‹ Apollonius DyscoleChapitre 29 sur 90 · Ὺ DIVISION ET CLASSIFICATION DES PARTIES, ETC · texte numérisé non relu

Ὺ DIVISION ET CLASSIFICATION DES PARTIES, ETC

d’appeler tous les mots ὀνόματα, de même que l'a/pha, première lettre de l'alphabet doit son nom au mot ἀλφεῖν (trouver, par allusion à l'invention des lettres), qui, d’ailleurs, commence précisément parun a/pha',»

De telles puérilités meriteraient à peine d’être transcrites, si elles ne caractérisaient une érudition exclusivement enfermée dans les limites de la langue grecque, et aveuglée par le patriotisme jusqu'à oublier l'origine évidemment sémitique et de l'alphabet cadméen et du nom des lettres dont il se compose. Mais poursuivons notre analyse.

On demandera ici, se dit Apollonius, pourquoi après le nom ne se place pas immédiatement le pronom, qui remplace le nom et qui avec le verbe forme un sens complet ? C'est que les pronons ont été imaginés pour s'allier avec le verbe, les noms étant toujours à la troisième personne, et ne pouvant, par conséquent, s'unir avec un verbe à la premiere ou à la seconde personne , tandis que les pronoms servent à marquer distinctement chacune des trois personnes”.

Le participe se place naturellement après le verbe, puisqu'il en dérive, « comme on l'a fait voir en détail dans le traité sur le participe; » il est trèsjuste d’ailleurs de le ranger entre le verbe et le nom, puisqu'il participe de l'un par le sens et de l'autre par la déclinaison. C'est ainsi que, dans les noms, le neutre se place après le masculin et le féminin dont il est la négation.

L'article vient ensuite, parce qu'il s'attache au

1. Voyez plus bas, chap. vin, p. 308, note 9. 2. Même doctrine sur le pronom, dans la Syntaxe , I, 8

nom et au participe, tandis qu’il évite toute alliance avec le pronom.

Il n’est pas besoin d'une longue démonstration pour prouver que le pronom doit se ranger après l'article, puisqu'il tient la place du nom, dont l’article est presque inséparable.

La préposition a le sixième rang; car ne pouvaut exister sans les mots devant lesquels elle se place soit en s’unissant à eux pour former un composé (κατὰ σύνθεσιν), soit par simple rapprochement ( χατὰ παράθεσιν ), il est tout naturel de ne la placer qu'après le nom, le verbe et les mots qui se rattachent le plus étroitement au nom et au verbe.

L’adverbe ne se place pas comme la préposition à côté d’autres mots et en étroit rapport avec eux ; il n’est qu'une espèce d’adjectif du verbe : de là son nom même et le rang qui lui est ici assigné.

Enfin la conjonction qui n’a d’autre fonction que d'unir « la matière des mots » est, à ce titre, la dernière des parties du discours.

Par cette analyse fidele, bien que sommaire, des idées d’Apollonius sur la da des parties ἐπ discours, on voit avec quelle rigueur de logique il entend ni cette théorie et avec quelle confiance 1] en résout les difficultés. On voit, en même temps, qu'il ne paraît pas se faire honneur à lui-même de la division qu’il adopte et des raisons qu’il donne pour la justifier. C'est que, en effet, il a généralement suivi, sur ce point, une tradition déjà ancienne';

4. Le mot παράδοσις est un des mots dont il se sert volontiers pour désigner la science grammaticale, considérée, sans doute,

comme tradition de faits et d'idées. Par exemple, au commencement même de la Syntaxe : ’Ev ταῖς προεχδοθείσαις ἡμῖν σχολαῖς

SN

seulement il l'expose avec plus de précision et la défend avec plus de force qu'on n'avait fait avant lui. La classification d'Apollonius se retrouve dans la Grammaire de Denys le Thrace, qui, en cela du moins , semble conforme aux doctrines de ce disciple d’Aristarque ἡ; elle se retrouve, apres lui, dans presque tous les grammairiens grecs et latins qui l'ont transmise, avec peu de changements, au moyen âge, et, de là , aux écoles modernes.

C'est une histoire intéressante pour l'étude de l'esprit humain que celle des travaux successifs qui ont peu à peu constitué la théorie des parties du discours. 115 commencent en Grèce avec la philosophie même, ou du moins avec les sophistes, qui, s'ingéniant à rafliner le langage pour l'assouplir au service de leur habileté oratoire , y découvrirent des procédés et des secrets demeurés jusque là inaperçus. Comme il devait arriver , l'attention se porta tout d'abord sur les deux parties du discours qui devaient rester les plus essentielles aux yeux du grammairien, je veux dire le nom et le verbe. Protagoras, Hermogène , Cratyle et Platon ne reconnaissent pas d'autres espèces de mots que les ὀνόματα et les £ματα. Aristote y ajoute bientôt, sous le nom vague de σύνδεσμοι ou conjonctions, un certain nombre de

ἡ περὶ τὰς φωνὰς παράδοσις.... χατείλεχται. Cf. de l'Adv., p. 571, 574, 613. Zbid,, p. 579 : "Ev ἑλληνισμοῦ παραβοχῇ.

