‹ Apologie du christianisme (volume 2)Chapitre 1 sur 26 · LIBRAIRIE BLOUD ET BARRAL · texte numérisé non relu

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4, BUS UADAME, ET BUB DE RENNES, 59

a'^ fH-

La hiérarchie fondée par Jésus-Christ. — Pierre en est le chef snprême. — La suprématie de Pierre dans l'Ecriture. — Permanence de la primauté dans l'Eglise. — Le témoignage de l'histoire. — Fonction et pouvoir da Pape. — Les marques de l'Eglise. — L'EgHse une, sainte, catholique, apostolique. — L'Eglise romaine est l'Eglise catholique, — L'Eglise une et apostolique. — L'apostolat dans l'Eglise catholique romaine. — La sainteté dans l'Eglise catholique romaine. — La permanence du don des muacles dans l'Eglise ca bolique romaine. — L'absence des caractères propres à l'Eglise dans les confessions protestantes. — Les Eglises nationales protestantes. — Les missions protestantes. — Doctrine de Luther touchant la samtefé et le péché. — Conséquences de cette doctrine. — La vraie et la fausse Réforme. — La charité dans l'Eglise. — Conciliation de toutes les contrariétés dans l'Eg ise catholique. — Macaulay sur l'EgUse catholique. — Notes additionnelles.

L'Eglise est le royaume de Dieu sur la terre, la copie du royaume des deux'. Il lui a été donné un pouvoir sou\erain, base et soutien de son unité, et dans les trois ordres échelonnés des évoques, des prêtres et des diacres *,

« Joan., XVI, 11; xx,24.

• L'échelle hiérarchique des évêques, des prêtres et des diacres dans l'Eglise est une imitation de colle des anges dans le ciel. Clem. d'Alexand., Strom., VI, p. 793. Cf. Concil. Tride7it.y sess. xxiii, can. i, 8.

Apoi, DU Christ. — Tome V. l

une hiérarchie, c'est-à-dire une souveraineté sainte, parce qu'elle est sainte dans son origine qui est Jésus-Christ, SLÎnte dans son but, qui est l'édification du corps du Christs sainte dans ses moyens qui sont la parole, les sacrements^ la discipline ecclésiasiique. Comme VEglise est l'œuvre du Seigneur, sa constitution est aussi l'œuvre du Seigneur qui de sa main en a tracé pour jamais le plan au moins dans ce qu'il a d'essentiel. C'est lui qui a choisi les Apôtres, et non les Apôtres qui l'ont choisi *. La hiérarchie ecclésiastique n'est donc point le fait de l'homme, ni le simple résultat d'un développement historique, encore moins celui d'un pacte ou d'une usurpalion ', elle vient de Dieu comme celle de l'Ancien Testament*. De même que Jésus-Christ n'a pas été envoyé par les Apôlres, mais uniquement par sou Père^ afin qu'il

* Ephes.» IV, 12.

* Joan., XV, 16.

* Ce dernier cas est celui du proteslanlisme, car ou bien il reconnaît comme souverain de l'Eglise le souverain lerrilorial (système territorial), ou bien il lui attribue le pouvoir épiscopal comme un accessoire du droit de majesté (système épiscopaî), ou bien entin il feint que ce pouvoir lui a été conféré par le peuple (système collégial), trois sysiènies sans aucun fondement historique et inventés uniquement pour étayer un césaro-papisme de fait et l'établir en droit. En Amérique où le principe protestant a pu se développer librement, le prédicateur n'est en réalité qu'un délégué de la communauté souveraine qui souvent ne lui donne sa mission que pour un temps déterminé et ne le laisse prêcher que ce qu'elle veut et comme elle veut. Cf. Hengstenberg, Kirchenzeilunçi, 1847, p. 300. Répertoire de Renier, i. 74, p. 93. Berlin, •prote&tant. Kirchenzeitung, 10 juin 1854. Surtout Busch, Voyages entre Hudson et Mississipi. Stuttgart, 18oo, i, p. 419 Et -Jœrg, Histoire du. protestantisme, ii, p. 417, 428.

* Ecor., V, 4 j X, 1.

envoyât ensuite tous les autres, de même que ce n'est pas la famille qui choisit son chef, mais le chef qui fonde sa famille et l'appelle à la \ie, de même la grande fa:r,ille des croyants n'a point établi elle-même ses chefs, ses docteurs et ses pasteurs K Maintenant encore comme à l'origine, toute \ocation et toute mission vient de Celui à qui tout pouvoir a été donné, de Celui qui est le Seigneur, qui donne son esprit à ses envoyés et dont l'empire demeure de génération en génération. Ce pouvoir hiérarchique, non-seulement les Apôtres ^ l'ont exercé, mais ils l'ont transmis à leurs successeurs, qui ont été établis par l'Esprit-Saint powr conduire l'Eglise de Dieu •, pour présider * et pour enseigner ' dans l'Eglise, non pour la gouverner à la manière des dépositaires du pouvoir temporel, mais pour l'instruire selon la loi du Christ son modèle parfait. C'est pourquoi les plus anciens Pères de l'Eglise considèrent Tobéissance envers l'autorité ecclésiastique, envers les évêques, les prêtres, les diacres, comme l'expression de l'obéissance niême qui est due à Dieu et à Jésus-Christ, et les Apôtres la signalent comme

* Il ne s'ensuit pas de là, comme le prétend Thomasius, que la communauté ne soit dans l'Eglise catholique qu'un simple accident do la hiérarchie; elle n'est pas non plus un accident du chef invisible qui est Jésus-Clirist , mais elle est son corps. AU contraire, c'est Thon)asius qui, en mettant la parole du Christ et la foi en lui avant l'Eglise, fait de celle-ci un accident proprement dit dans l'œuvre du salut.

* Cor.,\y 3, Cf. II Cor., ii, 10 ; I Tim., i, 20 ,- 1 Thess., iv, 2. » Act., XX, 28, 32 ; I Tim., IV, 13, 16.

* I Tim., V, 17, 20 ; Eebr., xni, 7, 17; Tit, il, 18; m, iO, 1 1 ; IPetr., V, 1, 5; Apocalyp., i, 12; ii, 1.

» Il Tim., I, 13, 14 ; II Tim., U, 1, 3.

i CHAPITRE XVlir.

le fondement et la condition de toute vie ecclésiastique vraiment saine et pure \

Par là cependant n'est point encore achevée l'œuvre de Dieu. Il manque encore ce que l'on peut appeler la clef de voûte, le couronnement de l'édifice de l'Eglise et tout ensemble le fondement visible sur qui elle repose, le centre unique et commun vers lequel gravite la sphère immense de l'Eglise et qui fait de celle-ci un tout compacte et parfaitement un. Si l'Eglise est un troupeau, elle a Desoin d'un premier pasteur ; si elle est le corps visible de Jésus-Christ, elle a donc aussi une tête visible. 11 est clair aue le Seigneur n'a point refusé à l'Eglise ce que l'essence même de celle-ci exige. Tant qu'il demeura visiblement présent parmi les siens, il fut lui-même le centre autour duquel tous se groupaient. Ayant ensuite communiqué aux Apôtres un pouvoir, le pouvoir épiscopal, qui doit se perpétuer dans l'Eglise jusqu'à la fin du

*Ign<Tt., ad Magnes, c. 4: « II ne suffit pas d'être appelé chrétien, il laui l'èire en effet et ne pas ressembler à ces personnes pour qui l'évêque n'est qu'un nom, puisqu'elles t'ont tout sans lui... Je ne vous recommanderai plus qu'une seule chose, c'est de toujours agir en union avecle Seigneur, regardant l'évêque comme son représentant au milieu de vos assemblées, les prêtres comme formant le sénat des Apôtres, et les diacres, objets de ma prédilection, comme dispensateurs des mystères de Jésus-Christ... De même que Jésus- Christ n'a rien fait sans son Père, vous ne devez non plus rien faire sans l'évêque et sans les prêtres. Cf. ad Trall., c. 2, ad Smyrn , c. 8. Où est l'évêque, là est l'Eglise catholique, sans lui (o. 3) pas d'Eglise. — Ad Ephes-, c.'e. — Iren., C. IIœtes.,iY, 33 : Agnitio vera est Apostolorum doctrina etEccîesice status in universo mundo et character corporis Christi secimdum siiccessio7ies episcoporum, quitus illi eam, quœ in imoquaque loco est, ecdesiam trcididerunt. Cypr. [Ep. ux ad Florent.) : Illi sunt ecclcsia plebs sacerdoti adunata et pastori suo grcx adhœrens. Unie scire debes, epiicopum in ecdesia esse et ecdesiam in episcopo.

l'église catholique. 5

monde, il a dû choisir et il a effectivement choisi parmi les Apôtres quelqu'un pour être le fondement de son Eglise, fondement sur lequel tout reposerait, avec lequel tout demeurerait dans la plus intime union, dans la plus étroite dépendance, et il a choisi l'apôtre Pierre qui avait été le premier à confesser expressément la foi en sa divinité. A son Eglise bâtie sur ce fondement il a promis une durée sans fin, comme à la maison qui n'est point bâtie sur le sable mais sur le solide. Et Pierre, il Ta constitué seul détenteur des clefs du céleste royaume, avec pouvoir de fermer et d'ouvrir, de lier et de délier, de telle sorte que ce qu'il aura lié et délié sur la terre, sera lié et délié dans le ciel. « Considérez », dit saint Jean Chrysostome', et comment Jésus-Christ se révèle et montre par

« Jn Matth., xvi, 18 et seqq., tom. vii, p. 421 de notre traduction. — Ce qu'est le tondement pour un bâtiment, Pierre l'est pour réditice spirituel de l'Eglise , Pierre soutient et porte TEglise. 11 est aussi le chef du corps de l'Eglise et tous les membres lui sont soumis comme à celui qui les dirige et les maintient dans une vivante unité. C'est parce qu'elle est assise sur un fondement solide, présidée par un chef immortel que l'Eglise est inébranlable, indestructible, impérissable. Pierre tient les clefs, c'est-à-dire qu'il a en main le pouvoir souverain. Isa., xxii, 22; Apocalyp., m, 7.

Le proteslantisme objecte que c'est la foi de Pierre et sa confession, mais non lui-même qui est le rocher. Olshausen réfute lui-même cette objection {Comment, de la Bible, i, page 515). — « Ces paroles établissent d'une manière décisive la primauté de Pierre parmi les autres Apôtres ; il a fallu tout l'aveuglement de l'esprit de parti pour moconnailre ce qu'il y a de démonstratif dans ces paroles ou pour en dénaturer le sens ». Schelliug, Philosophie de la Révélation, ii, p. 301.

Certainement, l'Eglise, comme le dit saint Ambroise {De Incarnat., v, 34), n'est pas bàiie sur la personne matérielle de Pierre (super ossa et carnem), mais sur lui comme confesseur. C'est moins par sa confession elle-même que par la venu des promesses qui lui ont été faites, quR Pierre est le représentant do tous les Apôtres. Bien plus le Seigneur en le

6 CHAPITRE XYIII.

a ces deux promesses qu'il est le Fils de Dieu. Car il lui a promet deux choses qui ne peuvent être le don que a d'un Dieu, l'une de remettre les péchés, et l'autre de « rendre son Eglise inébranlable au milieu des assauts a de tant d'orages, et de faire voir dans un simple pé- « cheur une fermeté plus solide que n'est celle de îa

désignant comme ayant reçu du Père une grâce privilégiée de toi, l'établit (lue, xxil, 23) comme principe de force envers les autres Apôtres qui onl besoin d'être fortifiés (Cf. Asterius Amas., Eomil. viii in SS. Petrum et Faulum, édit. Migne, t. XL, p. 2S0). Eu un sens il représente les autres Apôtres comme un roi son pays, le père sa famille. En tant qu'unis avec Pierre et en communion avec lui, les autres Apôtres ont aussi reçu le pouvoir de lier et de délier, mais ils ne l'ont pas reçu sans lui. Matth., xvm, 18. Pierre au contraire a seul reçu les clefs, il possède la plénitude du pouvoir dans la maison de Dieu, c'est avec lui et comme ses subordonnés que les autres exercent leurs fonctions.

a Ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement, est irrévocable : la puissance iiounée à plusieurs porte sa restriction dans son partage ; au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tout et sans exception, emporte la plénitude; et n'ayant à se partager avec aucune autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle ». Bossuet, Sermon sur l'Unité de V Eglise.

Saint Luc (xxii, 25) suppose une différence de rang parmi les Apôtres, et, par cet exemple qu'il cite du Seigneur qui, quoiqu'il soit le maître, parait comme le serviteur de tous, il fait allusion à un pouvoir suprême dans l'Eglise en même temps qu'il indique où doit tendre ce pouvoir.

Lorsque saint Paul {Gai., ii, 14) blâme saint Pierre des ménagements que celui-ci avait pour les préjugés des chrétiens d'origine juive, cette remontrance traternelle aiiressée par un Apôtre à un autre n'implique nullement la négation de la primauté de saint Pierre ; elle signifie au contraire que la haute position de saint Pierre rendait cette connivence dangereuse (Bossuet, /oc. cit. supr.) — La mission que saint Pierre reçoit avec saint Jean de se rendre à Samarie n'est pas en contradiction mais en conformité avec sa primauté. Les églises d'Asie députaient ainsi leurs évêques (Ignat., ad Fhiladelph., I, c. 10) elles Juifs leurs grands-prêlres (Joseph. Fia v., Aïchœol., XX, 7).

lEGLlSn CATHOLIQUE. i

t pierre, et capable de résister à tous les soulèvements du < monde ». Et ce qu'il avait annoncé devoir faire, il l'a fait après sa résurrection, car après que Pierre eut confessé trois fois qu'il aimait son Maître, celui-ci lui confia la mission de paître ses agneaux et ses brebis, c'est-à-dire qu'il rétablit pasteur de tout le troupeau, chef visible à sa place, auquel par conséquent tous doivent obéissance'. C'est pourquoi, après l'avoir si hautement distingué, le Seigneur donne à cet Apôtre, tout en lui conférant sa nouvelle dignité, ce nom significatif de Pierre*; c'est pourquoi il prie pour lui, afin que sa foi ne défaille point, et que, devenu fort dans la foi, il fortifie ses frères '.

Aussi Pierre entre en fonction tout après l'Ascension du Seigneur; il complète le nombre des Apôtres et prêche au peuple * ; il opère le premier miracle ', se présente le premier devant le Sanhédrin ', visite le premier l'Eglise ' et porte le premier l'Evangile aux Gentils à la suite d'une révélation spéciale •. Au concile de Jérusalem, c'est lui qui préside • ; il anathématise Simon, le premier héré-

* Joan., XXI, 15.

^Joan.,i, 42. Sur la significRtion symbolique de ce nom, voir tom. ii, p. 320. En Araméon iOU.

^ Luc, XXII, 32.

* Act., I, IS ; II, 14.

* Ibid., III, i.

' Ibid., IV, 1.

' Ibid., IX, 32.

« Ibid., X, 5.

« Ibid., XV, 7.

tique '; il figure toujours en tête de la liste des Apôtres', et il est expressément appelé le premier '. Il approuve les écrits de saint Paul *, et celui-ci se rend auprès de lui pour recevoir de lui le sceau de la communion ecclésiastique '. Partout dans les évangiles Pierre a une place à part, il est partout mis immédiatement à côté de Jésus, il sert d'intermédiaire entre le Seigneur et les autres disciples, il possède une prérogative sans pareille. Les principaux moments de la vie de Jésus se rapportent tous en quelque manière à lui et seulement à lui. C'est à lui tout particulièrement qu'est apportée la nouvelle de la résurrection de Jésus et par l'ordre du Seigneur '. L'histoire du Nouveau Testament raconte ses défauts et ses humiliations avec une prédilection marquée. Elle mentionne la force de sa foi et de son amour, et la distinction qui en est la récompense, mais elle a soin d'insister sur la profondeur de sa chute. Jésus-Christ a consacré à l'instruire et à le former un soin tout particulier et dont nul autre n'a été l'objet, l'admettant seul à beaucoup de confidences importantes', lui prédisant, ce qu'il n'a fait pour personne autre, de quel genre de mort »» mourrait,

• Ibid., vni, 20.

' Marc, I, 36 ; Luc, Vi, 14 ; Act, I, 13.

• Matth., X, 20 : noûro; 2î[a(ûv, ô Xsp'fjitvoç Harpo;. Chronologiquement, c'est André qui avait été appelé le premier.

• II Petr., m, 15.

• Gai, II, 2. Paul demeura d'abord quinze jours avec Pierre^ puis il entra en fonction.

• Marc, XVI, 7 ; I Cor., xv, 5.

' Marc, Y, 37 j Matth., XIII, 1 ; XVII, 24; Luc, xxil, 24.

l'église catholique. 9

c'est-à-dire par le martyre, et cela immédiatement après l'avoir élevé à la plus haute dignité. II fallait qu'il fût semblable à son Maître jusque dans la mort *.

Destinée à fonder et à maintenir l'unité dans l'Eglise", la primauté accordée à Pierre a pour attribut nécessaire la durée et la permanence à travers tous les siècles. Son pouvoir comme celui des Apôtres lui a été donné en l'Eglise et pour l'Eglise ; ou, comme s'exprime saint Augustin *, le pouvoir ne lui a pas été donné à lui per-

*Joan., XXI, 18.

