‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 207 sur 223 · CHAPITRE XXXIX 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX 4o

présente la doubleure de son saye, qui estoit de <x>a* leurs : et luy dit, c S'il est ainsi que tu ne vis jamais^ » et tu vois maintenant (ce que je necroypas), di-moy » quelle couleur c'est là. » L'aveugle (qui se feignoit estre) nomma incontinent la couleur que c'estoit, chacun l'oyant. Alors ce personnage ayant ce qu'il demandoit, — - c VoycB » (dict-il) c mes amis, s'il est ainâ ». qu'il ne vit jamais, comment peut-il juger des cou- » leurs? » Voilà comment l'abus vint en évidence. Le second exemple est de ceux qui feignans estre malades du haut mal, dlct le mal S. Jan, s'en alloyent le trouver le jour de sa feste, et après avoir bien escumé, et crié longtemps, Jan, Jan, Jan, autour de sa chasse ou du lieu où il estoit, faisoyent semblant d'estre guaris. En quoy il y avoit une fausseté manifeste et impudente : d'autant que ceux qui tombent de ce mal, ni ne parlent, ni ne se remuent aucunement. Le troisième exemple est des miracles d'un moine qui fut quasi aussi tost décanoftizé que canonizé, en la ville de Venise, il y a environ xiii ans, lequel on nommoit fra MatihiOf si j'ay bonne mémoire. Là venoyent les gueux à grandes troupes, l'un contre£ûsant le boiteux, l'autre l'aveugle, l'autre le paralytique, l'autre l'impotent de quelque membre, l'autre feignant avoir quelqu'autre mal : et ne venoyent qu'à bonnes enseignes, estans très-bien salariez par les canonizateurs. D'iceux l'un s'en retournant disoit qu'il commançoit à sentir guarison, l'autre, qu'il estoit jà du tout guari. Mais ceste fsLrce ne se jouoit pas sans grand murmure : car plusieurs qui alloyent pour voir ceste imposture (du nombre desquels je fu) ne se pouvoyent tenir de dire ce qu'ils en pensoyent, ayans pitié du simple peuple, qui ne s'appercevant que ces gros maraux estoyent attitrez, se persuadoit que ce gentil moine en mourant estoit devenu miraclifîqueux. Il est bien vray que desjà en sa vie il

II 5t

4oG APOLOGIE POUR HÉRODOTE

avoii acquis quelque bruit de saïncteté : ce qui cause que le ptuplc tant plusaîseemem se laJssoi; suadcr ce qu'on disoil de sa m iraclî licence. Et en très choses j'ay ouy raconter de luy qu'il crïoït f ferme contre la cour de Romme quand sa phanta prenoit : aussi usoi[-il d'une licence Diogénique à carder et à reprendre tous ceux qu'il renconiroit. ! souvient aussi d'Lin coraie que fit un appelé le laine Franchoi à feu OdetdeSelve (i), pourJorsan sadeurdu Roy vers les seigneurs de ladicie ville, chant ce gentil personnage, a Un jour de quare^ [dict-Li; s i'amenay disner ce moine avec moj, qu s'en estoit pas faici prier deus fois. Ce que je fi , donner passeiemps à une conapagnie que j'avois inv le congnoissam homme qui sçavoît très-bien dii mot quand il vouloit. Ce disner quadragésimal e de chuvreauï cl autres viandes à la chardonnerei'

Page 1