‹ Apologie du christianismeChapitre 1 sur 11 · RUE MADAME, ET BUE DB RENNES · texte numérisé non relu

RUE MADAME, ET BUE DB RENNES

La foi, principe surnaturel de connaissance. — Définition on idée de la foi : en quoi elle diffère de la science. — Certitude que produit la foi. — Importance de la foi daus toutes les branches de la vie. — La foi divine- — La foi divine, fondement de toute relifîion et de toute civilisation. — La foi est un besoin de l'homme. — Le mystère. — La nature de Dieu est un mystère. — Le mystère est paru-it. — Le mystère surpasse la raison, mais ne la contredit point. — Le mystère, caractère nécessaire de la révélation. — Il est incompréhensible, mais non pas inintelligible. — Le mystère et la raison humaine. — Efûcacité de la foi. — Notes additioaneUes.

La science mène Thomme à Dieu par la contemplation raisonnce de la nature et de soi-même. Par la pensée de Dieu, l'esprit perce au travers de l'étroit horizon de ce monde visible qui nous enserre et nous borne ; il voit ainsi s'ouvrir devant lui la pcr?i)ective d'un monde nouveau, supérieur au monde des sens, mais dont il ne saurait sonder les profondeurs. Gomme un rayon de céleste lumière, l'idée de l'éternité pénètre dans la nuit dt notre existence terrestre ; c'est une aurore pleine df pressentiments qui fait comprendre à riiomme (|ue leî aspirations de son cœur vers rétcrncl et rinlini, vers U AroL. i)V Cnnis. — Toui'. II. i

vrai, le bon et le beau, sont autre chose que de vains rêves ou qu'une énigme indécbiifrable. Dieu est la lumière de son intelligence, l'idéal de ses désirs, la satisfaction surabondante de son cœur.

Mais là ne s'arrête pas la raison. En présence de Dieu une foule de questions se présentent et l'inquiètent. Quelle est la vie intime de Dieu ? Quelle est son essence ? Quelles sont ses pensées, ses conseils et ses desseins sur l'humanité ? Sera-ce Tintelligence bornée de la créature qui pourra sonder l'Océan de la nature divine et en mesurer les dimensions inflnies ? Comment l'homme, qui est impuissant à lire dans la pensée de son semblable, pourra-t-il pénétrer la pensée de Dieu ? Non, il ne peut la connaître qu'autant que Dieu consent à la lui dévoiler, de même que l'homme ne connaît ce gui se passe chez un autre hommCy que si celui-ci lui ouvre son intérieur. Celui qui s'est révélé dans la nature autour de nous, dans l'histoire avant nous, dans l'esprit au dedans de nous, d'une manière médiate et sous un voile terrestre, ne devait il pas le faire encore d'une manière immédiate , ^lus simple et infiniment plus sublime? Ne devait-il pas continuer et parfaire son œuvre dans une révélation par son Verbe, dans un commerce vivant et personnel de son Esprit avec l'esprit de l'homme ? Peut-on admettre que celui qui est le Père de tous les êtres ne trouve pas une parole pour la créature faite à son image ? Faut-il croire que celui qui a prodigué les formes et les couleurs les plus variées et les plus éclatantes, comme les forces de tout genre dans le monde visible, se soit montré avare dans le monde de l'esprit, dans la vie religieuse, sphère tiupérieure et propre à l'homme, jusqu'à borner ses dons

au slricl nécessaire, je veux dire aux principes naturels lie la connaissance de Dieu, de sorte que ce qu'il y a de plus grand dans la création aurait été doté avec le plus tle parcimonie ? non, c'est impossible.

Ici un nouvel horizon s'ouvre devant nous ; nous en- Irons dans une sphère de connaissances [)lus hautes que les connaissances empiriques, et même que les vérités rationnelles, je veux dire la sphère de la vérité surnaturelle et révélée. Sans doute la raison nous mène à rinflni, et nous démontre l'existence de Dieu qui est l'inQni personnel; mais là se trouve la limite de son em- I»ire. Elle nous fait pressentir ce qui est au delà, c'est-àdire la vérité divine, la vie et l'éternelle béatitude de Dieu ; mais arrivée sur le seuil de ces mystères, elle s'arrête, impuissante à le franchir. Qui donc nous introduira dans ce sanctuaire ? Dieu lui-même. Dieu seul peut nous apprendre ce qu'est Dieu ; c'est en ayant confiance en sa parole, que nous apprendrons ce qu aucun œil n'a vu, ce qiC aucune oreille n'a entendu, ce que jamais le cœur de r homme n'a éprouvé K La foi nous donne accès dans le domaine de la vérité surnaturelle, dans ces connaissances (\\x\ surpassent toute intelligence créée. L'homme possède déjà une lumière intérieure inhérente à sa nature, la raison qui lui permet de distinguer le monde des idées derrière les formes et les couleurs variées de la vie; mais la révélation fait pénétrer dans son âme un jour beaucou[) plus éclatant, qui, communique par la grâce, lui ouvre les royaumes de Dieu et de réternité et l'inonde

■ i Cor. n, 9.

de célestes clartés. La religion devient ainsi une religion révélée et positive, reposant sur la foi comme sur sa base solide et profonde. La révélation de Dieu aux hommes, son importance, sa nécessité, ses rapports avec Tintelligence humaine, telles sont les questions que nous allons traiter.

C'est la foi qui nous livre la substance de la révélation; posons-nous donc les questions suivantes :

La foi est-elle digne de Thomme?

La foi à une révélation divine est-elle digne ae l'homme?

La foi au mystère est-elle digne de l'homme?

Deux voies se présentent à l'homme pour arriver à la certitude : la scieiice et la foi. A-t-il acquis la certitude d'une vérité par les lumières de son propre esprit, il ne croit pas, il sait. La certitude, au contraire, lui vient-elle du témoignage de ceux qui savent, il ne sait pas, il croit^; vîidXs^dans les deux cas, ii \iossede la certitude» Quelqu'un qui n'a jamais vu Londres, mais qui croit aux récits de ceux qui l'ont vu, n'est pas moins certain de l'existence de cette ville que ceux mômes qui l'ont vue de leurs yeux. La différence entre la foi et la science ne consiste pas dans le plus ou moins de certitude. La certitude n'admet pas de degrés ; elle est le repos absolu de l'esprit qui, en possession de la vérité, est exempt de toute crainte d'erreur. La seule différence quil y ait consiste dans les différents motifs qui déterminent la certitude, savoir, la propre vue ou le témoignage. La toi et la science diffèrent en ce que la foi puise sa certitude dans des raisons

* Quod inteîHgimus, debemus rationi; quod credîmus, auctoritati, (August. De utilit. credendi, C. 2.) Froprie quippe mm loquimur.

externes*, dans l'évidence extrinsèque, tandis que la science Teniprunte à des raisons qui lui sont propres.

Le cardinal Gerdil ' a très-bien défini ces deux sortes (\ô certitude. Il dit : a Pour reconnaître la vérité ou la a fausseté d'une proposition, je dois savoir si le prédicat t que j'affirme ou que je nie convient au sujet ou non. « On peut parvenir à connaître cette convenance de deux fl manières : premièrement, en déduisant les raisons de d'idée du prédicat, aussi bien que de celle du sujet; € secondement, en ayant recours à des raisons extrintsèques, lorsque l'une et l'autre idée ne nous donnent «aucune certitude et ne nous font juger ni de la conve- « nance, ni de la répugnance. Dans le premier cas, le « j:igement porté sur la vérité ou la fausseté d'une proa position provient d'une mtuilion directe et intime que € nous avons de celle proposition considérée en elle-

• même, c'est-à-dire de ce que nous percevons direcleff ment la convenance ou la disconvenance entre le sujet

• et le prédicat. Alors nous ne savons pas seulement que « la chose est vraie, nous connaissons encore la raison « intime pourquoi elle est vraie. Dans le second cas, nous « apprenons sim[)lemcnt que la convenance ou la dis- « convenance existe, mais sans en avoir une intuition a directe. Nous avons donc la ceililude qu'il en est ainsi,

i(i soliim scire dicimur, quod mentis firma ratiœie eomprehetidimus. (Id. lictract.y i, 14.)

* La rédiuiion à l'absurde repose aussi sur des raisons exlnnsùqucs.

• InUodtizwie allô studio dcUa rcifjiviu; p. 27,

6 CHAPITRB X.

« sans savoir pourquoi il en est ainsi ; et cependant, c'est « une certitude véritable , puisque la vérité objective « consiste dans la connexion logique des objets ».

Toute croyance suppose toujours une certaine science, c'est-à-dire Texamen préalable de la crédibilité des témoins, dont le témoignage produit en nous la certitude de choses que nous ne pouvons constater nous-mêmes. Le témoignage concordant d'autorités dignes de foi force l'esprit à croire; et pour ne pas croire alors, il faudrait admettre, sans raison aucune, une dérogation à Vordre moral qui fait la force de ce témoignage. La foi a donc une importance universelle et objective tout aussi bien que la science; car les lois de l'ordre moral sur lesquelles s'appuie la foi ont une valeur qui ne le cède en rien à celles de la logique et de la métaphysique. « J'ose avan- « cer », dit d'Houtte>ille, a qu'il serait sans comparaison a plus facile d'ébranler un homme sur la certitude de la a vérité géométrique, que sur la certiiude de Tévéne- « ment historique * »•

* La religion chrétienne prouvée par les faits. Paris, 1722, ch. i. C'est mal concevoir la nature de la loi, que d'attribuer à la foi, comme le font Jacobi, Pilgram et d'au lies, la certitude immédiate des premiers faits de notre conscience. Cf. t. I«f, p. 62, Mais il est également inexact de confondre , ainsi que Ta fait Kant, la foi avec Topinion subjective, qui ne donne pas de certitude et n'exclut pas la crainte de l'erreur. « Opiner, dit-il, [Methodenlehre n,) c'est tenir pour vrai quoique chose dont on n'est ni subjectivement, ni objectivement assez certain. Est-on subjectivement certain, sans l'être objectivement, c'est la foi ». Mais le langage usuel seul suffit pour réfuter cetie définition. Celui qui croit à l'existence de Rome par Taulorité du témoignage a une certitude objective et subjective suffisante; autrement il ne croirait pas, il présumerait, oes raisons puiemeot subjectives ne sont point des raisons. — Ulricl [Glauben und Wissen, p. 266), se trompe aussi lorsque '

rUI ET HYbT£I.L 7

Ces consid(jralioi}s préliminaires posées, il nous sera facile de répondre à la première question : La dignité de riiomme admet-elle la foi?

