‹ Apollonius DyscoleChapitre 83 sur 90 · Orelli, 2nser. lat., n · texte numérisé non relu

Orelli, 2nser. lat., n

et même à supprimer toute préposition devant ce datif'. Les auteurs, peu à peu, se laissent aller aux mêmes négligences, et l'on en trouve déjà des exemples dans les écrits de Plutarque*. S'il eût observé tous les faits de ce genre, Apollonius n'y eût-il pas trouvé la matière d’utiles additions à ses théories ?

δ 3. De l’orthographe.

L’art d'écrire correctement, l’orthographie, comme l’appelaient encore nos ancêtres, ou orthographe, comme nous l’appelons aujourd'hui, semble être de toutes les parties de la Grammaire celle qui se développe le plus lentement et qui arrive le plus tard à former une véritable science. L'écriture sert longtemps à reproduire les sons avant que l’on songe à se rendre compte de ses procédés, à la perfectionner, à la compléter, à lui imposer des règles certaines, et jusquelà l'orthographe des mots flotte, un peu indécise, au gré des caprices et des habitudes de chacun. On sait qu'il en fut ainsi dans notre langue jusqu’au xvi° siécle et peut-être même jusqu'au xvn°. À Rome, jusqu’au temps d’'Ennius, les monuments témoignent de la même inconstance : la forme régulière des mots

4. Corpus Inscer. gr., n. 1585 : Ent ἄρχοντι Μητροδώρῳ. L’inscription est de Thèbes et paraît appartenir à la fin du τὸν 5]ὸele après J. C. Dans les inscriptions n° 3163, 3175, 3515, 3517, 4472; et dans les nombreux décrets romains transcrits par Josèphe, le datif n’est pas même accompagné de la prépositicn. Cf. Letronne, Znscriptions de l'Égypte, τ. 1, p. 110.

2. Voy. Boissonade, ad Eunapium, p. 217 et 433, où sont réunis quelques exemples de Plutarque et d'auteurs plus récents. | |

se détermina lentement, grâce aux efforts et à l'autorité de quelques auteurs d'élite, parmi lesquels on voit, à côté de Lucilius et d’Attius, Varron, le lieutenant de Jules-César, et César lui-même, auteur d'un livre de Analogia , qui n’était guère qu'un traité d'orthographe. De même, en Grèce, l'écriture reste longtemps une routine aveugle et sans lois. Au temps d'Hérodote et de Thucydide, on voit l'alphabet attique s'enrichir et se corriger par l'adjonction de quelques signes empruntés surtout aux loniens d'Asie : un personnage inconnu d’ailleurs , Callistrate, a l'honneur de cette réforme ; mais il ne parait pas l'avoir jamais justifiée dans un livre spécial, ni appliquée, comme éditeur, à aucun des chefs-d'œuvre qui, déjà en si grand nombre, illustraient la langue grecque. C'est à Alexandrie, parmi les grammairiens, éditeurs et correcteurs des poëmes d'Homére, que l'on voit paraître une sorte de critique à l'usage de l'art d'écrire. Les Zénodote et les Aristarque épurent et fixent le texte des auteurs classiques; l’accentuation et la ponctuation se perfectionnent à l'aide de signes nouveaux qui marquent dans un manuscrit les plus légères nuances du sens. L'excellent esprit d'Aristarque apportait à cette tâche délicate des scrupules dont la trace se retrouve aujourd'hui dans les commentateurs : ainsi il ne voulait pas qu'on imposât à la langue homérique les lois observées de son temps dans tel ou tel dialecte de la Grèce’, sans

1. Voyez le Scholiaste de Venise, sur l’Iliade, M. 20 : Κάρησος Τυραννίων ὀξύνει, ὡς Παρνησσός... ὃ δὲ Ἀρίσταρχος Éapuver ὡς Κάνωθος᾽ εἴπομεν δὲ ἐν ἑτέροις ὅτι οὐ πάντως ἐπιχρατεῖ ἡ ἀπὸ τῶν ἐθνῶν χρῆσις χαὶ ἐπὶ τὴν ὁμηρικὴν ἀνάγνωσιν, «.. Θὕύτως οὖν εἰχὸς

