'influence lui survécut. Le pleinairisme séduisit surtout les pajsagistes, Monet, Pissarro, Sis-
ley, Cézanne, qui, par leur technique, furent en même temps des
impressionistes. Renoir et
Henry Martin, bien que
paysagistes a leur heure, sont
plus connus comme peintres
de figures qui, vues de près,
ont l'air de taches multicolores,
mais, à la distance voulue,
font la joie des yeux. " L'im-
pressionisme, a-t-on dit, renouvelle le paysage par
l'amour et l'intelligence de la
lumière, et, dans ce besoin
même d'intensité, trouve la
technique nouvelle qui, pour
exalter le ton, le divise . "
Un des maîtres de l'impressionisme est un artiste raffiné, dessinateur
subtil comme Ingres, volontiers bizarre ou vulgaire dans ses conceptions, Degas. Un autre impressioniste, Besnard, demande la suggestion intense
I . Séailles, Caz(?//e des Beaux-Arts. 1903, î, p. 80. Voici encore quelques lignes bonnes f retenir : "Le pointillisme est la conséquence logique de la doctrine des impressionistes, qui était, en somme, celle de la division des rayons lumineux. L'école académique n'avait connu qu'une distribution artificielle de la lumière, un jour d'atelier ; les impressionistes s'efforcèrent de l'analyser, d'en isoler les éléments pour en augmenter la vibration. ' H. Cochin, Gazette des Beaux-Arts, 1903, I, p. 455.)
FiG. 574. — W. TURNER.
Tlin: FIGHTING TEMERAIRE.
(Galerie Satiutialc de Londres.) l\VfF.i(M.\NN. Mjlcrci, t. III. Scemann. é<lii.)
FiG. 575. — E. BURNB-JONES.
Le Chant d'a.mour.
(Collection T.-H. Ismay, à Londres.)
FiG. 576. — F. Lesbach.
Le maréchal de Moltke.
Collection Whitmait, à Londres )
L'ART AL XIX' SIÈCLE
de la vie a la juxtaposition
harmonieuse des couleurs les plus vives et semble vouloir renchérir sur la clarté du soleil. Un troisième. Carrière (7 1906), reagissant contre le pleinairisme, pousse a l'extrême la recherche de la fluidité de l'enveloppe et noie ses figures dans l'éclat diffus d'un demi-jour qui en accentue la mélancolie.
En général, l'impressionisme et le pleinairisme ont abusé de la lumière et fait abstraction de .
la réalité solide, qui n'en existe pas moins et revendique ses droits.
Sous l'mfluence de Courbet et de Millet, jointe a une sympathie toujours plus vive pour les classes laborieuses. 1 art élargit le cercle de ses sujets ; 1. représente le travail de la ville et des champs, les scènes de la rue, du village, de la mer, de l'usine, non pas seulement, comme les Hollandais, avec le goût de l'observation pittoresque, mais dans lesprit ' ému et fraternel ' de Millet. Parmi les artistes qui ont contribue a cette transformation, à cette exaltation du genre, on
peut nommer Liasse Butin, Lhermitte, Roll et Steinlen.
Nous sommes loin, avec eux, de " l'ombre dorée des parcs de Watteau " et des compagnies qui, sous les frissons du satin, parlaient d'amour ".
Le naturalisme de Courbet et de Manet provoqua une , réaction idéaliste, moins académique cette fois que sjTnboliste.
L'influence des préraphaélites anglais n'\- fut pas étrangère ; en France, cette tendance
FiG. 577. — X. BoECKLis. Les Néréides.
(iliisce de Bâle.J