DU CHAPITRE DIX-HUITIEME
Le professeur Léo s'exprime comme il snît «nr la manière dont les polémistes protestants travestissent et défigurent l'Eglise catholique :
« Mon adversaire parle d'une Eglise calholique romaine dans laquelle l'aulorité du Pape a plus de poids que raulorité de Jésus-Christ, tandis que je n'en connais qu'une dans laquelle l'autorité du Pape a pour seule et unique fin de servir la lumière du Christ, Il parle d'une Es^lise calholique romaine dans laquelle on se prosterne devant des images et non devant l'unique médecin, tandisque je n'en connaisqu'une dans laquelle on honore dans tous les saints la croix de Jésus-Christ qu'ils ont portée avec courage et patience pour le salut des chrétiens et pour la plus grande gloire de l'Eglise. Il parle d'une Eglise catholique romaine dans laquelle on aime mieux se délivrer de ses péchés par des moyens humains que par le sang de Jésus- Christ, dans la vraie pénitence du cœur; tandis que je n'en connais qu'une qui exige la confession comme un témoignage de vraie pénitence, mais qui tient pour inutile tout moyen extérieur s'il n'est accompagné de foi et de charité... Lorsque mon adversaire croit, ou feint de croire que l'Eglise romaine ne veut pas entendre parler de l'Evangile, il se trompe du tout au tout; L'Eglise au contraire est convaincue, bona fide, de la parfaite conformité de sa doctrine avec l'Evangile, non pas, il est vrai, toujours avec ce que la théologie évangélique lit dans l'Evangile... L'Eglise catholique romaine, que j'ai appris à connaître, est donc toul autre que celle que mon adversaire se figure ».
ir.
« Le sysième protestant », dit Lotze *, « ôte à l'Eglise le caractère de la calholiciié et la prive de son importance universelle. Ainsi amoindrie, l'Eglise n'a pu que se confondre avec l'Etat, ce qui l'a déconsidérée aux yeux des peuples. Rangée sous un chef unique, avec un enseignement invariable et solidement maintenu, avec l'uniformiié de son culte et de ses rites, l'Eglise catholique domine toutes les nations ma'gré leur diver, ité et se montre à ses membres comme une grande organisation ayant une existence propre et indépendante. Si le christianisme protestant avait pu conserver une pareille unité de symbole, de culte divin et de législation ecclésiastique, s'il eût évité de se dissoudre eu tant d'Eglises nationales et particulières, il n'aurait pas porté un si grave préjudice au sentiment leligieux maintenant presque éteint chez lui. Mais cette unité, le protestantisme n'en a jamais joui, et voilà pourquoi il est devenu le jouet des princes et des politiques. Ce manque d'unilé doctrinale, le sentiment qu'ont les fidèles d'être livrés à la merci des opinions individuelles de tel ou tel pasteur, la vue des changements introduits dans la foi au gré de la politique; tout cela fait considérer l'Eglise comme un pur instrument dans la main de l'Etat et lui enlève toute autorité sur les âmes. Car alors l'Eglise c'est l'Etat, et l'Etat n'a pas le droit de commander aux âmes ».
Même aveu de la part de Schenkel * qui ajoute :
« Combien plus avantageuse et plus belle est la situation de l'Eglise catholique romaine! Elle n'a jamais passé pour être un instrument de règne et d'administration au service des gouvernants. Son existence indépendante éloigne d'elle tout soupçon de cette espèce; jamais du reste elle ne s'est abaissée à un asservissement indigne. Quant à l'Eglise protestante, elle s'est malheureusement trop souvent montrée favorable au despotisme des princes, et elle n'a pas eu honte d'aller chercher dans la Bible des modèles de despotisme. Exclusivement préoccupée d'inculquer les devoirs de la soumission aux sujets envers les princes, la chaire protestante ù'a jamais songé de parler aux princes de leurs devoirs envers leurs sujets. Que doit penser le peuple lorsqu'il voit que ses pasteurs ne se trouvent jamais sous la bannière de la liberté populaire, et qu'ils se tiennent constamment sous l'aile du pouvoir politique? »
* Microcosme, m, p. 377.