doute parce que, entre le temps d'Homeère et celui des Ptolémées, la langue grecque avait subi bien des changements, et parce qu'il n'était pas toujours juste de prononcer et d'écrire d’après les convenances d’une orthographe toute moderne des mots qui remontaient jusqu'aux temps héroïques. Mais ce n’est guère que vers le commencement de l’ère chrétienne que paraissent les premiers livres où sont coordonnées tant d'observations sur l'orthographe. Didyme le Jeune, et peut-être avec lui Dracen', ouvrent pour nous la liste des traités περὶ Ὀρθογραφίας. Peu d'années après, Sotéridas, le mari ou, selon d’autres, le père de Pamphila, célèbre femme auteur, publiait un ouvrage semblable, après lequel on trouve mentionnés ceux d'Apollonius et d'Hérodien, qui ont eu de nombreux imitateurs”*.

Apollonius a répandu dans ses autres écrits une foule de remarques et de discussions qui montrent avec quel soi 1] traitait les règles de l'orthographe, et on en ἃ vu çà et là des exemples rapidement signalés dans nos précédents chapitres; mais il me semble utile d'en examiner plus spécialement ici quelques-uns.

Parmi les écrits d’Apollonius, le traité de l'Adverbe abonde surtout en problèmes de ce genre : cela s’ex-

χαὶ ἐπὶ τῷ Κάρησος μὴ πεισθῆναι τὸν ᾿Αρίσταρχον éuolws τοῖς ἐγχωρίοις προενέγκασθαι τὴν λέξιν͵

Ί. Draco, de Metris, p. 11: ἍἌἍπερ ἐν τῷ περὶ ᾿Ορθογραφίας εἴρηται στοχαστιχῶς. Cette citation peut n’être pas de Dracon luimême, mais d’'Hérodien , qui est plusieurs fois cité dans la compilation attribuée à Dracon par le manuscrit unique dont on doit la publication à G. Hermann. Voyez la Préface de l’éditeur.

2. Voyez Græfenhan, Geschichte der klassischen Philologie, t. ΠΙ, S 203. Cf. plus haut, chap. 1, p. 28, 29. :

plique tres-bien par le caractère même des adverbes grecs, qui n'ont pas de forme constante , mais qui se rattachent presque tous plus ou moins directement à la déclinaison des noms et des participes, et n'en différent quelquefois que par de très-légères divergences d'orthographe ou de syntaxe. C'est pourquoi l'auteur consacre tant de pages à disputer sur des mots comme ri , λάξ, ὑπόδρα, ἀχέων, νουνεγχόντως, ELC., justifiant presque toujours la tradition et l'usage contre la témérité des théoriciens aventureux , et analysant avec beaucoup de finesse les moindres éléments du mot contesté. Je m'arrêterai, puisqu'il faut choisir parmi tant de discussions, au chapitre qui concerne les adverbes δημοσία et ἰδία.

Tryphon prétendait que les adverbes en α ont la finale brève, et que, par conséquent, il faut écrire ces adverbes sans l'iota qui faisait de l'« final une véritable longue. Par une autre conséquence dont Apollonius ne parle pas , l'accent aurait ainsi remonté sur l'antépénultième : δημόσια, ἴδια, puisque la finale cessait d'y mettre obstacle et que ces deux mots étaient de véritables adjectifs au pluriel neutre pris adverbialement. Apollonius répondait à Tryphon :

4° I n'y ἃ pas de loi qui établisse que les adverbes finiront toujours par une syllabe breve : τῆλε, ἔσω, ἑλληνιστί qui ἃ ᾿ς bref, et ἀναιμωτί qui a li long , sont tous des adverbes réguliers; de même Μοῦσα qui se termine par un ἃ bref, et ᾽Αθηνᾶ, qui se termine par un ἃ long, ont également leur place dans la déclinaison du nom. 2° L'adverbe qui vient d'un nom en conserve la forme : ἀτρεχές, χαλόν, εὐρύ, πυχνά, employés adverbialement ne changent pas de forme pour cela ; or δημοσία n'est que le datif féminin de

δημόσιος, employé comme adverbe; donc il gardera sa terminaison en 4. 3° On pourrait tout au plus se demander s'il ne faut pas écrire δημοσία, comme au nominatif féminin; mais des exemples analogues montrent que δημοσίᾳ est l'orthographe régulière : οὐδαμιός forme οὐδαμῶς, οὐδαμόθεν οἱ οὐδαμῇ, non pas Jour, et de même ἄλλος forme ἄλλῃ, non ἄλλη. Autre preuve: l’adverbe formé de οὗτος n’est pas αὕτη, mais ταύτη, qui est bien réellement un datif; de même ὅδε ne forme pas l’adverbe ἥδε, mais +de, qui n’est autre que le datif, régulièrement allongé d’un iota. Donc δημοσίᾳ et ἰδία doivent conserver leur orthographe usuelle*.

