‹ Apollonius DyscoleChapitre 23 sur 90 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

$ 1. De la méthode d’Apollonius. Avait-il quelque connaissance des langues étrangères ?

On a vu quelle riche collection formaient les ouvrages d’Apollonius et quelle faible partie s'en est conservée jusqu'à nous. Il semble donc, au premier abord , bien difficile de restituer avec quelque certitude l'ensemble des doctrines de ce grammairien. Mais si l’on songe qu Apollonius, dans ce que nous possédons deses écrits, se répète souvent lui-même; que, par exemple, dans la Syntaxe, à propos de chaque partie du discours, 1] rappelle et résume les principes développés dans ses divers traités sur le Nom, le Verbe et sur les autres mots; que mainte question d'étymologie, d'accentuation, d’orthographe se trouve mêlée à ses recherches de philosophie grammaticale, on désespérera un peu moins du succès de la tâche que nous nous proposons. D’ailleurs les grammairiens de la basse époque ne s’autorisent pas seulement d’Apollonius pour de petits faits et pour des critiques de détail; 115 invoquent et ils discutent quelques-unes de ses théories générales, et c'est ainsi que dans les Commentaires sur la Grammaire de Denys le Thrace la doctrine d’Apollonius est souvent opposée à celle de ce médiocre manuel,

devenu populaire dans les écoles byzantines. Enfin, au sixième siècle de l’ére chrétienne, un érudit vraiment distingué , Priscien, considérant Apollonius et Hérodien comme les plus parfaits grammairiens qu'eût produits la Grece, s’est fait un devoir de les prendre, presque en tout, pour guides dans sa vaste el instructive compilation ; là même où il ne les cite pas, on s'assure souvent qu'il les traduit ou les analyseencore. Tous ces témoignages, tous ces documents consultés avec soin et rapprochés l'un de l'autre, nous permettront d'exposer et d'apprécier ce que nous croyons être la vraie doctrine d’Apollonius sur les principales questions qu'il avait traitées.

Commençons par sa méthode; heureusement, elle se retrouve tout entière, dans les textes les plus authentiques qui portent son nom.

Une question divisait l'Ecole presque des les premiers essais des grammairiens, au temps de Socrate et de Platon : la grammaire est-elle une science proprement dite, ou bien, comme théorie, une simple étude de faits, et, dans la pratique, une simple routine? Dans ce débat, dont M. Lersch a fort bien exposé les diverses phases', Apollonius se distingue par une opinion aussi nette que sensée. Pour lui, la grammaire est un ensemble de lois et de règles établies sur l'observation exacte des faits. Voici quelques passages de la Syntaxe, où sa doctrine sur ce point, se montre avec une parfaite clarté. Ils suppléeront pour nous

1. Sprachphilosophie der Alten, 1" partie. Mais, quoiqu'il n'ait pas méconnu le rôle d'Apollonius dans cette dispute, l'auteur n'a fait que l'indiquer rapidement, p. 76. Il restait beaucoup à dire sur le même sujet, Cf. Græfenhan, Gesch. der Alass. Philol., t. TX, p. 133.

à la perte de ses prolégomenes et de ses définitions préliminaires :

« De ce que ces constructions sont évidentes, quelques-uns concluront qu’il n’est pas nécessaire d'en savoir la raison pour observer les lois de la Syntaxe. Ils seront comme les gens qui ont appris les formes des mots par la routine, mais non par l'esprit même de notre langue considérée dans sa tradition, et par l’analogie intime de ces formes entre elles; d’où il suit que s’ils font une faute dans l’emploi de quelque mot, leur ignorance les empêche de la corriger. De même donc qu’il est fort utile de connaître la tradition de l’hellénisme pour se diriger convenablement et dans la lecture des poëmes et dans l'usage journalier de la langue, comme pour constater la forme ancienne des mots; de même, rechercher, ainsi que nous le faisons, le principe des règles, c’est un moyen de redresser les erreurs du langage‘. » Et ailleurs : « Voilà ce que je crois faux en général, me fondant non pas sur des exemples empruntés aux poëtes, car le style poétique se permet l’ellipse et le pléonasme, mais sur l'usage de la langue commune,