* Les paroles du Seigneur et ses prières ne regardaient pas seulement une personne ou un moment particulier, c'étaient des paroles de fondalion et de création, elles s'appliquaient avant tout à l'Eglise et à son avenir que le Seigneur avait présent devant ses yeux. C'est ainsi qu'embrassant d'un long regard tous les temps, il priait pour l'union des membres de rÊglise, afin que cette union fût pour le monde un témoignage toujours parlant de la vérité de sa divine mission (Joaw., XVII, 2J, 22).

Dœllinger, op. cit., sup., p. 32. Cyprian. {Ep. 73 ad Jubai.) : Petro primum Dominus, super quem œdificavit Ecclesiam, et unde unitatis originem iiistituit et ostendit, potestatem istam dédit. (Epist. iv) : Pétri cathedra atque Ecclesia principalis, unde unitas sacerdotalis exorta est. Cf. De unitat. Eccîes., pass. Hieron, [Adv. Jovin., I, 26) : Inter duo lecim unus eligitur, ut capite constituto, schismatis tolleretur occasio. Ambros. [Enarrat. in Ps. XL, 3) ; Ubi Petrus, ibi Ecclesia. Cf. De sacr., m, 7. Cf. Optât. Mil., Adv. Parm., vii, 107. Synod. Chalced., ap. Harduio., I, p. 656. Synod. Ephes., ibid., I, p. 1471. Léo M., Ep. ad Anast. Thessal. {Epist. XIV, 9). Ep. X ad Episc. prov. Vienn, Serm, il, 5.

' Tract, cxxiv in Joan., o. S : Cujus Ecclesiœ Petrus apostolus, propter Apostolatus sui primatum, gerebat figurata generalitate persoimm. Cf. Tertullian., De pudic, c. 21 : a Si de ce que le Seigneur a dit à Pierre : Je bâtirai mon Eglise sur cette pierre, tu t'imagines orgueilleusement que la puissance de lier et de délier est descendue jusqu'à toi, c'est-à-dire à tous ceux qui sont en communion avec Pierre, quelle est ton audace de pervertir et de ruiner la volonté manifeste du Seigneur, qui ne conférait ce privilège qu'à la personne de Pierre? »

sonnellement, mais bien à l'Eglise par lui, c'est pourquoi il n'a pu s'éteindre à sa mort. Si la primauté de Pierre est le fondement de l'Eglise, elle doit durer autant que l'Eglise elle-même ; Pierre est le dépositaire du pouvoi des clefs, et ce pouvoir doit nécessairement demeup dans l'Eglise, tant que l'Eglise vivra. Pierre est le pasteur de tout le troupeau du Christ, donc son ministère pastoral doit s'étendre à tous les temps et à tous les lieux. Par l'institution de l'épiscopat, les Eglises particulières se trouvaient pourvues d'un principe d'unité puissant ; l'Eglise universelle avait donc d'autant plus besoin d'un Evêque des évêgues, qui empêchât le fractionnement du corps du Seigneur ' ; d'ailleurs l'Eglise des temps postérieurs ne pouvait être dénuée d'un avantage octroyé à l'Egîige des temps apostoliques. Après la fondation de l'Eglise de Rome, à laquelle Pierre fut préposé comme chef, cette chaire épiscopale devint en même temps le siège de la puissance primatiale qui passa, après la mort de Pierre, à son successeur l'évêque de l'Eglise romaine*. Aussi saint Ignace d'Antioche nomme déjà l'Eglise romaine la première dans la ligne de la chaiité ^ ; <i k cause de sa

* Ilagemann, op. cit., sup., p. 679.

* Rom., XV, 20, 24. Clem. R., E'p. i ad Cor., c. 5. Ignat., ad Eom., c. 4. Euseb., H. £., iv, 25; v, 6. Iren., Adv. Hœres., m, d. Teilulliaû., Prœscript., c. 32. Le séjour de saini Piètre à Rome et la fondation de l'Eglise romaine par cet Apôtre est un fait si bien constaté, si bien lié à toute l'histoire de l'Eglise, que quiconque le rejette comme fictif voit pareillement toute l'histoire de l'Eglise primitive se changer en amas de fictions. Cf. Hagemann, op. cit. sup., p. 627. Dœllinger, op. cit. sup., p. 313.

» nf)o>ca6Yiu.svïi rÀç à-|f(X7rTî. Ep. ad Rom., init. (D'autres traduisent : Prœsidens in charitate.) Antioche était la seule Eglise

l'église CATCOLIQUE. 11

a suprématie éclatante, toutes les autres églises doivent « êlt-e d'accord avec elle* ». « Sur Pierre », dit saint Cyprien *,« est fondée l'unité de toute l'Eglise; il a trans- « mis sa primauté à l'Eglise romaine, qui est la chaire de 0 Pierre *, avec laquelle il faut que toutes les autres 0 églises s'accordent. Tel son enseignement, telle aussi a sa conduite *. Et dans sa conduite, il a servi de modèle c aux autres évoques S et même aux hérétiques des pre- « miers temps * ».

Dès les temps de l'empire romain, les papes sont déjà les surveillants de toute l'Eglise ; dans tout l'univers ils

qui "ùt avoir la prétention de rivaliser avec Rome. Voy. Haqeraann, op. cit.. p. 688. ScIineemaDD, Le Pape chef de FEglise universelle. 1807, p. 18.

* ïren., Adv. llœres., ni, 2 : Propter potiorem principalitatem. Cf. Cyprian., Ep. Vf : Navigare audent ad Pétri cathedram et Ecdcsiam principalem, unde uiiitas sacerdotalis exorta est. Tertuiiian., De Anim., c. 13 : Pnncipalitas id est qui oui prœest. D'autres entendent par principatitas le principe de l'Apostolat, sens qui est le même au tond. C'est celui de Hagemaun, LEglise romaine pendant les trois premiers siècles. Fribourg, 1864, p. 598. — Sobneemann (op. cit., pag. 30, Katholik, 1867, p. 416) exi'lique principalitas par aùôsvTeta, autorité, pouvoir, dignité. — - Que l'on interprète comme on voudra potior principatitas, le fond de la pensée reste toujours, la nécessité oti sont toutes les églises de s'entendre avec celle de Rome.

* En. XLv, LU, LV. De Unit. pose.

' Cf. Hieronym., Ad Lamas. Ep. 15. Concil. Sardicens., in lit. ad Jul. pont. ap. Harduin., t. i, p. 634. Cf. p. 635 et seqq. Concil. Chalcedon., ap. Harduin., t. ii, p. 306.

* Ep. ad presb. et diac. Rom., Ep. m.

' Formatarum litterai-um commercio totum orbem cum Siricio Bomanœ cathedrœ episcopo in una comimmionis societate concordari. Augustin., C. Parm., u, 2. Coticil., viii, act. 5, ap. Harduin., t. V, p. 816.

* Cyprian., Ep. lv.

exhortent et avertissent, jugent et disposent, lient et délient. On se plaint quelquefois de l'usage qu'ils font de leur pouvoir, on résiste en alléguant que le pape a été induit en erreur, on en appelle au pape mieux informé, on ne décline jamais sa compétence '.

C'est ainsi que la primauté du pape sg déduit nécessairement de la seule idée de l'Eglise ; elle n'est que la représentation vivante, une, personnelle du grand principe d'autorité, seul capable de maintenir l'unité de la foi * , et de diriger d'une main sûre et forte , vers son but souverain, l'activité de tous les ordres, de tous les membres de ce grand organisme qui se nomme l'Eglise.

a La dignité que le Seigneur confère à Pierre », disait dernièrement un écrivain protestant ', « n'a rien de

*Cr. Alzog, Histoire de VEglise, 6« édit., p. 157, 181, 253, 238. Pliilipps, Droit ecclésiastique, 1, p. 154. Le successeur de saint Pierre, saint Clément, lignre déjà dans l'histoire comme juge de l'Eglise. I Ep. ad Cor., Hagemaan, p. 683.

' S'il n'existait une primauté dans l'Eglise, les controverses seraient interminables, dit Hugo Grotius [Propace Ecclesiœ, tit. VIT, opp., t. IV, éd. Basil., p. 058), comme elles le sont aujourd'hui dans le proteslanlisme.

• Lechler, La doctrine du saint ministère, Stuttgart, 1857, p. 139 — Luther a lui-même rendu hommage à la primauté du Pape (OEuv., édit. d'Iena, tom. i, fol. 109, cf. fol. 47, foK 144) : « Quoi qu'il en soit, je ne veux rien savoir autre chose, si ce n'est que la voix de Votre Sainteté est la voix du Christ, qui agite et parle par votre organe... J'atteste Dieu et toutes ses créatures que je n'ai jamais eu et que je n'ai point encore aujourd'hui la volonté de rien entreprendre contre le pouvoir de l'Eglise romaine et de Votre Sainteté de quelque manière que ce soit. Je confesse librement que ce pouvoir ecclésiastique est au -dessus de tout, qu'il n'y a rien au ciel et sur la terre qui puisse lui être préféré, car Jésus-Christ est l'uniqu© Scisneur de toutes choses ».

« capricieux ni de personnel, elle repose sur une loi € vitale du royaume de Dieu. Toute communauté a a besoin d'être dirigée par une seule personne. L'Eglise t est assujétie à cette loi comme toute autre association « humaine ; du moment qu'elle est une société réelle, « une totalité vivante, il faut qu'elle soit quelque part « numériquement une, et qu'elle possède un organe de «son unité ». La suprématie de Rome dans l'Eglise est l'œuvre de Dieu, c'est pourquoi toutes les églises particulières se sont inclinées devant elle avec une libre obéissance. Aussi bien remarque-t-on en elle un mélange admirable des qualités les plus opposées : une inflexible rigueur en même temps qu'une sage modération, u.. résolution inébranlable et une rare indulgence, une grande ténacité à garder le dépôt de la tradition, et beaucoup de disposition pour le v ai progrès. Elle était donc éminemment propre à régir toute l'Eglise en la pénétrant de son esprit, et à la ^larfaire selon la loi fondauientale de l'unité *.

Il était nécessaire que le pouvoir central se fortifiât de plus en plus, et que la puissance unitive des papes s'exerçât avec une énergie toujours croissante à mesure que l'Eglise étendait les limites de son empire, et que les peuples affluaient dans son sein *. Aussi chaque fois que les orages se déchaînèrent avec plus de fureur, menaçant d'ébranler l'Eglise jusque dans ses fondements, que

* Hagemann, op. cit., p. 6C2.

* Quamvis in populo Dei multi pastores sint, omnes tamen -^roprie régit Petrus, quos ];>rincipaliter régit et Christus. Léo ■ -, t» natal, se:m. m, 2.

i4f CHAPITRE XVIII.

l'orgueil en haut ou rinsubordination en bas rendirent le danger d'un schisme imminent, les nations alors s'inclinèrent vers Rome, avides d'entendre la voix de Pierre, qui fut toujours la yoix de la vérité et du droit. Nous admirons avec quelle persévérance de fer la vieille Rome forma son empire par le moyen de sa politique et de la valeur de ses armées ; et comment, assise au milieu de cet empire, elle s'engraissa du suc des nations; la Rome chrétienne nous offre un spectacle bien autrement grandiose, lorsqu'elle surpasse l'ancienne par l'héroïsme de sa foi, lorsqu'elle fonde l'Eglise universelle sur la suprématie de son esprit ecclésiastique, et sur la libre soumission des fidèles *. Si le christianisme ne s'est pas développé dans un coin obscur comme une secte *, s'il ne s'est pas cristalli-é dans ses formes comme la religion des Hindous, si la vigueur européenne ne s'est pas énervée dans les délices et dans l'esclavage, comme il est arrivé pour l'Orient, on le doit uniquement à ce principe de vie et d'unité, de lumière et de pureté, c'est parce que l'Eglise forme un tout compacte sous la conduite d'un chef dont le regard embrasse l'univers, dont la parole est écoutée de tous, qui est le Père et le docteur de toute la chrétienté, auquel Jésus-Christ a communiqué ses pleins pouvoirs dans la personne de saint Pierre pour paître, conduire et gouverner l'Eglise universelle '.

* Hsgemann, op. cit.

' Le schisme des De ,nce.

• Cf. Lco, Histoire universelle, ii, p. i02. Hurler, Innocent. Ul,

' Le schisme des Donalistes au iv» siècle avait cette ten dan ce.

L EGLISE CATHOLIQLE. 15

A l'occasion de rEncycliqiie de 1864, î;i souveraine importance de la papauté a été unanimement reconnue par des voix parlant au nom des opinions les plus oppo-

t. 1, p. 360. Concil. Florent., sess. xxv, ap. Harduin., t. ix, p. 423. Cf. I.eo M. (Serm. 4 tn natal.) : Firmitas, quœ per Christum Petro tribuitur, per Petrum Apostolis confevtur, Augublin., Ps. c, part. Bonat. : Ipsa est petra. quam non xincunt superbœ in ferorum portœ. Chv^solop., Ad Euthyc. presbyt., c. 2 (inter E;). Léon. M. n. 25) : Petriis seinper in propria sedet, vivit et prcesidet, ut prœstet quœrentibus piei veritatem. Cyprian., Ep.Lv: Ad quam [Romanam sedem) perfidiu non potest habere accessum. Elle mùl connu de saint Augustin : Roma rescripta venir ant, causa finita csf (serm. cxxxi, 10). FormitL, Hormid. Pnp. (Cf. Baron, a. 519, n. 47) : Quin non potest D. JS. J. C prœtermitti sententia dicentis : Tu es etc. Hœc quœ dicta sunt, renim probantur efj'ectibus, quia in sede apostolica immaculata est sempcr servata religio.

Le Pape esl-il faillible ou non quand il propose à l'Eglise une définition dogmatique eœ cai/(edra? Les uns disent non, les autres oui. D'autres cherchent un moyen terme ; Il est infaillible, disent-ils, toutes les fois qu'il est l'organe de l'Eglise, car celle-ci ne saurait errer. Se peut-il faire que le Pape soit autre chose que l'organe par lequel s'exprime la conscience même de l'Eglise, que le chef se sépare des membres dans la foi, que lès membres se séparent de leur chef, que l'unité de foi, ceito marque de la divinité de l'Eglise, cesse jamais un seul instant d'exister en elle? Puisque l'Eglise ne peut périr, c'est que Tunion du chef et des membres, dti Pape et de Fépiscopat ne saurais jamais être déchirée; ce qui revient à dire que conformément à la promesse, le Piipe sera toujours l'organe de la conscience mên)e de l'Eglise universelle, que là où sera le Pape, là sera l'Eglise, et que de son côté Tepiscopat dans son ensemble ne s'écartera jamais de ladoctiine de son chef. D'ailleurs à quoi bon un plein pouvoir de décider en matière de foi s'il ne devait pas être exempt d'erreur? Ce ne serait qu'une illusion, un don;magc pour la foi, une oppression intolérable des consciences. Il n'y a pas possibilité de contester l'existence dans l'Eglise d'une autorité doctrinale infaillible, du moment que l'on admet l'intervention divine dans le gouvernement de l'Eglise; l'infaillibilité doctiinale du P.ipe n'est rien qu'un efiet de ce même Esprit qui parle tantôt dans les décisions de l'Eglise assemblée, tantôt dans les décrets du Pasteur des faiteurs (Twv SXuv xE<jia>.ûv xc-fy-ATÎ. Theodor., Stud. ad Léon. llij.

ID CHAPITRE XVIU.

sées. a La papauté » , dit le Socialdémocrat *, a c'est « la fleur qui s'épanouit sur la tige non-seulement du a christianisme, mais de toute foi et de tout régime a autoritaire dont elle est le prototype en Europe... a La chute de la papauté mettra fin au grand combat a qui se livre dans le sein de tous les Etats civilisés». oAu milieu de l'aveuglement universel qui mettait a tout le monde à genoux devant la gloire des puisa sants, des sages et des égoïstes, le pape seul», dit la Revue de Berlin '^ a un vieillard désarmé, a osé a mettre le doigt sur le mal doqt souffre la société a actuelle , et voilà ce qui fait l'importance univer- « selle de l'Encyclique du 8 décembre... Le doute rea ligieux et le despotisme cheminent toujours de com- « pagnie. L'esprit humain, que la présomption d'une a science émancipée jette d'une incertitude dans une a autre , finit par ne plus rien admettre , sinon que a la possession et la jouissance des biens de ce monde a sont le tout de l'homme. De ce principe naît l'a- « narchie morale, au milieu de laquelle l'individu voit a toujours sa liberté devenir la proie d'un usurpateur a tout-puissant. C'est de ce malheur que Pie IX pré- « serve son troupeau par l'effet salutaire de l'autorité «en matière de foi ». « Quant à ceux », dit saint

* Cf. Feuilles de Cologne, 1865, n" 10. Thomas Morus disait déjà {Resp. ad Luther., c. 10) : « Jl n'y a pas d'ennemi du christianisme qui ne haïsse foncièrement le Saint-Siège, et pas d'ennemi de Rome qui tôt ou tard ne soit trouvé traître à la religion chrétienne ».

• Cf. MœrMsches Kirchçnblatt, 18S5, n» 3.

l'église catholique. 47

Augustin *, « 'qui n'étant pas dans l'unité et la com- « munion catholique, se gloriQent cependant du nom 0 de clirétiens, ils sont forcés d'attaquer la foi et de « prétendre conduire les ignorants par la seule raison, « lorsque cependant c'est la foi que le Seigneur est a venu prescrire aux peuples comme un remède. Ils 0 sont forcés d'agir ainsi, parce qu'ils comprennent bien « que leur autorité ne saurait en aucune façon son- 0 tenir la comparaison avec celle de l'Eglise catholique. a Ils s'efforcent de renverser la puissante autorité de a l'Eglise à l'aide, ou plutôt sous le prétexte de la raison. « Cette témérité est la règle de tous les hérétiques. Mais a le doux chef de notre foi a fait à l'Eglise un rempart « d'autorité avec le consentement unanime des peuples, «avec les sièges mêmes des Apôtres; et à l'aide d'un « petit nombre d'hommes pieusement instruits et véri- « tablemenl spirituels, il l'a armée de tout l'appareil «d'une raison invincible; la meilleure voie à suivre, « c'est d'abriter les faibles dans la citadelle de la foi ; « et, après les avoir mis en sûreté, de combattre pour « eux avec toutes les forces de la raison ».

