Bibliothèque critique, II, pp
vraisemblance divine ne fera que peut-être veuille dire certainement^.
d) Le BROUILLARD ÉTINCELANT.
11 cache parfois l'insuffisance de ses preuves sous une grande abondance de paroles. Dans ces cas-là, chacune des phrases est merveilleusement lumineuse. On croit nager dans l'évidence. Faites la somme de ces clartés et vous n'aurez que ténèbres^. Qu'on lise, à ce point de vue, les nombreux passages où il se défend d'avoir altéré le texte de Fénelon. L'altération est manifeste et Bossuet en fournit lui-même la preuve. M. Crouslé le reconnaît lui aussi. Laissezvous prendre et, au bout du paragraphe, vous douterez de ce qui est plus clair que le jour. Voici un beau passage sur la fin du monde. Les bossuétistes lisent 3i peu Bossuet qu'ils ne se plaindront pas de la longueur de mes citations.
Simon avait traduit le virtutes cœlorum commovebuntm\ par ces mois un peu vagues peut-être, mais pas plus que le texte de la Yulgate, « ce qu'il y a de plus ferme dans les cieux sera ébranlé ». Cela vous paraît innocent. C'est que vous manquez d'imagination. Apprenez donc que cette traduction aurait pu
1. Cf. La seconde lettre de Fénelon en réponse aux passages éclaircis. « Je vais montrer avec quel art vous avez éludé toute la force de la comparaison des propositions des saints avec les miennes ». F-, 111, pp. 319, seq.
2. Cf. Fénelon, 111, p. 315. « Une courte analyse de ces paroles si magnifiques servira à montrer combien vous vous donnez de poids et d'autorité, lors même que vous êtes réduit à dire ce que vous appelez des riens, et que vous ne sauriez vous entendre vous-même. » Toute la page qui suit est bien cruelle.
servir d'épigraphe à un poème intitulé : La chui des saints anges.
« Ce que les cieux ont de plus ferme sera ébranlé » qn l'on ose mettre dans le texte, est une phrase inventée au f;i de l'auteur, et substituée aux paroles de Jésus-Christ que rien ne peut remplacer. Ces paroles d'ailleurs n'ont aucun sens et feraient craindre la chute des saints anges, si on les prenait à la lettre. Ainsi elles ne rendent qu'un son confus. Il vaut mieux se souvenir du discours de Job qui affaisse pour ainsi dire, sous le poids de la majesté divine « ceux qui portent le monde », c'est-à-dire les célestes intelligences dont Dieu se sert pour le gouverner et y faire exécuter ses volontés. On dit; ces intelligences ébranlées, quand la puissance supérieure interrompt le cours ordinaire et la régularité de leurs mouvements. En tout cas, si l'on n'entend pas un si grand mystère, il ne faut pas pour cela se donner la liberté de fabriquer un nouveau texte*
Qui dit que cet homme-là écrive mal et que cette évocation de Tétourdissement des anges, pour confuse qu'elle soit, manque de beauté? Mais cela ne prouve aucunement que Simon ait falsifié le texte et que sa version soit ou vide de sens ou sacrilège^ ce qu'il fallait pourtant démontrer. Séduction, éblouissèment au pire sens de ces deux mots. C'est grand coup de cymbale que rien ne relie à la pari tition. Bossuet lui-même oublie aussitôt ce qu' vient de dire. Il reprochait à Simon le « son confus que rendent ses paroles. Tournez la page et voi trouverez l'apothéose du « son confus » .
Comme on ne sait pas jusqu'à quel point ni comment Dieu voudra accomplir les choses dans le jugement, la révérence du texte sacré doit empêcher en ces endroits, plus que jamais, de déterminer le sens suspendu, pour tenir les esprits