‹ Apollonius DyscoleChapitre 26 sur 90 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La théorie du langage, chez les Grecs, ne commençait pas à la division des parties du discours ; elle analysait les premiers éléments dont ces parties se composent, c'est-à-dire les lettres. Elle remontait plus haut encore, et recherchait les conditions originaires de la parole et ses rapports primitifs avec la pensée. Déjà, ces problèmes sont posés avec hardiesse dans le Cratyle de Platon, et, depuis Platon, l'École ne les ἃ pas négligés. liés stoiciens, en parüculier, déployèrent beaucoup de finesse Ἧτο ces spéculations délicates’: faisant de l’onomatopée le principe créateur de tous les mots, ils classèrent avec une méthode assurément trompeuse, mais quelquefois séduisante , les applications diverses de ce principe”. Les ARR simplifièrent et amoindrirent le problème, en considérant le langage comme une faculté presque étrangére à la raison, assez semblable à toutes celles que l'animal apporte en naissant pour les besoins de sa vie : c’est l'opinion que Lucrêce ἃ su exprimer avec tant de poésie dans son

1. Βαθὺς καὶ ἀπόῤῥητος ὃ περὶ φύσεως ὀνομάτων λόγος, dit Origène, dans le livre contre Celse, I, p. 18.

2. Voyez surtout les Prhopie Dialecticæ attribués à saint Augustin, chap. vi, et la dissertation de R. Schmidt : Stoicorum Grammatica. als 1839. Cf. plus bas, le commencement de notre chapitre v, sur le Verbe.

V® chant sur la Nature’. Au contraire, les philosophes dont la doctrine aime à personnifier l'idée de Dieu avec plus de précision et de force, Philon le juif, par exemple, dans ses commentaires sur la Genèse, se préoccupe surtout de savoir comment le créateur de l'homme mit en action chez lui la faculté de la parole, et comment cette belle faculté entra en exercice, librement mais sûrement, sous l'œil de celui qui en avait réglé d'avance le jeu mystérieux et régulier *. C’est déjà, comme on le voit, la question que devait renouveler, quatre siècles plus tard, avec une si remarquable indépendance d'esprit, Grégoire de Nysse dans un de ses discours contre l'hérétique Eunomius ἢ.

Les grammairiens romains ne pouvaient manquer d'intervenir dans ce débat, et Varron y avait consacré plusieurs livres de son savant ouvrage sur la langue latine *. Au temps même d’Apollonius, le problème de l’imposition primitive des mots reparait dans un chapitre des Nuits Attiques, où Aulu-Gelle invoque sur ce sujet une théorie bien subtile de Nigidius Figulus, théorie que son auteur appliquait résolument au grec comme au latin‘. Nous ne voyons

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