Ἀπανάγνωσμα, employé dans le mème sens : Syar, IL
928 APOLLONIUS DYSCOLE. — CHAP. VII. δ 3.
cons de Zénodote se justifient chacun par des raisons particulières , et ne justifient pas σεῖο, ἐμεῖο dans les vers en question.] Le texte de Zénodote n’a pas même pour excuse que ἐμεῖο soit l'expression propre, plutôt que le pronom possessif ἐμοῖο, qui, pour le mètre comme pour le sens, équivaut à ἐμεῖο et qu'il était inutile de changer. »
Apollonius prend goït à ces controverses subtiles, et 1] s'engage bientôt, à la suite de Zénodote, dans l'examen d’une autre variante du texte homérique. Nous ne le suivrons pas dans sa nouvelle digression ; les pages qu’on vient de lire suffiront à faire apprécier un côté de son érudition que nous n'avions pas encore mis en lumière. Ces pages sont bien arides sans doute, mais elles sont du moins empreintes d’un caractère de sérieuse conviction. On y reconnaît cette science de la critique, pour qui les poëmes d'Homèére étaient presque des monuments religieux et qui en discutait les moindres variantes avec l'attention la plus sévère’. On y voit combien les exemples cités par Apollonius devaient être familiers à tous ses lecteurs, pour qu’il püt, sans être absolument inintelligible?, les transcrire d’une facon
1. Apollonius cite et compare souvent les éditions d’'Homère. Outre les exemples qui précèdent, voyez Syrt. II, 21, p. 157 : Εἴπερ εἶχε τὸ ἑΐ ἐν ταῖς πλείοσιν ἐχδόσετιν, Où le mot ἔχδοσις ἃ le même sens que dans les nombreuses citations du Scholiaste de Venise. l'ouzñ où ἀνάγνωσις ou ἀνάγνωσμα désignent la /econ d’un éditeur pour quelque mot ou quelque vers en particulier. De même, Priscien cite quelquefois les manuscrits de grands écrivains : X 9, p. 510; XVII, 46, p.59, etc.
2. On trouvera pourtant ci-dessus, chap. 1v, δ 3, p.131, une allusion aux « leçons éoliques d’Aristarque, » οὐχ ἐνεχλίθη κατὰ τὰς αἰολικὰς ἀναγνώσεις ὕπ᾽ Ἀριστάρχου (Synt. I, 21), qui paraît être
si sommaire, comme un théologien, dans notre société chrétienne, cite des phrases de la Bible et les interprète sans prendre souci d'indiquer le livre et le verset de chaque citation; on se figure l'activité, souvent un peu puérile, de ces écoles où s’agitaient depuis tant de siècles d'interminables querelles d’archéologie et de grammaire, où quelquefois un seul mot d'Homère avait fourni la matière d'un volume; on croit lire enfin, à l4 concision et à l ité près, quelque fragment détaché de ces Commentaires dont les Alexandrins entouraient le texte des écrivains classiques et dont l’érudition ne nous est parvenue qu'amoindrie et souvent défigurée par les abréviateurs.
Une autre réflexion se présente à l'esprit quand on parcourt, soit dans Apollonius, soit dans des écrits plus récents, ces discussions orthographiques. Quelques difficultés que l'orthographe grecque ait pu offrir, surtout dans les siècles de la décadence, les Grecs du moivs n'ont jamais eu à tenir compte des origines de leur langue et de ses rapports avec les langues étrangères. Venu de Phénicie en Grèce, l'alphabet s'y est perfectionné par le travail seul des grammairiens indigènes et il a longtemps sufli à tous
restée une énigme pour les critiques les mieux autorisés en de telles matières. Voyez Ahrens, de Dialecto æolica, ὃ. 3,p. #8, n. 32.
1. Dorothée d’Ascalon, qui doit être antérieur à Porphyre, et qui est peut être un contemporain d'Apollonius, dans sa Euvaγωγὴ λέξεως Ἀττιχῇῆς, dont Atheénée (VIII, p. 329 D) ete le ΟΥ̓" livre, avait écrit un livre tout entier ( ὅλον βίον dit même le manuscrit, au lieu de ὅλον βιβλίον) εἰς ἐξήγησιν τοῦ παρ᾽ 'Ὃμήρω χλισίου (Schol. ad ἡ κεῖ. 1, 90}, On pourrait citer plusieurs exemples semblables.
les besoins de l'écriture. Quand a commencé le fàcheux divorce de l'écriture et de la prononciation, on ne voit pas qu'il ait nulle part suscité de ces théories aventureuses qui prétendent à rétablir brusquement l'accord entre les lettres et les sons, et qui trop souvent troublent la grammaire d’une langue sans la réformer. Dans la langue latine, composée d'éléments plus divers que la grecque, le divorce a éclaté plus tôt, puisqu'on en trouve déjà la trace au temps d’Auguste : il a produit des opinions différentes, mais non point des systèmes", et il n'a jamais, que Je sache , troublé la paix des écoles. C'est dans les idiomes nés de la corruption et du mélange d’autres idiomes, c’est dans les écoles où plusieurs traditions se disputent l'autorité, que l'orthographe doit se fixer avec le plus de peine, soulever le plus de difficultés laborieuses, tenter surtout l'ambition des esprits faux et systématiques. Notre langue a eu ce triste avantage sur les deux langues de l'antiquité classique, et c'est pour notre orthographe qu’on a essayé tant d’inutiles réformes, c’est à notre usage qu'on a inventé ce mot de néographisme où néographie, mot tout grec pour exprimer des misères inconnues à l’heureuse langue des Hellènes.
1. Suétone, Auguste, ©. 88 : « Orthographiaïn, id est fotmulam rationemque scribendi ἃ grammaticis institutam, non adeo custodivit, ac videtur eorum potius sequi opinionem qui perinde scribendum, ac loquimur, existiment. » Cf. Græfenhan, Geschichte der klass. Phil. τὶ IV, S 262.