CHAPITRE XXXVI
l'autre : « Quand je vins prescher ici, j'estois phlegma- 9 tique, maintenant je m'en retourne sanguin,» faisant un'allusion entre Sanguin et Sans guain. Et l'autre : « La laine me faut » ( pourceque c'estoit alors qu'on tondoit les brebis), au lieu que les moins rusez entendoyent : L'alêne me faut. Et à propos de La laine me faut, j'ay ouy faire le conte d'un qui au presche auquel il prenoit congé, vint à dire que tout du long du quaresme il avoit bien regardé s'il verroit point une qu'il cerchoit , mais jamais ne l'avoit peu appercevoir. Et luy estant demandé le nom, il dict qu'il se'terminoit en ette. Alors l'un ayant demandé si c'estoit point Toinette, l'autre, Perrette, l'autre , Guillemette , il dict que non. On luy en nomma encore quelques autres ayans semblablement cette terminaison en leurs noms : il dict que ce n'estoit pas une de celles-là. En la fin quelcun luy demande si c'estoit point Jaquette : — « Vous l'avez trouvée » , dict-il : o c'est Jaquette que je » vous demande. »
Mais il faut noter que souvent il y avoit de l'envie entre les religions, et principalement entre les Cordeliers et Jacopins : et alors c'estoit à qui sçauroit si bien prescher qu'il ostast la chalandise à ceux d'un autre pour la faire avoir au sien. Comme pour exemple un Italien raconte en un livre imprimé il y a douz' ans, qu'en une ville de Sicile un Cordelier en preschant fit à-croire à ses auditeurs que S. François tous les ans au jour de sa feste descendoit en purgatoire, et délivroit d'iceluy toutes les âmes de ceux qui faisoyent des aumosnes à ses frères. Les Jacopins (qui là sont appelez aussi Les frères de la vierge Marie) voyans que ceste opinion qu'on avoit de S. François estoit cause que Peau ne venoit plus si bien à leur moulin que de coustume, se mirent à prescher que la vierge Marie, comme celle qui avoit plus grande charité et autorité
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2ll2 APOLOGIE POUR HERODOTE
que s. François, ne laissoit point, comme luy, les dévots et bienfaisans k &es frères, demeurer un an en purgatoire, mais sept jours seulement, pour le plus long temps. Car un chacun samedi, qui est le )our k elle di^dié, elle descendoit en purgatoire pour délivrer tous ceux qui avoyent faict des aumosnes b ses fràres. Lesquels overtissemens furent cause de les faire retourner en crédit, et estre mieux achalandez que jamais. Et h propos du purgatoire, j'ay faict ci-dessus un conte qui convient très-bien ici, d'un certain beau père qui preschoil à Bordeaux que quand on donne pour les trèspassez , les âmes oyans le son de l'argent qui fait Tin tin, en tombant dedans le bassin ou le tronc, en reçoivent si grand' joye qu'elles se mettent à rire, et font Ha ha ha, hihihi. Aussi appartient ici le conte que i'ay faict d'un curé Savoisien{i) (si j'ay bonne mémoire) qui preschoit qu'Abel alloit tous les jours à la messe.