‹ Apologie du christianismeChapitre 2 sur 11 · DU CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE DIXIEME

Dans sa lettre à Donat, saint Cyprien décrit d'après sa propre expérience refflcacité régénératrice de la foi :

« Lorsque j'étais assis dans les ténèbres et dans la nuit, que je flotlais au' hasard sur la mer orageuse du siècle, incertain de ma vie, étranger à la vérité et à la lumière, je tenais pour très-difficile et dur, à cause des mœurs d'alors, la réalisation des promesses de la divine providence par rapport au salut, savoir que l'homme pût renaître, et, animé d'une vie nouvelle par l'effet de l'eau salutaire du baptême, déposer le vieil homme, et changer dans son âme tout en restant dans les liens du corps. Comment, me disais-je, une semblable conversion est-elle possible? Comment se défaire tout à coup de vices que nous avons apportés avec nous en venant au monde, ou d'habitudes si vieilles qu'elles sont devenues une seconde nature. Comment apprendre la pratique du jeûne, quand on a jusque-là passé sa vie dans les festins et les excès de table? Quand on s'est toujours vu richement vêtu, quand on a brillé sous l'or et la pourpre, le moyen de s'abaisser jusqu'à prendre Thumble vêtement du peuple et des pauvres? Celui qui ne trouve maintenant de bonheur que dans les dignités, ne pourra guère embrasser l'obscurité de bon cœur. Le patricien, toujours accompagné de la foule de ses clients, et entouré de courtisans et de serviteurs, éprouverait une trop amère douleur à se voir seul. L'intempérance a trop d'empire sur le riche et sur l'homme du monde, il est trop enflé d'orgueil, enflammé de colère, sollicité par ravarice, stimulé par la cruauté, captivé par l'ambition, entraîné par la luxure, pour qu'il puisse changer jusqu'à devenir chrétien.

« Voilà les réflexions que je faisais lorsque j'étais encore eniacé dans les erreurs de ma première vie, desquelles je ne croyais pas pouvoir me déprendre, non plus que des vices qui en sont la conséquence ordinaire et naturelle, et je désespérais de m'améliorer, la corruption mo paraissant une chosa

naturelle et nécessaire. Mais, une fois que j'eus été plong*'* dans le bain de ia régénération, et purifié des souillures de ma vie passée, qu'une nouvelle lumière se fut répandue dans mon àme puiifiée, que j'eus reçu l'Esprit d'en haut, que la régénération eut lormé en moi un homme nouveau, alors mes doutes devinrent certitude, les voiles se déchirèrent, les ombres s'éclaircirent, et la force me fut donnée d'entreprendre l'œuvre avec succès, l'œuvre qu'auparavant je considérais comme si difficile, comme impossible môme ».

Le plus remarquable exemple qu'on puisse offrir de refficacité de la foi, c'est celui de saint Paul *, aulrefoiâ \iolent et emporté, maintenant courageux et résolu, autrefois brutal, maintenant fortetentreprenant ; auparayaut impatient et rebelle, maintenant persévérant; auparavant sauvage et sombre, maintenant grave; autrefois cruel, maintenant sévère ; autrefois grossièrement fanatique, maintenant craignant Dieu ; autrefois dur, inflexible, impitoyable, maintenant sachant s'attendrir et verser des larmes; autrefois sans amitié pour personne, maintenant le frère de tous les hommes, bienveillant, compatissant, et cependant jamais faible, toujours grand, viril et noble au milieu des amertumes et des traverses de tout genre. Ainsi, non-seulement son courage prit une autre direction, et son activité dévorante tendit à un autre but, mais ses qualités farouches et indomptées connurent ia modération dans toutes les inclinations et les passions, et de ses facultés énergiciues enlln harmonisé«'S et soumises au frein salutaire de l'ordre, se forma une admirable unité d'où sortit le plus sublime caractère.

• Hug., iniioduction au Noitvean TesUvnait, t. ii, § 87.

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