« Op. cit., p. 361.
.74 CHAPITRE XYIII.
lU.
Après avoir montré quelque velléité de s'attribuer ^ es miracles % le protestantisme s'est décidé à nier le caractère historique des récits miraculeux, a qui », dit Tholuck% « appuyés des plus forts témoignages et reconnus « vrais par l'Eglise, se rattachent en outre par une suite « non interrompue aux miracles des temps apostoliques, 0 comme ceux-ci font suite aux miracles du Seigneur « lui-même » ; voilà le moyen désespéré auquel a eu recours le protestantisme, moyen qui contredit l'Ecriture et l'histoire, et qui doit nécessairement conduire jusqu'à nier les miracles du Seigneur lui-même. Déjà au milieu du dernier siècle, Middleton "laissait échapper l'aveu que Toici :
«Il n'est pas un seul point qui ait été si fermement, si unanimement et si expressément affirmé par tous les Pères de l'Eglise que la contiuuation non interrompue des faits miraculeux durant tous les temps ».
Pour parer à la difflculté qui s'élevait de là contre le protestantisme, Middleton eut l'idée d'attaquer la véracité des Pères de l'Eglise ; une tempête aussitôt s'éleva de toutes parts contre lui, l'Université d'Oxford en tête.
• « Si le bef oin s'en faisait sentir » , déclarait Luther, « les miracles eeraieut aussi de la partie; mais j'espère n'avoir pas besoin d'avoir recours à ce moyen (Walcb, ix, p. 1293) ». II en appelait d'abord au succès merveilleux de ses doctrines; mais plus tard ses contradicteurs lui ayant objecté leur propre succès, il ("éclara que c'était là précisément «une marque d'héréfie «. Cf. Dœllinger, op. cit., m, p. 211. — En Angleterre on tint pour miraculeusa la fameu?e voix qui partit de la muraille, sous le règne de Marie la Catholique et d.'clara que la messe était une idolâtrie.
' Crédibilité de Phi foire évangéhque, p. 420,
• {Free Enquiry, préf)
Gibbon perdit en conséquence de celte tentative ce qui lui restait de foi au protestantisme. Warburton et Douglas livrèrent les miracles racontés par les Pères de l'Eglise et cherchèrent , comme les protestants de nos jours, à mettre au jour la différence essentielle des miracles bibliques. Les raisons par lesquelles Tholuck essaie de montrer que les miracles de l'Eglise ne sont que des légendes et qu'ils peuvent s'expliquer naturellement, sont exactement les mêmes que celles que Strauss allègue contre la vérité des miracles du Seigneur, et que Tholuck trouve très-mauvaise dans la bouche de Strauss. Tout récemment Auberleben a montré ce qu'il y avait de dangereux dans ce stratagème.
« Les adversaires des miracles bibliques rappelleront », ditil, « sans doute que dans les temps d'enihousiasme il se produit des choses extraordinaires et des illusions étonnantes, que l'on peut en règle générale ramener à leurs causes naturelles quand on les examine de près ; ils en appelleront peut-ôlre aux miracles de l'Eglise catholique et autres semblables que nous n'admettons pas. iNous leur répondrons que certainement, parmi les miracles catholiques, beaucoup ont été admis sans examen ni critique (?), mais que d'un autre côté, dans tous les siècles de l'Eglise chrétienne et même dans le paganisme, il se rencontre une quantité de phénomènes que nous n'abandonnons pas à nos adversaires, que nous maintenons au contraire en nous servant de ces paroles de Shakspeare*: Il y a sous le ciel et sur la terre plus de merveilles que ne se l'imagine votre sagesse d'école ».
Fabri • s'est exprimé clairement et franchement à cet
égard :
« Lorsque dans cette question le cœur se tourne vers l'Ecriture pour y trouver conseil, consolation et lumière, ne sent-il pas au contraire grandir sa perplexité? En saint Marc %
' La Révélation divine, p. 16.
* Die neueston Enveckungen. Barmen, ISGO, p. 50.
• Chap. XVI.