Nous commençons maintenant à comprendre toute la majestueuse constitution de l'Eglise, dont nul royaume de ce monde n'a fourni le modèle, dont nulle cité de la terre ne peut atteindre la perfection. L'Eglise est essentiellement une monarchie, puisqu'il y a quelqu'un dans son sein qui concentre dans sa main la plénitude du pouvoir, qui commande à tous et à qui tous obéissent.

» Ep. cxviii.

Afol. uc Christ. — Tome Y.

L'Eglise est aussi dans un certain sens une aristocratie, car à côté du monarque est l'épiscopat, qui partage avec lui le gouvernement de l'Eglise et qui est d'institution divine * ; c'est le sénat le plus nombreux, le plus vénérable, le plus distingué par Tintelligence et la vertu qu'ait jamais vu la terre. En un certain sens encore l'Eglise est une démocratie, car dans ce royaume toutes les dignités, même les plus hautes, même la triple couronne qui orne le front du suprême Pasteur, Prêtre et Docteur, sont indistinctement accessibles à tous les citoyens. Ainsi l'Eglise réunit dans sa constitution les principaux traits des trois formes politiques que l'histoire a vues jusqu'ici se former dans la société civile. Grâce à la primauté papale, elle possède la force de l'unité ', par laquelle elle embrasse la totalité des nations dans un lien indissoluble, ayant réussi à devenir en vérité et par un privilège exceptionnel l'Eglise universelle, ainsi que le réclamait impérieusement la nature du christianisme qui est la religion de l'univers. Dans l'illustre assemblée des évêques réside une sagesse profonde, une expérience de la plus haute maturité. Quant à l'égale accessibilité des fonctions pour tous, elle entretient dans l'Eglise une source intarissable de renouvellement de jeunesse et de vie. La monarchie de l'Eglise ne porte pas le caractère d'un absolutisme qui paralyse en absorbant tout ; son aristocratie n'implique ni exclusivisme, ni caste héréditaire privilégica ',

« Matth., xxvm, 18; Act., XX, 23.

* L'unité garde runilé. Bor«su et, Sermon sur l'unité de l'Eglise.

' Cf. P.if'hl. La société civile,]). 235 : DansTEglisfi Anglicane la digijité épiscopale eslun privilège de la classe élevée.

L'kGL se CATnOUQUE. 19

L'a;hnis5ibilité de tous à toutes les charges ne dégénère ni eu ochlocratie ni en anarchie. C'est ainsi que, assez forte pour tenir dans son sein tous les peuples malgré la diver* site de leurs langues, de leurs mœurs, de leurs quahtés naturelles et de leurs besoins, elle est comme une citadelle imprenable oîi le Christ a mis le dépôt de sa vérité et de sa grâce. Il n'y a pas d'ouvrage fait de main d'homme que les vagues sans cesse mugissantes du temps ne finissent par miner et emporter ; l'Eglise résiste, parce que le doigt de Dieu, pour la faire respecter du temps, l'a marquée de son empreinte ineffaçable. Les forces centrifuges, les tendances séparatistes ont beau revivre dans certaines nations qui se font une église selon leur goût particulier et leurs caprices ; l'Eglise va son chemin, le plus grand nombre lui demeure fidèle, et elle s'avance lentement mais d'un pas sûr, en perdant souvent du terrain, mais qu'elle regagne toujours, vers son but et sa fin : la catholicité absolue*.

Telle est l'admirable constitution de l'Eglise, la Grande Charte qu'elle a reçue des mains du Seigneur dans les derniers jours de sa vie terrestre, qui la rend forte et capable de braver les assauts de l'enfer. Ainsi organisée, cette Eglise porte et porte seule les quatre marques connues dans lesquelles éclate sa divinité^ marques déjà signalées dans le symbole des Apôtres et dans celui de Nicce, comme décisives en faveur de l'Eglise contre toute hérésie ou fausse église, et récitées dans toutes les confessions chrétiennes \Je crois en l'EQUseune^ sainte^ cathO'

* Dœllinger, VEglise et les églises, p. 23.

lîque et apostolique. Ce sont là les marques de la vraie Eglise • ; car que sont- elles autre chose que les qualités essentielles de la révélation elle-même se manifestant dans l'espace et le temps, et agissant sur l'humanité? que sont-elles autre chose que l'action prolongée de Jésus- Christ qui vit perpétuellement dans son Eglise, qui la pénètre de son esprit et la donne au monde comme le grand sacrement à la fois visible et invisible de la vie? Toute société religieuse donc qui manque d'une de ces marques, manque d'une qualité nécessaire, essentielle à l'œuvre du Christ, et ne peut être la vraie Eglise.

Considérons ce point de plus près. Le caractère fondamental de la révélation chrétienne, c'est l'autorité de la parole infaillible de Dieu, par le moyen de laquelle tous les hommes parviennent à la vérité par le chemin le plus court; son but, c'est l'unité de l'Eglise sur la base de l'unité de la foi et de la communion ecclésiastique. Car le prototype de l'Eglise, un seul Dieu en trois personnes,

• Il est clair que la prédication de la pure parole de Dieu et la dispensation légitime des sacrements ne sauraient servir de marques distinclives de la vraie Eglise. Car comment en juger et d'après quelle mesure ? — Martensen (op. cit., sup., :-]23) pense résoudre cette objection pour ce qui regarde l'Eglise évangélique en disant que dirigée par le Saint-Esprit, l'Eglise peut, indépendamment du siège de Rome, comprendre le sens de l'Evangile et la vraie signitication des sacrements, tout comme l'Eglise primitive qui dans des symboles a témoigné de son intelligence spirituelle de l'Evangile ».

Mais que de symboles inventés de cette manière ! Ont-ils tous été composés sous l'inspiration du Saint-Esprit? Sinon, lesquels ont été faits avec, lesquels sans la coopération du Saint-Esprit? Qui décidera? Celui qui saura faire le choix .d'après la vraie doctrine, la possède déjà, mais celui qui possède déjà la vraie doctrine de Jésus-Christ, qu'a-t-il pesoio que l'Eglise l'enseigne? De même que l'hypothèse de 1 Eglise invisible ne se soutient pas, de même tombe aussi l'opi-

l'église catholique. 31

est un*. Le Christ est un avec son Père, un le royaume des élus avec le Christ et le Père. Ceux qui ont été régénérés en lui par l'Eglise doivent être mw, comme par leur naissance corporelle ils sont un en Adam j devant l'Esprit de Dieu aussi toute Thumanilé est une, forme un organisme doué d'unité, une société de vie et d'amour en Dieu, la famille des élus, qui habite dans le nouveau paradis terrestre, l'Eglise. L'unité, tel est donc le trait fondamental de toute définition de l'Eglise ; l'Eglise est le corps du Seigneur *. Le Seigneur est venu pour réunir ce que le péché et l'erreur avaient séparé et dispersé '. L'unité fut l'objet de la prière qu'il adressa à son Père, sur le point d'offrir son grand sacrifice*; c'est à son unité que l'Eglise sera reconnue du monde comme la vraie fiancée du Christ', c'est en étant une par le corps, une par Tesprit*. L'Apôtre exhorte les fidèles à l'unité', il veut qu'ils soient consommés dans l'unité de sentiment et de croyance, et qu'il n'y ait point de schisme parmi eux. Le terme même d'Eglise, remarque saint Chrysostome*, veut dire unité

Dion qui prétend que les quatre marques distinctives ne conviennent qu'à l'Eglise invisible.

* Joan., V, 19.

* Col, 1, 18, 21 ; i Cor., xii, 12; XX, 27 ; X, 17 ; Rom., xil, 5 j ETphes., IV, 4, 24 ; v, 23.

* Joan., XI, 52.

^Joan., XVII, 11.

* Joan., XVII, 21.

* Ephes., IV, 4.

"> ICor., I, 10.

8 Bom. i, i in Ep. l ad Cor. Cyprian., De unit. pass. TertulU

l'mscript., c. 21.

et unanimité. Dans cette unité, TEo^lise est belle comme Dieu, l'éternelle beauté, comme le loyaume du ciel*, où le péché n'a point de place, le péché qui seul désunit et divise. Car la division morale précède la séparation nationale et effective. En faisant la beauté de l'Eglise, l'unité fait aussi sa force et la rend invincible.

Quel est le but de la révélation comme de toute l'aclion de Dieu dans le monde, sinon la sanctification des hommes par la vérité * ? La parole et la grâce qui viennent du Père par le Christ, ne sont pas pour retourner à lui sans avoir opéré, il faut qu'elles corrigent ce qu'il a ▼oulu corriger, et qu'elles accomplissent ce pourquoi il les a envoyées* ; et le Saint-Esprit qui est descendu sur l'Eglise avec la plénitude de ses grâces agit en elle sans relâche. Donc la sainteté est une seconde marque disiinctive de l'Eglise, de même que la sainteté de la doctrine du Christ et les miracles de sa vie étaient les signes auxquels il en appelait pour prouver la divinité de sa mission *. C'est pour tous au'il est venu sur la terre et

•Gregor. M.,Ep. v, 54. Cf. Bossuet, Sermon sur Vunité âé fEglise.

« J'ai eu dans ma jeunesse pour m'instruire dans la science de l'Ecriture, dit Hug. Grolius, des hommes divisés entre eux dans la manière d'entendre l'Ecriture; mais j'ai compris de bonne heure que la volonté du Christ était que ceux qui portent son nom et qui veulent être sauvés par lui, doivent être unis non-seulement par le cœur, mais par une société visible ». {foan., XVII, {{ ; Rom., xii, 5.)

• Jean., XVII, 17.

*Isa., LV, 10, 11.

* Joan., XIV, 12 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui

aui croira en moi fera les mêmes œuvres que je fais et même e plus grandes». — Marc, xvi, 17 : « Voici les miracles qui

L'ÉGLISE CAlDOLKjUi:. 23

qu'il est mort '. Il a mis le salut à la portée de tous les hommes. L'universalité est le caractère de la religion chrétienne par opposition au judaïsme et au paganisme essentiellement particuliers. Donc l'Eglise aussi doit être vraiment universelle, catholique ; elle ne peut être resserrée dans les limites de la nationalité, elle qui a reçu la promesse • de comprendre dans son sein toutes les nations et tous les pays % elle qui a été plantée comme une graine destinée à croître jusqu'à devenir un arbre capable d'ombrager l'univers, et sous les rameaux duquel toute l'humanité doit trouver un abri*. Il faut aussi qu'elle ait traversé tous les temps par une durée non interrompue depuis les Apôtres jusqu'à nous, et qu'elle demeure immuable et toujours semblable à elle-même jusqu'à la fin des jours. Comme la généalogie de Jésus- Christ selon la chair remonte sans interruption jusqu'à

accompagneront ceux qui croiront en moi. Ils chasseront les démons en mon nom, ils parleront des langues étrangères, ils manieront lesserpents^ et s'il leur arrive de boire quelque poison, ils n'en souffriront point ; ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci guériront ». — Il Cor., xn, 12. Les signes de mon apostolat ont été opérés parmi vous en toute patience, miracles, prodiges, vertus.

* Rom., V, 11; Ephes., ih 3 ; I Timoth., n, 4 ; II Cor., v, 14.

* Gènes., XII, 3; xxii, 18 ; xxiv, 4; xxvin, 18. — Act., m, 25; Ga/., III, 9; Ps. ii, 8; Matth., xxvi, 13; Marc, xiv, 9; Matth.,-KXYin, 19;Rom., x, 18; Col., i, 6. Iren., l. c, i, 10. Tlieodor., in Ps. XLVii, 4. Cypr., Ep. LU : Una Ecdesia -per totum rmmdam in multa membra divisa. Opt. Milev., De Schism. DonnMst., Il, i. TeriuW., C. Marcion., Y, 19. Hieronym., Adv. Lucif., c. 15 : Si inSardinia tantum habet Ecclesiam Chris tus, nimis pauper factus est.

* Ks'.ToXixr, Ecdesia dicitur, quœ per totum tcrrarum orbem dlffunditur. August., Ep. glx.

^ Matth., xm, 31.

24 CBAPITRE XVIII.

Adam, ainsi il faudra qu'au dernier jour de son pèlerinage terrestre l'Eglise puisse suivre sa filiation spirituelle jusqu'à son origine, en remontant par la succession de ses pères selon l'esprit, jusqu'au premier de tous, qui est Jésus-Christ*.

Rejeter une seule de ces marques dislînctives de l'Eglise, c'est donc rejeter l'Eglise elle-même, c'est anéantir le christianisme, puisque c'est lui ôter ses éléments essentiels*.

Demandons-nous maintenant où se trouTC cette Eglise une, sainte, catholique et apostolique ? Toutes les confessions se donnent chacune pour la vraie Eglise du Christ^ mais pas une n'ose s'attribuer les marques de la ▼raie Eglise, pas une seule. Elles se nomment église réformé(% luthérienne ', évangélique ; celle-là seule qui reconnLÎl isour son chef l'évêque de Rome, et qui vit en communion avec lui, se nomme l'Eglise catholiaue. Elle

* Cyprian. [aâ Magn.): Pastor haberi quomodo potest, quimanente vero pastore nemini succedens et a seipso incipiens alienus fit €t irofanus? — Termll. {Prœscript., c. 32) ; Edant ergo origines Ecdesiarum suarum, evolvant successiones episcoporum suorum ita fer successionem ab initio decurrentem, utprimvs ille episcopus aliquem ex ApostoUs vel apostolicis viris, qui tamen cum Apostolis pei'severavit, habuerit auctorem et antecessorem. — Opt. Milt-vit. (/. c, II, 4) : Missus est igitur Victor; erat filius sine pâtre, tiro sine principe, discipulus sine magistro, sequens sine antécédente.

• De ce qui a été dit, il résulle que ces quatre marques soDt visibles dans l'Eglise comme elles l'ont été dans le Christ.

Luther cependant avait eu soin de dire {Avis à tous les chrétiens de se garder de la révolte, 1522) ; a Sui tout je supplie que l'on veuille bien taire mon nom et se dire non pas luthérien, mais chrétien. Aussi bien la doctrine n'est-elle pas à moi... Laissons là les noms de parti et soyons chrétiens du nom de celui à qui est la doctrine ». Ce qu'il ne voulait pas devait avoir lieu, car la doctrine était bien sa doctrine.

l'église catholique. 1$

n'est pas seule à se donner ce nom, ses ennemis euxmêmes n'ont jamais pu le lui refuser ; de tout temps ils se sont vus contraints de la désigner ainsi, sous peine de n'être point compris, a Aussi », dit saint Augustin *, « le « seul nom de catholique me retient déjà dans le sein de « l'Eglise, car ce nom, elle le porte seule au milieu de a toutes les différentes sectes, et ce ne peut être sans « quelque importante raison. Malgré l'envie que les héré- « tiques auraient de s'appeler catholiques, cependant si c vous arrivez dans une ville et que vous leur demandiea a où est l'Eglise des catholiques, ils ne vous indiqueront a point le local où ils s'assemblent et prient. Oui, héréa tiques et schismatiques, toutes les fois qu'ils s'entre- « tiennent avec des personnes d'une croyance autre que « la leur, ne nomment pas l'Eglise catholique autrement € que l'Eglise catholique ; car ils ne seraient plus com-

* C. Ep. Fundam., c. 1, 4. « Le parti prolestant n'a-t-il pas fait les plus grands efforts pour nous donner le nom de papistes? Jamais cependant il n'a pu y réussir. Comme les Eglises photiennes n'ont cessé de se nommer orthodoxes, sans qu'un seul chrétien étranger au schisme ait jamais consenti à les nommer ainsi. Si vous dites, moi)trez-moi l'Eglise orthodoxe, chaque chrétien vous montrera la sienne. Si vous dites, montrez-moi l'Eglise catholique, tous répondront : La voilà, ei tous montreront la même. Elle seule a un nom dont tout le monde convient... Les Eglises séparées se nommeront réformée, évangélique, apostolique, anglicane, écossaise, orthodoxe, etc., tous noms évidemment faux, et de plus accusateurs, parce qu'ils sont respectivement nouveaux, particuliers, et même ridicules pour toute oreille étrangère au parti qui se les attribue ». De Maistre, Du Pape, Liv. iv, ch. 5.

Un ancien écrivain ecclésiastique remarque (dans Eusèhe, H. E.f V, 20) au sujet d'Artemon et de ses adeptes, qu'ils disent que l'Eglise a persévéré dans la vraie foi jusqu'au Pape Victor, le 13' p.ipe, puisqu'elle a dévié à partir de lu ». Même propos au iii« et au xvi« siècle.

2b CHAPITRE XVIII.

a pris s'ils ne donnaient pas à l'Eglise le nom que tout le a monde lui donne* ».

