‹ Apologie pour FénelonChapitre 46 sur 250 · C. — L'enquête de M. Tronson · texte numérisé non relu

C. — L'enquête de M. Tronson

Pleinement indépendante celle-là, mais celle-là seule. M. Tronson n'est pas homme à se laisser dominer, ni même influencer par M""' de Maintenon. Une des pénitentes de cet admirable prêtre, la duchesse de Charost, très dévouée à madame Guyon, mais ne sachant plus ce qu'il fallait croire au sujet de cette femme si décriée, avait proposé ses difficultés à M. Tronson, dès le mois de septembre 1693. Elle aurait bien voulu lui amener l'accusée. M. Tronson élude cette rencontre. Il se contente d'examiner les livres suspects et de se renseigner sans bruit sur la conduite de M""* Guyon. Le Supérieur de Saint-Su Ipice, soit par lui même soit par ses correspondants de province aiguillés par lui, s'abouche avecles étranges personnages qui semblent encourager la cabale. Ces messieurs ont leurs raisons bonnes ou mauvaises pour ne vouloir parler ni clair ni franc. Mais M. Tronson n'aime pas qu'on biaise. Il repose, patiemment, incessamment la même question : savez-vous quelque chose, dites-le : sur tel point précis, cette femme a-t-elle menti? Le triste épisode ! Ici Thonnêteté courageuse, là les fauxfuyants. Ce va et vient de lettres et de réponses suffirait seul à Tapologie de M""" Guyon. Par malheur, M. Tronson est incapable de former un jugement téméraire. Il estime trop ces personnages pour les croire complices ou dupes de quelque complot II suspend donc éternellement sa décision.

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II est vrai qu'elle est extrêmement estimée par les personnes

M ont le plus de piété à la cour i.

On ne laisse pas de parler fort d'elle, et on en dit tant de i iioses en bien et en mal, que je n'en puis concevoir d'autre ulce, en attendant que les choses soient éclaircies, sinon d'une personne suspecte. ^

Voyez comme la vie morale est difficile! Voilà un homme d'une probité et d'une charité inflexibles. Une veut croire le mal qu'à coup sur. Répandre à la légère les plus graves rumeurs sur une femme peut-être innocente, serait un abominable péché et M. Tronson ne veut pas admettre, sans une triple évidence, qu'un prêtre se soit rendu coupable d'un pareil crime. Cela est excellent, mais. en fermant cette porte, fatalement il en ouvre une autre. Pour ne pas les soupçonner, il soupçonne M"" Guyon. Soupçon négatif, informulé sans doute, mais enfin soupçon, et sur une personne que vénère le groupe le plus pieux de la Cour. Mais quoi, si elle est innocente, les autres n'auraient pas d'excuses. Entre deux maux^ M. Tronson choisit le moindre, la calomnie étant le pire de tous et par là — n'est-ce pas infiniment triste ? — par cette simple suspension de son jugement, le saint M. Tronson accrédite la calomnie. Puisqu'il hésite, qui osera n'hésiter point ? Avouez que M""" Guyon n'a pas de chance. Celui qui d'un mot pouvait rallier autour d'elle une petite armée invicible, se trouve être un pauvre vieillard — 74 ans — infirme, précautionné à l'excès et que toutes les circonstances de l'affaire rendent encore plus hésitant que nature, A Dieu ne plaise que je lui jette la moindre pierre. Mais

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