76 CHAPITRE xvni.
à l'endroit même où le Seigneur donne Tordre à ses disciples d'aller dans tout l'univers an'ioncer l'Evangile à toute créa* une, il ajoute : Des miracles accompngneiont ceux qui croiront ainsi, il? chasseront les démons en mon nom, etc. Que nous consultions l'hisloire des mist-ions apostoliques, nous voyons un porpéiuel commenlaire de ce passage àe l'épître aux Ht'brcux ^ : Et Dieu a rendu témoignage à la prédication de l'Evangile par des n^iracleseï des piodges, et par des vertus de toutes soites, et par la communication du Sainl-Esprit selon sa volonté. Nous connaissons le propos doni nous sommes habitués de nous servir pour voiler notre nudité et notre manque des vertus et des dons du Saint-Esprit qui nous ont délaissés depuis bien longtemps. Les miracles, dit-on, étaient nécessaires du temps des Apôtres pour la fondation de TEglise; maintenant nous avons la parole cl le sacrement, nous pouvons nous passer des miracles. Nous l'avouons, cet argument nous a toujours fait l'efTei d'un prétexte propre à déguiser notre embarras et noire lâcheté. 11 est à remarquer que l'Ecriture ne donne pas la moindre prise à ce sophisme, on peut même dire qu'elle l'éloigné partout de tout esprit non prévenu. L'histoire non plus ne piête aucun appui à ce faux-fuyant de la perplpxité. Si les dons du Sainl-Esprit surabondaient dans les Apôtres, ils n'ont pu manquer totalement à. leurs successeurs, et même après leur mort, l'Eglise du Christ put encore montrer ce qu'elle était par la preuve de l'esprit et de la force ».
On dit que la situation présente rend superflues les preuves de celte nature, nécessaires seulement aux jours de la fondation de l'Eglise ; mais on oublie que l'Eglise en est encore à se fonder parmi les nations demeurées païennes jusqu'à ce jour; on aurait donc besoin de celte plénitude du Saint-Esprit dans les missions. Nos missionnaires n'ont-ils pas encore affaire aux mêmes puissances des ténèbres que les Apôtres et les Evangélisles? N'auraient-ils pas réellement besoin contre elles des dons et des vertus multiples de Dieu pour la confirmation de l'Evangile? Lorsque, par exemple, la magie, qui n'est
* Chap. II.
pas seulement un prestige menteur , mais une force réelle, est employée, comme il arrive tous les jours dans le monde païen, pour combattre l'Evangile, lorsque les païens opposent aux missionnaires cette preuve de fait pour démontrer la puissance de leurs dieux, est-ce qu'il ne serait pas à propos que l'envoyé du vrai Dieu pût faire valoir à son tour la preuve de Vesprit et de la force 7 Au milieu des nécessités et des besoins de toute sorte, lorsque les païens les appellent au chevet de leurs malades, serait-ce une chose hors de propos, si, par une prière, par l'imposition des mains faite au nom de celui qu'ils annoncent comme le grand Médecin des âmes et des corps, les missionnaires pouvaient quelquefois soulager visiblement de pauvres malades ? S'il y a quelque chose d'étrange, ne serait-ce pas de voir l'envoyé du Christ recourir alors, soit à l'homœopalhie, soit à l'allopathie ou à l'hydropathie? Nous l'avouons ouvertement, toutes les raisons qu'on no-us allègue ne peuvent nous empêcher de regretter que nous n'ayons plus à notre service la démonstration de l'esprit et de la force.
a Les miracles », dit Schelling * cité par Culmann ^, « n'ont jamais dû cesser et n'onl pas cessé dans l'Eglise, et c'est une inconséquence aux protestants de les adineiire à l'origlûe du cbristianisme et de les rejeter dans les temps postérieurs ».
« Quel contraste frappant », dit C. de Gœi'tz% a offre le mis-
' Leçons sur la méthode des études académiques, p. 109.
' Murale chrétienne, Stuttgart, 1864, p. 181.