L'homme , de gré ou de force , ne peut pas plus se passer de la foi que de la science. Et même, si nous observons la marche suivie par l'espril humain dans son développement, tant en général qu'en paillcalier, nous verrons la foi précéder la science, qui vient ensuite s'exercer sur la base de la foi. a L*aulorité, autrement a dit la foi, commence à nous instruire, puis vient notre « propre entendement : tel est l'ordre de la nature d, dit saint Augustin *. Et, dans le fait, la base et le fondement de toute vie humaine ne reposent-ils pas sur la croyance que celui-ci est votre père, celle-ci votre mère*? Le fili ne peut en avoir des preuves par lui-même, il doit s'en rap[>orler à des témoins dignes de foi. La posilion héréditaire d'une famille, le droit historique et positif, le droit tout entier qui régit la vie civile, en un mot, ne reposc-t-il pas sur la foi, sur la donnée de renseignements éprouvés? o La foi d, dit Cicéron, « fait le fond de toutes

voulant établir la différence entre croire ot savoir, il la fait consister en ce que les raisons de 1;\ foi dr-pendent de la subjectivité du croyant. Car la subjectivité lulluo aussi sur les raiacns du savoir, comme eu loul auto de riûtclligeucc humaine.

* De moribus Eccl. Cat\. c. 3.

* Si auferatur hœc fidcs de relus humants, quis non <:" ' *. quanta ntuvi } crtiirhatia nuatn hoireiula cunfusio siiôsey.. An^wsi. De fldCyC. Il, n. I. — u Tout ( c (jui se trait»» sur lu [vue, du btiinl Cyrille de Jérus.ileni {Catech. v.), môme pour ceuï qu« n'appartiennent pas à rE:g!ise, repose sur la foi ».

« les questions relatives à la distinction du mien et du 0 tien ' ». L'office du juge est subordonné à la déposition des témoins et à leur véracité; le juge décide ensuite d'après les renseignements qu'il a obtenus d'eux.

Sans la foi, le savoir est impossible. Car, pour savoir, il faut apprendre, et tout enseignement suppose la foi dans la [)arole d'un maître. Bien que dans le domaine des connaissances rationnelles la foi s'élève à la science, en sorte que notre croyance primitive fait ensuite place à l'examen de notre raison; pourtant l'étude de la nature, la géographie, l'bistoire, etc., reposent sur la foi que nous donnons à des récits étrangers*.

La vie individuelle et sociale, le droit, la justice, Tinstruclion, la morale, sont subordonnés à la foi. « C'est «par la foi», dit Sénèque', a que l'homme acquiert la « certitude sur la majeure partie des choses t>. « Suppri- « mez la foi », dit Hugo Grotius*, a aussitôt vous verrez

De Oyf. 1.1,7.

* « Quelles difficultés insurmontables présente l'élude de rhisloire. La vie entière d'un homme ne suffirait pas à consulter les principaux documents concernant les nations et les époques. Nous sommes donc obligés, en pareille matière,, de nous en rapporter aux recherches et aux récits d'autrui; tout dépend donc de notre choix et de la confiance que nous devons avoir en notre guide ». (Dœllinger, Irrthum, Zweifel,. Wahrheit, p. 52.)

* Ep. xciv,

* De verit. relig. christ, n. 29. Pro rerum diversitate diversa quoque sunt probandi gênera. Alia in mafhematicis, alla de affectionibus corporum, alia circa de liber ationes, alia ubi facti est quœstio ; in quo génère standum est nulla suspicione laborantibus testimoniis\ quod nisi admittitur^ non modo omnis historiœ usus périt , medidnœ

c disparaître riiisloire, l'étude de la nature, les rapports «mêmes entre parents et enfants», a Toutes les (ois a (lu'il s'agit de science », dit Fechner \ a la foi joue a un rôle, car la science suppose une croyance en quelque a chose. Le domaine entier de l'histoire repose sur la foi c que nous avons en la véracité des témoins ; les sciences a positives, sur la foi que d'autres ont bien observé et a n'ont rapporté que ce qu'ils avaient vu ; la psychologie c enfin, du moins lorsqu'elle n'est pas celle d'un individu c isolé, suppose la foi dans l'àme des autres hommes. « Que deviendrait le domaine entier de la science, si la f foi disparaissait? Ainsi donc, que l'homme de science c ne méprise pas la foi, car dans son savoir se glisse « toujours un peu de croyance ; que cet élément dispa- « raisse, la science s'évanouira à son tour ».

Pourquoi la vie religieuse de l'homme ferait-elle seule exception à celte loi de la foi ? Pourquoi l'homme ne dc'vrait-il avoir foi qu'en l'homme et non pas en Dieu? Son intelligence est-elle la source unique de toute vérité religieuse, en sorte que tout ce qui excéderait son domaine ne serait que le néant ? Mais, alors, il serait l'intilligence divine et absolue elle-même. Ce ne serait plus cet entendement borné et reslreintdont les connaissances ne sont qu'une goutte d'eau |)crdue dans l'océan de l'inconnu^ inaccessible pour sus faibles forces, a La dernière

qvoq\ie Tpars magna, sedct omnis quœ intn parentes liherosquc est pictas, ut (luus haud aliter uvscdinm. — o 11 sciail iiduiih'. dit Eu'.tT [Lctt. {['6), {le vt»uloir cxiiitT une dèoiouslialioii géométrique des vérités d'expérience ».

* Op. Cit., p. 8.

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a démarche de la raison », dit Pascal*, « c'est de connaître a qu'il y a une infinité de clioses qui la surpassent. Elle a est bien faible si elle ne va jusque-là». « Du moment», dit judicieusement Hamann, a que Ton sait ce qu'est la « raison, toute contradiction avec la foi cesse immédia- « tcmcnt ».

Ou bien admettrons-nous que Dieu, intelligence suprême, ne puisse pas se manifester à l'homme? Pourquoi lui, qui a créé Vhomme de race divine*^ ne pourrait-il pas l'instruire sans intermédiaire et le former à son image, comme un père est le précepteur naturel de son fils? Or, telle est la révélation, a La révélation est pour a le genre humain ce que l'éducation est pour l'individu. «L'éducation, c'est la révélation pour l'individu, et la «révélation, c'est l'éducation du genre humain, qui s'est « faite et se fait encore* ». « Pour que l'homme atteigne « à sa fin, qui est la contemplation de Dieu », dit saint Thomas d'Aquin ^ « il doit croire Dieu comme un élève a croit la parole qui l'instruit ».

Eh quoi I Dieu qui est le soleil des esprits, qui a fait luire dans la raison humaine un rayon de sa lumière, Dieu qui coopère à chacun des actes de Tentendement humain^ qui, en un mot, est le principe de notre connais-

^ Pensées, ch. v, 4.

* Act. des apôt. xix, 28.

* Lessing, ûber die Erziehung des Menschengeschîechies. i. Th., p. 42.

'* Summ, theolog., II, II, qu.. Art. 3.

FOI ET MYSTÈRE. il

sance nalurelle, tellement que nous pcnvons dire à la lettre que nous connaissons tout en Dieu ; Dieu ne pourrait pas créer un rayonnement plus puissant, le rayonnement de la révélation 1 Lui qui mène et soutient l'homme dans toute son existence, ne pourrait point, par des signes perceptibles à ses sens, par des symboles qui frappent son imagination, par des idées qui agissent sur son esprit même, par un don particulier d'intelligence, lui communiquer des vériics d'un ordre supérieur? L'esprit créé agit sur un autre esprit par un mot, par un regard, par un geste; et Dieu, le Créateur de tous les esprits, serait réduit à un silence éternel* !

* Les chcfs-d'œuYre des grands maîtres de tous les temps nous ofTr nt, ainsi que Bossuel l'a déjà remaraf'. une analof>ie avec rinspiratioii. « D'où i; •' viennent les idées, dit Mozart, et comment elles me vieiuient, je n'en sais rien ; d'un regard je les embrasse en imagination dans leur ensemble ; j'entends le tout à la fois ». Biographie de Mozart par Sddûsser. 3, p. 122.)

L'esprit souffle nù il veut, et vous entendez bien sa voix, mais voi'<

nesavez d'où il vitntjii où il va. — cest ainsi que toute rég -

uiration vierit de l esprit ». [Jean, m, 8.)

Per donum "prophetiœ confcrtur aJiquid humnnœ menti supra ic', quod pertiuet ad 7iaturahm facuUatem, quantum ad jwiUium p. r infltixum luminis intcUcdualis et qriantum ad rcprœseutatmneui nrutn, (piœ fil per aUjuas specics. Et tptantum ad hoc sccundum po • t'-st 'issimiluri ductiiun humann rtichittoni prophrtirœ, tmn autim ij\iiudiiin ndprinuun. Ilomocnim non potcst iiitcrius illuminare sicnt fnctt Deus. — Cf. Tliom. Summa theuldj. 11. Il, qu. CLWni. Art. 2.)

Si la transmission d'idées {vcrbum mentis) n'étiiit possible que par la paroles sensible [verbuîn ons"^ alors les purs esprits et I s ailles des décèdes soraieiil hors d'étal de proiUiire el do coninuinuiuer des idées ; en d'autres termes, l'immortalité comme rexislenco d Csprits purs seiaieni impossibles, ce qui uc peut ôtre alllruié que par lo matérialisme le plus outré.

Les traditions de tous les peuples expriment partout l'espoir que Dieu ou quelque messager céleste \iendra leur apporter un enseignement plus haut. Cette croyance à un commerce réel entre Dieu et Thomme forme un des moments essentiels de la conscience religieuse du genre humain. Chez les sages qui ont consacré leur vie à la solution des grands problèmes de la nature de Dieu et des fins dernières de l'homme^ cette soif de révélation se manifeste en termes plus énergiques encore. « L'homme, « dit Pylhagore % ne doit faire que ce qui est agréable à « Dieu, mais il ne saura pas ce qui plaît à la divinité, à « moins que Dieu lui-même ou un génie céleste ne le lui « indique ». — « La piété, dit Socrate * par la bouche de 0 Platon, «est une vertu que nous devons désirer ardem- « ment ; mais Dieu seul peut nous l'enseigner ». « Il nous « faut», dit-il ailleurs' avec douleur, «traverser la mer ora- « geuse de cette vie sur les épaves de la vérité, à moins « qu'un moyen plus sûr ne nous soit donné par une révé- « lation, qui devienne pour nous un navire capable d'afc fronter la tempête ».

Cette persuasion, commune à tous les peuples, ne peut être une erreur; elle germe dans les plus intimes besoins de leur cœur; elle nous met sur la trace d'une antique révélation dont le souvenir, s'affaiblissant peu à peu comme les sons d'une cloche lointaine, n'a pu cependant

* Jambliq., in vit. Vyth. init.

> Aldh., H. et Polit, p. 241 et suiv.

» Phœd.j p. 85.

FOI ET ilYSTÈRE. 13

jamais s'efTacer complètement *. Platon ', de mêmeqn'Aristote ', renvoie toujours aux traditions de rantitjuité comme à la source [)ure de toute vérité divine et liamaine. Lors()ue les Athéniens demandèrent à l'oracle de

* Comp. Lùken, Die Traditioncn des Menschengcschledes,

* Suivant Platon, toutes les connaissancps de l'homme, dans

les hautes sphères de l'inlelligcnce, dérivent d'une antique révélation divine. — Une puissance supérieure a donné leur nom aux choses. {Crat, p. 438.)

a Vous autres Grecs, disent au philosophe avide de science les prêtres égyptiens, vous êtes des enfant^, vous n'avez point d'anliquesdoctiines transmises par la tradition ï>.{Tim., p. 22.) « Les aDci(!ns qui ont sur nous l'avantage d'ôlre plus rapprochés des dieux, nous ont transmis la doetrine. {l'Iuleb. p. 101; c'est pourquoi nous devons croire les anciens en matière de religion, bien que nous ne puissions toujours nous rendre compte. {Tim. p. 48.)Nous devons ajou'er toi aux antiques et saintes traditions, car les anciens, issus des dieux, étaient plus à môme i\o connaître leurs parents ; il est donc impossible de leurrvfuser la croyance ». (Id.)

