CHAPITRE XXI
oonferme le dire du prescheur Olivier Maillard : qui se plaignoit que les galans, après avoir entendu les confessions des femmes, et par icelles avoir congnu celles qui se mesloyent du mestier, couroyent après : Qfti audiiis con/essiones mulierunif deinde curritis post eas. Mais il' se trouve des tesmoignages encore bien plus anciens : car Poge Florentin raconte (i) d'un ermite nommé ÂnsimiriuSy qui à Padoue du temps de François septième duc de Padoue, estant tenu pour un sainct homme, desbauchoit plusieurs femmes, et mesmement des meilleures maisons, par le moyen de la confession. Et ajouste une chose qui est pour rire, c'est que quand il fût descouvert, on l'amena au duc, lequel luy demanda et luy fit demander aussi par un sien secrétaire les noms des femmes desquelles il avoit eu jouissance. L'ermite donc en ayant nommé un grand nombre, et de celles mesmement qui hantoyent ordinairement en la maison du duc, dit qu'il les avoit nommées toutes : mais le secrétaire, qui enrcgistroit ces noms, le pressa d'en déclarer d'avantage, et n'en celer une seule ; et alors ce bon ermite en souspirant : — « EIscrivez donc aussi la vostrc, monsieur. » Desquelles nouvelles fut si estonné le povre secrétaire, que la plume luy tomba des doits, et le duc au contraire s'esclata de rire. Or sans ces exemples, on en voit assez tous les jours par lesquels il nous est suffisamment tesmoignc que la confession auriculaire sert aux prestres et moines de filets tendus pour attrapper les femmes. De ma part j'ay bonne souvenance d'avoir ouy reprocher à Paris à un prestre qu'il avoit paillarde avec une femme dedans l'église mesme, incontinent après l'avoir con-
(i) Voy. notre édition, p. 87. Cf. Chronique burlesque, Londres, P. du Noyer (Hollande), 1742, in- 12, p. 293 : la Curiosité bien payée; — Mérard de S*-Just, Espiègleries, joyeusetés, etc., 1761, t. I : la Curiosité punie.
fessée. Aussi ay ouy faire le récit d'un curé qui fut surpris (il y a environ douze ans, auprès de Vienne en Daulphiné) paillardant derrière le grand autel, le jour du grand vendredi (i), avec une qu'il faisoit semblant de confesser, avec laquelle il avoit )à de long temps intelligence. Pour punition dequoy il fut condamné par rÉvesque du lieu de ne chanter messe dedans un certain temps. Ce qui me remet en mémoire la peine qu'ordonna un évesque d'Italie il y a environ quarant'ans, contr'un prestre qui avoit batu à toute outrance un povre homme de mestier : qui fut que de trois mois il ne mettroit le pied en aucun temple (2]. Laquelle sentence le magistrat du lieu ayant trouvée trop avantageuse pour le prestre, fit par personne interposée tellement encourager le povre homme qui avoit esté battu, qu'il se délibéra totalement d'avoir sa revenche. A quoy il ne faillit : car quelque temps après, trouvant son messirc Jan en quelque lieu où il n'estoit le plus fort, il luy rendit les coups à trèsbonne mesure. Dequoy la plainte estant venue audict magistrat, il condamna cestuy-ci à ne mettre le pied en aucune taverne de trois mois. Ce qu'estant rapporté à l'Évesque, il fut fort indigné d'une telle sentence : mais le magistrat, qui avoit ceste matière à cueur, ne fut muet, ni despourveu de response, ains luy sceut très-bien réplicquer : — « Et dites-moy, 9 monsieur, en conscience, n'est-ce point plus grande » punition à celuy qui n'est accoustumé de vivre » ailleurs qu'à la taverne, d^en estre privé pour trois
(i) Le vendredi saint, qu'on appelait aussi vendredi aoré {â'ado' rare); voy. plus bas.
(3) Voy. les Cent Nouvelles nouvelles; V : le Duel d'Esguillette. Cf. Joyeuses (les) Adventures et nouvelles récréations contenans plusieurs contes et facétieux devis {psLT Des Périers, Pelletier et Denizot), Lyon, Rigaad, i38a, in-i6, devis LIV.