LA SOUMISSION DE FÉNELON
cœur contre la sentence, c*esl risquer une prophétie gratuite que la psychologie n'a pas droit de faire et qui semble également contraire soit à ta charité soit à la justice. Vous ne savez pas, vouh ne pouvez pas savoir ce que décidera Fénelon *.
Rome a parlé. Ecoutons nos modernes critiques.
La soumissian de Fénelon fut courageuse; elle eut ïappare^ice d'un acte admirable d'humilité chrétienne; mais elle ne fut pas simple... Ce fut un acte complexe, ou au moins double.
Ici je ne puis me tenir de louer la modération de M. Delplanque, Un acte double, mais, juste ciel, vous auriez pu dire : quintuple. Qui a jamais vu un acte simple ou même double? En ces matières tout est compliqué, la soumission de Fénelon autant que la révolte de Luther. C'est un monde fait d'éléments tumultueux où la volonté parvient à mettre un certain ordre, une certaine unité. Mais continuons.
Le chrétien, l'évêque se soumettait à la condamnation du fond du cœur et sans restriction ; mais en même temps, l'auteur... gardait soigneusement, défendait avec jalousie, espérait faire réhabiliter son sens et sa doctrine. Plus humble, moins confiant dans son sens propre, plus désintéressé et plus saint, Fénelon se serait dit : Les propositions de mon livre
1. Voici, je crois, les mots les plus durs prononcés par lui à l'adresse de Rome, et bien entendu, avant d'avoir reçu la nouvelle de la censure : « Rome ne manquera pas de dire que le respect humain n'a aucune part à sa décision, mais qui le croira »? — M. Delplanque le croit-il? — a Si Rome s'endort là-dessus, et si elle fait triompher une telle doctrine en flétrissant la mienne, je dois être encore plus touché des maux de l'Eglise que des miens. » En vérité, n'est-ce pas un mal pour l'Eglise que d'être sommée par Louis XIV de condamner le livre dun évêque? Immédiatement après ce dernier texte, M. Delplanque ajoute : c< Donc, quand la nouvelle lui arriva, Fénelon n'était pas prêt. » Ce donc me fait beaucoup île peine.
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QUI ONT ÉTÉ CONDAMNÉES RENFERMENT EN SOMME TOUTE MA DOC- TRINE MYSTIQUE ; c'est donc qu'elle est fausse, ratïinée, impraticable, AU MOINS EN PARTIE... Fénelou ne l'a jamais dit et ne l'a jamais pensée
Et pourquoi je vous prie? La raison en est bien simple. Il ne Fa pas dit, parce qu'en le disant il aurait menti, et que, fût-ce pour devenir « plus humble, plus désintéressé et plus saint », il n'est jamais permis de mentir. Les propositions condamnées ne renferment pas toute la doctrine mystique de Fénelon. Cette doctrine, il l'a pleinement développée dans ses défenses qui n'ont jamais été, qui ne seront sans doute jamais condamnées. Cette doctrine, il s'y tient, il a le droit et le devoir de s'y tenir, puisque, encore un coup, il ne la renierait pas sans mentir. A la formule ingénue que M. Delplanque lui suggère, Fénelon en préfère une autre ou pour ma part je reconnais sans peine, l'honnête homme, le chrétien et l'évêque.
Je n'ai jamais pensé, écrit Fénelon, les erreurs qu'ils m'imputent. Je puis bien, par docilité pour le Pape, condamner mon livre comme exprimant ce que je n'avais pas cru exprimer ; mais je ne puis trahir ma conscience pour me noircir lâchement moi-même sur des erreurs que je ne pensai jamais... Le Pape entend mieux mon livre que je n'ai su l'entendre ; c'est sur quoi je me soumets ; mais pour ma pensée, je puis dire que je la sais mieux que personne ; c'est la seule chose qu'on peut prétendre savoir mieux que tout autre, sans présomption 2.
Qui n'entend pas, qui n'admire pas ces paroles fières et saintes, n'est pas en mesure d'écrire une thèse sur la psychologie de la soumission.
Sauf Faccent où se traduit la sensibilité de chacun,