«Platon », dit Li\sauh y{Ûeber die theh(j.GriinlarjeaUei philosophischm Syatcme p. 13], « donne sa doctrine sur l)it'U, âme et l'immortalité comme un dogme antiiiue et sacré con« rvé par les prêtres ». « Toutes les lois <]ue IMaton expnhie uuc croyance », dit Ackerman (Das chrislliche in Platon, s. 52\ « il se rapporte à d'antiijues traditions. Jamais vous ne trouverez dans Platon l'idée de l'existence; et du développement de la connals^ance religieuse s'élablissanl op-iori ».

Platon, dans l'Epinomis, reconnaît lui-même qu'il est redevable de la plus grande partie de sa ^cienee a un barbare, un chaldéen. Les trailitions dtî l'Orient lurent le point de iléparl ellorinenlie Tond de tout.' sa philosophie. Voy. Cousin, traduct. de Plat. (Note sur le Phèdre.)

^ •Nous tenons des anciens, cjui nous l'ont transmis sous rornie de mythe, dit-il, que le divin embrasse toute la nature. Pour le reste, savoir iine les dieux ressemblent aux liomines, c'est une pure lietiou. Cette liciion ôlée, il reste que la divinité est la substance premièie : doctrine qui est une révélalion divine. Mlup/ii/s., xn, 8. Dicéarque parle de même. ((T. II. Cirulius, De vera rdujioue p. -13. VauMnnas^ vni, 2, 2.

Delphes quelle religion ils devaient choisir : « Celle de a Yos ancêtres », dit l'oracle. « Mais nos ancêtres en ont a changé si souvent, objectèrent les Athéniens, laquelle « devons-nous suivre ?» - « La meilleure, leur fut-il ré- « pondu ». Par la meilleure, dit Cicéron, l'oracle entendait la plus ancienne^ c'est-à-dire la plus rapprochée de Dieu ; car plus nos ancêtres étaient près de leur origine, et par conséquent de Dieu, plus ils connaissaient la vérité \ « Toujours, dit-il dans un autre passage *, j'ai dé- « fendu et je défendrai les croyances religieuses que nous a ont transmises nos ancêtres, et nul savant, si vaste que « soit sa science, n'ébranlera ma conviction sous ce rap- « port. Je crois à la tradition, quand bien même elle serait « dénuée de preuves ». a Un esprit bienfaisant », avoue Fichté lui-même ',« prit pitié des premiers hommes, ainsi ft que nous le rapportent de vénérables traditions » . «Toute «religion», dit Schelling *, «a été une tradition dans « son origine ». — « Il est digne de remarque, observe « J. de Muller ^ que les peuples anciens possédaient des « notions très-justes sur le monde et sur Timmortalité de

* Et profecto ita est, ut id habendum sit antiquissimum et Deo proximum, quod sit optimum. [De kg. n, 16.) Antiquitas, quo proprius ahtrat ah ovtu et divina prcgenie, hoc melius ea fortasse, quœ ercmt vera, cernebat. [TuscuL, l, 12.)

2 De natura deor. m, 2.

» Naturrecht, I. Ih. S. 32.

* Vorlesungen ùber die méthode des acacLûiischeii Studium^ p. 167.

» Allg, Gesch., i, 24.

c rame, bien qu'ils fussent, sous tout autre rapport, dans c la barbarie : au contraire, les arts destinés à enibi*llir c la \ie sont de création plus récente. Les nations j)rimif tives avaient des idées vraies sur les sujets les plus iin- « portants ; mais pour les cboses de la vie, c'étaient des c enfants ».

Tout ce qui précède n'est que la confirmation de ce mot de l'Apôtre : A plusieurs reprises^ Dieu s* est manifesté à nos pères de différentes nmnières ^ Le Verbe «Jivin a fait réducalion de l'humanité. Le Seigneur a parlé dans le Paradis terrestre ; il a parlé sur le mont Sinaï; il a i)arlé par la bouche de Jésus-Christ, et ainsi, la foi à celte parole après laquelle soupirait le monde ancien tout entier, qui s'est manifestée dans tous les temps, qui a reçu sa suprême et parfaite expression en Jésus-Christ, a plein de a grâce et de vérité », la foi cil la divine parole devient la forme et le fond de la vie religieuse^ de même que la foi à la parole humaine est la condition de toute vie vraiment humaine.

Aussi, est-ce à la source de la révélation et dans la croyance à une manifestation divine que, dès le commencement, tous les peuples sont allés puiser pour alimenter leur vie religieuse et morale. Une reli^Mon reposant uniquement sur l'observalion raisonnée de la nature et de Dieu, une relii^ion purement naturelle et philosophique n'est pas absolument impossibU*, puisi|u'elle n'excéderait ni les forces ni les principes de la raison naturelle à rhomme ; mais l'Uiitoire c'a jamais fait mentiou d'une

•HffV., I, «.

religion semblable. Quelque différentes que soient enlre elles toutes les religions pour ce qui est de leur métaphysique et de leur morale, quelque variété de formes qu'elles présentent dans le dogme et le culte, elles ont toutes une pensée commune qui les soutient, un fond commun sur lequel elles reposent, c'est-à-dire la foi à une parole divine révélée. Elles font toutes remonter leur origine jusqu'à la divinité *.

Oui, la foi religieuse, loin d'être indigne de l'homme, lui est au contraire naturelle^ car elle répond à un besoin de son intelligence. Si nous examinons en effet avec attention et sans aucune prévention la nature de notre esprit, nous y trouverons deux tendances fondamentales ayant leur racine au plus profond de notre être : le besoin de savoir et celui de croire.

Science et foi, savoir et croire, ce sont deux jumeaux d'abord à l'état d'embryon dans l'esprit de tout homme; lesquels, dès que la conscience s'éveille, se développent ensemble pour ne plus se quitter pendant la vie entière. Ce sont deux fleurs poussées sur la même tige : arrachez l'mie, l'autre se fanera. La science sans la foi amène le doute et le désespoir, ce ver rongeur qui déchire le cœur de tout incrédule. La foi sans la science dégénore

* C'est ainsi que les Indiens font dériver leur religion de Brahma; non pas à l'aide du raisonnement, mais par les traditions, dit le philosophe indien Sancara. {Ed. Windischman. p. 106.) La plus pure des religions, au dire d'Hérodote, est celle qui avait été donnée aux hommes par les dieux euxmêmes. Les poètes, comme Homère et Hésiode, n'ont fait que la dénaturer (uctiôaavTeç tyiv ôec^ovîYiv t&ïç 'EUr.aiv. Hérodot., II, 32.) La vérité, dit un philosophe indien, (Humbolt, Kosmos, ii, p. 147), a éié mise au début de la vie dans le cœur de l'homme, mais insensiblement sa voix s'est tue et elle a été oubliée.

01 ET MYSTÈRt 17

en superstition et en fanatisme *. La foi religieuse veut être précédée d'un certain savoir, elle exige l'examen scientifique et la reconnaissance de la crédibilité des témoins ', qui par des signes extraordinaires, comme des miracles et des prophéties, établissent la divinité de la révélation avec une certitude absolue; et toute croyance est un pas vers la scien^^e, bien que notre esprit ne puisse jamais parvenir aune science complète, puisque Dieu seul peut comprendie parfaitement la divinité. « L'autorité d , dit saint Augustin ', a réclame la foi et préa j)are ainsi l'iiomme à Texamen raisonné des choses. Cet « examen raisonné mène ensuite à la claire vue et à Tinf telligence, bien que la foi à Tautorité n'ait pas lieu a elle-même sans un examen préalable, puisqu'il faut 0 bien examiner à qui nous accordons notre créance. Deux a voies nousmènentà la corinaissance : l'autorité et la raia sou. L'autorité marche la première dansl'ordre du temps,

* C'est ce qui est arrivé pour les religions païennes et pour . l^lamisint» qui lnùle les bibliulhèques et ûfMniie sa vérité par le glaive ; mais aussi, presque luUilemenl dépourvu de science, il tombe en décomposition comme un cadavre.

a Otez toute scif»nce à la foi , il ne vous restera que la superstition ; je dirai plus, il n'y aura pi is mi^me maiiùre à '^•ipcrsiiiion. Privez la science de la foi, • i vous arrivez, en

Il d'enseignement mutliéUiUtique, au matérialisme le plus complet. — Vous vous trouvez seul dans lo monde, face à fnre avec votre i\me ». (Fecbner.)

' Avant de croire, riiomme doit avoir un motif qui " !e

ti croire : non enim credcrtt homo, uisi xi'îtr't eaesse cvt •/

}v\iptcr aliquil hujusmodi. (TUom., Summa tfiSoL, 11. Il, qu. i, an. 4, ad. 2.)

» Aupisl., Deord. u, 9. Dcvcra rtlig., X.I1V. Cf. De niorib. Ecc '- II. conlr. Academ., I, m.

ArOL. DU CORIST. — TOMR II. t

18 cnAPiïPiE X.

a et la raison, dans Tordre des choses. Au premier abord, a il semble que l'autorité soit plus faite pour les masses « sans instruction, et la raison pour les savants; cepen- « dantraulorité seule ouvre la voie à tous ceuii qui veu- 0 lent arriver à une science élevée. Plus tard ils appren- « nent combien ce quMls ont admis sur la simple autoa rite, est solidement fondé en raison ».

a Nourrissons-nous de la foi » , dit saint Anselme de Cantorbéry ^ , « et nous acquerrons des richesses intelleca tuellcs en proportion de notre empressement ». La foi, en effet, est un germe qui renferme en soi la science, qui pousse à la science, qui prépare Tesprit aux plus hautes connaissances et le rend apte à contempler Dieu, Torigine et le principe de toute vérité. La foi est le commencement de toute connaissance surnaturelle de Dieu, connaissance qui dans l'autre vie devient une vue immédiate et face à face. Ici-bas nous ne voyons Dieu que comme dans un miroir; nous voyons, non pas lui-même, mais seulement un reflet de lui-même. Ici-bas nous apercevons des vérités, nous voyons tout à la lumière du soleil; là-haut, nous verrons Dieu qui est la vérité souveraine et personnelle, le soleil de la vérité. Telle sera la consommation de toute connaissance, déjà indiquée par Platon : a Enfin l'esprit créé verra le soleil éternel, et non « plus seulement son image comme dans Teau, mais il le « verra lui-même tel qu'il est dans sa nature * ».

Et voilà le grand miracle du christianisme; ce petit

* De Fid. Trinit., c. II.

