G., XI, p
2. Tout le P'énelon de M. Jules Lemaître est construit sur une conclusion diamétralement opposée à celle que je formule ici, et sur laquelle je devrai souvent revenir. Pour lui, le prétendu quiétisme de Fénelon est une sorte de fête mystique, de ravissement continu, de féerie sentimentale et pieuse. Les Maximes réalisent les Champs-Elysées du Télémaque. Gluck, dans son Orphée, en a écrit la musique. Fort de cette conviction, M. Lemaître n'hésite pas à prêter à Bossuet une vie intérieure toute contraire. Ici (Fénelon) : prière ardente et tendre. Là (Bossuet) : prière sèche. On va même jusqu'à prétendre que Bossuet aurait attendu jusqu'à près de 10 ans pour apprendre, Fénelon aidant, à sentir et à goûter Dieu. D'où je conclus, de toute nécessité, que les fameuses lettres à une demoiselle de Metz ne sont que « littérature ». Gomme Sainte-Beuve, M. Lemaître aurait fait un admirable « directeur», mais enfin, il a pris une autre voie, et la pratique lui manque. C'est au confessionnal que l'on apprend à rendre justice à Fénelon. Quoi qu'il en soit, là est le point capital sur lequel il faut qu'on se prononce. (Cf. le dernier chapitre du présent livre : la Revanche du pur amour.) Notez bien, d'ailleurs, qu'un homme de beaucoup d'esprit, comme M. Lemaître, ne se trompe jamais tout à fait. Je lui sais le plus grand gré d avoir enfin reconnu que de Bossuet à Fénelon, le disciple n'est pas ce dernier. Fénelon a appris à Bossuet la mystique, il ne lui a pas appris la dévotion. C'est du contraste — et du contlit apparent — entre ces deux objets qu'est faite toute la querelle du quiétisme.
donc renoncer à la prière, non pas certes, mais il devra se replier plus avant sur lui-même, s'appuyer sur (juelque fondement solide mais invisible, s'accommoder d'une piété sèche et de « pure foi », s'unir à Dieu par le «pur amour », vivre enfin, comme le lui prêche M°" Guyon, « d'une activité amoureuse, quoique secrète et cachée * ».
« J'aime Dieu puisque je sens que je Taime, » dit Bossuet, et le voilà pleinement tranquille. « Je ne sens rien, dit Fénelon, est-ce que je n'aimerais pas?» A quoi M""* Guyon répond ' en distinguant entre le goût et la réalité de l'amour, entre la dévotion sensible et la solidité du pur amour.
L'amour est donc vivant dans ce cœur quoiqu'il soit couvert de la cendre d'un extérieur plus éteint 2.
Il n'y a pas plus de mystère. Si M"* Guyon se trompe, la moitié du monde chrétien est damnée.
Mais encore, celte femme est une femme. Pourquoi ne pas lui préférer un homme, M. Tronson, par exemple? Pourquoi? notez que la question est singulièrement indiscrète. Ces choses-là ne regardent personne, mais enfin puisque le génie d'un journaliste sublime — c'est M. de Meaux — a commenté ce faitdivers, nous répondrons sans fausse honte et sans le moindre détour.
Lorsque l'on est réduit à vivre de pure foi, c'està-dire lorsqu'il faut bien qu'on se résigne à ne pas sentir en soi-même la présence et l'action de Dieu, on cherche instinctivement autour de soi quelque