Apollonius, comme on le voit, se da SAR étroitement ici dans la question tbe ; son dernier mot, ἐπίχρισις, comme 1] l’appelle lui-même, est un argument emprunté à l’étymologie, à la règle même de dérivation que suivent les adverbes de cette classe. Il ne songe même pas, comme c'était son droit et comme il fait souvent ailleurs, à interroger le sens, ἔννοια, des mots qui font l’objet de la dispute, et à prouver que ces adverbes, exprimant la manière, ont très-naturellement la forme du datif, qui est souvent le cas de l'instrument et de la manière. C’est encore à ce point de vue purement éty-

4. De lAdv., p. 560, 561. Cf., 616, 622 et surtout 625. Sur les adverbes en τί voir la dissertation spéciale de Sturz, Opuscula nonnulla (Lipsiæ, 1825), de 225.

9. ἘΕϊς ἐ ἐπίκρισιν οὖν τοῦ τοιούτου παραληπτέον λόγον ἀποδειχνύντα. Ce sens du mot ἐπίχρισις est assez fréquent dans Apollonius : de PAdo., p. 616 (morceau tiré de la Syntaxe ) : Περὶ où ἐξ ἐπικρί-σεως ἐντελῶς εἴπομεν ἐν τῷ περὶ Erippnudrev, Synt., I, 10 : Ἡ eùχρηστία τῆς κατὰ τὸν ἑλληνισμὸν παραδόσεως... .. ἐπικρίνουσα τὴν παρὰ τοῖς ἀρχαίοις θέσιν τῶν ὀνομάτων.

mologique qu'il analyse , un peu plus bas’, les formes en φι, si fréquentes dans le dialecte épique et que les grammairiens s’accordaient à reconnaitre pour des formes adverbiales. Tryphon, il est vrai, faisait sur ce point quelques réserves. Il distinguait, parmi les mots terminés en w:, ceux où la terminaison s'ajoute à une forme grammaticale déja complète par elle-même, ὁλόκληρος, comme dans βίητφι, ἦτφι, et ceux où φι s'ajoute à une forme altérée, comme χαλχό-φι, ὄχεστφι, OÙ χάλχο et ὄχες ne sont pas des mots véritables, mais des formes altérées, πεπονθότα, et qui s'emploient indifféremment pour le singulier et pour le pluriel. Ces derniers dérivés seulement lui paraissaient être des adverbes. Mais Apollonius remarque d'abord que, chez les Sicyoniens, les formes en οφι Où ἐσφι n'ont que le sens du singulier , à l'exclusion du pluriel; en outre, que la conservation ou l'altération du primitif, πρωτότυπον, n'est pas un signe certain de la nature adverbiale d’un mot, car beaucoup de noms se prennent adverbialement sans que rien soit changé à leur forme primitive, comme χαλά, beta, etc., et beaucoup de mots, comme ἐμέθεν pour ἐμεῦ où ἐμοῦ, s'allongent et prennent la forme de l’adverbe sans pour cela en prendre le sens. Enfin, l'adverbe n'équivaut jamais qu'à un seul cas du nom adjectif auquel il se rattache : οἴκοθι est pour ἐν οἴχῳ, οἴκαδε, pour εἰς nixov, etc., tandis que les formes en φι se prennent : pour le génitif dans le mot χαλχόφι; pour le datif, dans φρήτρεφι ; pour l'accusatif, dans δεξιόφιν, ἀριστερόφιν, et qu’on trouve même chez Alc-

1. De l'Adv., p. 574-576, discussion résumée, p. 621, dans la partie du livre que nous avons démontre appartenir à la Syntaxe, Voyez, plus haut, chap. 1, p. 19-22,

man οὐρανίαφιν avec le sens du vocatif. La terminaison Φι où φιν ἃ donc le même rôle, dans tous ces mots , que de dans ὅδε, ἥδε, τόδε, où la finale, invariable elle-même, n’empèche pas la déclinaison du pronom qui la précède. Χαλχόφι, φρήτρηφι, etc., ne sont donc pas des adverbes, mais des cas de χαλχός, φρήτρη,, elC.