' De Republica, p. 510.

FO! ET MTSTSnE, 49

livre que nous mettons dans les mai as de l'enfant, le catéchisme, contient Tabrégé d'une philosophie sublime, il donne les réponses les plus profondes aux graves questions de la vie qui, pendant des siècles, occupèrent lesflus grands esprits.

C'est pourquoi toute contradiction élevée contre la révélation est une négation des lois de l'esprit humain. Ce n'est que dans le développement harmonieux, et dans l'exercice égal de ces deux tendances fondamentales, que l'esprit humain trouve la plénitude de sa force et de sa nature, a La science est le but élincelant de la foi, mais a la foi est la base solide de la science. Rien de plus beau a que de les voir marcher de pair, c'est lasagesse dans tout a son éclat, c'est le devoir de l'Eglise * ■•

Ce que nous avons dit jusqu'ici nous permettra de répondre aux contradicteurs qui, dans ces derniers temps, se sont élevés contre la révélation, sa possibilité et les moyens de la constater. « Une révélation », dit Strauss ■, « c'est un acte isolé de Dieu dans le temps, qui est en a opposition avec sa nature immuable ». Pour que cette objection eût quelque valeur, il faudrait admettre que Dieu n'est qu'un vain fantôme, une abstraction creuse, une lettre morte, le dieu des panthéistes, en un mot. ^>uant au Dieu vivant il est dit de lui : Mon Père tic cesse jjas d'cgir *, a Cette révélation qui vient après coup», dit encore Strauss, o est ua aveu de riui[terfeclioa de» fa-

• Fréd. de Schlé^cl.

• GlaubcjisL

• Jean, Y, n.

20 COAPITRE X.

« cultes données à l'homme, lors de sa création. Dieu se «serait mis en contradiction avec lui-même ». Quoil Dieu se contredit lorsqu'il ajoute à la grâce naturelle de la création la grâce surnaturelle de la révélation, et mène 5>ar elle l'homme, en intelligence comme en amour, à une fin plus élevée que celle à laquelle sa nature bornée et finie lui permettait d'aspirer? Est-ce que Dieu se contredit enfin, lorsque, après avoir créé dans la vie naturelle un double monde^ le monde des sens et celui de l'esprit, il produit un monde nouveau, le monde surnaturel, le royaume de la grâce où nous sommes appelés à la participation de ses splendeurs et au bonheur de le contempler face à face ?

et Une révélation », objecte encore l'écrivain cité plus haut, « autrement dit, l'action directe d'un être supérieur « sur l'esprit humain ne laisse à ce dernier d'autre rôle (( que la passivité absolue ; car letre suprême est Tacti- G vite absolue ; or, la passivité absolue est le corollaire « de l'absolue activité ». Pitoyable sophistique qui veut trop prouver et ne prouve rien. Est-ce que Dieu n'agit point sur la création en général et sur chaque créature n particulier, dans chacun de ses actes, à tous les moments de son existence, puisque nous ne vivons, n'agissons et ne sommes que par Dieu ? Comme premier principe de tout mouvement et de toute activité dans tous les êtres i' les conserve et coopère à tous leurs actes. Mais il meut chaque être conformément à la nature de celui-ci, tout en garantissant à la cause créée son indépendance relative et sa liberté d'action *.

* Ipse Deus in quolibet opérante immédiate operatur, non exclus^

a Enfin », dit Strauss, a il reste toujours une question, ti celle de savoir comment Ton pourra reconnaître qu'une « manifestation quelconque est véritablement une révéc lation de Dieu ». — Mais c'est précisément pour cela que la révélation est entourée des marques infaillibles de son autbenticité. La révélation ne se produit point sans montrer son cacbet et sa garantie dans certains faits de l'histoire et de la nature : les miracles et les propbé'.ics sont, les uns dans le monde pbysique, les autres dans le monde moral, les signes irrécusables du surnaturel *.

Comme à certaines époques il se déclare des épidémies chez les peuples, ainsi une tendance naturelle et légitime en elle-même produit, par sa dépravation, deux maladies intellectuelles qui envahissent le monde des esprits. Le besoin de croyance, séparé de la science, dégénère en superstition, et la soif de la science, sans la croyance, amène le sceplicisme et le désespoir à l'égard de toute vérité. Et comme il n'est pas rare de voir une maladie aboutir, dans une crise, à une affection toute opposée, ainsi il arrive fort souvent que V hicrédulité devient superstUio7i, et la superstition incrédulité '. A ce sujet

operatioîie voluntatis et naturœ, (Thom., De Pûterit.f I, qu. iir, art. 7.)

' Lii foi catholique condamne ridùalismo relip:ieux qui repousse la incdialion d'une é^Mise visibhî et réelle pour ^'ei\ tenir au térn()i};iiagt; do l'esprit. Llh; coiulainiie également ridéalisnie [)liilosopliiiiue «lui prétend construire le monde a priori et indépeiidaninuMit de toute expénence. Kn religion comme en philosophie, l'idéalisnnî cesl le subjectivisme qui dégénère là eu lanatibme, ici en doctrine du moi absolu et en panthéisme.

'Plusieurs ne croient plus en Dieu, mais ils croient aux

22 CBAPITHE X.

Cajctan Weiler * dit avec beaucoup de raison : «Le scep- 1 licisnie a tué tout sens moral, traînant à sa suite la sua perstilion et les folles hallucinations, parce que Ton ne a peut \ivre sans croire au-delà de ce que les mains a touchent. On rejette les mystères, mais on s'attache à a des énigmes folles.L'incrédulilé devient su perstitieuse^et a la superstition incrédule». «Je connais des incrédules», dit Portails *, « qui croient au diable sans croire en Dieu. « Quelques années avant la révolution française un des « conservateurs de la bibliothèque nationale me disait « que, depuis quelque temps, la plupart de ceux qui ve- « naient pour s'instruire dans ce vaste dépôt , ne «demandaient que des livres de sortilèges et de cat baie ».

Cette dégénérescence de la foi en superstition nous prouve que là foi est une nécessité pour l'homme. Car, pour qu'une chose puisse devenir mauvaise, la première condition c'est qu'elle ait été bonne. C'est ainsi que, d'un autre côté, le désir de savoir se change en scepticisme, sorte de cancer moral qui veut toujours des aliments et ne

apparitions, à leur étoile, à leur destinée ; enfin, ils se créent une fantastique divinité. «J'ai connu un homme, dit Oersted [Der geist. in der natur, 1, p. il5), qui a tout propos aflîcliaît avec énergie son Incrédulité en matière ce religion, el qui n'aurait pas osé passer le soir près cl un cimetière ou d'un gibet ». D'un autre côté, les juifs et les matiométans en contact avec la civilisation deviennent incrédules de superstitieux qu'ils étaient.

* Ideen zur Geschichte dér Entwirhelung des religicBsen Glaubens» Munich, 1808. I. Th. VIII.

* De Image et de Vabus de Vesprit philosophique. Paris, 1827, t II, p. 171.

puut être rassasié ' : preuve éclatante que le besoin de la science est inhérent à l'esprit humain.

C'est pourquoi la foi, si naturelle à l'esprit de l'hoinnie, s iiisfait un besoin qui prend sa racine dans le plus intime de sa nature, un instinct qui le pousse \ers quelque chose de plus grand et qui demande impérieusement à élre satisfait. Et lorsque Dieu, le souverain Esprit, propose à l'esprit créé sa parole divine comme objet de sa croyance, il complète la nature de l'esprit et lui trace la voie qui le mènera à son développement et à sa perfection en lui faisant éviter les écueils de la superstition. Bien loin que la superstition soit née de la révélation, dit Portails *, ou peut au contraire affirmer que, sans le frein des doctrines et des institutions religieuses positives, la superstition, les illusions, la crédulité necounaîti'aiuiit plus de bornes.

Comment expliquer ce fait psychologique incontestable, cette soif de la foi ? La raison veut se rendre compte des choses, de là son désir de savoir. Mais, plus une intelligence est grande et puissante, moins elle met de temps à parcourir le domaine de la pensée ; elle se heurte alors aux bornes infranchissables posées à la spéculation humaine, tandis qu'une foule de questions, insolubles pour elle, se présentent et l'obsèlent. Plus sera ardent ce désir de savoir, plus elle reconnaîtra avec douleur combien est restreinte la sphère de ses coonaissauces, combien ce

* Toujours ils apprennent et ne peuvent parvenir à cotm :tre ia venté. {Il Tim., m, 7.)

• Diêeours sur le Concuidat.

qu'elle est capable de comprendre est peu de chose en comparaison de ce qu'elle ne peut concevoir; et môme dans ce qui lui est permis d'aborder, que d'incertitudes et de doutes M a Je le sens, c'est en vain que j'ai rassemc blé en moi tous les trésors de l'esprit humain ; aucune c force nouvelle ne s'éveille en moi ; je n'ai pas monté « de répaisseur d'un cheveu ; je ne me suis point rappro- «ché de l'infini * ».

Comme Christophe Colomb^ sur le rivage de l'Océan, perçait l'horizon de son œil prophétique et semblait vouloir atteindre du regard les terres lointaines dont son inspiration lui révélait l'existence, de même la raison, arrivée à la limite de son entendement, pressent un monde nouveau où règne réternelle vérité au-delà de ce cercle étroit qui arrête ses regards avides. Pour s'élancer vers ce pays inconnu, l'homme emprunte les ailes de la foi.

Par ce moyen il aperçoit, sur Dieu, sur le monde et sur lui-même, des vérités qui seraient restées à jamais inaccessibles à la raison laissée à elle-même, mais qui une fois connues, jettent un nouveau jour sur toutes les questions dont s'occupe notre esprit, et à la lumière desquelles toutes les relations fondamentales de la vie humaine se groupent en un grand et harmonieux ensemble. La foi est donc pour l'esprit humain un véritable bienfait: c'est à elle qu'il s'attache après avoir tenté vainement de résoudre par ses seules forces ces importants problèmes,

* Voy. Platon., Apol. Socrat., p. 29,

* GûBlhe. Faust.

FOI ET MYSTÈRE. 9i

et, dans d'incessants elTorts, rejeté le lendemain ce qu'il avait regardé la veille comme une vérité immuable. Il veut donc croire, c'est-à-dire avoir la certitude sur des questions telles que Tcxistcnce de Dieu et la vie éternelle, dont il possède déjà une vague notion, mais non une idée complète et sufflsante. Aussi, comme une base fixe pour appuyer son jugement lui manque du côlé de l'intuition intérieure [evideiitia intrinseco) , c'est avec bonheu-r (ju'il la trouve dans l'autorité infaillible de Dieu {evideiitla extriiiseca). Il se jette donc plein de confiance dans les bras de la foi, et celle-ci le transporte sûrement par-dessus les abîmes grondants que nous avons à franchir, lorsque nous cherchons une solution aux problèmes souverains de la vie.