* Voyage autour du monde, de 184i à 1847. Stuttgart, 1833. — Comme Marschall a traité au long le sujet qui nous occupe dans son précieux livie
sionnaire protestant comparé au prêtre catholique! Tandis que l'un vit à son aise au sein d'une famille, ayant chevaux et voilures à son service, et tout ce qui peut lui rendre commodes et même agréables les travaux de Taposlolat, l'autre non content des privations que son état lui impose déjà par lui-même, renonce encore volonlairenienl à toutes les douceurs de la vie, à tout ce qui la rend commode et sûre pour s'enfoncer courageusement jusqu'au cœur des régions païennes, presque sans autre perspective que la couronne du martyre. Il y a là un phénomène qu'il faut être aveugle pour ne point voir ».
Werner ' trouva à Chefou cinq missionnaires américains mariés. Par suite de la guerre civile qui sévissait dans leur pays, leurs appointements ne leur avaient pas été payés régulièrement, (six mille francs chacun, sans compter une prime de mille francs pour chaque enfant qui leur naissait.) Ils vendirent alors leur maison de mission à Shanghaï, et avec le capital ainsi réalisé ils exerçaient pour leur propre compte un négoce lucratif. Comme un des missionnaires de la Nouvelle Zélande, qui sont tous riches, et dont quelques-uns possèdent d'immenses fortunes, exhortait un petit chef de tribu à la patience, celui-ci lui répondit : Pendant que nous regardons au ciel, nous autres, et que noxis prions, vous regardez, vous, vers la terre, et vous nous ravissez nos biens *.
En présence d'un pareil état de choses, faut-il s'étonner que Delitzsch ^ ail été amené à faire cet aveu :
« Les conquêtes du protestantisme dans les Indes Orientales
des Missions protestantes, nous nous contentons d'indiquer ici quelques pièces ou faits non relatés dans cet ouvrage, puisés surtout aux sources allemandes.
* Expédition prussienne en Chine, dans le Japon et à Siam, de 1860 à 1862, II, p. 199.
2 Gazette générale (TAugsb., 1864, n° 331.
» Dans Clarus, Simeon. Schaiïhouse, 1SG2, ii, p. 117.
KOTiiS ADDIIONKELLES, 79
ne sont rien si on les compare à celles de l'Eglise cathoîique romaine? »
De son côté le surintendant général Hoffmann ' n'a
pas craint de prononcer ces paroles :
* On dirait que dans le domaine des missions, comme dans l'histoire de l'Europe, TEglii^e catholique est destinée, en raison de son prosélytisme ardent et de son union compacte, à briser la résistance que les nations sauvages présentent à l'Evangile et à frayer la voie à la prédication de la pure pùrole'de Dieu ».
«La position d'un missionnaire protestant en Turq.iie », dit un correspondant de la Gazette générale d'Augsbourg du 7 novembre 1862, a est loin d'èire aussi sacrifiée que se le ligure mainte dame pieuse. Plus d'un pasteur de village, aussi mal rctiibué que studieux, regaiderait d'un œil d'envie tel confrère des missions, qui touche deux ou trois mille dollars de traitement, qui loge dans la plus belle maison de la ville, qui s'assied à une table délicatement servie, qui possède une basse-cour remplie de dindes grasses et de chapons. Les Apôtres de la société anglaise des missions sont encore mieux traités. Vous ne vous faites pas une idée de la brillante vie qu'ils mènent. Leurs appointements montent jusqu'à mille livres sterlings; ils ne se refusent aucune des jouissances ae la vie; ils vont à la chasse, ils boivent les meilleurs vins» bref, ils nagent dans l'abondance de tous les biens et de toutes les joies terrestres, seulement ils travaillent peu ei uniquement pour eux. Deux de ces messieurs, israélites convertis, avaient, pendant dix ans d'aposlolal dans la ville de Bagaad qui renferme vingt mille enfants de Jacob et six mille chrétiens orientaux, gagné une âme à l'Eglise évangélique, une seule, un juif, leur domestique. Les missionnaires, le verre de Sherry en main, ne cessent de gémir sur la dureté du peuple, tout en affirmant que le temps des prédications en plein air et dans les rues est passé, et que si quelqu'un a la fantaisie de se faire protestant, il convient qu'il vience d'abord leur offrir ses hommages. Pour un missionnaire la condition importante, c'est qu'il soit marié. Sa femme vientelle à mourir, il est tenu d'en épouser une autre sans délai... Les missionnaires américains obtiennent de la société un
* Dans le Magasin des missions do Baie, 1840, cf. Clams, op. cit., iil, p. HC. — Dans ce même Magasiu se trouvent beaucoup d'aveux à demi voilts qui jettent un triste jour sur ks missions protestantes. Cf. Jœrg, op. cit.i iij p. 4iû.
trousseau et un ménage couplet, sans compter beaucoup d'utile.! cadeaux, et quelquefois si considérables qu'on a vu un M. Parson faire sou entrée à Siwass avec cinquante-deux mulets fort chargés ».