« D'ailleurs il est téméraire d'admettre’ que, dans ἦφι, βίηφι, l'allongement s'opère sur un mot complet; car s’il y a suppression d’une lettre dans les allongements en φι : de lu, au génitif, dans πασσαλόφι pour πασσάλου, du v à l’accusatif dans δεξιόφι pour δεξιόν, on accordera, pour la même raison, que liota du datif a disparu dans l'orthographe de ἦφι, βίηφι. Si la suppression d’une lettre était évidente pour les deux premiers cas, c’est sans doute parce que cette lettre se prononçait, tandis que dans le datif on ne prononçait pas l’: final, d’où il résulte que la suppression de cet iota n’a pas été sensible?. »

Voilà un témoignage formel qui prouve que l’iota final du datif ne se prononçait plus au temps d’Apollonius ; pour le temps de Denys d’Halicarnasse le fait était douteux encore; car ce critique, analysant une phrase de Pindare, y signale comme un choc de deux sons semblables le rapprochement de l’iota final α᾽ ἀγλαΐα et de l'iota initial du mot suivant,

1. Προαλὲς δὲ καὶ τὸ AuGeiv ὡς x. τ. À. Même usage du mot προαλής, du Pron., p. 22 : Προαλὲς δὲ τὸ ὦ ἄρθρον παραδέχεσθαι. 2. De ΓΑ͂ων., p. 576 : Καὶ σαφὲς ὅτι τὰ προχείμενα, ἀχουόμενα ἔχοντα στοιχεῖα, πρόδηλον ἔσχε καὶ τὴν ἀφαίρεσιν * τὰ δὲ ἐν τῇ δοτικῇ 2 2 , A \ - 7) LA c A AS / \ HE” Σ οὖχ ἐξεφώνει τὸ 1° σαφὲς γοῦν (]. οὐν) ὅτι κἂν ἐλλείψη τὸ τ où πρόδηλον

or \

ἴδετε᾽. Le témoignage des inscriptions confirme ceux d’Apollonius et de Denys. En effet, l'iota s'y trouve encore , Jusque vers le siècle d'Auguste, à la fin des formes grammaticales où nous le souscrivons aujourd'hui”. Mais les graveurs perdent peu à peu l'habitude de l'écrire’, parce que sans doute la prononciation n'en tenait plus compte et que les graveurs, gens peu lettrés, ne prenaient pas souci, comme faisaient les grammairiens de profession, de régler leur orthographe d'apres l'étymologie et les vieux usages.

Les compilateurs byzantins ont beaucoup cité Apollonius et Hérodien sur tout ce qui touche à la formation des mots et à l'orthographe. Parmi ces nombreuses citations, j'en signalerai une qui se rattache aux remarques précédentes : elle nous apprend qu'Apollonius écrivait par un i long et non par la diphthongue εἰ la première personne du verbe εἶμι, aller, parce que le duel et le pluriel ont l'E bref : iuev, ἴτε, ἴτον, eten composition ἔξευτον, Il écrivait aussi à la troisiéme personne du pluriel is: (et non εἶσι), comme on écrit ἴασιν. Hérodien lui opposait l'autorité de la tradition qui a toujours écrit εἶμι et εἶσι par une diphthongue ; quant au désaccord qui résulte de cette orthographe, entre εἶμι et εἶσι d'une part, et, de l'au-

1. De l'Arrangement des mots, chap. xxu, p. 322, éd. Schæfer : « Διόθεν τέ με σὺν dyhala ἴδετε. » — Τῷ Σὺν ἀγλαΐᾳ εἰς τὸ « λήγοντι (παράχειται) τὸ ἴδετε ἐρχόμενον ἀπὸ τοῦ ι.

2. Apollonius l'appelle τὸ : συγγραφόμενον, Sync, ΠῚ, 30, dans un passage où il renvoie précisément à son traité perdu περὶ "Ophoypagias.

