‹ Apollonius DyscoleChapitre 28 sur 90 · X, 4... « Eadem ratio est in græcis quoque vocibus quam · texte numérisé non relu

X, 4... « Eadem ratio est in græcis quoque vocibus quam

pas qu'Apollonius se soit risqué dans l’épineuse controverse qui durait depuis les origines de la philosophie, et que n'avait guère fait avancer l'effort de tant d’esprits ingénieux. Son traité, aujourd'hui perdu, sur les Éléments du discours, pouvait contenir une théorie de l’origine du 0 dE mais alors on en retrouverait sans doute quelque trace évidente dans ses autres écrits. Je ne crois pas davantage qu’il ait perdu son temps à discuter les diverses définitions de la grammaire, ni à rechercher si la grammaire est un art ou bien une science, autant de questions qui tiennent bien des pages chez les commentateurs de Denys le Thrace, mais qui me semblent répugner à l'esprit et à la méthode d’Apollonius.

Distinguer les divers sons, surtout ceux de la voix, selon des observations déjà anciennes, el qui remontent au moins jusqu'à Aristote ’; définir avec soin ceux qui expriment nos sentiments et nos idées ; classer ces voix élémentaires, ainsi que les signes qui y répondent dans l'écriture grecque; montrer l’accord plus ou moins exact des sons et de leurs signes respectifs ; exposer, autant qu'il se pouvait, les changements de l'écriture et de la prononciation : tel devait être, suivant toute apparence, l’objet du livre περὶ Στοιχείων. Pour se faire une idée des recherches qu'il comprenait sans doute, on n’a qu'a relire les chapitres consacrés à la (μέ de l’Alphabet dans l’ouvrage de Denys d'Halicarnasse sur l’Arrangement des mots, les Commentaires sur le cha-

esse in nostris animadvertunus. » On croirait lire une page de De Brosses ou de Court de Gébelin.

1. Sur l Ame, Π, 8; II, 2 ; Problèmes, ΧΙ, 1. Cf. Waddington- Kastus, Psychologie d’ Aristote, 1, 10.

pitre x de Denys le Thrace , et surtout le premier livre de Priscien , recueil précieux de faits et de documents authentiques sur l'alphabet d'ou dérivent presque tous nos alphabets européens. Mais il faut renoncer à connaitre dans leur ensemble les doctrines d'Apollonius sur ce sujet. Seulement, nous aurons çà et là, dans le cours de cette étude, l'occasion de remarquer à quel minutieux détail d'analyse se complaisait quelquefois son érudition en des matières si subtiles; nous en avons déja un exemple dans cette discussion entre Hérodien et Apollonius, sur les lettres epsilon et omicron, que nous avons signalée plus haut.

Quant à l'ouvrage sur la Division des parties du discours, où peut être assuré que la doctrine s'en retrouve dans les premiers chapitres de la Syntaxe, et, pour en donner un fidele aperçu, nous ne pouvons mieux faire que de traduire et d'analyser la partie la plus essentielle de ces chapitres. Ils ont d'ailleurs l'avantage de nous rappeler, en passant, quelques-unes des opinions de l'auteur sur les lettres de l'alphabet grec.

« Dans les livres que nous avons précédemment publiés, dit Apollonius, on trouve une exposition convenable de la science des mots ; le présent ouvrage comprendra les règles de leur syntaxe, ce qui produit la régularité dans les phrases : c'est le sujet que je me propose de traiter ici avec la plus grande exactitude, comme tres-nécessaire pour l'interprétation des poëmes'. Cette régularité, les éléments indi-

1. C'est un des très-rares passages où Apollonius parait songer à ce devoir d'interpréter les poetes , qui comptait cependant parmi les offices réguliers du grarmmairien dans toute l'anti-

66 APOLLONIUS DYSCOLE. — CHAP. ΠΙ,

visibles du langage, dont nous avons d’abord traité, y prétendent déja, car ils ne s'unissent pas entre eux au hasard, mais selon un ordre régulier, auquel ils semblent même devoir leur nom’. La syllabe, qui vient ensuite, ἃ la même propriété ; car c'est aussi par des alliances régulières que les syllabes forment le mot. D'où il résulte évidemment que les mots, dont se compose une phrase complète, y suivent aussi la loi d’un arrangement régulier. »

Toutefois cette régularité comporte des exceptions : de même qu'il peut y avoir excès ou défaut d'une ou de plusieurs lettres dans un mot, de même 1] peut y avoir excès ou défaut d'un ou de plusieurs mots dans une phrase. Il peut y avoir aussi erreur d’orthographe dans un mot pris en lui-même , ou solécisme dans son alliance avec d’autres mots.

