‹ Apologie pour FénelonChapitre 89 sur 250 · LA SOUMISSION DE FKNELON · texte numérisé non relu

LA SOUMISSION DE FKNELON

je ne fais que répéter ici ce que soutiennent les meilleurs juges. Dans sa grande Histoire de la littérature française au xvii^ siècle^ le R. P. Longhaye — qui d'ailleurs se montre, à mon avis, plus que sévère envers Fénelon, et qui me semble lui aussi confondre sincérité et simplicité — apprécie, comme on va lire, la lettre de Fénelon que je viens de citer et qui a paru diabolique à M. Crouslé.

Est-ce là, dit-il, ce qui fait scandale ? Cependant Fénelon est dans son droit, il connaît ceux de la Sainte Église, il la sait également incapable de les outrepasser et de les laisser périr. Elle est infaillible à définir le dogme... et à noter dans leur sens vrai les écrits ou enseignements qui s'en écartent ; elle n'a jamais prétendu l'être à pénétrer le secret de la conscience individuelle... Dieu lit seul immédiatement et à coup sûr, dans ce fond, dans cet intime... Dès lors, que reprocher à Fénelon ? [/Eglise lui a dit : « Vos Maximes sont hérétiques dans leur sens obvie »; et il s'est incliné. D'autres voudraient, il le croit du moins, lui faire avouer qu'il l'a été lui-même de pensée et d'intention. Il atteste qu'il n'en est rien ; il sait que l'Eglise ne dira pas le contraire, qu'elle ne pourrait même pas le dire, n'ayant pas mission pour cela.

Que si là-dessus on nous répète à satiété que Fénelon ne fut pas simple, je me bornerai à répondre que cette vérité nous était déjà familière. Non, Fénelon n'était pas simple et n'aurait pu paraître tel qu'au prix d'un mensonge. Appelez cela une infirmité si vous voulez — tous les simples, Bossuet en tête, seront avec vous — mais ne l'appelez pas un défaut. Le bon Camus raconte quelque part l'histoire d'un village alpestre pris de fou rire en pleine église à Ja vue d*un voyageur qui n'avait pas de goitre. Ils le tinrent pour un monstre. De leur point de vue, ils avaient raison, mais les monstruosités de cette espèce ne relèvent pas du tribunal de la pénitence.

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