3. Franz, Elementa Epigr. gracæ, p. 126, 228, et surtout p. 233, où il cite, à ce sujet, un curieux témoignage de Strabon. 44, /bid., p. 247 : « Jota mutum ætate Septimü Severi prope constanter omittitur, »

320 APOLLONIUS DYSCOLE. — CHAP. VIII. S ὃ.

tre, les pluriels ἴμεν, ire, ou le duel ἴτον, il l'expliquait en admettant deux primitifs en ὦ, synonymes du verbe πορεύομαι : l’un, sw, qui aurait produit εἶμι, εἶσι : l’autre, ἴω, qui aurait produit ἴτον et les autres formes où l’iota initial est bref'. Nous avons déjà noté cet abus des primitifs imaginaires, comme εἴω, ἴω ; mais quelle que soit à cet égard l'erreur d'Hérodien , l’innovation qu'il combat prouve du moins une chose, c’est que de son temps la diphthongue & avait exactement le son de li, sans quoi il ne s'agirait pas de savoir comment on doit écrire, γράφειν, le mot εἶμι, mais comment on doit le former, σχηματίζειν ou κανονίζειν ἡ. Les questions d'orthographe ne peuvent naître que d’un désaccord entre les sons et l'écriture d’une laneue, soit qu'un même son s’écrive de deux manières différentes, soit que deux sons différents s’écrivent de la même manière. Or les difficultés de la seconde espèce paraissent avoir été très-rares dans la langue grecque, mais celles de la première s’y multiplient à mesure qu'on descend vers les siècles de décadence : la confusion de ὃ et de &, celle de εἰ, ἢ et i, puis enfin celle de ces cinq lettres et diphthongues en un seul son, l’itacisme en un mot, complique peu à peu l'orthographe d’une foule de règles inconnues à la haute antiquité. De là dans le livre des Epimérismes attribué à Hérodien, de là dans le traité de Chœro-

4. Excerpta Gramm. ap. Cramer., Anecd. Oxon., IV, p.346, 334 : ‘O Ἀπολλώνιος τὸ εἶμι διὰ ἱμακροῦ τοῦ τ γράφει... .-. οὗ συνάδει δ᾽ αὐτῷ ἣ παράδοσις * φησὶ γὰρ ὃ Ἣ ρωδιανός, x. τ. À.

2. Etyin. Magnum, p. 664, 2 : Τὸ γὰρ περιπατοίην ὃ Ἀπολλώvus οὕτω σχηματίζει, De même dans Cramer, Anecd. Oxon., INT, p. 269 ; IV,p. 351; Schol. in Hom., Odyss., E, 253, etc. Voyez plus haut, chap. τι, S 1, p. 28, n. 2.

boscus sur l'Orthographe une foule de prescriptions dont personne n'avait besoin au temps de Marc Aurele, mais qui étaient devenues utiles où même nécessaires aux écrivains du moyen âge.

Ce pourrait étre ici l’occasion de rechercher quelle était, en général, au temps d'Apollonius et d'Hérodien , la prononciation de la langue grecque , et s'il est vrai, comme plusieurs savants le pensent encore aujourd'hui, qu'elle füt de tout point conforme à celle des Grecs modernes. Mais de telles digressions, quelque intérêt qu'elles puissent offrir en elles-mêmes, nous entraineraient trop facilement hors des limites que nous avons dû nous imposer. Qu il nous suflise d'avoir constaté sur deux questions en particulier ce que nous apprennent des témoignages authentiques et clairs, que jusqu'ici on n'avait pas encore, nous le croyons du moins, invoqués dans ce débat.

Les discussions des grammairiens sur l'orthographe n'avaient pas seulement pour objet de corriger l'usage et d'éclairer la pratique journalière de l'écriture; souvent aussi elles servaient à fixer le texte et à éclaircir le sens de certains passages des auteurs classiques. Les premiers critiques d'Alexandrie et de Pergame consacrérent bien des veilles à ce travail de correcteur et d'annotateur; mais ils sont loin d'avoir résolu toutes les questions qu'ils soulevérent : bien des controverses ont duré jusqu'à la chute méme de ces laborieuses écoles, et l'on en retrouve souvent la trace dans les compilateurs du moyen âge. Eustathe et surtout le Scholiaste de Venise sur l’Æ{iade nous donpent une idée des immenses et minutieux travaux de la critique sur le texte des chefs-d'œuvre d'Homère, Mais si longs et si variés qu'ils soient, les extraits

accumulés, sous le nom de παρεκόολαΐ Où σχόλια, autour d’un ancien ouvrage ne font peut-être pas apprécier les Ὑπομνήματα d’un Zénodote ou d’un Aristarque’ aussi bien que le fera tel chapitre de la Syntaxe, où Apollonius rapproche et discute les opinions des anciens éditeurs sur un vers, quelquefois sur un mot ou une syllabe du texte homérique. Trâduisons donc un de ces chapitres”, pour compléter notre exposition des travaux d’Apollonius.

