CHAPITRE XXXIX 41I
9 toîne soit garde de vos bœufis, asnes, pourceaux, et 9 brebis : et outre ce, vous avez accoustumé de payer » (et ceux notamment qui sont escrits en nostre con- 9 frairie) ce peu de devoir qu'on paye une seule fois 9 Tan. Pour lesquelles choses recueillir, je suis envoyé 9 par nostre supérieur, monsieur Tabbé. Et pourtant, » regardez bien que ne failliez de venir après midi » (quand vous orrez sonner les clochettes) ici hors de » réglise : là où à la mode accoustumée je vous feray 9 le sermon, et vous donneray la croix â baiser : et d'a- » boudant (pourceque je vous congnoy très*dévots ser- 9 viteurs du baron monsieur sainct Antoine ), je vous 9 monstreray de grâce spéciale une très-saincte et belle 9 relique, laquelle moy-mesme j'ay jadis apportée de 9 la terre saincte d'outre mer, sçavoir est une des 9 plumes de l'ange Gabriel, laquelle demoura en la 9 chambre de la vierge Marie quand il luy vint faire 9 Tannonciation en Nazareth. 9 Et ceci dict, il s'en retourna ouïr la messe. Or entre ceux qui avoyent ouy ceste harangue se trouvèrent deux bons compagnons qui délibérèrent de donner la trousse à ce beau père touchant ceste plume de Fange Gabriel. Ayans donc espié l'occasion, ils allèrent visiter ses bardes, entre lesquelles ils trouvèrent un coffret enveloppé dedans du tafetas, où estoit une plume de la queue d'un perroquet, laquelle il vouloit faire croire estre celle de l'ange Gabriel. Ce qu'il pouvoit persuader aiseement à ses auditeurs, qui non seulement n'en avoyent point veu, mais (quant à la pluspart) n'en avoyent point ouy parler. Ceux-ci ayans pris ceste plume, pour ne laisser le cofiFret vuide, l'emplirent de charbons. Frère Oignon après disner, estant venu l'heure qu'il devoit monstrer ceste relique, fit venir son valet avec les besongnes qu'il luy avoit baillées en garde, et luy ayant fait sonner les clochettes sur la porte du temple pour
faire assembler le peuple, quand il Le vit assc commança son sermon, où il dict ce qui Iny sei servir h son propos touchant sa relique : en quand il vint à la vouloir monstrer, il fit prêt ment la confession en grande dévotion : puis > csctairé de deux torches, osta doucement le taien dans lequel cstoit enveloppé le coffret : et ayaoi quelques paroles à la louange et recommeiidatt< l'ange Gabriel et de sa relique, fînaJement il l'o Or voyant le lour qu'on luy avoît joué, sans r CI sans faire l'esionné, haussa k face et les mai ciel, L-t dict : a O Dieu, louée soh lou jours ta puîssa Et après, ayant refermé le coffre, se retourna vt peuple, et dict : « Messieurs et mesdames, vous c « sçavoir qu'en ma jeunesse je fu envoyé par moi » pcrieur en ces pays où le soleil apparoit : et m » donnée charge, etc. " Et en faisant un ass« discours de sa pérégrination, il dict entr'autres c'