Le revenu d'un missionnaire anglais dans l'Inde est de sept à douze mille francs '.
Ida Pfciffer • écrit de Célèbes :
a La vie des missionnaires hollandais, telle que je l'ai vue ici, me satisfait beaucoup plus que celle des missionnaires américains et anglais dans les Indes, la Chine et la Perse... Ils ne vivent point dans le luxe et l'opulence comme ces mêmes missionnaires anglais et américains. Qu'est-ce que ne coûte pas à la caisse des missions les voyages incessants des femmes et des enfants des missionnaires ? »
Le Magasin des Missions de Tan 1861, page 49, dit ceci:
« Quel serait le sort de l'Angleterre, dans le cas d'une rupture avec l'Amérique, si elle n'avait auparavant trouvé un autre marché pour acheter les cotons dont elle a besoin? Ce sont ces considérations qui ont lait sentir, non-seulement aux chefs de fabrique et aux capitalistes de TAngleterre, mais encore à ses hommes d'Etat, le besoin très-urgent de chercher en Afrique ce que l'Amérique leur a seule iourni jusqu'ici — l'indispensable coton. Là se trouve le motif des encouragements prodigués par le gouvernement de la Grande- Bretagne aux missions dans l'Yorouba ainsi qu'aux voyages de Livingstone.
Les membres de l'expédition prussienne en Chine sont contraints de reconnaître les succès des missions catholiques en même temps que la pauvreté des résultats obtenus par les missions protestantes.
«L'effort des missionnaires catholiques», dit le lieute-
* Repot't for the Committee for theprop. Mai 1861. App., p. $, 2 Ucui second voyage autour du monde, iS-jG, ii, p. 201,
narit Werner, tend à convaincre pratiquement leurs disciples de la haute pert'eclion de la religion chrétienne en leur montrant combien le christianisme et la civilisation sont inséparablement unis. Et c'est là à mon sens la seule voie qui soit bonne à suivre ».
Le personnel des missions protestantes se compose en grande partie de garçons chaudronniers ou cuisiniers, auxquels manquent les premiers éléments de l'éJucation et de la culture intellectuelle *, de savetiers ou de tailleurs inspirés qui se sont jetés dans le métier de prédicateurs évangéliques, parce qu'ils étaient trop incapables ou trop paresseux pour en exercer un autre*.
« Des savetiers et des tailleurs qui ont laissé l'alêne et l'aiguille en Europe prêchent à leur manière en Afrique l'Evangile aux enfants de Cham • ».
0 Les missionnaires catholiques», dit de Goertz*». faisant entièrement le sacrifice de leur personne, pénètrent jusqu'au cœur des régions païennes, s'assimilent avec le peuple qu'ils veulent évangéliser et travaillent à former un noyau de conversion. Lorsque je voyais d'un autre côté quelque missionnaire évangélique confortablement installé avec femme et enfants, demeure élégante, chevaux et voilure dans le voisinage d'une colonie européenne, j'en étais tout honteux ».
Bower avoue que la position extérieurement brillante des missionnaires protestants les éloigne trop du peuple pour qu'ils puissent exercer sur lui aucune influence. Graul* pense que l'on pourrait diminuer de moitié leur situation matérielle, sans nuire à leurs travaux apostoliques.
* Schweizer, L'Orient, 2» édit., p. 65.
* Kretsclimar, Afi ique méridionale, esquisses, p, 289,
* Meier, Voyage dans le Sud de tÂfrique, p. 289. » Op. cit., Il, p. 2i3, 46.