Apollonius vient de montrer par beaucoup d'exemples et par des analyses fort subtiles le rapport du verbe avec le pronom possessif; il se trouve ainsi amené à signaler un passage d'Homère que rend suspect d’interpolation le mauvais emploi d'un pronom possessif :

« Puisque le pronom possessif se rapporte toujours dans la phrase à quelque obiet possédé, le vers [de l'Iliade, VUE, 91]:

Ὡς μὴ πάντες ὄλωνται ὀδυσσαμένοιο τεοῖο, α Pour qu’ils ne périssent pas tous par l’effet de ta colère. »

Mot à mot: « Toi étant irrité. »

semblera incorrect, outre les raisons accessoires qui

Â. Qu'il nous suffise de renvoyer rapidement sur ce sujet au grand ouvrage de Græfenhan sur l'Histoire de la philologie classique, et à quelques ouvrages spéciaux : 1° Duentzer, de Zenodoti studiis Homericis, Gœttingæ, 1848 ; 2° Lehrs, de Aristarchi studiis Homericis, Regimonti Pruss., 1833 ; 3° 7, Quæstiones epicæ (1837), Diss. Il : Capita selecta ex Alexandrinorum doctrina de prosodia Homcrica; 4° Koepke, de Hypomnematis græcis , Berolini, 4842 ; ° Aristonici περὶ Σημιείων ᾿Ιλιάδος reliquiæ emendatiores, edidit Friedlaender (Gœttingæ, 1853).

2, Synt., 11, 21-22, p. 162-166. J'ai cru inutile de traduire en francais tous les exemples d’Homère üans un morceau qui ne peut intéresser que les philologues.

prouvent contre l'authenticité de ces vers’, car {τεύς est un pronom possessif et par conséquent un dérivé du pronom primitif +5 ou σύ, de la seconde personne ; or] les verbes et les participes ne se construisent, comme on l'a montré plus haut, qu'avec les génitifs du pronom primitif, | qui serait ici σέο ou σοῦ]. Aussi on pourrait admettre cette leçon de Zénodote {dans l’//iade, XX, 261]:

Πηλείδης δὲ σάκος μὲν ἀπὸ οὗ χειρὶ παχείη ἔσχετο, ταρθήσας,,, «1,6 fils de Pelée, de sa large main, retint loin de ἐμὲ le bouclier, et tout tremblant, etc. »

Car si l'on dit régulièrement, en rattachant au verbe un pronom primitif de la premiere ou de la seconde personne : ἀπ᾽ ἐμοῦ ἔσχετο σάχος OU ἀπὸ σοῦ ἔσχετο σάχος, rien n empêche qu'on ne dise avec un pronom de la troisième personne : ἀπὸ οὗ | pour ἀφ᾽ ἑαυτοῦ; le mot οὗ ne s'entendra pas ici avec le sens possessif, comme s'il était le génitif d'un possessif [6:, synonyme de é5;|, la construction du verbe dans celte phrase écartant toute confusion à cet égard... Si donc οὐ se rapporte au verbe ἔσχετο, qui empéche de le considérer comme le génitif du pronom primi-

1, Μετὰ χαὶ τῶν συμπαρεπομένων τῇ ἀθετήσει τῶν στίχων, « Præter vitia quæ culpas carminum comitantur, » dit la traduction latine de Portus, Portus n'a pas compris et il ne pouvait guère comprendre ce sens du mot ἀθέτησις, qui n'a été bien déterminé que depuis la publication du Scholiaste de Venise par Villoison. Voyez Wolf, Proleg. ad Hom., p. 204, 224. Toutefois H. Estienne, au mot ᾿Αϑετέω écrivait déjà : « Itidem ἀθετούμενοι στίχοι dicuntur Rejectitii versus, qui et ὀδελιζόμενοι. » Sur la tirade dont Apollonius cite le dernier vers, voyez la note du Scholiaste de Venise.

tif de la troisième personne, malgré son identité de forme avec un possessif?