1. On sait que ce manuel est suspect de graves interpolations. Apollonius lui-même , ἐν τῷ ἹΡηματιχῷ, dit le Scholiaste de Denys le Thrace (Bekker, dnecd. ., p. 672), citait sous le nom du célèbre Alexandrin une détinition du verbe differente de celle qu'on trouve aujourd'hui dans la Grammaire. Voyez là-dessus une dissertation spéciale de Lersch, Sprachphil. der Alen, I Theil, p. 64 et suiv.

to

locutions invariables qui servent à lier les autres mots entre eux. Peut-être même avait-il signalé le rôle particulier de l’article, ἄρθρον, mais c’est seulement après Aristote que se développe cette analyse des éléments du langage. Les stoiciens surtout Υ prennent une part très-active , définissent de nouvelles espèces de mots et leur donnent des noms qui ne survivent pas toujours à leurs inventeurs. Les grammairiens d'Alexandrie, bornés , dans l’origine, à leur rôle d’éditeurs et d’interprètes des textes anciens, se mélent bientôt aux recherches des philosophes sur les parties du discours, et Aristarque ἃ l'honneur , sinon le mérite, d’avoir fixé définitivement la classification qui, depuis vinet siècles déjà , est demeurée classique dans les écoles !

Ce n'est pas que tous les grammairiens se soient conformés à la discipline que consacrait l'imposante autorité d’Aristarque et de ses élèves. Certains esprits originaux, ou simplement indociles, avaient là-dessus leurs idées à part. De même que quelques-uns recon-

.naissaient plus de vingt-quatre lettres dans l’alphabet, d’autres reconnaissaient dans la langue plus ou moins de huit parties du discours. Des latins figurent même parmi les novateurs : Priscien leur attribue l'idée de faire de l’interjection une classe à part ?;

1. Voyez sur ce sujet que nous ne pouvons qu’effleurer ici, les témoignages cités par Classen, de Grammaticæ græcæ primordiis, Bonn , 1829 ; Lersch, Sprachphil. der Alten , Theil ; Græfenhan , Geschichte der Philologie, 1 Theïl.

2. Priscien, XV,7,t. 1, p. 635 : « Interjectionem Græci inter adverbia ponunt, quoniam hæc quoque vel adjungitur verbis, vel verba ei subaudiuntur..…., quæ res maxime fecit romanarum artium scriptores separatim hanc partem ab adverbiis

et, en effet, l'interjection ne parait pas une seule fois comme partie du discours ni chez Apollonius ni chez les autres grammairiens grecs. D'autres, au contraire , essayèrent de revenir à une division plus simple. C’est ce que fit Varron, avec esprit, sans doute, mais avec peu de succès, quand il proposa de n'admettre que quatre classes de mots : 1° ceux qui ont des cas et n'ont point de temps ; 2° ceux qui ont des temps et n’ont point de cas; 3° ceux qui ont des temps et des cas; 4° ceux qui n'ont ni l'un ni l’autre! : bizarre division, qui repose beaucoup plus sur le caractère extérieur des mots que sur la diversité réelle de leurs rôles dans le langage. Apollonius ne parait pas connaitre toutes ces tentatives; du moins, il n'en discute aucune. Quelquesunes cependant méritaient d'attirer son altention , par exemple celle qui concerne l'interjection, mais qu'il ἃ probablement ignorée par suite de son dédain pour toute littérature romaine. Toutefois, à part des erreurs de détail qui seront relevées dans les chapitres suivants, sa classification des parties

excipere, quia videtur aflectum habere in sese verbi et plenam motus animi significationem , etiamsi non addatur verbum , demonstrare, »

4. De Lingua latina, VWI, 44, éd. Müller . « Quod ad partes singulas orationis, deinceps dicam; quojus quoniam sunt divisiones plures, nune ponam potissimum jam qua dividitur. Oratio secanda , ut natura, in quatuor partes : in eam quæ habet casus ; et quæ habet tempora ; et quæ habet neutrum ; et in qua est utrumque, Has vocant quidam appellandi, dicendi , admini culandi, jungendi, Appellandi dicitur, ut omo et Nestor ; dicendi, ut scribo et lego ; jungendi, ut et et que ; adminiculandi, ut docte et commode, » Cf, X, 17, où la méme division est indiquée en termes un peu differents,

du discours est, en général, fort louable, parce qu’elle ne méconnaît ni l’unité essentielle de la proposition, ni la variété très-réelle des mots qui concourent à former une phrase. Réduire à trois les parties du discours sous prétexte que la proposition n'a que trois termes élémentaires, c’est faire abus de logique ; comme ce serait, en quelque sorte, faire abus de grammaire que d'admettre douze ou quinze parties du discours en donnant ce nom aux espèces secondaires au lieu de le réserver pour les véritables genres. L'observation des mots et l'analyse des idées, la grammaire positive et la logique sont deux sciences distinctes, dont l'alliance produit ce qu'on appelle la philosophie des langues. 1l y a donc en ces recherches un milieu à tenir : l'école d’Aristarque, à laquelle se rattache Apollonius , tient assez justement ce milieu, en distinguant les mots sans lesquels nulle proposition n’est possible, et les mots accessoires, qui répondent : à des idées et à des rapports secondaires, mais non moins fréquents dans l'usage. Cette méthode saisit la vérité à deux points de vue différents et nous en donne ainsi une idée à la fois plus complete et plus claire.

Page 1