Il est bien vrai que l'hérésie est partout, de même que l'Eglise catholique est partout ; mais celle-ci est partout , une et la même, et celle-là partout dilTérente et contradictoire '. Déjà dans l'antiquité les Donatistes, cette réaction violente du séparatisme national contre l'universalité de l'Eglise^ essayaient de détourner de sou sens vrai la marque de la catholicité, pour pouvoir l'attribuer à leur secte, mais ils ne purent altérer l'idée généralement reçue'. « Cinélien est mon nom et catholique mon sur- 0 nom», ce mot do Palicn * garde sa valeur dans tous les

* August., De Vera Religio7i., c. 7 ; De utilitat. Cred., n. 19 ; C. £p. Manich., n. 5. Cf. Allicot., Sumin. August., m, p. i et seqq.

* Id., de Pastor., c. 8.

' August. (Ad Vincent. Rogatist., c. 7) : Acuts tibi videris dicere, cum catholicœ Ecclesiœ nomen non ex totius orbis communione interpretaris, sed ex observatione prœccptorum omnium divinorum atque sacramento^'um.

De même les Itiéologiens protestanls s'obstinent à ne vouloir atiribuer les marques de l'Eglise catholique qu'à l'Eglise invisible. Mais saint liénée parle déjà de l'Eglise qui est disséminée par toute la terre, chez les Lybiens, les Egypiiens, les Celtes, les Ibères et les Germains sans cesser d'avoir partout même foi, même doctrine, même ti'adilion, même àine, même cœur, même bouche, même prédication, même hiérarchie ».

Tertullien (C. Jud., c. 7) dit : « Les Parihes, les Mèdes, les Elamiies, les habitants de la Mésopotamie, de rArménie, de la Phrygie, de la Cappadoce, du Pont, de l' Asie-Mineure, de l'Egyple, de Cypre, les nombreuses tribus des Gétules et des Maures, les peuples de l'Espagne, de la Gaule, de la Bretagne, de laGern)anie, les Uaces, les Sarmates, les Scythes les pins lointains ont des tidèles au milieu d'eux (Cf. Justin. M., DialoQ. C. Tryphon., c. U7.

* Ep. I ad Semp'on , i, 4.

l'église catholique. 27

temps. La foi de l'Eglise, étant catholique, est toujours, est partout la même dans tous ses membres '. L'histoire du protestantisme n'est que l'histoire de ses perpétuelles variations et de ses constantes divisions. Même sans sortir de l'ordre de la nature, l'universalité est dans les idées fondamentales de la religion et de la morale une garantie de leur vérité *, tandis que l'isolement est un signe d'erreur ; il en est de même, à plus forte raison, de l'ordre surnaturel, l'universalité est son caractère, il forme un grand tout ; car tout royaume divisé contre lui-même périra *. Aucune des sectes séparées de l'Eglise romaine n'ose prendre le nom de catholique, aucune n'est linsi désignée par les autres. Il n'existe donc qu'une seule Eglise qui, répandue par tous pays et réunissant tous les peuples par le hen d'une même foi, d'un même culte, d'une hiérarchie fortement constituée, dit en parlant d'elle-même en cent langues et en cent dialectes : Je suis V Eglise catholique. Tous les peuples ne sont pas encore entrés dans son sein, mais elle a déjà pénélré chez tous les peuples connus, elle étend de plus eu plus le cercle de ses missions et de ses conquêtes, se montrant partout féconde * et surpassant toutes les sectes ensemble par le nombre de ses confesseurs*, marchant au but

• Cf. Vincent. Lirin., Cmimonit., c. 2. August., £p. liv, G.

«Cf. tom. I, p. 59.

»lîa?i/».,xii, 23.

*Cf. August., ad Hetych. Ep. xcix, 12: Ut in omnib'us protinciis vinotesceret et fructificaret.

« En nombre rond l'Eglise catholique compte plus de deux cent millions de fidèles.

2» CHAPITRE XVIIf.

qu'elle doit tôt ou tard atteindre, qui est que le Christ soit tout en tous*.

Elle est seule catholique, parce que seule elle est une, /enfermant dans son sein le principe de son unité, l'autorité toujours -vivante d'un corps enseignant infaillible, avec son chef et son pivot, le Pape. Ce n'est qu'en elle que se trouve la grande et incontestable marque de Dieu et de sa vérité , l'unité % dans laquelle seule l'esprit humain voit ses aspirations satisfaites, et par laquelle l'œuvre de Dieu se manifeste comme telle à travers tous les siècles. L'histoire de l'Eglise catholique n'est presque rien autre chose que l'histoire de la lutte soutenue par l'Eglise pour la conservation de cette unité contre l'esprit de nationalité et contre les éléments de l'hérésie et du schisme qui sans cesse tendent à la déchirer ; et dans ce combat qui ne finit jamais, tantôt l'Eglise parvient à guérir de leur hostiUté les ennemis de sou unité, dans

• Ephes., I, 23 ; iv, 13.

' Selon Thomasius {Christi Person. und Werh, t. m, p. 350) Funité de croyance est l'essence môme de l'Eglise. Et cependant voici ce que dit Rippold [Manuel de l'histoire de l'Eglise moderne, 1867, p. 328) : « Si l'on prend pour règle renseignement théologique prolestant du xvi° siècle, on est obligé d'avouer qu'il D y a pas dans le présent un seul théologien orthodoxe ».

Et Tholuck [Etudes et critiques, 1869, p. 128) ; « Après qu'un Hofmann a renoncé à la réconciliation dans le sens ecclésiastique, un Thomasius à la Communicatio idiomatum, un Luthardt à l'inspiration proprement dite, un Kahnis à la doctrine ecclésiastique de la Trinité et de rÉuchaiistie, peut-on dire qu'il existe encore un seul luthérien fidèle à la confession luthérienne? ».

El Mûnkel [Zdtblat fur die luther. Kirche, 1868) : «Chacun à la confession générale donne comme appendice sou concor* dut particulier, auquel seul il accorde force de loi ».

laquelle elle les fait de nouveau rentrer, tantôt elle se \oit obligée, quand la maladie devient incurable, de retrancher elle-même les parties gangrenées pour mieux préserver les parties saines. « Les Etats périraient », dit Pascal ', a si on ne faisait plier souvent les lois à la néces- « site. Mais jamais l'Eglise n'a souffert cela et n'en a usé. « Aussi il faut ces accommodements ou des miracles.... a II n'est pas étrange qu'on se conserve en pliant ; mais a que l'Eglise se soit toujours maintenue et inflexible, 0 cela est divin ». « Jamais Rome ne s'est courbée devant a les hérésies, quelque puissantes ou menaçantes qu'elles « aient été ; les empereurs d'Orient, les Ostrogoths et les « Wisigolhs , les Bourguignons et les Lombards étaient e ariens, ils avaient beau menacer et quelquefois domianer Rome, Rome demeurait catholique. Elle a fini par 0 retrancher de sa communion l'Eglise grecque, sans être 0 retenue par la considération que ce schisme lui enlevait fia moitié du monde* ». Une et par suite unique, l'Eglise est la plastique divine du Christianisme, le corps du Seigneur qui continue de s'incarner et de prendre une figure en elle et qui l'anime de son souffle vivifiant. De ce qu'elle est une et unique il s'ensuit encore qu'elle doit être et qu'elle est exclusive. Aussi reconnaît-elle en dehors d'elle-même des sectes, des confessions, des écoles, mais pas d'Eglise. Comme elle ne peut ni perdre ni renier sa prérogative de fiancée du Christ, de corps du Seigneur , elle ne peut pas davantage vouloir que les

* Pensées, ii part. art. 4, 6.

• Herder, Idées pour la philosophie de Vhistoire de ihumanitp, IV, 19.

secles soient mises avec elle en rien sur le pied d*égalité. Cette Eglise catholique une, unique, montre encore à tous les yeux un troisième signe de sa divinité, elle est apostolique *. Fondée par Jésus-Christ sur Pierre et les Apôtres, elle s'avance toujours égale à elle-même à travers l'histoire, pour conduire tous les peuples de tous les Liècles à son divin Fondateur. Il est aujourd'hui, il était hier, il est le même dans tous les siècles ', et l'Eglise aussi par lui. La foi catholique est, dans le sens propre du terme, la foi de nos pères ; descendant de Jésus-Christ et des Apôtres elle est venue jusqu'à nous par un canal traditionnel continu et incontestable que forme la succession historique et non interrompue de deux cent cinquante-huit Pontifes romains, depuis saint Pierre jusqu'à Pic IX ; on compte parmi eux vingt-sept martyrs, soixantedix-sept saints. Le dernier prêtre qui prêchera encore l'Evangile au dernier jour du monde, ne sera que le dernier anneau de cette grande chaîne qui tombe de l'éter-

* « Toutes les Eglises apostoliques ont péri, Antioche, Alexandrie et Jérusalem ; Rome seule reste. Fides vestra annuntiatur in wiiverso mundo, dit déjà l'Apôtre du monde, en écrivani aux Romains [Rom., i, 8). Que Ton trouvera l'accomplisseraent de ces paroles admirables, si Ton songe qu'elles ont été écrites dans un temps où l'Eglise de Rome n'était encore que le grain de sénevé qui vient d'être jeté en terre! Elles valent pour tous les temps, pour les derniers encore plus que pour les premiers siècles de l'Eglise. Car au lieu que dans les premiers siècles, l'Eglise romaine avait encore à côté d'elle d'autres Eglises apostoliques avec leur tradition, leur succession d'évêques, leur grande considération, elle est maintenant la seule Eglise apostolique qu'il y ait au monde, elle a donc hérité de tout le prestige des autres qui se trouve maintenant concentré sur elle. C'est là un fait qui donne à penser ». lîagemann., op. cit., p. 693.

* Hebr., xni, 8.

L'ÉGLISE CATHOLIQDE. 31

nilé et qui traverse tous les temps ; Jésus-Christ en tient dans sa main le premier anneau, et le dernier doit se réunir au premier à la fin du monde, en ramenant tout à celui de qui tout est sorti. Le prêtre calholique enseigne par délégation de celui qui a dit : Allez et enseignez toutes les nations ; et cet ordre, ainsi que l'Esprit qui a inspiré les douze Apôtres, se perpétue dans la lignée de leurs successeurs, en passant d'un évêque à un autre jusqu'au dernier jour. « Quelle consolation aux enfants « de Dieu ! mais quelle conviction de la vérité, quand ils 0 voient que de Pis IX, qui reiiiplit aujourd'hui si dignea meut le premier siège de l'Eglise, on remonte sans « interruption jusqu'à saint Pierre, établi par Jésus-Christ, « prince des Apôtres : d'où, en reprenant les pontifes qui a ont servi sous la loi, on va jusqu'à Aaron et jusqu'à a Moïse : de là jusqu'aux patriarches et jusqu'à l'origine « du monde I Quelle suite, quelle tradition, quel enchaî- « nement merveilleux I Si notre esprit naturellement a incertain, et devenu par ses incertitudes le jouet de ses a propres raisonnements, a besoin dans les questions où a il y va du salut, d'être fixé et déterminé par quelque a autorité certaine ; quelle plus grande autorité que celle « de l'Eglise catholique, qui réunit en elle-même toute a l'autorité des siècles passés, et les anciennes traditions a du genre humain jusqu'à sa première origine? Ainsi a la société que Jésus-Christ, attendu durant tous les 0 siècles passés, a enfin fondée sur la pierre, et où saint a Pierre et ses successeurs doivent présider par ses ordres, « se justifie elle-même par sa propre suite, et porte dans a son éternelle durée le caractère de la main de Dieu... a Quatre ou cinq faits authentiques, et plus clairs que la

33 CBAPITRE XVUI.

« lumière du soleil, font voir notre religion aussi ancienne « que le monde. Ils montrent, par conséquent, qu'elle 0 n'a point d'autre auteur que Celui qui a fondé l'univers; « qui, tenant tout en sa main, a pu seul et commencer, « et conduire un dessein où tous les siècles sont comc pris * ».

Parce que l'Eglise est visible, nous avons dans cette suite également visible le gage et l'expression de l'esprit apostolique invisible qui la soutient et la vivifie, comme de sa vérité et de sa grâce. Ce que Terlullien disait dès le iii" siècle à ceux qui se vantaient de posséder la doctrine apostolique plus purement que l'Eglise *, on peut toujours le répéter à toute hérésie : Eh bien doncl montreznous l'origine de votre Eglise, faites-nous voir la succession de vos évéques , en sorte que vous remontiez jusqu'aux Apôtres ou jusqu'à l'un de ces hommes apostoliques qui ont persévéré jusqu'à la fin dans la communion des Apôtres *. Montrez-nous aussi comment votre doctrine est demeurée conforme à celle des Apôtres. La vérité attendait donc que les Marcionites et les Valentins vinssent la dévoiler? Comme si l'Apôtre n'avait pas prédit les hérésies à venir lorsqu'il écrivait aux fidèles de la vraie Eglise: Si un ange vient du ciel vous annoncer un autre Evangile que celui que je vous ai annoncé, qu'il soit anathème *. L'Egli^* '^'i*- apostolique , l'apostolat est

* Bossuet, Discours sur î'hist. univ., ii part., in fine.

î Prœscript., c. 28 : Apostoli quidem simpliciter et plene, ecxh' &iœ autem suo vido aliter ecceperunt quam apostoli profeiebant.

' Ib., c. 32.

* J6îd., cap. 28. Iren. (C. Hœres., m, 12) : Pataverunt semet-

l'église catholiocs." 3U

toujours vivant en elle, et l'Esprit qui a inspiré et fortifié les Apôtres, continue de l'inspirer elle-même et de la fortifier. Son histoire est en toute vérité l'histoire d î l'apostolat. Fidèle à suivre lecommandementduSeigneu • et confiante en la promesse qu'il lui a faite de demeurer avec elle, elle n'a cessé, depuis la première prédication de saint Pierre, de porter l'Evangile parmi les nations avec un dévouement qui rivalise avec celui des Apôtres, et avec un succès que constate l'histoire du monde. Ces centaines de peuplades, qui ont paru sur la terre dans le cours des siècles, ont toutes entendu la prédication de l'Eglise catholique, et vu paraître au milieu d'elles de saints hommes dénués de toute puissance selon le monde, mais forts de l'Esprit et de la force surnaturelle qui éclatait en eux, ils venaient avec la foi courageuse d'un saint Pierre, le zèle enflammé d'un saint Paul, l'austérité d'un saint Jacques, la charité d'un saint Jean, et à la sueur de leur front ils ont jeté la semence de la foi qu'ils ont ensuite arrosée et fécondée de leur sang. Par eux l'empire des Romains fut changé au royaume divin de l'Eglise *, et le fondement que le couple fraternel des fondateurs de Rome avait posé est devenu la pierre fondamentale sur laquelle le couple apostolique, Pierre et Paul, a bâti cet empire qui ne doit point avoir de fin. Et lorsque les derniers étais vermoulus qui soutenaient Tem pire romain

ipsosplus invenisse, quam apostoli... et apostolos quidmt adhuc, quœ mnt Judœorum sentienteSy annuntiasse Exa)igelium, se aiUem sinceriùres et puriores apostolis esse. La préteulioQ qu'a la Hé* forme d'avoir purifié l'Eglise, est si lausse, que la Réforme ne peut se défendre d'avoir altéré le do^me.

* Dan.t II, 35. Léo M., Serai, i m nat, Pctri et Poui»» ▲roL. uu Cbaist. — TOMK Y. 9

craquèrent enfin et se rompirent , lorsque des bandes errantes innombrables se précipitèrent comme un flot dévastateur sur les ruines de ce monde qui s'écroulait, alors l'Eglise envoya ses missionnaires; les vagues émues de l'invasion étaient à peine calmées, qu'aussitôt arrivèrent chez les Anglo-Saxons un saint Augustin, chez les Allemands un saint Fridolin, un saint Colomban, un saint Gall ; chez les Rhètes et les Bavarois, les saints Valontin, Sévérus, Rupert, Emmeran, Corbinien; chez les Francs, saint Kilian ; chez les Frisons, saint Willebrod; saint Boniface évangélisa les Germains; saint Sturm à Fulde et saint Burkard à Wurlzbourg continuèrent son œuvre; saint Ludger convertit les Saxons; saint Cyrille et saint Méthode, les Bohèmes et les Moraves; saint Anschaire fut l'apôtre du Nord, il pénétra jusqu'en Islande et dans le Groenland ; saint Adalbert de Magdebourg, saint Adalbert de Prague, saint Otto de Bamberg donnèrent à Jésus-Christ les Slaves, les Wénèdes, les Prussiens et les Poméraniens. Il n'est pas un pays qui n'ait son apôtre à fêter, et presque tous ces apôtres ont acheté de leur sang la conversion de leurs peuples.

Et lorsqu'à la fin des treizième et quatorzième siècles, les peuples barbares du nord, les Prussiens, les Courlandais, les Lithuaniens eurent courbé leurs têtes sous le joug de la croix, et que les derniers restes du paganisme eurent été subjugués, bientôt après, grâce à la découverte de la route maritime des Indes Orientales et surtout de l'Amérique, un nouveau monde sortit du sein des flots* Et depuis lors, c'est-à-dire depuis les jours deMontesino, de Las Case et de saint François Xavier, les apôtres n'ont pas manqué dans ces pays, bien qu'ils y soient morts par

LÉGLISE CATHOLIQUE. 35

centaines, dévorés par les ardeurs d'un climat brûlant, percés par la flèche des sauvages, ou martyrisés au milieu de longues et cruelles tortures. Les rangs de l'apostolat se remplissent sans cesse de nouvelles recrues qu'entraînent la parole du Christ et son amour, et que sa bénédiction accompagne. L'Amérique compensa largement les pertes que l'apostasie fit subir en Europe à l'Eglise au xvi" siè!r. L'apostolat lui-même reçoit toute sa vertu de l'idée spécialement catholique de la virginité et des conseils évangéliques. Elle seule donne l'esprit de sacrifice et la force nécessaire pour combattre le monde, rend humble et obéissant, dévoué jusqu'à la mort et ferme dans le renoncement au monde. Elle seule explique les sacrifices que réclame la vocation d'apôtre etcommi;munique la force de les supporter avec cette charité héroïque envers Dieu et les âmes, dont la perfection évangélique est l'expression.