« On peut, il est vrai, objecter à cela que, si cette construction est régulière ailleurs, elle ne l’est point dans la syntaxe homérique, Homère se gardant de la confusion des deux formes pronominales dont 1] s’agit’. Zénodote ne pèche donc pas contre la règle des pronoms, mais contre l'usage d'Homère ; et voilà pourquoi on a préféré la leçon d'Aristarque : ‘Aro ἕο JEtOL TROY ELN.

« On rapporte encore à Zénodote les leçons suivantes :

Μνῆσαι πατρὸς σεῖο ; Mot à mot: « Souviens-toi du père de ἰο].» (Zliade, XXIV, 486.) Πατρὸς ἐμεῖο πατήρ.

Mot à mot : «Le père du père de moi. » (Odyssée, XIX, 180.) où, contrairement au précédent exemple, c’est le pronom primitif qu'il admet au lieu du possessif. Il y a moyen de soutenir cette lecon de Zénodote, puisqu'il est naturel? que le génitif se rapporte à quelque possession, le pronom possessif se ramenant, comme nous l'avons dit, au génitif d’un pronom primitif. On trouve même dans les poëmes d'Homèere d’autres constructions analogues :

Πρώτω γὰρ καὶ δαιτὸς ἀχουάζεσθον ἐμεῖο ( liade, IV, 343). Σέο δ᾽ ὀστέα πύσει ἄρουρα ( Iliade, IV, 174).

Εἰ μή τίς σευ μῆλα (Odyssée, IX, 405 ).

Οἵ θ᾽ αἵματος ἐξ ἐμεῦ εἰσίν (ἡΠίααο, XIX, 105).

1. Ὡς ἐδείχθη ἐν τοῖς προχειμένοις, ajoute l’auteur, j'ai supprimé quelques renvois du même genre, qui ne pouvaient qu'embarrasser la traduction.

2. Οὐχ ἀπεμφαῖνον (5. ent. ἐστί). Locution familière à Pauteur : Spnt., IL, 7, p. 105; IL, 22, p. 169; IV, p. 324 : Οὐδὲ

de sorte que l'usage homérique ne répugne pas aux deux lecons : σεῖο, ἐμεῖο, de Zénodote : si ces dernières sont changées, les autres feront toujours embarras; et si on admet les quatre autres, il ne faut pas repousser celles de Zénodote.

« Mais ne reste-t-il pas à objecter contre les leçons de Zénodote qu'on ne saurait admettre un pronom accentué dans la construction possessive | comme dans ὁ δοῦλός σου, qu'il faut écrire ainsi, et non ὁ δοῦλος σοῦ], et qu'on doit nécessairement choisir entre le pronom enclitique et le pronom possessif? Il est clair que tout va bien dans

Εἰ μή τίς σευ μῆλα βροτῶν ( Odyssée, IX, 405).

et dans les exemples semblables, où le pronom est enclitique. Car dans

c'est par violence qu'on ramème ἐμεῖο à la construction possessive‘ : il vaut mieux le joindre au verbe ἀχουάζεσθαι, en admettant l'ellipse, toute homérique, de la préposition περί, comme dans Τ ίσασθαι * Ehévns ὁρμήματά τε στοναχάς τε (Jliade, I}, 356). Ἔχ γὰρ ᾿Ορέσταο τίτις ἔσσεται Ἀτρείδαο ( Odyssée, ἱ, 40). Κύχλωπος χεχόλωτα:ι (Odyssée, 1, 09}.

et beaucoup d'autres. Alors on construira : ἐμοῦ ἀχουάζεσθον πρώτω περὶ δαιτός, et le pronom accentué ἐμεῖο où ἐμοῦ s'expliquera très-bien par l'opposition [de la personne qui parle et des deux personnes qui écoutent. |

« On dira peut-être : mais les pronoms σέο et ἐμεῦ sont accentués dans :

Σέο δ᾽ ὀστέα πύσει ἄρουρα (Iiade, IV, 174).

