‹ Apologie pour FénelonChapitre 220 sur 250 · Méditations sur VEvangile, G., II, p · texte numérisé non relu

Méditations sur VEvangile, G., II, p

2. Mémoire sur la bibliothèque des ailleurs ecclésiastiques, G., IV, 739, 740.

i'2\ APOLOGIE POUR FÉNELON

Laissons-le se définir lui-inèine, car il a tout dit.

Et il y a cela de remarquable dans tout ce progrès (de lî pensée de saint Augustin; — il appelle « progrès » ce que notre barbarie appelle « évolution ») qu'il disait mieux en parlant de l'abondance du cœur sans examiner la matière qu'il ne faisait en l'examinant, mais encore imparfaitement : ce qu'on ne doit pas trouver étrange, parce que, dans ce premier état, la foi et la tradition parlaient en lui comme seules, au lieu que dans le second, c'était son propre esprit. C'est un caractère assez naturel à l'esprit humain de dire mieux par cette impression commune de la vérité que lorsqu'en ne l'examinant qu'à demi, on s'embrouille dans ses pensées. C'est là souvent un grand dénouement pour entendre les Pères, principalement Origène, où l'on trouve la tradition toute pure dans certaines choses qui lui sortent naturellement et qu'il embrouille d'une terrible manière lorsqu'il les veut expliquer avec plus de subtilité ' .

Vous voyez qu'il subtilise, mais pour cette fois, en géant. Quel homme extraordinaire, quelle unique rencontre de la force et de la candeur! Cette règle de méthode, si magnifiquement formulée, s'il n'a pas su voir qu'elle justifiait bien d'autres personnages que saint Augustin, qui ne reconnaîtra qu'elle justifie, qu'elle explique, en l'exaltant, Bossuet luimême? Vous me demandez à quel signe on reconnaît le vrai Bossuet : je vous réponds : c'est quani il parle « de l'abondance de son cœur », quand il di| « certaines choses qui lui sortent naturellement d( l'esprit », quand « la foi et la tradition parlent ei lui comme seules » et non pas quand il écoute son] propre esprit, qui est trop souvent l'esprit de ceux] qui le poussent, non pas lorsque n'examinant lei choses qu'à demi, « il s'embrouille dans ses pensées ».

•1. Défense de la Tradition et des Pères, G., Y, p. 189.

Cette « impression commune de la vérité » qu'il nous la définisse encore lui-même. Qu'il nous dise où est sa vraie vie.

Il laisse à part sa théologie qui ne lui est nécessaire que pour les autres, et, pour lui, il se réduit comme un enfant à la loi et au catéchisme. Il est vrai qu'à force de croire, souvent il vient à entendre... mais ce n'est pas sur ces lumières qu'il >"appuie : il ne s'appuie, dans le fond, que sur la foi : tout ce qui lui vient par-dessus, non seulement de lui-môme, par son propre raisonnement, par sa propre étude, mais encore ce qui vient de Dieu, par les dons de sagesse et d'intelligence, il le replonge, pour ainsi dire, dans l'obscurité de la foi et c'est <1 elle qu'il vit avec Fapôtre et le prophète*.

Et n'allez pas lui objecter que replonger ses propres lumières « dans l'obscurité de la foi », c'est laire exactement le contraire de ce que la théologie se propose. Il le sait bien. Ne vient-il pas de vous (lire qu'il n'est théologien que pour les autres? Son attrait, sa grâce, sa pente naturelle, l'entraînent vers une contemplation plus facile et plus douce, loin des subtilités de la controverse et de la science. Alors Hième que par devoir il s'engage dans le détail de ces études minutieuses, il va d'instinct aux grandes vérités d'ensemble, aux fondements de la foi. 11 vient de définir son attitude diamétralement opposée à celle d'un théologien de métier, voyez comme il se sépare nettement de Richard Simon :

Dieu a mis la vérité dans son Écriture d'une manière si forte par la suite de tout le discours qu'elle ne laisserait pas de se faire sentir indépendamment de ces minuties et de toutes les finesses du langage 2.

1. Instruction sur les états d'oraison (Levesque), pp. 49, 50.

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