Il nous reste à examiner une dernière marque de la vraie Eglise chrétienne, telle qu'elle se manifeste dans l'Eglise catholique romaine, c'est la sainteté^ c'est-à-dire l'héroïsme de l'amour divin et humain, comme aussi les grâces surnaturelles effectives que le Christ accorde aux siens pour manifester ce qu'ils sont aux yeux du monde. Si quelqu'un fait la volonté du Père il connaîtra que la doctrine est de Dieu *.

Lorsque Jésus-Christ était sur la terre, tous, amis et ennemis, publicains et pharisiens, s'inclinaient avec respect devant lui, subjugués par l'ineffable auréole de

* 3oan., VII, 19

majesté, par l'éclat surnaturel de sainteté qui entourait sa divine personne : il faut de même que sa gloire, il l'a promis \ éclate dans les siens, chez ceux du moins en qui l'amour de Dieu, sa vertu et sa grâce, ont une intensité de vie particulière ; et l'éclat de sainteté et d'innocence dont brillent les imitateurs du Christ sera le perpétuel ornement et l'impérissable parure de la vraie Eglise '. De même que le Seigneur en appelait à ses miracles comme à des témoins irrécusables de la divinité de sa mission, il faut aussi que ses disciples lui rendent témoignage par leurs œuvres *. « La vraie religion », dit Pascal *, a doit avoir pour marque d'obliger à aimer « Dieu. Cela est bien juste. Et cependant aucune autre 0 que la nôtre ne l'a ordonné. Elle doit encore avoir « connu la concupiscence de l'homme, et l'impuissance « où il est par lui-même d'acquérir la vertu. Elle doit y € avoir apporté les remèdes dont la prière est le principal. « Notre religion a fait tout cela ; et nulle autre n'a « jamais demandé à Dieu de l'aimer et de le suivre».

Il y a plus, sa doctrine doit devenir une vie, la pratique suivre sa parole et la vertu de la grâce que le Seigneur lui verse, produire des effets manifestes '. Une Eglise qui produit des saints, dit Bossuet, porte le sceau visible de son origine divine. La sainteté n'est point une conception

* Joan., xvn, 22, 23.

* Ephes.,1, 14; Vii, 19; Tit., ir, 4." ' Joan., XIV, 12 ; Marc, xvi, 17.

* Pensées, u Part., art. 4.

» Matth., xxii, 38.

l'église catholique. 37

fantastique, une Gction sans vérité réelle en dehors de l'esprit qui la produit, quelque chose qui varie selon les individus, les peuples et les siècles. Elle porte un caractère de réalité objective qui annonce partout sa présence et ne laisse subsister aucun doute. Le cœur humain, si dégradé qu'il puisse être, conserve toujours Tintelligence de l'amour héroïque pour Dieu et pour les hommes. Le sentiment du surnaturel se réveille encore dans l'àme même corrompue par le péché, toutes les fois qu'elle a le bonheur de rencontrer sur le chemin de la vie un homme doué de sainteté. Platon avait déjà entrevu l'idéal du juste et en avait donné une esquisse, de quel étonnemenl néanmoins ne furent pas saisis les païens de l'époque la plus corrompue, à la vue de la charité que les chrétiens avaient les uns pour les autres : Yoye» comme ils s'aiment 1 Et tous les barbares les plus grossiers, depuis les Huns et les Normands jusqu'aux Indiens de l'Amérique septentrionale, ont ressenti l'irrésistible pouvoir de la sainteté. Les plus incrédules et les plus égarés dans leurs croyances n'ont pu s'empêcher de dire en voyant un saint François Xavier, un saint Vincent de Paul, une sainte Elisabeth et une sainte Thérèse, etc. Puisque vous êtes ainsi, soyez des nôtres ' 1 Un saint a beau cacher sa noblesse sous le vêtement pauvre de l'humilité, son héroïque charité ne peut manquer de se -rahir, ni la bonne odeur de ses vertus de se répandre

* Que Ton voie les jugements de Goethe sur saint Philippe de Kéri, du chancelier Bacon, sur Pie V, de Neander sur saint ïlernard, de Hasse sur saint Anselme de Canlorbéry, de J. de llùller sur saini Kicolas de Flue, etc.

38 CHAPITRB XVIII.

parmi les hommes, comme la senteur pénétrante d'un parfum s'échappe toujours, quelqu ; bien fermé que soit le vase qui le contient. Qui était plus humble que le divin Sauveur? et néanmoins un Pilate sait distinguer en lui le juste. L'Eglise fut toujours prévenue longtemps d'avance par les peuples, dans le jugement qu'elle porta sur ses saints ; elle s'est bornée la plupart du temps à ratifier la sentence déjà prononcée par le sens populaire, tant celui-ci est bon juge en matière de sainteté.

Le Seigneur a encore imprimé à son Eglise une autre marque visible destinée à montrer qu'elle est son corps mystique, dans lequel il continue de vivre par sa grâce jusqu'à la fin des temps. Durant sa vie mortelle, il donnait lui-même ses miracles pour preuve de sa mission divine, et le don surnaturel des miracles est encore le signe auquel l'Eglise doit être reconnue pour sou Eglise; et ce signe, il le lui lègue à l'heure suprême de la séparation comme un héritage durable *. Les miracles, tels sont les fruits des seuls rejetons qui tiennent toujours au cep théandrique, et c'est ainsi qu'ils fructifient d'une manière digne du tronc qui les porte. Ce n'est pas sans raison que le Seigneur a joint immédiatement au commandement d'annoncer l'Evangile la promesse expresse du don des miracles. Il devait à son Eglise cette lettre de crédit, cette démonstration éclatante de la présence de l'Esprit-Saint et de la vertu d'en haut, ce gage d'une confiance indéfectible *. « Et ils partirent et prêchèrent par-

« Cf. I Cor., XII, 7 ; xiv, 22.

*Gal., m, 2, 5j I Thess.,i, 5.

LÉGLISE CATHOLIQUE. aU

o tout avec la coopération du Seigneur qui confirmait a leur parole par les miracles qui l'accompagnaient * ». Et toute l'histoire des Apôtres • n'est autre chose que l'histoire de l'accomplissement constant de cette promesse. Mais l'histoire des Apôtres, qu'est-elle autre chose que l'histoire de l'Eglise dans ses premiers commencements et dans les premiers pas qu'elle a faits dans la voie de sa propagation parmi tous les peuples? Les Saints Pères, non moins que les Apôtres, allèguent sans cesse les merveilles opérées dans l'Eglise par le Christ pour la confirmation de la foi '. Il n'y a pas apparence que ce pouvoir ait cessé à l'arrivée de saint Paul à Rome, où cesse le récit de saint Luc, qui donc assignera la limite en-deçà de laquelle Dieu a dû ne plus faire de miracle, et le Saint-Esurit arrêter i'eiïusion de ses dons? Lorsque

• Marc, XVI, 20.

• Par exemple les miracles de saint Pierre, de saint Paul et des autres. Ci. I Cor., xii, 28 ; I Cor., i, 7.

'Iren. (Adv. Hœres., xi, 32) : Nonpossunt hœretici cœcis donare visum etc.. Quemadmodum Bominus susdtavit mortuos et aposloli •per orationem et sœpissime in fraternitate propter aliquid necessarium in Ecclesia in quoquo loco universa per jejunium et orationem multam postulante reversus est spiritus mortuo et donatus est homo crationibus sanctorum, ut crederent esse resurrectionem mortuorum.

(If. TertuU.., De anima, c. 51 ; saint Cyprieo, De Lapsis, page 189 ; saint Atbanase, invitasanctîAntonii, cap. 34, 57 ; Eiisèbe^ F.E.,vi, 9 et De Martyr. Palestin. ; saint Jérôme, Vita S. Hilarionis, c. 39 ; saint August., Civ. Dei, xxii, 8.

A Tipasa, des chrétiens martyrs à qui les Vandales avaient coupé la langue continuaient de célébrer les louanges de Dieu, Gibbon lui-même le raconte (History of the décline and fait of the Rom. empire, vol. IX. Cf. Victor. Vitens., Histor. persec Vandal., v, 6) comme un événement surnaturel. — Cf. Diéringer, Les faits divins du Christianisme, il, p. 422. Sepp., Vie de Jésus-Christ, VI, p. 545, et surtout Wisemann, Réflexions sw différents sujets.

une âme croyante prie, n'est-elle pas persuadée que Dieu l'exaucera quand elle demande ce qui doit servir à son salut, dût-il faire un miracle ' ? L'Eglise n'a-t-elle pas pour mission de continuer la rédemption du genre humain captif du péché, œuvre qui, accomphe en principe par le Christ, mais achevée par l'Eglise, doit remettre l'homme eu possession de son état primitif, rétablir son union avec Dieu ei soumettre de nouveau la nature à l'esprit*? Ainsi, par rapport à l'ordre de choses ordinaire de cette vie, le miracle est assurément un fait surnaturel, mais qui est exigé par cet ordre de choses supérieur, que Ton voit apparaître dans l'histoire de l'Eglise. Si nous jetons maintenant un coup d'œil rapide sur les confessions séparées de l'Eglise romaine, nous remarquerons aisénJlent qu'aucune des marques susdites ne leur co'i vient. Le |)roteslantisme a depuis longtemps renoncé a la prétention de se les attribuer lorsqu'il a déclaré qu'elles n'appartenaient qu'à l'Eglise invisible •. N'ayant plus d'Eglise, il cherche à dissimuler sous le clinquant de ses phrases l'immense chaos où il est tombé, à se consoler ou plutôt à se tromper, en affirmant que l'Eglise invisible possède pleinement et glorieusement ce qui manque a l'Eglise visible *. Avant tout, ce qui manque

* Voyez (tom. ii, p. 163) les paroles de Claudius. Toute prière exaucée n'est pas nécessaiiemenl un miracle, mais beaucoup de miracles sont des prières exaucées. Sur la prière faile au nom de Jésus-Ctirist, voy. Martensen, Dogmatique, p. 392 et les Notes additionnelles du chap. xvii'*.

* Cf. lom. H, p. 267.

• Thomasius, loc. sup. cit., p. 246.

♦ Cf. Dœllinger, LEglise et les Eglises, p. 27.

L'ÉGLISE CATDOLIQUE. 41

à ces confessions, c'est la marque de l'unité. L'histoire du protestantisme n'est que l'histoire de ses variations et de ses divisions, dans lesquelles il se pulvérise de plus en plus. Et il étaU- impossible qu'il n'en fût pas ainsi, car ce qui est permis à Valeyitin V est aussi aux Yalentinieiis; le droit que Marcion s'est arrogé appartient aussi aux Marcionites. Tel est le stigmate inséparable de l'hérésie, et TertuUien le signale déjà dès le m* siècle *. En substituant au principe d'autorité fait pour figurer au grand jour de l'histoire et pour tout unir, celui du subjectivisme absolu, les sectes séparées ont dès l'origine semé la division et le morcellement, et la semence a levé et pullulé en proportion de ce qu'elle est mauvaise. Aussi le protestantisme a-t-il cessé de vivre comme confession. 0 C'est une pente bien rapide que celle où les sectes sépa- € rées se sont vues emportées sous ce rapport. Les Byzan- « tins avaient commencé par dire : Nous reconnaissons « des patriarches gouvernant chacun une portion de t l'Eglise, mais point de pape, chef des patriarches. Vint « ensuite l'anglicanisme qui dit : Ni papes ni patriarches, « mais seulement des évêques. De leur côté, les protes- « tants du continent déclarèrent qu'ils ne voulaient plus « d'évêques, mais simplement des prêtres, et au-dessus « d'eux les princes séculiers. Plus lard encore naquirent « de nouvelles sectes protestantes en Angleterre , les- « quelles professèrent qu'elles n'avaient pas besoin de « prêtres , mais uniquement de prédicateurs. Enlin « parurent les Amis, les quakers, avec d'autres sectes

* De Prœscript., c. 42;

a religieuses qui découvrirent que les prédicateurs aussi a venaient du mauvais ; que chacun était à soi-même son a prophète, son docteur et son prêtre. C'est le dernier pas « qu'on ait fait jusqu'ici dans cette voie, mais déjà l'on a songe à aller plus loin aux Etats-Unis ' ».

Où l'unité n'est point la catholicité est impossible. A ce système de division érigé en système s'en ajoute un second. Bien que le Christ ait dès le principe proclamé formellement la distinction de l'Eglise et de l'Etat *, le césaro-papisme n'en demeure pas moins la prétention et la tentation des puissants; ils veulent, de la même main dont ils portent le glaive, définir le dogme à l'exemple des Césars de Byzance ; ils ambitionnent le pouvoir absolu, et ils comprennent que celui-ci n'existe qu'à la condition d'enchaîner les consciences en même temps qu'il asservit les corps. Le déchirement par l'égoïsme national, tel était, dès le commencement, le grave danger d'une Eglise universelle qui n'eût été qu'une confédération d'églises de tous pays et indépendantes. Pour neutraliser de si puissants éléments de dissolution, il fallait nécessairement dans l'Eglise un pouvoir unique et central puissant, ayant ses racines dans le cœur même de l'Eglise, de manière à en être inséparables, il fallait une

* Dœllinger, op. dt., sup., p. 31.

* Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Cf. Act., v, 29. On doit obéir à Dieu plulôt qu'aux hommes. I Cor., vu, 23. Ne soyez pas esclaves des hommes.

La distinciion de l'Eglise et del'Elat repose sur la différence de leur origine, de leur fin, de leurs moyens, de leur manifestation dans l'espace et le temps. L'Eglise, œuvre de la gnlce, est d'institution immédiatement divine; sa fin c'est le salut éternel des âmes, ses moyens sont spirituels et eu même

l'église catholique. 43

primauté universelle, une papauté, pour assurer la durée de l'Eglise. Aussi le protestantisme est-il retombé dans le système antérieur au christianisme, des religions nationales, où les frontières du pays sont aussi les frontières de la religion ; il a donc relevé entre le juif et le grec ce mur de séparation que le Christ était venu abattre. L'expression d'église nationale implique contradiction. Par sa nature, l'Eglise plane au-dessus de toutes les nations. Laisser l'Eglise pour fonder une église nationale, c'est ébranler le christianisme jusqu'en ses derniers fondements. Si toute l'Eglise était réellement morcelée en églises nationales, c'est-à-dire réduite au même état que le protestantisme, alors c'en serait fait du Christianisme, comme déjà Leibnilz l'a remarqué; ce ne serait plus, comme les institutions politiques et civiles de la Grèce et de Rome, qu'un objet de recherches archéologiques, qu'une matière à vaines théories, à spéculations creuses, bonne pour exercer quelques cervelles mystiques, quelque chose que le torrent du temps emporterait à la dérive, et dont les pouvoirs politiques disposeraient à leur gré. Une église territoriale n'inspire à l'homme aucun respect, aucun amour, aucune piété ; le pouvoir des princes et l'orgueil national sont seuls à la soutenir. Le gouvernement la protège, parce qu'il obtient par cette Eglise, toujours complaisante pour ceux qui sont en haut autant que dure pour ceux qui sont en bas, un accroissement notable de pouvoir; mais le peuple la

temps sensibles, sa sphère d'action est universelle et ne connaîi pas de bornes dans le temos non plus que dans l'espace.

44 GDAPITRE XVIII.

méprise malgré la protection du pouvoir, ou plutôt à cause de cette protection •.

La vraie Eglise du Christ est apostolique; le protestantisme ne l'est dans aucune de ses confessions, il ne peut point l'être. Aucune des sectes séparées ne lire son origine des Apôtres, aucune n'a bâti sur le fondement posé par le Christ sur les Apôtres. Il n'y en a point qui remonte par une suite continue jusqu'aux Apôtres, à moins que la Réforme ne veuille adopter pour sa généalogie la série des mille sectes contradictoires qui n'ont cessé de guerroyer contre l'Eglise depuis Cérinthe. Ces paroles de saint Jérôme * n'ont pas cessé d'être vraies :

* Rien de plus notoire que ce discrédit dans lequel sont tombés les prédicanls. A ce propos voy. Dœllinger, op. ciY., p. 162. Les ministres de l'Eplise grecque et de l'Eglise russe ne jouissent non plus d'aucune considération. L'Eglise anglicane est l'Eglise de l'homme comme il faut, d'une classe privilégiée, qui doit sa considération à ses immenses richesses, à ses privilèges politiques et sociaux- (Gazette générale d'Augsb., OCt. 1866, Du Ru^séisme.)

« Les barrières de la nation sont aussi les barrières de l'Eglise nationale, dit Beyschlag [Quel besoin avons-nous de prédicateurs? 1864, p. 69), ce qui gène douloureusement la circulation du sang dans le corps de l'Eglise ». Et cependant « personne ne le niera, le pouvoir ecclésiastique, chez nous autres protestants, était déjà aux mains du pouvoir séculier dès les commencements de laRéformalion, et il fallait nécessairement qu'il eu lût ainsi, puisqu'il n'exis;ait plus d'Eglise ayant une existence à part, plus de société spirituelle organiquement constituée. Si une telle Eglise et une telle société peuvent exister chez nous, sans anéantir le protestantisme dans son essence, j'en doute, et cependant une histoire de trois siècles me démontre que sans cette Eglise, une communauté extérieure et visible des chrétiens ne peut subsister ». (Perthes, op. dt., p. 207.)

