‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 147 sur 223 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

traires qu'ils portent? Et en quoy est-ce qu'ils ne discordent point les uns des autres outre cela ? L'un est nus pieds, l'autre est demi chaussé, l'autre chaussé du tout : Fun porte des souliers fenestrez pardessus, l'autre des souliers couvers pardessus : l'un des souliers de cuir, l'autre des souliers de bois, dicts proprement sabots. Item l'un va à pied, l'autre va à cheval. Item, l'un porte chaperon ou capluchon (i) pointu, l'autre le porte rond : l'autre long, l'autre court. Item, l'un n'ha qu'un peu la teste pelée, l'autre Tha plus : l'un audessus des oreilles, Tautre au dessous : les autres n'ont du tout qu'un petit floccon de cheveux. Item, les uns portent argent, les autres n'en portent point. Item, les uns mangent de la chair, les autres n'en mangent point. Toutesfois ceux qui se vantent sçavoir subtilizer bien spéculativement , cerchent les moyens d'accorder toutes ces diversitez et contrariétez : mais je crain que ce soit autant de peine perdue. Bien est-il vray que quant à aucuns points on les peut bien mettre d'accord : comme, quant à ce que les Jacopins portent le noir dessus et le blanc dessous, les Carmes au contraire portent le blanc dessus et le noir dessous, on peut respondre que tout ainsi que les Jacopins portent la livrée de la vierge Marie (car elle la révéla à S. Dominique), aussi les Carmes portent la livrée d'Elie et Elisée : et ainsi comme ceux-ci complaisent à leurs fondateurs en leur habit, ainsi ceux-là complaisent à leur fondatrice. Et puis s'il est vray que par la subtilization de la vierge Marie mesmement, la cape blanche signifie purité et virginité, voici qui s'accorde le mieux du monde, que les Jacopins soyent purs et vierges pardedans, les Carmes le soyent pardehors. Que si tout se pouvoit aussi bien accorder comme ceci, on n'auroit

(1) Voy. plus liaui, p. 373.

occasion de leur objecter la diversité qui est en .eurs secie» : tnaÎ!; il y a de telles contradictions en quelques pointa, qu'il me semble que la meilleure response qu'ils peuvent donner pour fermer la bouche à toutes les objections qu'on leur sçauroit faire quant aux diversitez ou contrarictcz qui sont en leurs sectes, c'est de respondre que comme ils ne tiennent pas un mesme chemin, aus^i ne font-ils pas leur conte d'aller en un mesme lieu, c'est a dire en un mesme paradis. Or qu'ainsi soit qu'il yait plusieurs sortes de paradisselon les moines, il appert par quelques passages du livre iniiiulé Lacon/nnnilédeS. François avec Jésus Christ. Pour îe moini^ csi-il à présumer qu'ils ont eu opinion qu'il y avoit un paradis pour les mangeurs de chair, et un autre pour les mangeurs de poisson.

Dequoy toutcsfoîs laissant le jugement aux autres, je particularizeray seulement louchant les subtilitez de la secte minoriquu, c'est à dire des frères mineurs,

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