CHAPITRE XXXIX
quelque temps général de Tordre des Carmes, et n'ayant pu comporter la meschante vie de ses compagnons, non seulement les quitta, et renonça du tout à cest ordre, mais escrivit un livre contr'eux appelé 5agette de feu: auquel il leur disoit entr'autres choses, qu'ils estoyent enfans réprouvez, citoyens de Sodome, contempteurs du très-bon Testament, séducteurs de ceux qui estoyent et de ceux qui seroyent après, la queue du dragon mentionné en TApocalypse. Mais quant aux livres dudict Guillaume de sainct Amour, le pape Alexandre un les abolit entant qu'en luy fut, par édits exprès : lequel d'autre part (comme Platine récite) brûla un livre que les mendians avoyent publié, par lequel ils maîntenoyent que l'estat de grâce ne procédoit point de la loy de l'évangile, mais de la loy de l'Esprit. Et le brûla non pas pour remors de conscience de voir le povre monde ainsi abusé, mais craignant que ce mensonge si lourd et si impudent ne fist descouvrir beaucoup de leurs autres meschancetez. Ce livre estoit intitulé V Évangile éternel [i], ou VÉvan» gile du S, Esprit : et avoit esté basti de la doctrine de l'Abbé Joachim, et des visions d'un Carme nommé Cyrille, par les Jacopins et Cordeliers, taschans entr'autres choses, de résister par l'autorité de ce livre aux
pleins d'amertume, les fautes, les désordres des Cannes orientaux et les malheurs qui en ont été le juste châtiment, cet ouvrage a été plosieurs fois cité par les ennemis de Tinstitution monastique. • Hauréau.
(i) Le sentiment d*kstienne concorde avec celui de M. Renan dans sa belle étude sur Joackim de Flore {Revue des Deux Mondes, i*' juillet 1866) : révangile étemel proprement dit n'était que la réunion des trois principaux écrits de Joachim : la Concorde de l'ancien et du nouveau Testament^ V Apocalypse nouvelle et le Psaltérion décacorde. Comme distincte de cette collection, il y eut une Introduction à VÉvangile étemel^ ouvrage de médiocre étendue qui fut composé on du moins mis au jour par Gérard de Borgo San-Donnino en 1254. V07. aussi Meyenberg, De pseudo-Evangelio aterno^ Helmstadt, 1725.
APOLOGIE POCI HâRODOTE
VondoB, anlrement dios Les povres de Lion, et a»tm, <iui l'armoyeat cootr'eux des passages du vny évangile. De ce litre le nudict Guillaune de saioa Amour escHi ce qui tensuil : ■ Ce ouudict éraagile eu desjà publié en l'Eglise, ei poiinant il faut craindre la perdiiioQ de ladicte EglÎM. Si cest éraogile est accomparé à celuy de Jésus Cbmt Idiseot-Us), il est d'auiaat plus perfaici et plus digne, que le soleil e&t plus clair qUe la lune, et le ooyau vaut mieux que l'escaille, etc. * Il raconte aussi beaucoup d'autres exécrables propos qui esioyeni en ce livre. Mais de ces deux comparaisons notammcot est faicle mention par le Rontmaut de la rose, où i! parle de ce livre, en le détestant, et taxant l'hypocrisie des frères meadiaos qui l'avoyent introduit. Voici ses mots.
Vous ne congnoîstreï point aux robbes (i) Les Taux [raisires tous pleins de lobbes. Parquoy leurs faicts fsut regarder.
Si d'eux bien vous voulez garder.
Un peu après,
Fui or bsillii [c'est chose voire) Pour bsiller commun exemplaire.
Un livre de par le grand diable, Dict l'Évangile perdurable, Donl le sainci Esprit fui ministre !
Si comme il apparut au litre.
Ainsi esi-il intitulé. Bien est digne d'csire brûlé.
A Paris n'eui homme ne femme Au parvis devant no sire-Dame Qui lors bien avoir ne le pust, Pour le doubler, si bien lui plust.
Là trouvasi par grans metprisoni
(I 74 a de Via. de i3ii ; n