La puissance séculière est donc Tunique moyen d'union des Protestants.

' Ep. LXXXiv, 8 ad Pamm.

l'église catholique. 45

c Pourquoi viens- tu après quatre cents ans nous instruire € comme si nous n'avions rien su jusqu'ici ? Le monde • était chrétien jusqu'à ce jour, avant de t'avoir entendu. « Je vais te déclarer brièvement ma façon de penser : e Nous sommes décidés à rester dans l'Eglise que les « Apôtres ont fondée et qui dure encore. Si cependant tu « entends parler de chrétiens qui prennent encore les « noms de Marcionites, de Valentiniens, de Monliens ou 0 de Campits, tu sauras qu'ils n'ont rien de commun « avec l'Eglise du Christ. Par ce seul fait qu'ils se sont « constitués plus tard, ils montrent qu'ils sont de ceux « que saint Paul a prédits. Que s'ils démontrent leur doca trine par l'Ecriture, il ne faut pas qu'ils en soient trop « Gers, car le diable a fait des démonstrations par l'Ecrifture; ce qui importe, ce n'est pas de lire l'Ecriture, « c'est de la comprendre. En tout cas, il pourrait aussi « vous être démontré par l'Ecriture que ceux qui ont f des souliers ou deux vêtements, n'appartiennent pas à f l'Eglise'».

Ce n'est donc pas du Christ que le protestantisme tient sa mission ; le Christ n'a envoyé que les Apôtres, et ceux-ci que leurs successeurs réguliers. Luther ne sentait que trop ce manque de mission. Tandis que, en t522, il niait qu'une mission spéciale et personnelle lui fût nécessaire pour fonder sa nouvelle société religieuse, il soutint bientôt contre Carlosladt aue l'on ne devait point prêcher sans

* « Les sectes », dil Martensen (op. cit., page 325), « ne demandent pas mieux que de se meltre en rapport avec les Apôlres, mais elles ont perdu le fil du développement historique, qui leur permettrait de se mettre en rapport avec les Apôtres »•

être appelé; il déclara tenir pour menteuré et pour démons tous ceux qui se disent descendus du ciel en droite ligne et appelés de Dieu immédiatement *. Enfin il confesse que la légitime mission appartient aux seuls apôtres, et à leurs légitimes successeurs, les évêques, et qu'il en sera ainsi jusqu'à ;,la fin. « Qui veut par consé- « quent mettre quelque nouveauté en circulation, doit a premièrement être appelé de Dieu et prouver sa voca- « tion par de vrais miracles. Puisque tu te prévaux ainsi a d'une révélation particulière, dit-il ailleurs *, montrea moi un miracle, car tu te rends témoignage à toi-même, « et rEcriture me défend de te croire lorsque tu es seul à 0 témoigner en ta faveur. Dieu confirme toujours une « mission extraordinaire par des miracles ». Puisque le protestantisme n'a pas reçu sa mission de

* Il disait, tenir sa mission tantôt du magistrat de Wittemberg, taniôl de sa dignité de docteur; dans l'espace de vingtquatre ans, Luther changea quatorze fois d'avis sur ce point. — Voir les pièces justificatives dans Doellinger, La Réforme, 1. 1, p. 205.

« Aucun des réformateurs du xvi* siècle », dit le protestant Buehm {Ombres et lumière, 1855, p. 153) n'a osé faire dériver son droit de réformer l'Eglise d'une vocation, d'une mission divine entendue dans le même sens que la vocation et la mission des Apôtres. Comme chrétien, comme prêtre et docteur, Luther était dans son droit lorsqu'il faisait la guerre, dans la mesure de son grade ecclésiastique aux erreurs de son temps. Mais sa position devint tout autre, lorsque ceux que Dieu lui avait donnés pour supérieurs ecclésiastiques, eurent blâmé sa conduite et lui eurent imposé silence. Pourquoi les réformateurs ne trouvaient-ils dans l'Ecriture qu'un sacerdoce général et pour ainsi dire métaphorique? Pourquoi n'y lurent-ils pas que Dieu a d'abord institué les Apôtres, et qu'à ceux-ci appartient exclusivement le droit de parler à l'Eglise au nom de Dieu ? »

* Chez Walch., ix, 197 ; xix, 8, 37 ; vi, 8.

l'église catholique. 47

Jésus-Christ, il ne jouit donc pas du bienfait de sa gracieuse présence, qu'il n'a promis qu'à ceux qu'il a envoyés. Tandis que l'Eglise catholique n'a jamais cessé d'être féconde en apôtres depuis le premier siècle jusqu'à nos jours, que chaque siècle voit de nouvelles nations entrer dans le giron de l'Eglise, tandis que les missionnaires catholiques imposent par leur dévouement à la cause de Dieu et du prochain, le respect et l'admiration même à leurs ennemis les plus déclarés, quel spectacle nous présentent d'un autre côté toutes les confessions séparées? L'Eglise grecque, déplus en plus comme pétrifiée depuis sa séparation, est comme une chose inerte entre les mains du pouvoir politique, et dans son extrême faiblesse elle n'est plus soutenue que par le sentiment de la haine qu'elle porte à la vraie Eglise ; quant aux conquêtes, si l'on excepte celles qui s'accomplissent avec le bras séculier et par la force brutale, comme en Russie , il y a longtemps qu'elle n'y songe plus. Pour ce qui est du protestantisme, un siècle s'est écoulé avant qu'il ait remarqué que les missions parmi les païens faisaient nécessairement partie des œuvres essentielles de l'Eglise de Jésus-Christ ^ Les sectateurs de Luther se sont ensuiîe excusés par la raison qu'ils avaient, ^disaient-ils, assez d'idolâtres près d'eux à convertir en pays catholiques;

* Cf. Alzog, op. cit., 940. Combien cette œuvre est peu eu faveur chez les protestants, A. Hausratb la montre dernièrement {L'Apôlre Paul, HeiKlelberg, 1863, p. 107), lui qui attribue le zèle de saint Paul à sa croyance erronée que la fia du monde était proche ! D'après Merz {Etudes et Critiques, 1866, p. 836) les étudiants aux universités protestantes regardent le sevvice des missions comme boa pour des paysans, des vigoerons, des artisans.

48 CHAPITRE XVIli;

c'était avouer qu'ils mettaient toute leur application à faire ce que faisaient déjà les hérétiques dont Tertullien disait : « Que dire de leur prédication ? ils n'ont point à a cœur de convertir les païens, mais de pervertir nos « fidèles ; ils mettent leur gloire à renverser ceux qui a sont debout, au lieu de relever ceux qui sont tombés. « Je ne m'en étonne pas ; ils ne peuvent s'élever euxa mêmes que sur les débris de la vérité ; c'est pourquoi « ils s'efTorcent de faire crouler notre Eglise pour bâtir la «leur*». Honteux à la fin de l'activité déployée dans tout l'univers par l'Eglise catholique, au plus fort de la lutte religieuse, et jaloux de la voir répandre sa croyance en Asie et en Amérique, voilà le protestantisme qui songe à envoyer, lui aussi, des missions. Il a dix fois plus de ressources pécuniaires que l'Eglise, et il fait partir ses envoyés sous la protection d'une flotte maîtresse de toutes les mers du globe.

Et cependant tout ce grand déploiement, ce luxe de ressources ne donne que peu de fruit. C'est la preuve que l'Esprit de Dieu n'est que là où est l'Eglise, et que la foi est un don de Dieu *. Nous distinguerons encore la vraie Eglise, et les fausses aux fruits qu'elles donnent. La raison en est claire. Le Seigneur envoie ses Apôtres «comme « des agneaux au milieu des loups, sans bâton, sans « argent, sans chaussures, et avec un seul vêtement * »,

• De Prœscript.y c. 42. Sur les missions protestantes, voir lœrg, op. cit. sup., ii, p. 440.

• Voy. les notes additionnelles du chap. xviu%

• Imo.,X, 8; Matth. x, 10.

L ÉGLISE GATHOLiCCC. 49

« avec ordre de ne saluer personne sur la roule * », c'està-dire de partir pénétrés de l'Esprit de renoncement et de sacriOce. C'est ainsi et seulement ainsi que leur prédication devait être bénie de lui. Ainsi sont partis les missionnaires catholiques depuis saint Paul jusqu'à saint François Xavier, sans famille, sans autre richesse que la croix dans leur main. Il suffît d'ua regard jeté sur les missions protestantes pour s'assurer qu'elles se font dans un tout autre esprit.

Les sectes séparées ne portent point la marque de la sainteté. Les protestants ont-ils des saints? Ont-ils la doctrine qui produit les saints ? La doctrine luthérienne du serf arbitre *, celle de l'incapacité où Luther dit que l'homme se trouve de faire le bien, son assertion que la foi est l'unique vertu % et l'incrédulité le seul

* Marc, VI, 8.

« « La volonté de l'homme, c'est un cheval. Si c'est Dieu qui le monte, il va où et comme Dieu veut ; si c'est le diable, il va aussi comme le diable veut. Tout se fait par la volonté invariable de Dieu qui ne laisse à l'homme aucune liberté. Dieu opère en nous le mal comme le bien, il sauve sans tenir compte du mérite, il damne sans considérer le démérite. [De serro arbitrio ad Erasmum. Walch, tora. xvni, p. 20, 50. Cf. Dœllinger, La Réforme, m, p. 24.

Nos dicùnus, dit Mélanchthon (dans son Commentaire sur l'Epitre aux Romains, Cf. Chemnilz, Loc. theoL, éd. Leyser, P. I, p. 173), Deum ifsum or nia proprie agere, ut, sicut futentur, jprop'ium opus Dei fuisse Pauli vocationem, ita fateaidur, opéra DA propria esse et Davidis adulterium... constat enim, Deum omnin fropne facere, vt sit ejus proprium opus Judœ proditio sicut Pau'i vocatio. — Ce passage fut retrauché dans les éditions pot.-lcrieures.

' «Nous sommes tous des saints, et maudit soit celui qui n ?. se vaate pas d'être un saint. Du moment que vous croyez aux paroles du Seigneur, vous êtes aussi saints que saint Pierre ii les autres saints ». (Walch, xn, 1803). « Nous autres croyants,

Apol. do Christ. — Tome V. 4

50 CHAPITRE XVHI.

péché *, suffiraient encore à paralyser toute tendance -vers la i)erfection chrétienne, quand il ne l'aurait pas formellement réprouvée * , et déclaré expressément que

nou? nous nommons saints, parce que le Christ s'est panctifié pour nous et qu'il nous a communiqué sa sainteté, de sorte qipe, entre un homme et un autre, il n'y a aucune ditTérence pour la sainteté ». (Walcb, v, 726). Dœllinger, p. d3i.

1 a II n'y a pas d'autre péché dans le monde que l'incrédulité ». (Walch, XIII, 1840). Pecca fortiter, sed crede fortius. « Nous péchons nécessairement tant que nous sommes en celle vie. Jliiis l'Agneau de Dieu Ole les péchés du monde, et le péché ne peut nous séparer de lui, dussions-nous commcttie par jour mille adultères et autant d'homicides ». Luther, Epist. ad Jac. A.vrifahr., Cf. De Captiv. Babyl., t. ii, p. 284. — « Plus lu seras inlâine, plus Dieu l'accordera volontiers sa grâce ». {Edit. de Ui'p::ig, xn, p. 128). Cf. Dœlliuger, (Op. cit.,sup. t. i, p. llOj.

: • Il falsifia ce que dit saint Paul (Rom., m, 28), en ajoutant du mot de foi le mot seule. (Voyez d'autres falsifications de textes, dans Dœllinger, La Réforme, m, p. 159). — « Les bonnes oeuvres ne contribuent point à la sanctification ni au salut, autrement il faudrait dire que le Christ serait mort inutilement, et nous aurions lieu de nous glorifier nousmêmes, en disant que Dieu n'est pas assez puissant pour nous sauver sans notre coopération ». Cl'. Dœllinger, [Op. cit., 1. 1, p. 91). ft Dans la foi, toutes les actions sont égales, et toute différence entre elles s'efface ». (Walch, x, 1570). C'est le diaïile qui a imaginé d'enseigner la nécessité des bonnes œuvres. (Walch, III, 1193). « Il ne saurait y avoir de scandale plus grand, plus dangereux, plus peslileniiel, que celui d'une vie extérieurement bonne, remplie de bonnes œuvres et de pratiques spirituelles. C'est la porte ouverte au large, c'est lagrande route de la damnation ». (Walch, xi, 349), Dœllinger, (Op. et f., p. 128).

« Luther se refusait absolument à reconnaître la liaison intime, indissoluble et nécessaire qui existe entre la foi et les bonnes œuvres, entre la conviction religieuse et la conduite pratique; entre la piété religieuse et la'morale il mettait un abîme ». Schenkel, Le Christianisme et VEglise, dans leur rapport avec la civilisation, ii, 6. Wiesbaden, 1868, p. 157. « On ne peut le nier, l'orthodoxie de Luther est en délaut sur l'article de la morale ». (Le même. Op. cit. p. 359). « Un candidat interrogé par moi dans un examen sur le sens de la docirine de la juslificatioa par la loi, répondit : « Celle docirine signifie que

l'église catholique. 51

les bonnes œuvres sont inutiles, voire même nuisibles au salut*.

Le protestantisme a tout justement supprimé les trois vertus exclusivement et éminemment chrétiennes, les trois plus belles fleurs de la vie surnaturelle ; l'humilité, la virginité et le sacrifice.

En rejetant toute autorité supérieure, en proclamant l'indépendance universelle *, il a rendu impossible Thu-

nous savons nous mettre à l'aise avec 1a morale et que nous n y regardons pas de si près ! » C'étitit d'une naïveté grossière mais cette erreur se trouve sous une lornie plus éléçauto et plus fin een maint esprit, el chacun de nous a pu s'apercevoir que la subtilité du vieil honnnti est impuissante à lui laire illusion sur ce mensonge que noire Eglise porte en ses entrailles». «Montre ta foi par Kvs œuvres, c'est un principe qui est de tous les Temps». {Gazette cvangéUque, 1866, p. 1)29). — « Que ladoclrine de Luttier, en supprimant l'action propre de l'homme, supprime du même cou|) toute action dans l'homme, c'est ce qii avouenl Schmid {Morale chrét., i, p. 24?), Chr. F. Amnion, {Manuel de morale chrét., i, ]). 62), et particulièrement Hen^stenberg, [bazette évangcL, 1S66, n. 91).

Ces doctrines découlent nécessairement du principe- néanmoins, comme les hommes valent mieux que leurs doctrines Luther, contredisant ses propres doctrines, représente quelque part la (oi comme une mère qui entante nécessairemeiu la chante et les bonnes œuvres.

» Amsdorf écrivait : « C'est une proposition admise par la doctrine chrelieune et prèchée par saïut Paul et Luther que les bonnes œuvres sont nuisibles au salut». Imprimé sans nom de lieu eu 1559. - Un remarquable revirement s'est opère de nos jours à cet égard dans la doctrine protestante comme Hase lui-même en convient (Op. cit., p. 273) : a Les théologiens protestants, et ceux qui se donnent eux-mêmes pour les soutiens du luthéranisme pur, lorsqu'ils parlent de la loi qui justifie, définissent précisément la foi qui agit animée var lâchante el reviennent à l'idée scholaslique (catholique) de la Jides formata, sans laisser toutefois de l'opposera un prétendu dogme catholique de la justification par les bonnes œuvres ».

' Luther, De institut, ministr. Eccles., opp. tom. ii, 584 Le captïvit. Babtjlon., 288. — « La réforme ôla aux homuiés deux

52 CHAPITRE X.VJII.

tnililé qui a besuiu de la pratique et de la réalité pour exister ; ses maximes sur le mariage et la virginité sont telles que d'honnêtes païens ne les auraient point admises ^ Non-seulement il autorise à \ioler le vœu de virginité, mais encore il s pousse, il en fait un devoir •.

vertus, sans la suppression desquelles elle n'aurait même pas DU naître. Elle a rayé 1 humiliié et l'obéissance du catalogue des vertus chréiienues. II serait intéressant de parcourir une douzaine de volumes de sermons protestants avec rmtention de relever tout ce qu'on y trouverait en faveur de 1 humilité et de l'obéissance, ces deux vertus qui sont si intimement mêlées à la vie de l'Eglise; qui sait si la feuille destinée a recevoir les notes ne resterait pas entièrement blanche? [lemlles historinucs et 'politiques, t. XXi, p. 319.)

« Cf Dœllinger, op. cit., p. 224. — Selon lui l'attrait du sexe est d'une puissance irrésistible. — Thiersch [La Vie de famille dans le Christianisme, p. lo) dit: «Le Christ devait naître d'une vierge pure, il a passé par les autres états de v.e et les a sanctifiés et en a donné le modèle, mais il n a pas donné le modèle de la vie conjugale. Ses premiers disciples marchèrent presque tous à cet égard sur ses traces. Dans Tapocalypse de saint Jean la virginité est proposée peut-eire simplement comme un modèle, mais toutetois comme un modèle de la plus parfaite pureté, et par conséquent comme un objet digne d'èire admiré et imité. On n'aurait jamais dû oublier qu'il y a des hummes dont la vocation est de vivre dans un célibat sans tache et qui eu sont capables. Et pourquoi cette disposition ne se manifesterait elle point par un désir ayant pour objet non le mariage mais l'état de virginité mais le sacrifice? Le célibataire, comme l'expérience le démontre, souffre mieux la persécution, et peut mieux vaquer au service du Seigneur que la personne engagée dans les liens du mariage. L'union avec Jcsrus-Chiist est généralement plusiutime dans le célibat que daa*' lû mariage. Il y a réellement des âmes en qui l'amour dn Jésus Christ éteint toutes le'î passons de la terre. Il existe une grâce de continence que saint Paul possédait, et l'on peut voir qu'il préférait cet état a celui d'un mariage inême irrépréhensible. C'est ce que Luther et ses Sectateurs ont méconnu. Dans tout l'ancien protestantisme,on ne croit pas à la possibilité d'un célibat chaste. Cest une erreur dont il serait temps de revenir ».

