F., IX, p
3. F., IX, p. 13. La jolie lettre à Chevreuse, citée plus haut, est de la même époque. La circonstance en double le prix.
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doutera jamais, c'est Fénelon. Je ne le dis pas pour leur gloire, persuadé que je suis qu'ils n'auraient dû douter ni de l'un ni de l'autre. Je ne le remarque pas non plus pour étayer perfidement mon apologie, mais simplement parce que cela est^ Recueillons à ce sujet un très curieux témoignage de l'abbé Ledieu, qui n'est pas suspect.
Quoique l'abbé de Fénelon fut ensuite très lié avec madame ' lyon il ne parla jamais d'elle, ni de son oraison à madame de La Maisonfort dans les lettres que j'ai vues de lui... M. l'évoque de Chartres... eut de grandes conférences avec madame de La Maisonfort sur son oraison qui était devenue suspecte. Elle fut fort étonnée d'entendre cet évêquc lui lire les ouvrages de madame Guyon, son cantique surtout qu'elle n'avait jamais ouvert, à ce qu'elle m'a assuré, et de le voir se tourmenter pour lui découvrir le venin du quiétisrne dans ces livres. Elle les rejetait de tout son cœur ; elle assurait M. de Chartres qu'elle ne les lisait pas, parce qu'elle n avait aucune envie de les lire, que ce n'était pas la sa conduite et qu'elle
NE PRENAIT SA RÈGLE QUE DE M. l'aBBÉ DE FÉNELON ^
Fénelon avant tout, Fénelon seul, telle est la pensée constante du groupe. Pas de concession possible sur ce terrain, aussi longtemps que l'Eglise ne l'imposera pas. Pour M"*' Guyon, on ne capitule pas précisément, mais on s'est laissé plus ou moins enta-
1. Dès 1692, la consigne était clairement donnée par Fénelon ; madame Guyon, « deux ou trois fois l'année », disait-il à M"" de La Maisonfort, non pour vous diriger — ce n'est pas son alTaire — mais pour vous élargir le cœur ». F., IX, p. 7.
2. Mémoire de l'abbé Ledieu sur le quiélisme {Revue Bossuet 25 juillft 1903, pp. 24-25j. On ne nie pas la parenté entre les deux doctrines. On dit simplement que Fénelon, systématique et personnel, a élaboré, sur les données premières que lui proposait l'ensemble des expériences de madame Guyon, une somme de spiritualité d'après laquelle il se conduit lui-même et conduit les autres. G est le système qu'il essaiera plus tard de formuler dans les Maximes — tentative manquée — et auquel il restera fidèle toute sa vie.
mer. Vertueuse, on en est très certain, mais peut-être visionnaire, qu'on l'examine autant que l'on voudra. Fénelon et ses amis le demandent eux-mêmes, et M"" Guyon avec eux. On va les satisfaire. Voici en efiet que de tous côtés s'organisent des enquêtes sur la conduite de cette femme et sur sa doctrine.
B. L*ENQUÊTE DE M. DE ChaRTRES.
Est-ce l'évêque de Chartres, Godet des Marais qui a le premier signalé à M""* de Maintenon le danger du guyonisme? On l'affirme communément. Je crois le contraire. La défiance un peu mêlée que nous avons vu naître chez M""* de Maintenon, celle-ci l'aura plutôt communiquée à son directeur, lequel vite gagné par celle qu'il portait si haut, aura, à son tour, confirmé et amplifié les inquiétudes de sa pénitente. Elle lui aura d'abord fait penser ce qu'elle désirait qu'il pensât, puis appuyée à l'autorité d'un homme si sage, elle n'aura plus conservé le moindre scrupule sur la rectitude de sa propre sentence et sur la pureté de ses propres intentions. Conjecture, si vous voulez, mais très vraisemblable et d'ailleurs sans malice. Quelle est la femme qui, une fois ou deux dans sa vie, n'a tendu à personne ce joli piège, sauf à s'y prendre ensuite elle-même. En tout cas, ils se sont aidés l'un l'autre à suspecter M"'" Guyon et à ne pas comprendre Fénelon. L'évêque, pour éclaircir ce premier soupçon, commence bientôt sa petite enquête, examinant de front — cette remarque est capitale — les livres de M""" Guyon et les manuscrit de Fénelon.
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Il s'aide, pour ce travail, des conseils de M. Tronson auquel il fait passer, dans le plus grand mystère, les textes en discussion. Le sulpicien lui écrit le 29 juin 1694 :
Je n'ai garde de parler des livres rouges, ni de rien dire qui puisse faire même soupçonner que je les ai vus *.
Ces « livres rouges », ne sont pas autre chose que les manuscrits spirituels de Fénelon, pages intimes conliées parlui à madame de Maintenon et que celleci avait remises à son directeur. En novembre de la même année Fénelon écrit là-dessus à M. Tronson :
Je vous envoie un écrit où j'ai ramassé tous les endroits de mes lettres à madame de Maintenon que M. de Chartres lui a marqués comme suspects. ..Une s'agit point de madame Guyon que je compte pour morte ou comme si elle n'avait jamais été. Il n'est question que de moi et que du fond de la doctrine sur la vie intérieure 2.
Donc examen des deux doctrines, et examen commandé, surveillé et discuté par madame de Maintenon =^, le Moyen court de madame Guyon et les lettres confidentielles de Fénelon, sous la loupe de M. de Chartres. Fénelon laisse faire et ne dit même pas que le procédé est un peu dur.
1. Corretpondance, III, p. 458. L'éditeur, M. Bertrand, met en note : « G étaient sans doute quelques écrits de madame Guyon ». Je crois qu'il se trompe. Pour ces écrils-là, M. Tronson faisait moins de mystère. Cf. Ibid., 432, 434, etc. Du reste, M. Bertrand, grand érudit sur tant de points, ne me semble connaître que très imparfaitement l'histoire du quiétisme. C'est peut-être pour cela qu'il se montre si peu favorable à Fénelon.