Mais là ne s'arrête pas la ressemblance des deux théories. De même qu'il y ἃ des lettres ou des syllabes qui ne se placent jamais qu'a la fin ou au commencement des mots, de même il y a des mots dont la place dans une phrase est bien déterminée par leur sens, par exemple la conjonction 51, comme dans cette phrase : « δὲ Denys se promène, il se meut, » où l’on ne pourrait déplacer la conjonction st sans Changer tout le sens: « (δὲ Denys se meut, il se promène, » n'est plus une vérité comme la phrase précédente.

De même qu'il y ἃ telle syllabe qui peut, à

quité classique. Voy. pour les Grecs, Denys le Thrace, chap. 1 et τι et les Scholies sur ces chapitres ; et pour les Latins, Suétone, de Illustribus Grammaticis , cap. 1.

1. Στοιχεῖα, de στοῖχος, rangée. Voy. Schol. Dion.Thr.ap. Bekk. Anecd. gr,; p. 7110 et suiv.

volonté , se résoudre en deux syllabes , comme dans γήραϊ pour γέρα, de même il y a des mots qui tour à tour se joignent ou se séparent. Ainsi on dit πασιμέλουσα comme πᾶσ. μέλουσχ. Les mots, comme les lettres, peuvent aussi se transposer. Par exemple, on dira οἰνοφόρος OÙ φερέοινος, comme on dit χαρδία ou χραδία.

De même que parmi les sons élémentaires il y en ἃ qui se suffisent à eux-mêmes, les voyelles ; d'autres, les consonnes, qui ne peuvent être prononcés sans le secours d'une voyelle ; ainsi, parmi les mots il y en a qui peuvent être employés seuls, comme les verbes, les noms, les pronoms, les adverbes qualificatifs , tandis que d'autres, comme les prépositions , les conjonctions, les articles, ne servent qu'en s'adjoignant à la signification d'autres mots,

Si l'on peut rendre compte de l'ordre des lettres dans l'alphabet, il semble que l'on peut aussi rendre compte de l'ordre des parties du discours. Ce n'est pas par hasard que le nom se met avant le verbe, et le verbe avant les six autres parties; que, dans la déclinaison, le nominatif précède le génitif, celuici le datif, et ainsi de suite... « Certaines gens, qui ne comprennent rien à ces choses, se consoleront peut-être de leur ignorance en soutenant qu'il ne faut pes s'occuper de telles matières , sous prétexte que tout cet arrangement est un effet du hasard. Alors ils ne reconnaitront nulle part ni ordre ni désordre, ce qui est pure niaiserie, Car du moment que vous reconnaissez une règle quelque part, il en faut reconnaître partout. Mais non, l'ordre dont nous parlons est une imitation de la pensée com-

ne

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plète ‘, et c’est avec raison qu’il place au premier rang le nom, puis le verbe, puisque sans ces deux mots on ne peut compléter une proposition. Prenons, pour le montrer, une phrase qui renferme toutes les parties du discours: si on en retire le nom et le verbe , la proposition est incomplète, tandis qui si on enleve les autres parties, elle subsiste encore. « Le même homme ayant glissé est retombé en bas, aujourd'hui”. » On voit là toutes les parties du discours, excepté la conjonction, qui, si on l'ajoutait, exigerait après elle une autre phrase. « Que l’on retranche de cette phrase ou le nom ou le verbe , elle n'aura plus de sens... » Toutes les autres parties peuvent être retranchées, il restera un sens complet.

Maintenant, de ces deux parties, le nom et le verbe, le nom a droit à la première place, puisqu'il exprime les êtres (Apollonius dit les corps, σώματα), dont le verbe n’exprime que l’état particulier, actif ou passif. C’est de là aussi qu'est venu l'usage

1. Ἰοὺ αὐτοτελοὺς λόγου. Ces mots αὐτοτελὴς λόγος Ou λόγος tout seul signifient tour à tour, dans le langage des grammairiens, la proposition pensée, ou le jugement, et la proposition parlée. Voy. la Grammaire de Denys le Thrace, chap. x avec les Scholies, où l’on croit reconnaître quelque chose de la doctrine d’Apolloniussur ce sujet. Cf. Priscien, XVIT, 1 (t. IT, pp. 3 et 4): Apollonius y est cité, analysé, traduit même dans quelques passages.

2. Ὃ αὐτὸς ἄνθρωπος ὀλισθήσας σήμερον κατέπεσεν. 1] n’y a pas de mot qui puisse traduire en français κατέπεσε, de manière à offrir une préposition jointe au verbe. Le Scholiaste de Denys le Thrace cite un vers d’Homère qui renferme, sans exception, toutes les parties du discours :

Πρὸς δέ με τὸν δύστηνον ἔτι φρονέοντ᾽ ἐλέησον. (IL., x, 59).

Bekker, Anecd., p. 842.

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