CHAPITRE XXXVI
de faiire la guerre aux Sarrazins et aux Turcs, et à tous autres ennemis de la religion Chrestienne < et en fin vint à dire que c'estoit grand pitié que personne ne se présentoit pour estre chef d'une si louable entreprise. « Que s'il ne tient qu'à cela » (dit-il), a me voilà » tout prest à despouiller ceste robe de S. François > pour vous servir ou de simple soldat, ou de capi- 9 taine. > Et en disant ceci despouilla ceste robbe, et demeura preschant demie heure en habit de capitaine. Ayant donc esté mandé par quelques Cardinaux qui estoyent de ses amis, et interrogué pourquoy il avoit usé de ceste nouvelle façon de faire, il leur confessa que ç'avoit esté pour complaire à une sienne amoureuse, suivant ce qui a esté tantost dict.
Ce mesme Robert ayant à prescher en la présence du pape et de ses cardinaux, quand il eut bien considéré toutes leurs pompes, et nommeement comme on adoroit le pape, ne dict autre chose estant entré en chaire, sinon, « Fy sainct Pierre, Fy sainct Paul. » Et après avoir plusieurs fois réitéré ces mots, en crachant puis d'un costé puis d^autre (comme font ceux à qui quelque chose fait mal au cueur), il sortit vistement de la chaire, laissant tous ses auditeurs fort estonncz : dont les uns pensoyent qu'il avoit le cerveau troublé, les autres souspeçonnoyent qu'il adhéroit à quelque secte contraire à la religion Chrestienne. Or comme on estoit sur le point de le faire mettre en prison, un cardinal qui congnoissoit de plus près que les autres son humeur, et luy portoit quelque amitié, fit tant qu'il fut mandé par le pape, pour luy rendre raison de ce propos, en présence aussi de quelques cardinaux. Estant donc interrogué à quoy il avoit pensé en blasphémant si horriblement, il respondit qu'il avoit bien délibéré de traiter un' autre matière, laquelle il leur exposa sommairement. « Mais considérant » (dit-il) « que vous II 3i
a aviez si bien tous vos plaisîn en ce monde, et qu'il n'y D avoil pompes ni magniAccnccs pareilles aux vosires, » et d'autre part considérant en quelle povrotë, en
0 quelle peine et misère les apostres ont vescu, j'ay B pensé en moy-mcsme ou que les apostres esioyent
1 grans fols d'avoir pris un si fascheux et si pénible D chemin pour aller au ciel, ou que vous estiez au 0 droit chemin pour aller en enfer. Mais de vous auu très qui tenez les clefs du royaume des cieux, je n'ay 1) peu avoir mauvaise opinion : quant aux apostres, je » ne m'ay pu garder de les desdaigner comme les plus » sottes gens du monde, de ce que pouvans aller au " ciel en vivant de la mesme façon que vous vivez, ils "1 ont mieux aimé mener une vie si austère et se donner H tant de peine, ii
Je parlerny maintenant des inventions de quelques autres, descriics par celuy mesme duquel je lien les