Il est une région du cœur qui demeure inculte et en Bouffrance, tant que l'infini ne vient pas en prendre possession. Le cœur ne peut trouver sa satisfaction dans la créature, il lui faut l'infini. De même l'esprit n'est heureux (jue lorsiju'il peut se ploiiger dans l'infini comme dans une mer sans rivage. Quand la vérité lui ai)paraît dans son insondable profondeur et dans sa sublimité inaccessible que rintelligcnc»' bornée de l'homme est incapable de mesurer et d'atteindre, c'est alors qu'il sent que Dieu est proche, sous la forme de la vérité inexprimable, infinie et incontestable. C'est là le mystère. Toujours et partout la vie religieuse prendra sa source dans le n)ystère, si elle veut être véritablement grande, puissante et inspirée. Car, un Dieu que l'homme aurait conçu et (ju'il pourrait mesurer à l'aide de son intelligence finie , ne oerait pas le Dieu de l'univers et de l'éternité ; ce n'est plus pour lui (|u'une idole privée de

26 CHAriTïlE X.

vie, l'œuvre de ses mains vers laquelle le cœur ne saurait s'élever.

Ceci nous amène à répondre à la troisième question que nous nous sommes posée : La foi au mystère est-elle digne de V homme ?

Toute vérité qui excède les bornes de l'intelligence mortelle est pour l'homme pleine de mystères, puisqu'il n*en peut pas apprécier la certitude à l'aide de ses propres lumières ; il n*a aucune raison à donner pour ou contre^ et le seul motif qui le porte à l'admettre est l'autorité de la parole infaillible qui lui dévoile le mystère.

Le mystère est une vérité surnaturelle*, puisqu'il ne peut être ni reconnu ni combattu par la raison, sans cependant contrarier les lois de la raison. Sans doute toute pensée raisonnable, autrement dit, la nécessité logique, est soumise à la loi immanente de l'esprit qui est la règle et la mesure de toute vérité, de sorte que toute affirmation en contradiction avec ces lois logiques est une absurdité ; mais notre esprit borné n'est point la mesure absolue de la vérité, n'est point la souveraine intelligence comiirenant en elle et enfantant la vérité, g L'intelligence a derhomme»^ditGœlhe*, aetrintelligencedeDieu sont a deux choses bien différentes ». Aussi, nier la possibilité de la révélation d'un mystère, c'est nier en même temps

* Leibniz {Discours préliminaire de la conformité de la foi avec la raison, § 63) : <( Les inYsières surpassent noire raison, car ils coniiennent des vérités qui ne sont pas comprises clans cet enchaineinent; mais ils ne sont pas contraires à noire raison, el ne contredisent à aucune des vérités où cet enchaineraent nous peut mener ».

• Eclicrmaun. GesprœcJw mit Gœthej î, p. 227.

Iti Dieu libre, conscient et vivant, et élever rintelligence bornée de l'honimesur le piédestal de la divinité*. Mais, si Dieu est réellement Di^u, c*est-à-Jiie l'intelligence infinie et absolue, auprès de laquelle rentendement fini de rbonime est comme l'ombre à Tégard de la lumière , rbomme ne pourra jamais arriver, à l'aide de sa seule raison, à se faire une idée adéquate et claire de Tessence de Dieu et de ses attributs . La nature divine demeure pour lui une lumière inaccessible. Etant infini, Dieu diffère toto gc7iere de tout être fini ; il en diffère par ses propriétés et ses qualités autant que par sa nature. Aussi toutes nos idées et nos conceptions, empruntées à des objets finis, ne s'appliquent à Dieu qu'imparfaitement et par analogie ; c'est pourquoi la nature divine, ses propriétés et ses attributs restent toujours pour nous enveloppes d'un nuage que la lumière de la révélation peut seule percer *. C'est l'erreur du rationalisme de vouloir appliquer à l'intelligence divine la mesure de notre entendement infirme et borné, individuel et temporaire, d'assimiler le parfait à l'imparfait. Le rationalisme vulgaire, dominé par l'opinion du jour, loin de représenter l'intelligence absolue, n'est pas même l'expression de la raison bumaine. tll n'y aD,ditScbelling', acju'uneraison habituée par une c éducation superficielle et fausse à raisonner dans le c \ide et le creux, qui puisse se prendre elle-même i^our

« Timoth., VI, 46.

• Cf. Tlioin. A'ju. Snmma thcolog., qu. xiii, ai l. 6 ; qu. II, art. 2. qu., ilisp. ipi. XIV, art. 9.

• Leçons sur la mt'thn ir dr<i études académiques, p. 101.

c la raison absolue. C'est l'absence d'idées qui prétend se a donner pour la plénitude des idées et des lumières ». «Ne point haïr ses ennemis», dit ailleurs le même *, «ne a point les persécuter, et non-seulement ne point les per- « sécuter, mais leur faire du bien, mais les aimer, estaua dessus de la raison. Les plus sublimes préceptes d'une 0 morale généreuse et faite pour élever l'homme seraient a impraticables, si l'homme ne pouvait rien faire qui fut « au-dessus de sa raison. Pourquoi Dieu ne pourrait-il a rien opérer qui surpassât la raison humaine ? En ce a sens, il n'est point déraisonnable de dire que les mys^ a tères du Christianisme, ou mieux que Tunique mystère a qui fait l'objet et qui a été la cause de la révélation, c'esta à-dire la bienveillance de Dieu envers l'humanité toma bée en disgrâce, est au-dessus de la raison.... Rien n'est a plus pitoyable que de voir les rationalistes s'obstiner a à faire conforme à la raison ce qui se donne pour supéa rieur à la raison... Ces opiniâtres qui veulent à toute a force avoir un Dieu raisonnable à leur gré, on poura rait leur demander avec J.-G. Hamann, s'ils ont jamais a remarqué que Dieu est un génie qui s'inquiète peu de a savoir ce qu'ils appellent raisonnable ou non raisona nable » .

a Je ne crois pas parce que je ne comprends pas », répondent les rationalistes pour échapper aa devoir de la foi ; mais cette objection est toute superficielle. Quelle est donc rétendue du domaine que notre intelligence peut parcourir sans obstacle ? Voyez le naturaliste observer,

* Philosophie de la révélation. Œuvres^ l. iv, p. 21.

étudier les objets cor|)orels qui composent la création. Demandez-lui leurs propriétés et les lois qui les régissent, il vous en énumérera plusieurs peut-être, mais chaque rtponse amènera une nouvelle question, un nouveau problème à résoudre. A-t-il pénétré la nature intime des corps' ? Non, il a vu l'aiguille qui marque les heures sur le cadran de l'univers, mais la force motrice échappe à ses prises. Il ne sait pas même ce que c'est que force •. II a senti battre les artères du grand corps de la nature ; mais l'âme qui le vivifle, qui donc l'a saisie ? qui a vu l'essence même des choses ? L'incompréhensibilité du mystère n'est que rimperfeclion de notre intelligence qui se manifeste. « Car en face de la clarté absolue notre « esprit éprouve un éblouisscment pareil à celui deToia seau de nuit dans la pleine lumière du jour' d. Et celle insufQsance de notre raison se fait sentir non-seulemenl ta regard de la divinité, mais encore de toute sorte d'objets dans n'importe quelle science. C'est pourquoi, même sans sortir du domaine des choses terrestres, l'intelligence ne comprend pas tout et n'arrive jamais à une connaissance adéquate des choses. Seul, l'auteur de la créa-

*« Nous no voyons qu'une faible partie de ses œuvres, les plus inapniliau«^s créalions nous sont cachées ». Sir. 4J, 46. — « I/liouJUie, (lit (iœilie, e^i un êln» obscur; il ne sait d'où il vient ni où il va : il sait peu de choses du monde et encore Diuins de lui-niôine ».

•Cf. T. I, p. 319.

• Arislolc {Métnph., u, i, 3). — Neque te omnia scire r ' /

«si f)ei, neque omnin nesdre, qvo'l r$t y^H lis. Esf c/. /

d sit hnmiiiis. id (st sri n'm nnn ignoratioM c^njuticta ■. (I.ac'.aiit , ins^rr. f/i' j/j . i!l, 0.)

30 CDAPITRE X.

(ion possèao une telle connaissance , et pour l'avoir riioiïnno devrait être créateur à son tour, il faudrait qu'il fût l'esprit absolu*. L'homme ne comprend bien que ce qu'il peut faire. Il comprend le mécanisme d'une montre, parce que c'est son œuvre. Il peut disséquer un cadavre, mais îa vie échappe à son regard. Il n'a entre les maiiîs qu'un corps mort . « Il tient les parties com- 0 posantes; mais le lien spirituel, où est-il? » La vie reste un mystère. Si l'homme pouvait comprendre le corps animé, il serait Dieu aussi, car il pourrait créer. Dieu seul , dit Platon * , peut donner aux choses leur nom véritable, celui qui exprime leur nature intime, que lui seul connaît pour l'avoir créée. « En quoi consiste la vie », dit Gœthe, « c'est ce que nous ne pouvons savoir ». — «Ce « que nous ne pouvons ni expliquer ni comprendre, nous « le nommons nature», ditFichté. «La nature», dit encore Goethe, « garde toujours quelque chose de problématique « que l'intelligence humaine est impuissante à pénétrer. « Le mystère est partout, même en plein jour. La nature « ne laisse point soulever le voile qui la couvre. Et com- « ment lui arracher ce qu'elle refuse de nous livrer? a Nous sommes plongés dans le miraculeux; le fond

* Admettre l'existence et la puissance créatrice de Dieu et nier le mystère est une évidente coniradiction. Pour être conséquent avec soi-même, le raiionalisme csl obligé de soutenir celle proposition hasamee qui consiste à voir dans le génie humain le créateur de l'univers. C'est ce qu'a fait Strauss lorsqu'il dit (G/(m&e?is/e/ire, i, p. 350): L'espril humain ne peut pas abandonner ses droits sur ce qu'il regarde commd sa création. •— Cf. 1. 1, p. 89.

* Cratyîe, p. 438.

FOÎ ET MYSTÈRE. 3i

€ môme et le meilleur des choses nous est inaccesa Sihlo 0,

Ainsi l'homme ne possède la science complète d'aucune chose. Jl lui resle de méditer ce que Dieu a pensé dans ses idées éternelles. Qui connaîtrait parfaitement Dieu, connaîtrait ainsi toutes choses en lui comme dans un miroir. Mais, voir Dieu n'est pas notre lot ici-bas. Ce qui nous reste c'est donc une connaissance énigmatique plus ou moins défectueuse, jamais parfaite. Lorsque nous parlons de vie, de lumière, de chaleur, de force, comprenons-nous ces choses? Autant de mots, autant de mystères, a Je connais les lois de l'attraction o, disait Newton, a mais si Ton me demande qu'est-ce que l'at- « traction, je n'ai pas de réponse à donner * d.

« Ce qu'est la force vitale », dit Burmeister*û, nous ne a le savons pas, pas plus que nous ne savons ce qu'est a la force en soi ; nous sommes obligés de nous contenter a de celte chétive définition que la force est la cause pria mordiale de tous les phénomènes matériels ». Force et matière, selon Helhmolz ', sont de pures abstractions. Quoi de plus naturel que la lumière? Nous voyons tout

•Cf. 1. 1, p. 137.