•Graul, Voyage aux Indes Orientales, in, p. 160» Apol. du Christ. — Tome V.
Le Madras Thrres * dit :
« Nous trouvons que l'Eglise catholique fait d'immenses progrès dans tout ce pays parmi les païens. Lorsque nous en cherchons la cause, nous voyons que les prêtres catholiques sont généralement des hommes pratiques d'une grande énergie, pénétrés à'\xu°i ardente conviction; c'est pourquoi ils opèrent des conversions nombreuses et qui persévèrent. Ces prôlres ne quittent que rarement leurs missions pour venir dans les villes du voisinage; leurs noms ne figurent pas souvent sur les listes de passagers retournant dans leur patrie ».
Le Glasgow Daily Fer^/c? rapporte une lettre écrite de Pékin par un protestant, 24 janvier 4864. Il dit :
« Je l'affirme, vouloir propager la religion protestante évangélique en Chine, c'est lenier l'impossible. Chacune des quatre églises des Jésuites à Pékin possède plus de convertis catholiques qu'il n'y a de convertis prolestants dans toute la Chine. La première raison de notre insuccès est dans l'incapacité de la plupart des gens envoyés ici comme missionnaires, la seconde dans le détestable système suivant lequel ils travaillent... On a trop compté sur les bibles traduites en mauvais chinois et sur les petits traités distribués à profusion parmi le peuple. La distribution des traités est une manière commode pour les missionnaires de faire leur besogne quotidienne. La propagation de la Bible n'est, d'après l'opinion de toutes les personnes instruites que j'ai rencontrées, rien de plus ni rien ue moins qu'une farce.— Le fameux Gùtzlafï, missionnaire en Chine et en même temps agent britannique, laissa à sa jeune femme quelque dix-huit mille livres sterling *. C. Vogel a lait de remarquables révélations sur son compte cou. me sur toutes les missions protestantes en Chine ^. « Le missionnaire », dit la Vresse libre (Londres, avril 1866) « s'est dans ces derniers temps tellement rapproché du maichand que les habitants des pays où il vient s'installer doivenl être dans le doute si ce sont nos bibles ou nos tissus.
* Chilianeum, 1864, l, p. 489.
* Piofess. Neumaan dans la Gazette générale du 18 janvier 1852.
' Beitrœge zur Geschichte der chinesischen Stiftung in Kurhesscn, von C. Vogel, frvherem Missionœr in China, Francfort, 1833. — le nombre des Chinois devenus protestants est d'environ 2,000, d'après les rapports officiels. {Etudes religieuses, Paris, 1868, Janv,, p. 141. )
NOTES ADDITIONNELLEG. 83
noire christianisme ou notre coton, qui forment l'objet principal de noire importation ».
Sur le succès des missionnaires protestants aux îles Sandwich, d'où les catholiques se sont \i\ expulser par la violence, le journal protestant le WesUand * écrit ce qui suit:
« Ceux qui se vantaient de leur apporter la doctrine de la charité, les ont pillés entièrement sous prétexte de leur faire praiiquer les préceptes du christianisme. Il est arrivé de là que les lies Sandwich ne sont plus en ce moment que d'affreux repaires de brigandage et de rapine, et qu'on pourrait les comparer à une maison de prostitution... La prédication de l'Evangile n'en est certainement pas cause, mais il suffit d'observer de quelle manière se conduisent les missionnaires pour pénétrer tout le secret de ce triste état de choses ».
C. Etudes et critiques, 1866, loc. cit., où l'on raconte que quatre missionnaires ont dû être renvoyés pour leur conduite scandaleuse.
« Les gens de couleur », dit le médecin Kretzschmar *, «viennent autour des stations pour pouvoir vivre plus commodément, et ils se font chréiiens pour se livrer sans retenue à leur incorrigible penchant pour la paresse. Après un séjour de quinze ans dans la colonie, je n'ai pu observer la moindre amélioration morale parmi les gens de couleur, ni dans leur état social. Ils n'étaient autrefois que paresseux et voleurs, ils scut maintenant par surcroît insolents et hypocrites ».
