‹ Apologie pour FénelonChapitre 28 sur 250 · Masson, l. c, p · texte numérisé non relu

Masson, l. c, p

FÉNELON KT MADAMIC (ÎUYON 43

àme privilégiée on qui se reflète cette action et cette présence. Dante, au bas de la colline, dans la vallée ténébreuse; en haut, le soleil; entre les deux, Béatrice, les pieds dans la nuit et le front dans la lumière. Il ne s'agit pas de comparer la sainteté de M"" Guyon à celle de M. Tronson. Mais ce grave, timide et discret personnage n'était pas — comme l'était certainement Madame Guyon — lisez la plutôt — une de ces âmes dont parle l'admirable Père Surin, en qui Ton peut voir « comme au travers de quelques petites fentes, la lumière de l'autre vie* ».

Il est souverainement bon de se tenir en silence auprès de ces âmes. Si Bossuet a dit le contraire, tant pis pour lui. Il est très bon aussi de les entendre, possédées qu'elles sont d'une science que les livres n'apprennent pas. Elles parlent de choses qu'elles ont longuement éprouvées sur elles-mêmes, elles laissent tomber quelques bribes du secret divin. Ici l'abbé Phélipeaux s'apprête à rire :

Vn jour que la Maisonfort marquait quelque peine à croire ce que madame Guyon lui disait sur les voies intérieures, labbé de Fénelon répondit : Madame Guyon doit être crue sur cela; elle en a l'exporience. Ce n'est qu'une femme, mais Dieu révèle ses secrets à qui il veut. Si de Paris je voulais aller à Dammartin et qu'un paysan du lieu se présentât pour me conduire, je le suivrais et me fierais en lui, quoique ce ne fût qu'un paysan '^.

Riez donc aussi de sainte Térèse.

Il lieu de faire ici les étonnés et de considérer ces choses ..«jiame impossibles, qu'ils sachent que tout est possible à Dieu et qu'ils prennent sujet de s'humilier de ce qu'il plaira

\. Lettres du P. Surin, 1, 117. Toute la lettre est adorable. li. Relation, I, p. 44.

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à Sa Majesté de donner plus de lumière à quelque bonne petite vieille que non pas à eux avec toute leur science \

Objecterez-vous à Fénelon qu'une femme ne raisonne pas-? Justement c'est là ce qu'il veut. Pour ce qui est de raisonner, croyez-moi, il n'a besoin de personne et pas même de Phélipeaux. Mais il veut se faire petit enfant — qu'y pouvons-nous? c'est dans l'Evangile — et il le veut sincèrement. Se faire enfant, qu'est-ce à dire, sinon « montrer sa faiblesse » ^ et obéir, sans discuter, à qui nous mène. Un docteur — surtout quand il s'adresse à Fénelon — tâche malgré lui de nous convaincre ; il fait appel à notre raison et même quand il parle d'autorité, il flatte encore l'orgueil de notre esprit. Une femme, même très intelligente, nous conduit par d'autres moyens. Elle n'argumente pas, elle persuade : elle ne caresse en nous que cet instinct d'abandon que nous avons tous et qui est si conforme à « l'esprit d'enfance ». Du reste n'allez pas croire qu'une sainte Térèse soit nécessaire pour diriger un Fénelon. Celui-ci du moins ne le pense pas.

Il faudrait un peu d'entretien avec quelqu'un qui eût un vrai fonds de grâce pour Tintérieur. Il ne serait pas nécessaire que ce fût une personne comommée ni qui eût une supériorité de conduite sur vous. Il suffirait de vous entretenir danlA DERNIÈRE SIMPLICITÉ avcc queique personne bien éloignée

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