■ GeologiscJie Bilder, i, 257.

• Vber die Erhallung der Kraft., p. 6?.— « QuVst-ce que l'on a p.iUiH' , i»'niar(|U(? Du Uois-lii-yiihUMl {U itnsuchungen uber fhicnsche Elcctr. Berlin, 1818, l Part., p. 40), t|uaiid on a dit

3 ne c'est en vertu de UMir force d'alliaciiun récipro*îue, (jue eux molécules se ra[ proi !ii:it l'une de Taulre? Pas I'oiiiIm.' d'un aperçu de laii.ilnn- du plu-iioui^ne ». Brucke (Tôer jrivitation umi Erhaltnug drr Kraft, Vienne, 1837, p. 5) n'atlniel rexiblence dcsrorcos que dans le dumaine du la pensée.

en elle et par elle. Mais ce que la lumière est en soi, qui le dira? g La lumière », dit Ulrici *, « ce phénomène si « connu qui nous ouvre le monde des phénomènes, qui, « à vrai dire, est Tunique phénomène, reste néanmoins et dans sa nature le plus mystérieux et le plus inconnu « des phénomènes ». Ainsi nous voyons tout en Dieu, de lui nous vient toute vérité, de lui nous vient même notre intelligence. Mais ce que Dieu est en lui-même, lui qui est la vérité souveraine et personnelle, qui le sait *?

L'homme est incapable de pénétrer dans l'intérieur de la nature, bien plus, dans son propre intérieur, et il aurait la prétention de pénétrer jusque dans la nature de Dieu î II ne peut comprendre l'œuvre du Maître et il voudrait comprendre le Maître infiniment supérieur à son ouvrage. Toute cause n'est elle pas toujours plus grande que son effet? L'homme se perd dans l'examen du globule sanguin qui circule dans ses veines, et, dans sa folle vanité, il veut pénétrer tous les mystères du ciel. Gœlhe a flagellé comme elle le mérite cette arrogance du rationalisme vulgaire :

c< Je vous connais, savants hommes ; ce que vous ne pou- « vez goûter, vous n'en tenez nul compte, ce que vous ne c( touchez point n'existe pas; ce que vous ne calculez pas « n'est point vrai ; ce que vous n'avez pas mis dans votre

* Dieu et la nature, p. 71.

* « Qui peut raconter ses œuvres? qui sondera toutes ses pierveilles? qui donnera la mesure de sa grandeur et peindra sa miséricorde? Quai;:d Thomme est à bout de forces, il saperçoil qu'il ne luit que commencer; lorsqu'il s'arrête, il sciil toute son impuissance ». Sirach. xvni, 2-6.

€ balance n'a pour vous aucun poids, et lien ne vaut 0 selon vous de ce qui ne se convertit pas en monnaie ». Ce que l'œil est dans le domaine des choses sensibles, la raison l'est dans la si)hère de la vérité supra-sensible. Une vue pénétrante porte plus loin qu'une faible. Un ^^rand es()rit connaît plus, pénètre [)lus loin qu'une faible intelligence. L'aigle voit plus loin que le hibou. Mais supposez l'œil aussi clairvoyant, res[)rit aussi puissant que vous voudrez, il y aura toujours une limite au-delà de laquelle aucun regard ne portera. Le penseur le plus pénétrant unit toujours par arriver à un point où commence pour lui le doute et l'impossibilité de savoir. On a beau sonder profondément, on finit nécessairement par rencontrer l'insondable, où commence la foi. Lorsqu'il a épuisé tout ce qu'il a de force, l'hoinme s'aperçoit qu'il est à peine au début de la carrière du savoir; lorsqu'il s'arrête épuisé, il voit ce qui lui manque. L'alliée nie Dieu parce qu'il ne peut comprendre l'existence d'un être éternel et présent partout; mais un univers sans Dieu n'est-il pas à son tour une égnime insoluble? Le panthéiste nie la création, parce qu'il ne peut concevoir un monde sortant du néant; mais n'est-il pas aussi difticilc de comprendre le monde comme une émanation de Dieu, comme un infini (jui a des bornes, comme une chose finie (jui est cependant infinie. — Comprendre est une expression figurée tirée de rapports sensibles; nous comprenons un corpsdont nous embrassons les contours, de manière qu'aucune de ses parties ne nous reste inconnue. Transporté à un objet métaphysique, ce mot manjue une connaissance à laijuelle rien n'échappe. Mais celui dont la connaissance est sans limite possède une intelligence Apol. du CunisT. — Tome II. a

illimitée, infinie; il est la raison dernière et la source de la vérité; il est la vérité même qui de sa nature est sans limite et sans fin.

Tout ce qui n'est pas fondé sur cette raison souveraine, tout ce qui n'est pas contenu dans ce type de toute vérité, ne possède pas la moindre parcelle de vérité, n'est pas.

Mais celte raison n'est point la raison humaine, n'est pas même une raison créée, quelle qu'elle soit, parce que toute chose créée est essentiellement finie et hornée ; cette raison, c'est cijlle de l'infini, de l'absolu, de Dieu.

C'est lui qui propose le mystère à notre esprit, mystère que notre raison connaît, mais qu'elle, ne comprend points qu'elle reçoit dans la foi, parce qu'il est l'expression et la parole de la souveraine intelligence, mystère par conséquent qui est supérieur, mais non pas contraire à la raison. « Quoique la vérité de la foi chrétienne « dépasse la portée de la raison humaine, il est néana moins impossible qu'elle soit en opposition avec les lois « naturelles et immanentes de la raison. En effet, ce que « la raison porte naturellement en soi, est si évidemment « vrai qu'il n'est pas même possible de supposer que ce « soit faux. Mais, à son tour, la foi appuyée sur l'autorité « évidente de Dieu ne peut pas davantage être sujette à c( l'erreur. Puis donc que le faux n'est pas autre chose que «l'opposé du vrai, il est absolument impossible que les « vérités de la foi contredisent les principes naturellement «connus de la raison. D'ailleurs, la science que le dis-

* Nometi intellectiis quamdam intimam cognitionem importât, (licitur enim intelligere quasi i7itiis légère. (Saint Tliornas, Summck^ theotog., II, II, qu. vni, art. 1 )

a ciple reçoit de son maître fait partie de celle du maître. « Mais la connaissance des premiers principes nous vient o «le Dieu qui est l'auteur de notre nature. Donc ces prin- « cipes font aussi partie de la sagesse divine ; et, par conc( scquent, tout ce qui leur est contraire Test aussi à la « sagesse de Dieu et ne peut, par cela même, venir de lui. a Les choses révélées divinement que la foi nous ena seigne, ne peuvent donc être contraires à nos connais- « sances naturelles ' ».

a Si donc», dit saint Augustin *, «il arrivait que larai- 0 son voulût établir quelque principe contraire à Fautorité a de la sainte Ecriture, ce principe n'aurait jamais qu'une € apparence de vérité ; mais réciproquement, si, aux vé- « rites rationnelles les plus certaines et les plus évidentes,

» Saint Thomas, Cont., Gent. i, 7.

* Ep. CXMII, ad MarcelL — Ainsi l'a d.Mini PEglise {Sacr. Congrcfi.IndicAÏ. \i jiiiiii, 1855, Prop. l) : Etsi fides sit supra rationem, nulla tnmen vera disscnsio, imllum dissidium inter ipms inveniri xmrpmm potest, cuin ambœ ab uno eodemque immutabilis œtcrnœque vtritatis fvute, Deo optimo maximu oriaiUur, atque ita sibi mutuamopnn ferant. — Déjà, au cominenceiiienl du xvi*siùcle, la Sorhonne avait condamné la proposition émise par PompOFiacc, qu'une mt^me chose pouvait êlro à la fois vraie en phil()S(»[»hic cl lausse en lliéolopie, et réciproquement. — li iallail ùtre LuiiuM- pour en bUliner lu Sori»onne : a La Surbonne, liil-il [GEuv.y X, p. 13U0), celle mère de loules les erreurs et de loutes les hérésies, a donné une déclaration honl«'use, lorsqu'elle a osé écrire qie tout ce qui esl vrai en ihéolugie l'esl aussi en plnloso()hi«'. Par celte miernale doctrine, elle donne clairement à entendre aue l'on don faire passer les vérités de la foi sous le jou^î d»' la raison humaine. — Dans les Questions de loi, dit-il, la raison bronche partout comme un cheval aveuplc Tout cv qui vient d'elle esl aussi f.uix (pril esl vrai (pie Dirti r\i>ir ». (Voir d'autres passages 8< inhlahles. C£ut., xni, p. iiUi.S ; H, p. 2o4l ; xix, p. lliiO; xii.

36 CHAPITRE î.

Q on prétendait opposer une [)roposition de foi, ce ne searait pas une vraie proposition de foi, mais seulement ff une opinion particulière et fausse ». Mais dire : Je n'admets rien que je ne le comprenne, revient à dire : Ma raison est sans limite, infinie, elle est le principe et la mesure de toute vérité; ce qui équivaut encore à dire : Ma nature est illimitée, infinie, elle est la base et le principe de tout ce qui est, c'est-à-dire je suis un être infini, je suis Dieu. Et pour /varier ainsi il faut avoir perdu la raison.

Ainsi donc le mystère est digne de rhomme,ety croire est fondé sur les lois mêmes de la raison. Cependant il y a encore une raison plus profonde. S'il y a un Dieu, et ijuMl se révèle à Tesprit humain, il faut aussi nécessairement qu'il y ait des mystères, et le mystère est la matière et l'objet nécessaire de la révélation. Qu'est-ce que la science religieuse? G'e^t la science de Dieu et des choses divines, de son essence éternelle, de sa nature infinie, de sa vie intime et de ses conseils éternels ; c'est particulièrement la connaissance de la fin surnaturelle de l'homme, de cet ordre surnaturel auquel l'amour de Dieu a voulu nous élever par grâce, car notre nature était si loin de pouvoir y monter d'elle-même qu'elle n'aurait pas même pu en concevoir le pressentiment et le désir. Voilà ce qui, caché naturellement à l'esprit humain, lui est découvert parle fait de la révélation. L'essence divine est infinie, incompréhensible, insondable à l'esprit créé, et ses conseils sont un mystère caché de toute éternité dans son esi rit'. C'est pourquoi, si la révélation doit être réelle et

«CoZ, I, 26.

cCr active, comme son nom l'indique, il faut nécessairement qu'elle communique à l'homme sur la nature de Dieu quelque chose d'infini, d'incompréhensible que celui-là ne saurait ni concevoir dans sa pensée ni exprimer par sa parole *, elle doit contenir des mystères. Une révéii'.tion de la nature et de la vie intime de Dieu qui n'offrirait à l'esprit humain aucun mystère, serait une négation de l'inlinilude de Dieu. aEn admellant, ditLcssing', a qu'il puisse et qu'il doive y avoir une révélation, il a est raisonnable de voir une preuve de sa vérité au lieu c( d'une objection, dans les choses qu'elle nous offre qui « surpassent la portée de notre raison. Quiconque aurait (1 exclu le surnaturel de sa religion, n'en aurait plus aua cune. Car que serait-ce qu'une révélation qui ne révéa îcrait rien? Toute idée de révélation suppose une cera laine soumission de la raison à la foi ; ou plutôt, il faut a dire que la raison se rend elle-même à discrétion ; et sa a soumission n'est que l'aveu de ses limites propres, dès «qu'elle a reconnu la réalité de la révélation ». Déjà avant Lessing, Leibniz avait dit ' : « En matière de reli- « gion, ne croire (|ue ce (jue l'on com()rend, c'est rabaisa ser et amoindrir l'idée de Dieu ».

