ARMAND LE CHEVALIER, ÉDITEUR
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Baîc, novembre 18G6.
Il nous est arrivé quelquefois d'effleurer, en causant, les grandes ^ questions de la philosophie. Ce n'est pas une bonne manière. Les
causeries sont forcément coupées d'interruptions, de digressions, I * de demandes et de réponses. On perd sans cesse le fil de la pensée
\ et du raisonnement. Je voudrais prendre et garder un moment la
parole pour résumer en quelques phrases succinctes mes opinions sur ces sujets. Elles sont nées des réflexions d'une vie longue, honnête et studieuse. Ce n'est pas ma faute si ces réflexions ont démoli, pierre par pierre, tout l'édifice des croyances communes, où je m^étais longtemps abrité, et m'ont réduit, comme Montaigne, à n'avoir pour reposer ma tête que < l'aureiller du doubte. » Loin de professer l'incrédulité, je m'en confesse, et cherche, d'un cœur sincère, à me justifier d'être incrédule ; me hâtant 4'ajouter, avec le Vicaire Savoyard de J.-J. Rousseau : « Je n'enseigne pas mon sentiment, je l'expose. »
Dans cette exposition, je vous promets, non pas d'être clair autant que bref, assez clair pour être compris d'un enfant, — ce
serait vous faire injure, — mais que je laisserai tout appareil doctoral pour m'en tenir au simple et familier langage du sens com« mun. C'est une causerie que je vous demande encore ; seulement l'un des causeurs parlera seul, et sans être interrompu.
Dans ses Pensées^ Alïreà de Vigny dit avec justesse: « On
parle de la Foi. Qu'est-ce, après tout, que cette chose si rare ?
— Une espérance fervente. — Je l'ai sondée dans tous les « prêtres qui disaient la posséder, et u'ai trouvé que cela. Jamais c la certitude. »
Les prêtres, et par eux les croyants en général, reçoivent un système tout fait, et de toutes pièces, qui peut satisfaire aussi bien les esprits ardents et mystiques que les esprits faibles et dociles, ou même indifférents : Un Dieu, qui a créé le monde et qui le gouverne ; — une âme immortelle, qui, dans une autre vie sans fin, sera récompensée ou punie ; — des mystères, tels que la Trinité (1), rincarnation (2), la Rédemption, TEucharistie, auxquels on ajoute
(i) Gomme la irimourli inàovte de Brahma, Shiva et Vischnou, « qui personnifient les trois formes de Texistenec universeUe : création, destruction, renaissance » (Ed. Quinet) ; comme la triade égypticnne.d*Osiris, Isis ft Horus, comme ceUe de Platon, celle des Druides, etc. .
(2) Gomme, chez les Bratames, Vavatar de Visclinou dans le sein de ia vierge Mala; comme, dans Tancien Mexique, les deux jumeaux mis au moudc par la vierge Tétéolnan. etc.
foi, précisément comme saint Augustin, quia absurdum; — des miracles, depuis Josué arrêtant le soleil, du Jésus ressuscitant Lazare, jusqu'à sainte Apolline dout l'oraison guérit le mal de dents ; -^des sacrements, qui occupent toute la vie, du baptême à rextrême-onctiou ; — autour de l'homme, les anges et les démons, les légendes du paradis, du purgatoire et de l'enfer. Ce système est complet ; il est commode. Les croyants l'ont appris, ils l'enseignenl ; ils s'y tiennent ; ils croient croire.
Nous devons examiner.
D'une autre part, dans le siècle passé et dans le siècle présent, par la Profession de foi du Vicaire Savoyard^ et par la Religion naturelle de notre digne ami Jules Simon, le§ philosophes spiritualistes ont formulé un vaste amendement au christianisme officiel. Quoique religieux, ils se sont montrés sincères, raisonnables, tolérants, humains. Ils ont rejeté résolument toutes les superstitions, tous les absurdq. Les seules croyances positives qu'ils aient conservées, sont celles d'un Dieu éternel, créateur et gouverneur du monde, et d'une âme immortelle, douée de libre arbitre, qui, dans une autre vie, sera traitée selon ses œuvres. De ces deux croyances fondamentales ils font découler une morale pure, sage, capable de consoler et de sanctifier la vie ; et bienheureuse, il me semble, serait l'humanité, si, dans son impérieux besoin d'une religion quelconque, elle embrassait ce culte épuré du simple déisme.
J'en conviens ; mais, au dire de Channing lui-même, ce pieux apôtre des unitaires, l'homme croit ce qu'il peut, non ce qu'il veut; il doit interroger la raison que Dieu lui a donnée, « cette contreroolleuse générale de tout ce qui est au dedans et au dehors de la voulte céleste (Montaigne) ; » et nos spiritualistes disent eux* mêmes fièrement : a Nous aimons mieux l'erreur librement cherchée que la vérité servilement adoptée. » (Paul Janet, Le SpiriitMlisme français.)
Donc, nous devons encore examiner.