* Des vœux et de la vie spirituelle dans les cloîtres. Walch, XIX, p. 707. — Sa:ut J. Chrysostome au contraire, dans son livre

l'église catholique. 53

Par cette guerre acharnée qu'il a faite à la vir^rjuité il a prononcé l'arrêt de mort de sa prétendue réforme. Car nous reconnaissons l'arbre à ses fruits et la vraie Eglise aux vierges qu'elle enfante à son céleste Epoux. « Cette € génération des vierges», dit saint Augustin S «ne vient a point d'une fécondité corporelle, ce n'est point le fruit « de la chair et du sang. Voulez-vous savoir quelle est sa «mère? C'est l'Eglise. S'ule cette vierge sainte, qui se « montre la chaste fiancée de son céleste Epoux le Christ, «aie pouvoir d'enfanter des vierges. Les vierges de corps « et d'esprit sont filles de celle qui est absolument vierge « selon l'esprit ». Les conséquences morales de semblables doctrines ne se firent pas altendre, les réformateurs euxmêmes nous en ont fait la peinture ». [Luther disait :

de la lirginité, àéhnle par celte pensée : Les Juifs méprisent la virginiié : faut-il s'en étonner? ils ont abreuvé d'oulra<<es le Chris.i né d'une Vierge. Les GenUls radmirent et la révèrent, mais elle ne fleurit que dans l'Eglise de Dieu.

* De Virgin., c. H.

* « Les papistes affirment que rien de bon n'est sorti de nos doctrines... C'est malheureusement vrai, car les désordres de tout genre sont plus communs et plus grands mainlenant qu autrefois ». Walch, v, 114. « Je considère moins l'avarice des paysans, leur luxure, leur impudicité, vices qui sont maintenant si forts en progrès, que je ne considère le mépris de l'Evangile. Peu s'en faut que notre Allemagne depuis qu elle a vu la lumière de l'Evangile, ne paraisse possédée du diable... La crainte de Dieu a disparu, c'est partout un déluge de tous les vices. (Walch, i, 2431 ; i, 382. Cf. Dœilmger, op. cit., I, p, 310.

Thomas Kantzow dit dans sa Poméranie {Feuilles historiques etpohtiqves, tom. ii, p, 307) : «Tout.'S choses sont à prêtent bouleversées : Au lieu de la piété règne la frivolité, au lieu de la douceur la rapine et la violence sacrilège, au lieu de 1 aumône la rapacité, au lieu du jeûne la voracité et l'orgie, au lieu des tètes sacrées le travail incessant et al)rulis^ant, au lieu de la chasteté sainte l'unpudiciié effrontée, au lieu

54 CHAPITRE xviir.

a Les gens viennent entendre prêcher l'Evangile tout 0 comme s'ils en étaient les disciples, mais sous cette a apparence, ils ne cherchent rien qu'à s'engraisser, c'est « leur ventre et leur intérêt propre qui est leur maî- Œ tre ' » ; et les siècles suivants n'ont que trop montré combien il disaitvrai. A l'occasion de la conversion d'un ecclésiastique anglican à l'Eglise catholique, l'archevêque de Cantorbéry disait dans une circulaire * : Il n'est que l'un de ceux qui en grand nombre ont fait ce pas et l'ont fait au milieu des sacrifices. J'ai réfléchi sur les causes qui ont déterminé un semblable résultat chez des hommes

des prêtres des prédicants imposteurs et infidèles. Le mal est général ».

Thiersch avoue aussi cette dépravation des mœurs. «Toute la jeunesse », dit un contemporain de Luther, Sarcerius (Voy. Dœllinger, ii, p. 336), « est maintenant si livrée à la luxure, que les enfants d'aujourd'hui en remontreraient en cette matière aux vieillards d'autrefois ». L'Ecosse et la Suède, toutes deux protestantes, ont les mœurs les plus corrompues de l'Europe, au dire d'un écrivain protestant. Laing, Sweden, p. i08, 141. Cf. Harlpole Lecky, Histoire de la Civilisation en Europe, tom. i, p. 305.

« De germe vivant qu'elle était auparavant, la foi évangélique est devenue une plante cultivée mais desséchée; au lieu de vivre et de croître dans le cœur et de porter des fruits, elle a servi de matière aux investigations de la raison. La conscience a fini par découvrir que si la morale était protégée et cultivée par l'orthodoxie, elle pouvait aussi se soutenir sans avoir besoin de s'appuyer sur des principes surnaturels. Le rationalisme s'est accru des ruines de l'orthodoxie... De là l'état pitoyable où est tombée aujourd'hui notre Eglise ». Beyschlag, Qu'avorts-nous besoin de prédicants? 1864, p. 46.

* "Walch, vn, 1846 : « Ils prennent l'Evangile pour une doctrine gastronomique qui enseigne à s'enivrer et à se crever de manger. C'est là la manière actuelle de voir de tout le monde en haut comme en bas ».

« Kreuzzeitung, 1853, Nr. 135.

l'église catholique. 5o

instruits, pieux et inleUigents. Et de Maistre écrivait au commencement de ce siècle : Nous avons fune liste d'hommes distingués par le rang, la dignité et le talent; qui, bravant tous les préjugés de confession et d'éducation, ont rendu hommage à la vérité et sont rentrés dans le sein de l'Eglise. Qu'ils cherchent à composer une liste semblable de tous ceux qui ont abandonné l'Eglise catholique. Que trouveront-ils'?

Ce que Dœllinger dit de l'Eglise anglicane ', montre combien le schisme de cette Eglise a diminué en elle la profondeur du sentiment religieux et affaibli la force de la vie chrétienne. « Ce qui recommande surtout l'Eglise « d'Etat, c'est sa modestie, c'est qu'elle ne s'attribue a aucune autorité un peu élevée, c'est qu'elle ne fatigue « point les consciences de ses avertissements, c'estqu'elle a ne dépasse point les limites d'une moralité générale, a vague, commode et qui ne va guère jusqu'à la consa cience, c'est qu'elle ne tient qu'aux sommités du dogme, a Elle se résigne à ne prendre dans la vie que le peu de a place que lui laisse le gain et la jouissance de la lichesse, « ainsi quelesmœurs d'une classe d'hommesqui n'adorent c que les commodités de la vie, le comfort » . Elle ne peut,

* Cf. Rosenthal, Portraits de convertis du X}X' siècle. SchafTouse, Huiler, 1863. — Raess, Les Convertis depuis la Réforme. Friboorg, 1866.

« De toutes les différentes formes dans lesquelles s'est cristallisé le dogmatisme protestant, il n'en est pas une senie qui soit capable d'attirer à soi rien de ce qui est eu dehors de ses propres limites. Tout ce que le cattiolicisme perd, le rationalisme le gagne». C'est un prolestant qui parle. Haitpol Lecky {Histoire de la civilisation en Euro;pe, tODQ. I, p. 134).

* LEglise et les Eglisei, p. 194.

56 CHAPITRE XVUI.

selon l'expression d'un écriTain anglais, « ni former les a grands saints, ni convertir les grands pécheurs ». « On a ne croyait plus à la possibilité pour l'homme de parveanir à la sainteté », c'est H. Thiersch qui fait cet aveu • ; e on en était venu à prendre ce qui se faisait pour a la mesure de ce qui pouvait se faire ; on laissait déplaa cer le but qui a été posé aux chrétiens et qui se nomme a la perfection. Les réformateurs, en croyant accorder a toute force à la foi, ne lui ont pas assez accordé. Que a votre confiance en Jésus-Christ aille jusqu'à croire qu'il a vous donnera la victoire sur vos péchés et la force a d'acquérir la sainteté véritable. Toute la faiblesse de « l'ancien protestantisme se déclare dans l'incci tilude de 0 ses idées sur la sainteté ; et celte extrême faiblesse a déploie en tous sens sa déplorable influence ».

Que serait devenu le monde, si à celle fausse réforme qui commença, partout où elle se montra, par abattre le signe du Fils de l'homme, la croix, si l'Eglise ne lai eût opposé sa propre réforme, laquelle, selon l'expression d'un écrivain protestant *, « renouvela tout dans l'espace «d'une vie d'homme, depuis le Vatican jusqu'au dernier a ermitage des Apennins ».

En face de cet affaissement moral, de cet aplatissement universel des caractères, fruit des doctrines de cette prétendue réforme qui déclarait la grâce incapable d'élever la nature humaine sur les splendides sommets de la perfection et de Id sainteté, nous voyons paraître les sereines

» La Vie de famille dans la religion chrétienne , Francfort,

• Macaulay, Edimburgh Revicw., 1848.

et sublimes figures d'un saint Charles Borromée, d'un saint François de Sales, d'un saint Vincent de Paul, d'un saint Jean de la Croix, d'un saint Pierre d'Alcantara, d'un saint Jean de Dieu, d'un saint Camille de Lellis, d'un Cajetan de Thiène, d'un saint Ignace, d'un saint François Xavier, d'un saint Philijipe de Néri, d'une sainte Madeleine de Pazzis, d'une sainte Thérèse et de la multitude innombrable de leurs imitateurs et de leurs disciples, toutes personnes consacrées et sanctifiées par une charité et un dévouement héroïques envers le Christ et lésâmes. A l'amour dont leur cœur s'enflamme pour Dieu les saints unissent toujours l'amour du prochain, surtout des pauvres et des humbles, des misérables de toute espèce et de toute figure : c'est là le signe auquel on reconnaît les disciples de Jésus. Seule, l'Eglise catholique a compris et observé cette parole du Seigneur : Bienheureux les pauvres 1 Depuis que Jésus-Christ a porté le vêtement de la pauvreté, l'Eglise estime la pauvreté d'un prix infiini, parce que THomme-Dieu l'a consacrée et rendue vénérable. L'Eglise seule a compris et pratiqué le culte de la pauvreté; elle a considéré le pauvre comme le membre précieux du corps de Jésus-Christ et elle en a fait l'objet de sa vénération; elle a, sans se lasser, servi le Christ dans ses membres souffrants ; avec le vœu de pauvreté, de dépouillement volontaire, elle a créé pour le service des pauvres et des malades, ces nombreuses associations que l'incrédulité admire ' sans les pouvoir

* Que l'on consulte les relations de la Gazette générale d'Aucjsbourg, envoyées de ConstaïUinople, Smyrue, Altp, Damas pendant le choléra de 1863.

comprendre, à l'utilité desquelles le protestantisme rend lui même témoignage, puisqu'il s'est décidé à les imiter tant bien que mal dans ces dix dernières années par son institution des diaconesses et par l'œuvre de la mission intérieure. Les peuples séparés de la communion romaine n'imitèrent qu'imparfaitement la pratique chrétienne de l'amour du prochain, dit lui-même Voltaire', et plus près de nous une nouvelle autorité a encore une fois constaté le même fait.

ce Pour ce qui regarde le catholicisme », dit B. A. Huber », « nous pouvons affirmer, et pour l'avoir vu nous- 8 mêmes, et parce que nous le tenons de source certaine, a que les œuvres de miséricorde chrétienne y sont praa tiquées avec un esprit de dévouement et de sacrifice, c avec une munificence, une richesse, une profusion, « une intelligente charité dont nous n'approchons pas à « beaucoup près, de notre côté. Cela est surtout vrai de a la France, que nous aimons trop à dénigrer par je ne «sais quelle antipathie nationale ». Nous ne voulons pas dire que tout esprit de bienfaisance ait péri dans le protestantisme ». Cependant, qu'on n'oublie point quelle énorme différence existe entre un riche marchand, qui,

» Sur les Moeurs, t. m, p. 139.

• Mission à l'intérieur, i864, p. 117.

• Luiher cependant se plaignait déjà de l'avarice croissante de ses fidèles. «Comme si les vices étaient devenus des vertus, l'avarice en est maintenant au point que je ne sache pas un prince, un comte, un noble, un bourgeois, un paysan qui ne soit avare. — Sous la papauté les gens étaient plus compatissants et donnaient volontiers ; mais aujourd'hui, sous l'Evangile, personne ne donne plus ». (Walch, xiii, 1572, «582.)

l'église catholique. 59

chaque année, prend quelques livres de son superflu pour donner soit aux sociétés bibliques, soit aux associations de pauvres, et une sœur de charité qui se donne elle-même, et se donne tout entière et consacre aux pauvres toute une longue vie de sacrifice et d'abnégation.

« Peut-être », ajoute Voltaire, « n'y a-t-il rien de plus a grand sur la terre que le sacrifice qu'un sexe délicat c fait de sa beauté, de sa jeunesse, et souvent d'une nais- «sance illustre, pour aller dans les hôpitaux soulager le « rebut des misères humaines, dont la vue est si humic liante pour notre orgueil et si révoltante pour notre «mollesse». Et Huber remarque «qu'il s'agit là d'un a travail entièrement libre et personnel, et sans autre « contrainte que la charité. Car ces trente mille sœurs, « ces frères aussi nombreux qui se livrent au service des « pauvres et des malades avec un dévouement incompac rable, dans l'obéissance, la pauvreté et la chasteté, sont a liés à ce genre de vie par des vœux ; et les vœux sont achoses essentiellement libres. Tout homme qui voudra « sans prévention observer ces œuvres de charité ne « pourra s'empêcher d'être de notre avis, lorsque nous « affirmerons que la seule vue de l'habit que portent ces « sœurs produit déjà sur le malade comme sur le specta- « leur désintéressé une impression qui calme et fait du «bien. Notre charité protestante n'a rien qui approche « de cela, nous ne faisons pas la dixième partie de ce « qu'on fait en pays catholiques... Nos observations « nous ont partout montré une effusion de charité chré- « tienne et évangélique qui ne laisse rien à désirer ». — « Où mon œuvre charitable trouva ses partisans les plus «éclairés et les plus zélés, ce fut parmi les capucins

c et dans les cloîtres de femmes » , dit Peslalozzi * , « En fîit d'œuvres de charité et de sacriflce, l'Alle- < magne protestante est vide; c'est une table rase j», dit le publiciste protestant Tholuck, « rendant compte du livre « de Wicliner, La mission intérieure n . 9. Personne ne a niera », dit un autre *, a que la situation de notre « Eglise, et le peu de zèle de ses ministres ne soient ea « grande partie cause du mauvais état de nos alfjires re- « ligieuses et de nos œuvres charitables. Notre Eglise € protestante n'aime plus le peuple du même cœur que « l'antique Eglise, elle ne s'intéresse plus à ses souffrances « ni à ses besoins, et c'est pourquoi le peuple s'éloigne a d'elle. C'est par la mission intérieure que l'Eglise « pourra uniquement se régénérer et rentrer dans la « voie de sa vocation propre.... Notre Eglise n'est qu'une « Eglise de professeurs et de ministres, il faut qu'elle soit

* CEmv., tom, IX, p. 47.

L'amour qui se sacrifie c'est tout simplement l'amour d'un cœur qui De s'est donné ni au monde-ni à une femme et qui n'est pas divisé (I Cor., vu, 33). Le triple vœu de la vie religieuse u'cbl rien autre chose que l'expression de l'amour divin sous la forme la plus sublime qu'il puisse revêtir sur cette terre, et tel est le sol fécond où croît cette admiiable fitur de la charité qui est rhonneur du christianisme. — Luther se déclarait prêt à visiter les pestiférés si l'occasion s'en présentait {Fropos de table, Franclort, 1567, p. 64t), et au temps de la peste de Genève, en 1542, parmi tous les prédicants, il n'y en eut qu'un seul, Pierre Blanchit qui porta les consolations de la religion aux malades : « S'il arrivait malheur à Blanchel », écrivait Calvin », je crains d'être obligé de courir le même risque ». Lorsqu'on 1343, Blanchel eut succombé tous les prédicants, Calvin en tête, déclarèrent que Dieu ne leur avait pas donné le courage de visiter l'hôpital des pestiférés. Calvin se fit donner par l'Etat une mission ea pays étranger.

• Gazette générale d'Augsbourg, n° 170, 1849.

l'église catholique, G1

« une Eglise du peuple, c'est pour elle une question de c vie ou de mort ».

Oui vraimenf, si Jésus-Christ revenait aujourd'hui sur la terre, il trouverait beaucoup de saintes âmes chez les nations catholiques, il verrait beaucoup d'ouvriers dans le champ de la miséricorde, beaucoup d'iniitaleurs de son amour pour les pauvres et de personnes animées de son esprit. Le cruel mépris du pauvre, tel qu'il se voit par exemple en Angleterre, pays de la Haute Eglise, où l'aspect du malheureux offense le regard des genscomnje il faut, où le pauvre a perdu tout sentiment de sa dignité d'homme, où l'Eglise même lui est fermée, ainsi qu'à un lépreux et à un paria*, où il est à toute heure menacé de mourir de faim, et où il y meurt en effet par centaines*, ce mépris-là, les pays catholiques ne le connais-

* Pour dire école de pauvres^ l'Anglais dit école de gueux, ou de guenilles {Ragged Schools) ; c'e^^Tun bigiie de l'estime qu'il a pour l'argent, et du cas qu'il fait de la pauvreté. [Gaz géi.ér. d'Augsb., 1866, p. 1308.

