‹ Apologie pour FénelonChapitre 43 sur 250 · ENQUÊTES ET SURENQUÊTES LES CONFÉRENCES D'ISSY · texte numérisé non relu

ENQUÊTES ET SURENQUÊTES LES CONFÉRENCES D'ISSY

(Juillet 1693 à mars 1695.)

Ne quittons pas des yeux M""" de Maintenon, personnage principal du drame, au nfioins encore pendant deux années. De près ou de loin, elle mène tout. Bossuet lui-même, et môme au plus fort des conférences d'Issy, reste au second plan.

Elle est femme. Nous l'avons vu à son dernier mot. Elle va donc se conduire en femme, je veux dire qu'elle va, avec un beau mélange d'entêtement souple et doux, de contradiction et d'inconscience, deux années durant, tenter l'impossible. Elle poursuit deux fins également irréalisables. Elle voudrai! premièrement faire que ce qui a eu lieu n'ait pas eu lieu, effacer jusqu'au souvenir de ses relations avec jyi'ne Guyon et jusqu'au nom de la visionnaire compromettante. Ensuite, elle voudrait convertir, désen

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<nier Fénelori. Pourquoi? Elle est femme et ne le iL pas bien elle-même. D'une part, il lui en coûte (1 jibantlonner sans retour un ancien ami qu'elle ostiine infiniment et que peut-être elle croit aimer ; .l'autre part, Fénelon dopris, M'"" Guyon s'effondrera tout à fait. Faut- il voir aussi dans soji attitude un vague dosir de revanche, un moyen de tourner à sa propre gloire le remords que lui laisse un beau rêve de perfection? Elle n'a pu suivre Fénelon vers les cimes du renoncement absolu oii il tâchait de Tentraîner. Fénelon abdiquant cette chimère, voilà M""" de Maintenon réhabilitée à ses propres yeux. \ a-t-il autre chose? Oui, sans doute, mais qui nous dira pour quels motifs elle tient tant à ce que le précepteur soit nommé à l'archevêché de Cambrai? Elle désire cet avancement et c'est pour cela qu'elle pressera la conclusion pacifique des conférences d'Issy*. Mais pourquoi le désire-t-elle? Pour récompenser le mérite, pour éloigner Fénelon et faire la place nette à iNoailles pour qui elle guette l'archevêclié de Paris? Sans raffiner davantage, retenez cette certitude qui explique ce qui va suivre et qui, chemin faisant, s'établira d'elle-même : M"" de Maintenon veut, par tous les moyens, oublier et faire oublier M*"" Guyon.

1. « Je viens d'écrire à M, de Meaux... je le presse de tout finir... Ma raison de le presser, monsieur, est que je crois que l'affaire qui vous fut consultée... réussira au premier jour, et qu'il me semble que vous devriez avoir décidé avant ce changement de condition »; à Noailles, 31 décembre tG94. GeiTroy, I, p. 248. Il s'ngit certainement de la nomination de Fénelon à l'archevêché Cambrai.

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A. — Nouvelle campagne contre madame GuYON^

On Ta vu. Le succès de M"" Guyon à la cour avait exaspéré les ennemis de celte femme et renou vêlé leur zèle. Les bossuétistes n'aiment pas bea coup qu'on touche à ces choses. Eux aussi, ils vo draient bien supprimer M"" Guyon. C'a été la pir maladresse des fénéloniens que de vouloir faire la part du feu en abandonnant la grande amie de Fénelon. Ne rougissons pas des amis de nos amis. On nous répète donc que la pauvre femme avait le délire de la persécu lion. Là-dessus, on hausse les épaules et on passe à des sujets moins embarrassants. Les textes sont là, pour tant, lumineux et décisifs. M. Tronson est-il capable d'attacher une ombre d'importance à des comme rages de concierge ou de fausses dévotes? Voyez comme il parle :

Ses amis — les amis de M"^*^ Guyon, pour la plupart intimement liés avec M. ïronson lui-même — en disent merveille et il est vrai que sa conversation a opéré des effets de grâce si extraordinaires en plusieurs personnes fort qualifiées de la cour, qu'il serait difficile, à n'en juger que par cet endroit, de né pas croire qu'elle est bien remplie de l'esprit de Dieu. Cependant, d'autres personnes qui lui sont opposées, en disent de si étranges choses qu'après avoir parlé plusieurs fois aux uns et aux autres... je n'ai pas pu dire autre chose, sinon que sa conduite était un mystère où je ne comprenais rien 2.

1. Que le lecteur veuille bien me pardonner ma petite manie d'exactitude et d'analyse. On n'imagine pas la quantité de broussailles que la plupart des historiens ont semées dans cette forô déjà passablement obscure. Du reste, cette méthode asthmatiqu» nous permettra de savourer toutes les surprises du paysage.

a. i^orrespondancv de i»/. L. Tronson, III, 431.(27 avril 1694.}

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D'un côté (les « effets de grâce » extraordinaires, (le l'autre d' « étranges choses » ; des premiers, M. Tronson parle par expérience, des autres par ouïdire, mais pour qu'il hésite ainsi, quelle ne doit pas être à ses yeux l'autorité de ces personnages — la plupart inconnus pour nous — qui l'ont si fortement prévenu contre M'"' Guyon? La preuve est claire : en certains milieux estimables, on ne nomme cette femme que le rouge au front et qu'en se signant'.

Le succès de la campagne va si loin que la défiance pénètre jusque chez chez les amis les plus intimes de M""" Guyon. Chose plus significative encore que douloureuse, celle-ci doit se défendre auprès de ceux-là même dont elle fut si longtemps la sainte. Elle le fait avec cette résignation enjouée qui est une de ses grâces. Qu'ils doutent d'elle, pourvu qu'ils ne mettent pas en question le pur amour. Elle leur abandonne ses prophéties, ses miracles, ses visions, ses pauvres visions, dont bientôt Bossuet la croira si fort entêtée. Ces riens, je vous les ai dits, leur écrit-elle,

comme un enfant qui dit ce qu'il pense, sans qu'il m'en reste rien après 2.

Ses fidèles de la veille, maintenant troublés, vont de confesseur en confesseur, montrant les lettres qu'ils ont reçues d'elle. Madame Guyon le sait. Elle s*en étonne plus qu'elle n'en souffre. Elle se venge

1. La campagne, néanmoins, partait (ou recommençait^ de très bas — des calomnies de sœur Rose par exemple et d'autres

■ créatures semblables (cf. F., IX, p. 12).

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