Le 26 mai 1853, lord Ellenborough racontait qu'un missionnaire américain dans les Indes lui avait fait franchement l'aveu qu'ils ne faisaient aucun prosélyte, à
« Par le D'Andrée à Brème, tom. iv, 1" cachier, p. 227. Cf. Feuilles historiques et politiques, tom. xxvil, p. 12So.
2 Le Sud de P Afrique, Esquisses. Cf. Feuilles historiques et poli' iiques, tom. xxxii, p. 85.
8 CHAPITRE XTIII.
moins de lui procurer avec le christianisme une position ou une place quelconque. '
« Je demandai », dit Rodi ' a à un homme pourquoi il s'était tail chréliei), il me répondil sans hésitation : pour de l'argent. — Combien sont devenus chrétiens? — Tant dans ce village que dans les villages voisins, environ cent familles. Je lui demandai jusqu'à deux et trois fois : pourquoi vous êtes-vous fait chrétien? et j obtins chaque fois la même réponse... El vous, demandai-je à un autre, pourquoi ôtesvous devenu chrétien ? réponse : parce que d'autres le sont devenus ». Rodt finit par cet aveu désespérant : « Qu'un quart de mes auditeurs pùt'jamais se convertir, jamais je ne m'y suis attendu; que je pusse en gagner un sur dix, cela ne m'est jamais venu à la pensée. Mais je comptais bien qu'un ou deux ou trois au moins sur mille parmi ceux qui m'auraient écouté, embrasseraient le christianisme, mais je me suis trompé ».
« La première mission envoyée dans la Nouvelle Zélande», dit Lang*, doyen de l'Eglise écossaise dans la Nouvelle-Galle du Sud, « eu fut chassée pour cause d'adultère, la seconde pour cause d'ivrognerie et pour des crimes encore plus graves. Les domaines les plus beaux et les plus vastes de la Nouvelle-Zélande appartiennent aux missionnaires et à leurs enfants, et les malheureux indigènes sont trompés et volés par des hommesqui devraient èlie leurs protecteurs naturels». — « Tout ce qui se voit dans une riche métairie ou dans une bonne épicerie anglaise '), dit A. Carié ', peintre protestant, « fut soudain offert à notre vue. Les enfants qui avec leurs bonnes joues roses sortaient de tous les coins, aussi bien que l'embonpoint de leurs parents, démontraient jusqu'à l'évidence que la vie de missionnaire évangélique n'a rien de bien pénible... J'ai visité aussi plusieurs missions catholiques romaines et je dois leur rendre ce témoignage que l'on y suit un tout autre régime que dans les missions anglaises. Les missionnaires catholiques sont pleins de charité et de bonté pour les sauvages, ils sont honnêtes et secourables envers leurs frères d'Europe. Ils ont presciue fait entrer toute la population indienne dans le sein de leur Eglise. Malgré leur? immenses ressources et la proteciiun de la métropole.
* Vie de R. de Rodt, par le D' C. \V. Bouterweck, Elberfeld, 1852.
* Voir Du Petit-Thouars, Voyage autour du monde, iv, p. 62, 74, Ui/a/if/, 1840, n» 27, 59, 173.
» Voir RœUr^ Bibliothèque des prédicateurs^ 1834, tom. xv, p. 356.
les missiounaires anglicans ne convertissent personne * »,
Dans la Nouvelle Hollande même résultat.
a Les papistes remporteront nécessairement la victoire », dit un missionnaire protestant. Il se console : « Mais il faut que les nations aient été auparavant opprimées sous le joug de fer du papisme, pour arriver à goûter la liberté de TEvangile ».
« L'histoire des missions allemandes », dit Nippold* à l'occasion des révélations de Langhans, « dans lesquelles un parti infatué de l'amour de soi se flattait de trouver un moyen de se propager et de s'organiser; mais dans lesquelles il n'a réussi qu'à montrer son impuissance, celte histoire est moralement finie. Les missionnaires protestants ne peuvent rien pour la propagation du christianisme chez les païens ».
• Calmer ^'issionsblatt, 1845, n° 1, p. 8.
• Manuel d'histoire ecclés. mod , 186"', p. 388.
t'ÉGLISE ET LA CIVILISATIOÏh