* Cobbet, Lettres sur la Réforme en Angleterre, xvi* lettre. D'après B. A. Huber (op. cit., p. 71) 3,292 personnes sont mortes de faim ces six dernières années dans la seule ville de Londres.

a Nous n'avons pas de clergé », dit Kay {Social condition cf the people, i, p. 592), « qui ait le cœur d'affronter sans dégoût les autres hideux de la misère, avec lequel le pauvre puisse s'entretenir sans crainte et sans embarras, auquel il puisse raconter ses souffrances, sur d'être compris et d'exciter l'iiitérèl et la compassion. L'ecclésiastique anglican est un homme que sa position et son genre dévie éloignent si fort du pauvre, que celui-ci sent inslinclivement qu'un tel homme ne peut avoir l'intelligence de ses besoins et de ses extrémités. C'est pourquoi les ouvriers du Laocashire ont coutume de dire qu il n'y a en Angleterre de religion que pour Ivîs riches ».

Cf. Edindairgh Rev., July, 1850, p. 99. Quaterly Rev., sept. 1853, p. 443. On avoue dans celle dernière revue (Janv. iSoO, p. 215), que la barbarie actuelle des classes pauvres dépasse

sent point. L'Eglise catholique offre tous les jours les mystères du Dieu fait homme, qui s'est livré lui-même comme une grande aumône au monde pauvre et perdu ; l'Eglise catholique abreuve tous les jours ses fils et ses filles du sang de l'amour éternel, elle en fait ainsi véritablement une grande famille dont Dieu est le Père et Jésus-Christ le Fils aîné ; elle ne fait de tous qu'un corps et qu'une àme ; l'Eglise catholique enfin a reçu de Jésus- Christ mission de nous enseigner à aimer Dieu par-dessus tout, à quitter père et mère, femme et enfants pour l'amour de lui, c'est pourquoi elle a aussi compris et pratiqué le second commandement qui est semblable au premier, qui prescrit d'aimer son prochain et qui emprunte du premier sa vérité et sa force. A cet autel où elle offre chaque jour les mystères, à ce banquet de l'Agneau, elle amène ses âmes d'éhte, âmes virginales qui se sont offertes à l'Agneau librement et par amour ; et là, ces âmes renouvellent tous les jours leur saint mariage avec le divin Epoux, ne lui demandant pas d'autre témoignage de sa haute faveur que de pouvoir avec lui et comme lui s'offrir en sacrifice pour le salut de leurs frères, c Comme un sol fertile nourrit de ses sucs les (I racines des plantes », dit saint Chrysostome, « ainsi « une sainte vie nourrit la virginité par les bonnes

ce que l'on a vu dans l'antiquité. Kay {op. cit.), donne des peintures à faire dresser les cheveux. « 11 n'y a rien sur le cotitineiil que l'on puisse comparer à un Work-house », dit Paskiei {Paupérisme, p. 364). — Cf. Nicholl^, History of the English poor Laio, u, p. 108. Chez les catholiques règne toujours l'antique aumône, qui est un don inspiré par la charité et la compassion. Les protestants ne counaisseut plus que a taxe, mol sans culrailles comme la secte.

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a œuvres ; oui, la racine et le fruit de la virginité, c'est a une vie cruciflée * ». C'est là que chaque jour s'allume de nouveau à la flamme du sacrifice le sublime et saint amour du sacrifice, car l'amour est sacrifice et s'entretient dans le sacrifice. Ce saint amour du sacrifice n'a pas seulement fondé des hôpitaux pour les pauvres et les délaissés, il s'est encore enfermé avec les captifs dans les lieux empestés, il s'est fait, avec Sandoval et le bienheureux Pierre Claver *, V esclave des esclaves pour toujours. Où s'est-il trouvé un infortuné si misérable, si à plaindre, si délaissé, si rebuté, dans l'obscur réduit duquel ce saint amour du sacrifice n'ait pénétré pour le presser dans ses bras, pour baiser ses blessures, auprès du grabat duquel la chanté ne se soit agenouillée comme une douce et sccourable servante pour laver ses pieds? Elle va, cette charité, ou pour mieux dire elle se glisse doucement à la porte des riches, elle se fait mendiante pour l'amour de Dieu, et ce qu'elle reçoit, elle le verse dans le sein de ceux qui ont faim. C'est encore elle qui se fait enfant avec l'enfant, pour amener les cœurs à Jésus Sauveur, qui se fait ignorante avec les ignorants, faible avec les faibles, qui pleure avec ceux qui pleurent, en un mot se fait toute à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ.

En descendant volontairement dans les profondeurs de la pauvreté et du renoncement pour imiter Jésus-Christ qui, étant riche, s'est fait pauvre pour enrichir tous ses

* Non est aliquod opus misericordiœ ad aijus executionem rdigio institui nonpossit, etsi non sit hactenus instituta. Thoiii., Opuscul.f

• Cf. Holzwarlb, Pierre Claver, l'Esclave des esclaves noirs.

64 CHAPITRE XVia.

frères, les filles et les fils de la charité ont répandu une consécration céleste sur la pauvreté et la misère; ils ont jeté sur les plaies hideuses de l'humanité le manteau de la Leaulé éternelle de Jésus-Christ, et ils ont ainsi ennobli la pauvreté et élevé le pauvre à la dignité de frère premier-né de Jésus-Christ '.

Telle est l'Eglise : une, sainte, catholique, apostolique. Une comme Dieu, comme la vérité de Dieu, comme Jésus-Christ, en qui seul est le salut, la vie et la résurrection ; une et invariable au milieu du mouvement et des vicissitudes du temps, comme Dieu même qui ne change ni ne passe point. Elle est sainte comme Dieu dans le ciel est saint, comme Jésus-Christ qui l'a sanclifîée dans la vérité, comme le Saint-Esprit qui est descendu sur elle avec ses dons et ne s'en est plus séparé; elle est sainte malgré les fautes, les défauts, et les péchés de beaucoup de ses membres qui la conUistent, malgré les scandales qu'elle déplore, et auxquels elle résiste par la force de Jésus -Christ qui vit en elle, et dont la présence est pour elle, nonobstant les faiblesses humaines, une source intarissable de santé et de rajeunissement.

Elle est catholique comme Dieu qui veut le salut de tous les hommes, comme le Christ, qui est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, et qui est

* a Mcditpz sérieusement, que si les honneurs du siècle vous nieilenl au-dessus des pauvres, le caractère de Jésus- Cluit^t, qu'ils ont l'honneur de porter, les élève au-dessus de vous. Honorez, en les servant , la mysiérieuse conduite de !a Providence divine, qui leur donne les premiers rangs dans l'Eglise, avec une telle prérogative, que les riches n'y sont reçus que pour les servir ». Bossuet, Sermon sur VéminenU dignité des pauvïçs.

l'église CATHOLIQDEé C3

mort pour tous ; elle parle toutes les langues, habite chez toutes les nations, est puissante sous toutes les latitudes. Elle est apostolique, parce que le Seigneur l'a envoyée, lorsqu'il envoya ses Apôtres, et qu'en fondant l'Eglise de l'ancienne alliance, il l'a préfigurée et fondée j>ar anticipation. Elle est donc en vérité l'Eglise de nos pères et des pères de nos pères, et son tiistoire remonte aussi loin dans le passé que la révélation de Dieu dans le monde.

Oui, tout ce que le monde a jamais possédé de divine vérilé depuis le commencement, est à nous ; et tout ce qui se trouve encore de vérité et de vertu dans les différentes sectes, s'y conserve par la douce, mais puissante influence de l'Eglise.

« Nous qui nous tenons en dehors de l'édifice » , dit Marheinecke' «et qui n'y avons pénétré qu'en histo- « riens, pour en contempler la puissante architecture « depuis les fondements jusqu'aux combles, pour en a examiner toutes les articulations et les détails, nous « avouons n'avoir jamais vu un monument doctrinal, a soit dans la philosophie, soit dans les sciences, qui a reposât sur une base aussi solidement assise, dont la a structure montrât autant d'art, de logique et de génie, a qui fût aussi bien fini jusque dans la moindre partie, et « dans lequel l'esprit humain (?) eût déployé à ce point sa a force et sa capacité ». « Je ne sache pas», dit Lessing *, a qu'il existe rien au monde, en quoi la pénétration da

* System., u, 34.

• Lettre du 2 lévrier 1774, Apol. du CaïusT. — Tome Y.

(56 CHÂPITUB XVin.

« l'homme se soit autant exercée et montrée que dans « l'antique système religieux. C'est un rapiéçage, un a replâtrage de goujats et de demi-i»hilosophes que « ce qu'on a voulu mettre à la place de la vieille reli- « gion ».

Comme, bien loin de se renfermer dans un lâche et orgueilleux dédain à l'égard du monde, l'Eglise reconnaît au contraire que sa mission est de se l'assujétir et de le pénétrer de son esprit, elle admet tout ce qui est de la vraie et franche nature humaine, pour le consacrer, l'ennoblir elle sanctifier. La nature n'a pas mis une idée dans l'esprit de l'homme, un désir dans son cœur, une aspiration dans son âme, auxquels l'Eglise n'assigne sa fin propre et n'asssure son développement, son exercice, son objet légitime. Le génie y trouve de l'espace pour déployer ses ailes et prendre l'essor vers la vérité ; lârae pieuse et douce, qui se contente d'aimer dans la paix et le silence, y trouve aussi de quoi se satisfaire. Homme du monde et moine, savant et artiste, roi et pauvre artisan, l'Eglise a place pour tous à son banquet ; elle aime la vie active et ne repousse pas la vie contemplative. Elle conserve et perfectionne tout et ne laisse rien dégénérer.

Mais, précisément parce qu'elle est la vraie Eglise et la dépositaire de la pleine el entière vérité, elle est et doit être en butte aux hostilités de tous ceux qui sont étrangers à la vérité ou qui n'en ont conservé que des fragments. Ceux donc pour qui la foi est tout, et la raison rien, l'accusent de rationalisme, parce qu'elle reconnaît à ]a raison son droit avant, avec et après la foi, tandis que d'autres la déclarent ennemie de la raison, parce qu'elle

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tient au caractère surnaturel des mystères qui sont audessus de la raison. Parce qu'elle attribue à la grâce du Rédempteur tout le bien dont l'bomme est capable, ceux-ci lui reprochent d'énerver la force morale , et ceuxlà la taxeront de Pélagianisme parce qu'elle enseigne que le salut, qui est l'œuvre de Dieu, s'accomplit cependant sous la condition du libre concours de l'homme. Parce qu'elle ne refuse point son autorisation à la vie intérieure, à la contemplation paisible, à un état de vie plus conforme à la perfection évangélique, il y en a qui l'accusent de favoriser le mysticisme, le fanatisme et l'inertie • ; et paice qu'elle prescrit à la vie chiélienne aes lois, des règles, des principes déterminés , il y en a d'autres qui trouvent qu'elle dégénère en un formalisme mort, en une régularité purement extérieure et vide. Elle ne souffre pas que le Christ et sa loi se plient aux caprices des puissants, aux opinions du jour, aux passions des hommes; c'en est assez pour qu'on l'accuse d'être opiniâtre et de ne pas savoir se conformer aux temps. Elle n'ôte jamais toute consolation, elle permet même au plus grand pécheur, s'il se repent, d'espérer son pardon, et aussitôt on fait entendre le reproche de relâchement. Comme elle se sait catholique et qu'elle s'efforce en conséquence d'embrasser tous les royaumes, et de pénétrer dans toutes les situations et dans tous les états de la vie humaine, elle qui est le sel de la terre et

* Le Protestantisme méconnait la vie parfaite, de là vient que, ou bien il la condamne, éteignant ainsi dans un grand nombre d'àmes rallrail du repos en Dieu, ou bien il en lait une règle générale et tombe dans le fanatisme et le œysiicisme.

&i CHAPITRE XVIII.

qui a pour mission de tout 'préserver de la corruption, elle passe pour aimer la dcminalion et pour être i'eunemie de l'Etat. D'un autre côté, comme elle continue la prédication de l'Apôtre et dit: Craignez Dieu, honorez le roi, comme elle condamme la violence et la violation du droit, elle encourt le reproche de servilisme. Lorqu'elle admet le développement, le progrès, aussitôt le schisme grec de crier du sein de son immobilité pétrifiée que les fondements delà foi sont renversés ; et lorsqu'elle soutient les bases inébranlables de la foi contre la variabilité du protestantisme, vite celui-ci de crier à la stagnation. Que prouvent toutes ces accusations contradictoires ? Rien, sinon que l'Eglise est au-dessus de toutes ces contrariétés, et qu'elle en est la conciliation vivante au sein de la vérité éternelle. Un théologien protestant, Kahnis*, avoue que « les Ariens n'envisageaient dans la Trinité « que la différence des personnes et non l'unité de la a nature ; que les Nestoriens ne voulaient voir dans a l'Honime-Dieu que la différence des natures et non « l'unité de la personne ; que la réformation luthérienne 0 n'est pas demeurée exempte de cette partialité au-dessus « de laquelle il faut néanmoins s'élever tant dans les prin- « cipes que dans les doctrines particulières! » Terminons cette étude par de remarquables paroles empruntées à un écrivain protestant • :

0 II n'y a pas et il n'y a jamais eu sur cette terre une « œuvre qui mériie autant l'attention et l'examen que

' Dogmatique îuthMenne, il, p. i2« * Macaulay, Revue d'Edimbourg, 18i0.

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f l'Eglise catholique romaine. L'histoire de cette Eglise a forme le trait d'union entre les deux grandes périodes c de la civilisation, l'antiquité et l'âge moderne. L'Europe € ne possède pas d'autre institution que celle-là, qui nous « fasse remonter avec elle jusqu'aux temps où la fumée « des sacrifices offerts aux idoles s'élevait du Panthéon, et a où les girafes et ks tigres bondissaient dans le Colisée. « Les plus fières maison? royales, si on les compare à la « dynastie des Pontifes romains, ne sont que d'hier. Cette a succession des papes, si nous voulons la suivre, nous « conduira sans interruption depuis le pape qui couronna « Napoléon au xix* siècle, jusqu'à celui qui sacra Pépin a au vin*, et la grande dynastie apostolique s'étend eucore « bien loin au-delà de celle de Pépin. La République de « Venise, qui venait immédiatement après la Papauté « pour l'âge, était moderne relativement à elle. La Repua blique de Venise n'est plus, et la Papauté est toujours « là. Et la Papauté n'existe nullement à l'état de déca- « dence et de ruine; au contraire, elle est pleine de vie et « de force, tandis que tous les Etats de même âge qu'elles a ont depuis longtemps disparu dans la poussière. L'Eglise a catholique envoie encore ses missionnaires dans tous a les pays de la terre, avec le même zèle qu'elle envoya «jadis ceux qui abordèrent avec Augustin sur les côtes « du comté de Kent; elle se présente toujours au-devant a des rois ennemis, avec la même puissance qui éclata en a Léon lorsqu'il alla au-devant d'Attila. Le nombre de ses « adhérents est plus considérable qu'il ne fut jamais. Ses 0 récentes conquêtes ont largement compensé ses pertes a passées. Du Missouri au cap Horn, sa souveraineté spi- « rituelle s'étend sur d'immenses régions qui avant un

10 CBAPITRE XVIII.

« siècle contiendront plus d'habitants que n*en contient « l'Europe. Elle compte environ deux cents millions de a fidèles, tandis que toutes les autres sectes réunies n'at- « teignent pas cent vingt millions. Nous ne voyons appa- « raître aucun signe qui annonce que la fin de sa longue a domination soit proche. Elle a vu commencer tous les « gouvernements et foutes les communions ecclésiasti- « ques qui existent aujourd'hui, et nous n'oserions pao « affirmer qu'elle ne soit pas destinée à les voir finir. En -a vérité cette Eglise est le chef-d'œuvre de la sagesso « humaine. Au siècle dernier la papaufé s'est vue telle- « ment humiliée que, en l'année 1799 notamment, les « observateurs les plus clairvoyants des choses humaines « ont cru que la dernière heure de l'Eglise romaine était « enfin venue. Les funérailles de Pie VI n'étaient pas « encore finies que déjà s'était opérée une immense réac- « tion qui n'a pas cessé d'aller toujours en croissant « depuis quarante ans. Les jours de Tanarchie étaient 0 passés. Un nouvel ordre de choses sortit du chaos, avec a de nouvelles dynasties, de nouvelles lois, de nouveaux a codes : au milieu de tout cela la vieille religion célé- « brait la fête de sa renaissance.

« Il est dit dans une légende arabe que la grande pyraa mide de Gizeh a été bâtie par des rois antédiluviens, et « que c'est le seul ouvrage des hommes qui ait résisté à la « fureur des flots. C'est l'image de la papauté. Elle avait a été couverte par la grande inondation, mais ses proa fondes fondations étant demeurées fermes, lorsque les a flots eurent disparu , elle a reparu seule, debout au a milieu des ruines d'un monde qui avait péri. La « République de Hollande n'était plus , l'Empire ger-

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<r maniqiie n'était plus , le grand conseil de Venise , « l'ancienne ligue Helvétique, la maison de Bourbon, « les Parlements avec la noblesse de France n'existaient «plus; mais l'impérissable Eglise romaine était tou- « jours là» 9

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