Revup. Bossttei (25 avril 1900, p
LA VICTOinE DE B0S8UET 187
fh'faillance an Saint-Siège ? Anjourd*hui, nous ne [narrions. Mais, en cet heureux temps, la France chrétienne n'avait pas moins de trois juges suprêmes : \c roi, l'église gallicane, le pape enfin quand celui-ci daignait penser comme nous. On imagina donc de mettre et Louis XIV et les évoques français en mouvement contre les écrits apologétiques de Fénelon. (Jue le roi supprime ces défenses, que les évoques
< condamnent, tout le mal sera réparé. Le plan ne réussit que juste assez pour mettre une fois déplus à l'épreuve la vertu de Fénelon.
Plusieurs évèques résistèrent — par politique, n'en doutez pas, et pour se ménager la faveur de M. de Cambrai dont le retour aux affaires était dès lors imminent. L'admirable Fléchier, don-t l'onction épiseopale avait fait presque un saint, n'aurait même pas voulu que le bref fût publié dans le diocèse de Nîmes. A quoi bon, disait-il, piétiner sur un vaincu? Noos ne publions pas tous les brefs pontificaux et mes Languedociens paraissent moins exposés aux illusions de la quiétude, que les diocésains de M. de Meaux, ou que les flamands de M. de Valbelle» Les autres évoques de la province du Languedoc ayant montré plus de zèle, Fléchier dut s'exécuter, mais dédaignant d'employer sa jolie plume à une besogne qui lui déplaisait, il se contenta de publier, sous forme de mandement, le discours qu'il avait déjà prononcé au sujet de la douloureuse querelle. 11 y a là quelques nobles paroles qui nous consoleront de ce qui va suivre.
En le condamnant (Fénelon), dit Fléchier, nous avon» sujet do ](", pl.'innlre; ses sentimfnts n'ont pas tonjoursété pciU-êtrr.
188 APOLOGIE POl'R FÉNKLON
bien justes, mais ses intentions n'ont jamais été mauvaises., on peut... dire qu'il n'a manqué que par un trop grand dési de perfection et que sa piété même a été la cause et l'origin^ de son erreur ^
Fléchier avait ensuite la naïveté de célébrer, ei termes enthousiastes, le mandement du prélat coi damné. Un des sulïragants de Fénelon, l'évoque d\ Saint-Omer, Valbelle, — je ne dis pas sans honte qu'il vient presque du môme pays que moi — Yalbell^ donc, avait été au contraire, fort scandalisé par U mandement de Fénelon. 11 s'était ouvert de ses scrupules à M. de Meaux.
Je vous avouerai fort franchement — lui répond Bossuet — que je suis de votre avis sur le mandement. Non, ce n'est pas ainsi qu'un Leporius du temps de saint Augustin, et un Gilbert de la Poirée, du temps de saint Bernard, se sont rétractés. Il faut désirer le mieux, mais se contenter du nécessaire 2.
Valbelle n'était pas un très grand personnage, mais puisqu'il montrait un zèle si pur, Bossuet résolut d'en faire son agent secret dans le diocèse de Fénelon. L'assemblée de Cambrai allait s'ouvrir, où l'on discuterait l'acceptation du bref. Membre de cette assemblée, Valbelle pourrait empêcher une nouvelle défaillance, et corriger la faiblesse indulgente d'Innocent XII. Pour répondre de point en point aux désirs de Louis XIV, il faut, écrit M. de Meaux à Valbelle,
supprimer ce qui est fait en défense d'un livre condamné par le Saint-Siège et par son auteur : d'autant plus que tous
1. Histoire de Fléchier, par l'abbé Delacroix, t. II, 1*0-172.
2. Revue Bossuet, 2o}a.n\ier 1901,p.5. C'est àlagrande érudition de M, Levesque et à sa plume loyale que nous devons la publication de ces lettres et le commentaire qui les accompagne.
LA MCTOlHh: Dl<: BOSSUET 1>SÎ)
- livres, imprimés sans permission (du roi), et de sa seule lorité privée (vous oubliez que Fénelon est archevêque), r eux-mêmes sont re jetables, selon les règles de la police.
La police ! Ce n'est pas la seule fois où M. de Meaux s'est mis d'accord avec elle, pour détruire Fénelon.
M. de Cambrai... montrera qu'il adhère encore à son livre, puisqu'il s'oppose à la suppression de ce qui est fait pour sa défense. Il est vrai que Rome ne les a pas condamnés ni môme eu le temps de les examiner ; (en effet elle n'a eu que deux ans pour cela) mais il est de droit de condamner les défenses des mauvais livres, et, outre cela, Rome condamnant le livre... ex connexione sententiarum, elle condamne, par conséquent (!), les interprétations faites en défense de ce même livre. Vous voyez bien, monseigneur, combien cela est capital et combien est nécessaire le soin des évoques d'ôter des mains des peuples les excuses et apologies d'un livre dont la pratique est pernicieuse et dont la lecture induit à des erreurs déjà condamnées. Je puis vous assurer que le roi même a trouvé cela très important ^.
Bdssuet revient à la charge quatre jours après.
Il (Fénelon) témoigne plus de douleur d'être condamné et humilié que d'avoir erré... La pierre de touche sera la supplication au roi de supprimer tous les ouvrages faits en défense d'un livre condamné par le Saint-Siège 2.
Il ne parlait pas à un sourd. Le discours de Valbelle à l'assemblée de Cambrai est d'une impudence parfaite, l'attitude de Fénelon sous cette pluie de basses injures, digne tout à la fois d'un gentilhomme et d'un saint*. Comment Bossuet n'a-t-il pas désavoué un pareil agent? Il l'approuve au contraire, et sans la moindre réserve.