Οἵ θ᾽ αἵματος ἐξ ἐμεῦ εἰσίν (Πίαάο, XIX, 105) [où cependant ces génitifs ont une valeur possessive]. À quoi nous répondrons que tout pronom est mal accentué lorsque, pouvant être accentué de deux manières , il l’est contrairement au sens‘, Or le sens n'exigeant pas d’accent aigu sur σέο dans :

Πολλάχι γάρ σεὸ πατρὸς ἐνὶ μεγάροισιν ἄχουσα ( Iliade, 1, 396 ),

il serait déraisonnable de lire σέο, avec accent aigu ; mais dans :

Ὡς σέο νῦν ἔραμαι ( Iiade, XIV, 328 ).

4. Πᾶσα ἀντωνυμία τότε ἄλογος γίνεται χατὰ τάσιν, ὅταν τὸ δισσὸν τοῦ τόνου οὐ δυναμένη ἐπιδέξασθαι mapx τὸ δέον τοῦ τόνου ἐναλλαγῆ. Ce texte n'offre guère qu’un non-sens en grec comme dans le latin de Portus : « Omne pronomen tum demum non servare tenoris regulam , cum geminam istam tenorum rationem non potest recipere et alium pro alio contra regulam suscipit. » Or les deux exemples qui suivent nous montrent, au contraire, un prenom σέο qui peut avoir deux accents, δὲ qui serait ἄλογος, s’il variait son accent, ἐναλλαγῇ , contre la convenance du sens qu’il exprime, παρὰ τὸ δέον. Le ms. 2548 porte τὸ δισσὸν τούτων où δυναμένη, comme l'édition de Sylburg. Pourquoi ne pas lire tout simplement, τοῦ τόνου sans négation, comme porte un ms. dont Sylburg relève la variante à marge de son texte? C’est d’après cette correction que j'ai traduit. Le copiste du ms. 2548 confond très-souvent les o et les ὦ. Il met l’w pour lo, p. 515, 1: 534, 32; 579 , 11 des Anecdota de Rekker; et lo pour lo, p- 525, 2, 551, 24 ; 578, 292, etc. Il est inutile de multiplier ces exemples. — La négation où, que je propose de supprimer dans le passage ci-dessus, est, au contraire, omise à tort par les copistes, dans quelques autres passages d’Apollonius : par exemple, Synt. IV, 10, p. 334, 20, où elle est restituée après λόγου par M. Lehrs, Quæst. epic., p. 40. Cf. Bekker ad Pron.. p. 161, et ad Synr. 1, 44, p. 88, 13.

il serait, au contraire, déraisonnable de lire σεῦ sans accent aigu, puisque deux personnes sont opposées l'une à l'autre.

« Quant à σφῶϊν dans :

Ὃς σφῶϊν προΐει Βρισνΐδος εἴνεχα χούρης ( Iliade, 1, 338),

il n’est pas déraisonnable qu'il porte un accent, quoique le sens réclame une construction sbeolie du pronom’, celle même que l'on peut rétablir en disant : ὃς ἐξέπεμψεν ὕμας. En effet. σφῶϊν [ayant plus de trois temps], ne peut être enclitique, et par conséquent, la leçon est irréprochable. Il serait superflu d’insister sur une telle démonstration, car on sait quels pronoms sont toujours enclitiques ou ne le sont jamais.

« Nous avons montré que les pronoms qui commencent une phrase ont naturellement l'accent aigu. Ainsi dans :

Σέο δ᾽ ὀστέα πύσει ἄρουρα ( Iliade, IV, 174),

σέο est une mauvaise lecon* si, pouvant être enclitique, le pronom ne l’est pas | mais, à cause de sa place au commencement de ce vers, le pronom ne pouvait être enclitique]. Nous avons montré aussi que la préposition précédant un pronom en relève l'accent; par conséquent ἐξ ἐμεῦ ne pouvait avoir d'autre accent que l'aigu.

« [Ainsi les quatre exemples cités à l'appui des le-

1. Τοῦ λόγου ἀπαιτοῦντος ἀπόλυτον ἐχφοράν, par opposition à διαστολή ou ἀντιδιαστολή ou ἀντιπαράθεσις, « distinction , opposition de deux personnes différentes, » qui exige que le pronom soit accentué, Syar. 11, 2: Κατὰ ἀπόλυτον ἐχφοράν " ἔπαισέ me.

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