• Car nos langues, nos iniagi-sel nos mots issus de rapports créés el seusihli's, ne servcMil aussi qu'à di'signtM* les objets créés et sonsiblos. Nous arrivons a coniialin' Pexislonce de Dieu {an sit Deus), mais non son essence {quid Deus sit). (Saint lliomas, Sunwm tlieohxj,, l,(pi. x(i, arl.1'2.) — .Nous n'avons pas um^connaissanci! adéipiaie de Dieu, mais seulement une connaissance loiulc»! sui ranalogie.

« ÛE'iV. compL, t. xxiv, p. 20.

* THscoiirs sur la conformité de la raison avec la foi, § 46. Cf. l. 1, j). î.'J.

a A quoi bon une révélation, dit Schelling*, et quci a en serait le but, si par elle nous n'en savions pas plus a que ce que nous apprenons ou pouvons apprendre par f nous-mêmes? Il y en a qui rabaissent les vérités de la a révélation au niveau de simples vérités rationnelles, qui «S'oppriment toute différence entre la révélation et ce « qu'ils nomment la raison, qui enfin estiment que lama- « tière essentielle et propre de la révélation, ce sont les « vérités compréhensibles à la raison. S'ils ont encore le a plus léger motif de conserver le mot de révélation, si a par exemple, ils regardent le fondateur du christianisme a comme un homme providentiel, comme un docteur « extraordinaire, s'ils voient dans l'Eglise chrétienne un « ouvrage où la Providence a mis la main, supposé qu'on «leur demande quel besoin avait on de la révélation, a que répondront-ils sinon que, par ce moyen, l'humanité a a été mise plutôt en possession de certaines vérités ima portantes? Mais lorsque ces mêmes personnes ajoutent a que ces vérités n'ont été communiquées que sous une a enveloppe épaisse destinée à tomber avec le temps, ils a abandonnent Tunique avantage d'une révélation enci tendue à leur manière, l'avantage d'une connaissance « anticipée de la vérité ; et même, s'ils étaient conséquents, a ils devraient considérer une telle révélation comme cf l'une des causes qui ont le plus retardé le pur dévelopa pement de la raison dans l'humanité. Donc, de deux a choses l'une : ou bien il faut rejeter absolument toute a révélation comme un non-sens, ou bien il faut admettre

* Philosophie de la révélation, Œiiv. compl., II part., t. lY,

€ que les vérités révélées, non-seulement n'auraient pas « élé connues, mais n'auraient jamais pu l'être sans la • révélation d.

En s'abandonnant avec confiance à la foi au mystère, rhomme paie à Dieu le plus noble tribut, il lui rend un hommage, le plus digne de sa majesté, la gloire qui lui est due. Il fait abnégation de lui-même, de sa liberté, de son savoir, de son génie, pour les déposer aux pieds cle celui qu'il reconnaît conmie le Roi du monde intellectuel.

Au reste, le mystère lui-même que Dieu propose à Dotre croyance est loin d'être une énigme tout à fait inintelligible et inconcevable, un mot vide de sens, dénué d'intérêt pour l'esprit humain et sans rapport avec le but où tend celui-ci. Dans un certain sens, il est vrai de jire que la révélation et le christianisme contiennent beaucoup de principes en 0[)posilion avec les tendances égoïstes et charnelles de notre nature. Mais, plus la vie [le l'esprit est éveillée en nous, et plus la révélation nous paraît grande ; plus Tesprit est libre et dégagé de la matière, et plus il se rapproche de la vérité. Le mystère, encore une fois, n'est point un mot auquel il soit impossible d'attacher un sens. Bien que nous ne puissions le comprendre entièrement, il n'en reste pas moins comme un soleil dont notre regard ne peut sonder la profondeur, mais qui projette sa lumière sur toutes les hiiuleurs et profomleurs de la vie, et qui perfectionne l'homme dans sa nature intellectuelle et morale. C'est un lil conducteur, une chaîne d'or i|ue Dieu fait descendre du ciel ; l'humanité s'en saisit par la foi et s'en ^erl pour s'élever des brumes sombres de la science terrestre,

à la sereine clarté de la divine sagesse. C'est le mot que Tesprit infini souffle en quelque sorte à Tesprit fini, et que celui-ci répète docilement, qu'il a peine d'abord à comprendre^, qu'il ne comprendra jamais complètement; mais que cependant il entendra de mieux en mieux, à mesure qu'il le gardera plus longtemps dans son sein ; c'est la clef qui ouvre à l'homme l'intelligence de Dieu et de lui-même. Les mystères sont des problèmes qui doivent occuper notre esprit, ils dépassent sa portée actuelle ; mais ils projettent sur le royaume de Dieu et sur notre propre nature, une lumière, une clarté supérieure à toutes nos idées naturelles, à tous nos pressentiments les plus hardis. L'homme doit travailler à leur solution'»

* « La foi, dit saint Augustin, Ep. CXX ad Consent., n'entrave pas en nous la connaissance rationnelle ; au contraire, vous devez travailler à voir à la lumière de la rai^^on les vérités que vous tenez déjà de la foi : Quœ fidei firmifate jam tenes, etiam rationis luce conspicias y> . « La raison humaine, dit saint Thomas, peut chercher des analogies qui aident à l'intelligence des mystères de la foi, sans qu'elles suffisent à en donner une démonstration évidente, et à les faire entièrement comprendre. Il est cependant avantageux à l'esprit humain de s'exercer à sonder ainsi les mystères, pourvu qu'il n'ait pas la prétention de démontrer et de comprendre jusqu'à l'évidence. Quand il s'agit d'objets si relevés, c'est un très-grand bonheur d'en apercevoir quelque chose, si peu que ce soit ». [G. Gent., Yiii.) — C'est à mes yeux une grande négligence, dit saint Anselme (Car Deus homo, c ii), quand on est affermi dans la toi, de ne pas cherchera comprendre ce que l'on croit», ( — « Il y a une grande différence, dit saint Pierre Chrysologue S erm. cLXVi) entre croire simplement et plonger son regard dans le mystère ». «Solidement affermis dans la foi, dit Hugues de Saint-Victor (De Trinit., i, 1), nous ne devons pas désespérer d'entrevoir aussi quelque chose du mystère ». «Lorsqu'un homme croit de toute son âme et qu'il aime la vérité qu'il croit, et qu'il cherche par la méditation les motifs rationnels de sa croyance, il ne perd rien par là du mérite de sa foi, au contraire il l'augmente ». (Thomas, Summa. theol., II, II, qu. II, art. 10.)

FOI ET MYSTKRE. H

mais ils ue seront pleinement résolus qu'au jour où la foi sera devenue la vision K

C'est la foi, et précisément la foi au mystère, qui, ainsi que l'a déclaré dans ces derniers temps le chef de l'Eglise ", éclaire, fortifie et perfectionne l'intelligence humaine en lui faisant connaître les choses divines. Car, la révélation historique et positive est su[)érieure à la révélation naturelle, mais l'ordre surnaturel est fondé sur Tordre naturel; et, loin de le détruire, le suppose. Il existe une corrélation intime entre l'un et l'autre, et Tordre supérieur pénètre dans Tordre inférieur d'une manière efficace. Il s'ensuit que nombre de vérités, de lois et de formes vitales, quoique appartenant à Tordre naturel, n'apparaissent dans leur clarté, leur importance et leur dignité réelle, qu'illuminées par la lumière de la vérité surnaturelle '.

• Si le mystère pouvait s'expliquer jusqu'à Pévidence, il deviendrait une vérité rationnelle, ce qui supprimerait jusqu'à Tidéf du surnalurel, puisque le mystère ne serait plus W\ par lui-même, mais ac(M(lentellement et relativement à un certain degré du développement intellectuel. La révélation cesserait d'être, et aveu elle la religion positive à laquelle elle sert de base; ce ne serait plus la manifestation du Dieu inlini, si elle se pouvait mesurer à la mesure de l'esprit fini. L't^lise de Dieu se j)artagerait alors en une lilglise de savants el en une église de croyants; elle aurait une religion vsotà-ùiue ei une exotnifpœ.

Cf. Syllah. Error., {>. ix : Omnia indiscritninatim di>gniata religionis christianœ sunt objcrtum nuturalis scuiitiœ snt ;>/ii7 >/);>/( / ;, et hunianariido fii^torirc tantum e.rrul(<i /xi^'s^ ex sui'i ua .''ih/'iLs viritnis et ))rincipiis ad vcram de omnihus etiatn recouditioribus do<imatibus scicntiam junTcnire, modo hvc doginata ipsi taiiqitam objecta j)roposita fiierint.

■ Pie IX, Encyclique du W novembre 18ifl.

•Ainsi s'explique un fait (ju'oii ne peut nier, c"esl que les

La sagesse divine se manifeste donc dans la révélation des mystères. L'homme serait sans aspiration vers l'infini, s'il n'en avait aucune connaissance. La révélation lui permet d'apercevoir comme dans un télescope, l'avenir plein de félicité qui l'attend. Notre esprit n'aurait pu se faire aucune idée de la majesté infinie de Dieu, si les mystères ne nous l'avaient fait connaître comme un être dont notre nature ne peut embrasser l'immensité, et qui reste impénétra'ole à toute sagesse créée.

Bien que la foi ne fasse pour ainsi dire que soulever un coin du voile épais qui nous dérobe la divinité, le peu qu'il nous est permis d'entrevoir suffit pour nous procurer une lumière et une volupté qu'aucune science de choses créées ne saurait nous donnera L'homme trouve là une clef pour pénétrer dans une intelligence de plus en plus claire de la nature divine. Il y trouve aussi un point de vue d'où il peut apercevoir et apprécier à leur juste valeur toutes les aberrations de l'esprit humain, depuis le grossier fétichisme jusqu'à la forme raffinée d'athéisme connue sous le nom de panthéisme. Il trouve dans la doctrine de la foi le mot qui résout l'énigme de son existence ; et ce mot lui ouvre une vue jusque dans les profondeurs de sa propre nature qui demeure à jamais incompréhensible en dehors de la révélation. L'histoire du inonde cesse d'être un chaos, elle

études philosophiques, telles qu'elles étaient pratiquées par les saiuts Pères et dans les écoles au moyen âge, surtout en ca qui concerne la théologie, l'éthique et la politique, donnèrent des résultats bien supérieurs à ceux qu'avaient obtenus les anciens.

* Thom. Aqu., C. Gent., i, 8.