1 Syne., 1, 10 : Προφανῶν οὐσῶν τῶν τοιούτων συντάξεων οἰήσονταί τινές, χἂν μὴ παραλάδωσι τὸν λόγον, διασώζειν τὰ τῆς συντάξεως. Οὗτοι δὲ ὅμοιόν τι πείτονται τοῖς ἐχ τριδὴῆς τὰ σχήματα τῶν λέξεων παρειληφόσιν, οὐ μὴν ἐκ δυνάμεως τῶν κατὰ παράδοσιν τῶν “λλ. Ave χαὶ τῆς συμ. παρεπομένης ἐν αὐτοῖς ἀναλογίας" οἷς Le sect ουθεῖ τὸ, εἶ διαμάρτοιεν ἔ ἐν τινι σχή sp: μὴ δύνασθαι διορθοῦν: τὸ ἁμάρτημα διὰ τὴν παραχολουθοῦσαν αὐτοῖς ἀπειρίαν, Καθάπερ οὖν πάμπολλος ἐστιν ἣ εὐγρηστία τῆς χατὰ τὸν “Ἑλληνισμὸν παραδόσεως, χατορθοῦσα μὴν τὴν τῶν ποιημάτων ἀνάγνωσιν τὴν τε ἀνὰ χεῖρα ὁμιλίαν, καὶ ἔτι ἐπιχρίνουσα τὴν παρὰ τοῖς ἀρχαίοις θέσιν τῶν ὀνομάτων, τὸν αὐτὸν δὴ τρόπον χαὶ ἣ προχειμένη ζήτησις τῆς χαταλληλότητος τὰ ὁπωσδήποτε διαπεσόντα ἐν λόγῳ κατορθώσει,

sur les constructions exactes des écrivains prosateurs, et, ce qui est plus encore, sur l'esprit méme de la langue, qu'il faut exposer, méme quand le fait de Syntaxe est d'ailleurs évident’. » Dans un autre endroit, il reproche à ses devanciers d’accumuler des exemples, au lieu d'en exposer la raison méthodique”. I va plus loin; non-seulement , il croit à l'autorité des principes pour justifier et compléter l'enseignement des faits, mais il croit que les exceptions ellesmêmes ont leur raison dont on peut rendre compte’.

La grammaire est donc une science d'observation ; mais elle n'observe que pour rechercher des lois, qu'elle démontre, qu'elle applique ensuite à corriger l'usage. Dans cette étude des faits grammaticaux, ia pluralité des exemples constitue la règle‘. Toutefois, il est bon de distinguer entre les exemples. Ceux des poëtes, en général, et en particulier des poëtes comiques, sont toujours plus ou moins suspects de licence ; on préférera ceux des prosateurs'. Apollonius donne une preuve remarquable de ses scrupules à cet égard : voulant constater l'usage des formes ἐμεῦ,

1. Synt., 11,12 : ᾿γὼ μέντοι οὐχ ὑπολαυιδάνω ἐν τῷ χαϑόλου τὸ τοιοῦτον ἀληϑὲς εἶναι, πιστούμενος οὐχ ἐχ ποιητιχῶν παραήέσεων, εἴ ve τῇ ποιητιχῇ συντάξει ἐφεῖται χαὶ ἐλλείπειν χαὶ πλεονάζειν, ἐχ μέντοι τῆς χοινῆς φράσεως ἁπάσης χαὶ τῆς τῶν συγγραφέων ἀχριβοῦς συνθέσεως, χαὶ τὸ μεῖζον ἐχ δυνάμεως τῆς τοῦ λόγου, ἣν χαὶ δέον ἐστὶ παραθέσθαι τῶν ἄλλων συντάξεων προδήλων οὐσῶν.

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