FOI ET AlYSïÈliE. 43

prend une signification. Le courant de la rcvéialion qui la traverse sert à tout orienter. Toutes les actions des hommes, même les plus noires, paraissent concourir au moins subsidiairement au grand but de la création qui est la gloire de Dieu et le salut de l'homme. C'est ainsi que les sources prennent naissance dans les fentes cachées des rochers pour de là répandre la ferlihté dans les vallées. Ainsi encore les forces physiques agissent et travaillent loin des regards de l'homme dans le sein mystérieux et profond de la terre, mais c'est pour se manifester au grand jour dans des productions merveilleuses. Ne convenait-il pas qu'une si belle harmonie se relrou\ût dans l'ordre plus haut du monde intellectuel ?

Ainsi la foi religieuse devient le second degré, degré plus élevé, de la connaissance de Dieu. Par ce nrioyen l'esprit humain connaît la nature de Dieu, non plus seulement par la création, mais par Dieu méuie, par son Verbe, et par conséiiuent il le connaît d'une manière beaucoup plus sublime et plus parfaite *, (ju'il ne saurait taire par sa seule raison, puis(|ue la nature de Dieu ne se Uianifeste jamais entièrement dans la création visible '. Li foi a tout ensemble un côté lumineux et uu côte obscur. L'homme voit avec évidence et clarté qu'il peut

* ^uIIh> demlcrin in aUqnid ( :,<im. uibi m( c . ij:iia

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Uumunum ciururi in alin> l . .. .., ,... ,. tu

Tprœsenti possit pertiiigere. (ïlioni., C. Gent., i, 5.)

■ Ej; sensihiliuvi cognitioiie non }M>t€st tota viriles D< i aynosri, quia en aturœ sciisibiUs i,tiut rfftctfi Uci , virlutein causa wjw tkiiC(;U(n./t'S. (lliDin. A(i. Suimna Thcvlog.y 1. qii. xil. arl. \t.}

et doit c.oire, parce qu'il a une certitude inébranlable que Dieu a parlé, mais il n'a pas la claire vue de ce que Dieu a dit *, et c'est pourquoi s'abandonner avec confiance à la parole de Dieu, est toujours un acte libre et méritoire devant Dieu. Par là l'invisible devient visible, et l'avenir, présent pour l'homine * ; la foi contemple ce que l'œil corporel ne voit point, ce que la raison ne découvre pas. Là où celle-ci n'aperçoit que ténèbres et nuit sans aurore, l'œil de la foi perce jusque dans le royaume de Téternité, et communique à l'âme une certitude plushaute que si les yeux avaient vu et les mains touché.

La foi est le principe d'une vie supérieure et surnaturelle, car le jtistevit defoi^^ il vit de ce qu'il croit. La foi pénètre toutes les fibres de son cœur, elle lui découvre un nouvel ordre de choses où les manifestations visibles s'évanouissent, un monde nouveau dont il se reconnaît comme membre, vers lequel il s'avance sans s'égarer dans cette vie mobile, changeante et passagère*, sacrifiant joyeusement les biens présents, parce qu'il voit

* Dico, hanc evidentiam {credibilitatis) non impedire actum fidei drcares sic credibiles — quia semper relinquit obscuram veritatem ipsam. {Suares, De Fide, Disput. iv, Sect. 5, n. Q.)lUe, qui crédit, habet sufflciem inductivum ad credendum, — sed non habet sufflciens inductivum ad sciendum. (Thom. Aqu. Summa theolog.y II, il, qu. II, art. 9.)

' Hebr., ir, 1 : La foi est la substance de ce que Von espère, la certitude de ce que Von ne voit point.

* Rom., I, 17.

^ La foi espère contre V espérance même. [Rom., iy, 18.)

quelque chose de meilleur et de plus grand.* La foi », dit saint Cyrille de Jérusalem ', «est comme l'œil qui éclaire a toutl'homme intérieur et lui procure la vraie sagesse ». C'est le sol sur lequel la véritable justice s'édifie*; c'est la racine cachée à l'œil sensible, profondément enfoncée dans l'âme régénérée par la grâce, qui produit Tarbre admirable de la vie chrétienne ', arbre chargé de la floraison des hautes vertus que l'esprit humain admire, qu'il voit avec ctonnement, mais qu'il ne comprend point, arbre sur lequel mûrissent les fruits que les élus savourent dans le temps et dans l'éternité. La foi est, comme le dit saint Léon le Grand, la force et le principe vital des grandes âmes, le commencement de la sainteté, la base profonde de toute religion. Un seul principe de foi reçu au jour de l'enfance et conservé dans le cœur, la foi plantée dans le cœur des peuples agit plus efûcacement et produit plus de vie que tout l'esprit et tout le génie de Thomme.

En effet, quelle est l'essence de notre civilisation * 7

* Catcch., V, 4.

* « La maison de Dieu osl fondée sur la foi, elle s'élève avec rrspérance, l'amour la couronne ». (August., De Vtrb. Av., S. XX, c. I.)

" « l.a foi est le londemeni et la racine de la juslice ». [Con- (il. Trident. f Sess. vi, c. vni.)

* Le moi civilisatio est du lalin monaslique. C'est dans les cloiires où s'est lorinô lo monde chrétien, que ce mol u vAé prononctî pour la première lois, parce que 1 idée d'une vraie civilisation embrassant tout lo k^miic humain a l'ié aussi conçue là i)0ur la première lois, sous l'influon^e de la foi clirêùoiiue.

Elle consiste dans le renversement des idoles, dans l'établissement du droit politique et civil, dans la liberté de la conscience et la distinction du pouvoir spirituel et des pouvoirs temporels, dans la charité, le dévouement et le sacrifice de soi-même, dans l'abolition de l'esclavage, dans le soin des pauvres et des malades, dans la diffusion universelle et la gratuité de l'instruction. Et cette haute puissance de la civilisation chrétienne qui a vaincu le monde grec et romain, en dépit de sa culture intellectuelle et artistique, d'où vient-elle ? Du dogme , du dogme mystérieux de l'incarnation. Tout ce qui s'est créé dans ce monde nouveau, Ta été par la foi au mystère. Tout ce que l'histoire de l'humanité renferme de grand, de I)uissant, de sublime, a sa racine dans le mystère, comme Tarbre dans la terre, et en tire la substance qui le nourrit.

La victoire qui triomphe du monde, c'est notre foi *.

* I Jean, \, 4. — « Par la foi ils ont conquis les royaumes; ils ont accompli les devoirs de la justice et de la vertu; ils ont reçu l'effet des promesses; ils ont fermé la gueule aux lions. Us ont arrêté la violence du feu, ils ont évité le tranchant des épées, ils ont été guéris de leurs maladies ; ils ont été remplis de force et de courage dans les combats; ils ont mis en fuite les aimées des étrangers, et ont rendu aux femmes leurs enfants, les ayant ressuscites après leur mort. Les uns ont été cruellement tourmentés, ne voulant point racheter leur vie présente, afin d'en trouver une meilleure dans la résurrection. Les autres ont souflert les moqueries et les fouets, les chaînes et les prisons. Ils ont été lapidés; ils ont été sciés, ils ont été éprouvés en toute manière ; ils sont morts par le tranchant de l'épée ; ils étaient vagabonds, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, étant abandonnés, afflie^és, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne; et ils ont passé leur vie errant dans les déserls et dans Irs montagnes, et se retirant dans les antres et dans les cavernes de la terre ». [Uebr., ii, 33-38.)

Qui comprendra toute l'importance et la grandeur du triomphe que la foi a remporté sur le monde païen^ C'était un monde où un orgueil sans frein, immoral, donnait la loi, et Vhoynme de péché trouvait seul le repos, depuis qu'une race dégénérée l'avait placé sur l'autel et divinisé. C'était un monde où la cruauté était un droit, et la vengeance un devoir, où le sang de milliers de créatures humaines coulait pour repaître les yeux d'une foule abrutie, où une luxure effrénée célébrait ses fêles en plein jour, où le temple de la divinité devenait l'antre de la débauche, où la honte se consacrait prêtresse, un monde dans lequel les puissants commandaient sans loi, et les sujets obéissaient sans conscience, dans lequel la passion se déchaînait sans réserve et où le désespoir était sans consolation aucune.

Et tout cela, la foi en a triomphé, puis elle a créé un monde nouveau sur les ruines de l'ancien monde païen, veruKnilu et tombé en décomposition. A la vérité, le monde antique a formé l'idée d'humanité ; mais cette idée elle-même, telle qu'elle s'était développée dans la science et dans l'art, dans Tetat et la société, ne pouvait point rendre l'homme vraiment libre, ni par conséquent l'élever *. Son art tendait à la perfection de la forme ; mais sous cette forme si sereine et si belle li ne réside pas d'âme sainte, pas d'amour pieux, pas de liberté noble et grande qui ne craint [)oint la mort; c'est une scrvililé masquée cl rien de plus, cl l'âme se meurt de frayeur

* îioi vcro juris gcrmanœque justHiœ aoUdatn et exvrcssam cffvjiem nnUam tcmmius ; umfna et irmiginihus udmur ; cas xpsas utinaui se- ^ncremur. (Ciccr. de Offic ,u\, M.)

devant ce sombre destin, à l'empire de qui nul n'échappe, pas même les dieux ^ C'était un cadavre sans vie, une demeure de la mort que cet ancien monde. Tout à coup la parole de la foi retentit sur ce champ de mort, le souffle de Dieu vint à passer, et une nouvelle vie rentra dans ces ossements desséchés. La foi écrivit de nouvelles lois pour un monde nouveau ; ennobhe par la foi, la science devint la sagesse véritable ; d'un regard chaste et rempli de pressentiments divins, l'art contempla le ciel ; la paix parcourut le monde, appuyée sur le bras de la foi. a De- « puis que nous avons cru au Verbe», dit Justin le philosophe *, a notre vie s*est complètement transformée. « Auparavant nous n'avions de plaisir qu'aux œuvres de «l'impureté, maintenant nous ne recherchons que la a chasteté ; auparavant nous nous adonnions à la magie, a maintenant nous ne servons que le Dieu suprême et « incréé ; auparavant nous recherchions avant tout l'arec gent et la richesse, maintenant nous mettons nos « biens en commun et nous partageons avec les in- « digents. Auparavant nous étions toujours en guerre «les uns contre les autres, maintenant nous aimons «jusqu'aux étrangers et nous prions pour nos enne- « mis».

La véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi. En elle le croyant possède le germe de la vie à venir, qui se développe de plus en

* Staudenmayer, Encyclopédie théologique, p. 197,

* Justin, ApoL, i, ;;i.

FOi £T MYSTL.RE. 4%

plus, jusqu'à ce qu'elle se consomme dans la contemplation de Dieu * ; car, celui gui croît a la vie étîr' nelle *.

* Fides prœlihatio quœdam est iUius cognitiojiis, quœ nos in fi turo beatos facit. (Thom., Opusc, ix, c. ii.)

* Jean, m, 36.

Apol. dc Cnni?T. — low: U.

iNOTES ADDITIONNELLES

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