‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 32 sur 223 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

fonm dedans la gueule du lion qui venoit pcmr TassaiUir : et de la droite luy tira un coup d'estoc en la goige, duquel il le tua.

Et pour retourner aux prélats, nous lisons aussi d'un archevesque de Coulongne nommé Henri (i), qui fit endurer un supplice fort horrible à un comte dict Fridenc : car après luy avoir faict rompre d'une roue les bras, les jambes, les cuisses, le dos et le col, luy fit achever le reste de sa vie en grande langueur, l'ayant exposé aux corbeaux.

Que si quelcun veut ouyr parler d'une cruauté ne procédante point de vengeance, mais exercée de gayeté de cueur contre ceux desqueb on n'avoit jamais receu aucune offense, la voici. Au temps de l'empereur Othon le grand, il y eut un évesque à Mayence, nommé Hatto (2), lequel voyant la grande famine qui estoit survenue, eut telle sorte de compassion des povres, qu'il en assembla un grand nombre en une grange, et dedans icelle les bnila : disant qu'ils ne différoyent en rien des rats qui mangent le grain et ne servent de rien. Mais Dieu commença à exercer une vengeance horrible et fort notable contre luy estant encores en ce monde : car il envoya de grandes trouppes de rats, qui après luy avoir donné beaucoup de tourment, en fin le mangèrent tout vif. Mesme ne luy servit rien de

(i) Henri I de Molenark, 1 335-1238. « Fredericum comiUm inter* ceptum sibique bis mille marcarum pretio traditum in vincula coU" jecity ac quarta post die fractis brachiis et cruribus in rotam egit Coloniœ, ubi pœnitens et con/essus suum scelusanimam exhalavit. » Gallia chr. III, 690.

(3] Hatto II, 968. 970. c Jmperite multi recenlioris fabulantur a muribus fuisse corrosum, quod nimium avarus et in pauperes inclemens, faeuUatibus suis eos in extrema /amis indigentia minime juvarit. Non est aulem quod pluribus commentitiam hanc assers tionem centuriatorum refutare tentemus, cum eam Serarivs in kistoria sua pluribus argumentis refeUat, » Gallia christ, V, 456.

s'estre retiré au sommet d'une haute tour, mais fut poursuyvi par eux jusques là : dont elle fut appelée la tour des rats. Et toutesfois le frère de Héribert, archevesque de Coulongne, en temps de cherté traita de mesme façon les povres (i).

Et que dirons-nous du Jacobin qui empoisonna Tempereur Henri septième, de son dieu lequel il luy donna à manger en Thostie? Que sera-ce du diable des moines, si leur dieu mesmes est ainsi dangereux ? Sur lequel propos je me suis esbatu à faire ce huictain :

Les payens ne vouloyent mettre au nombre des dieux Ceux qui au genre humain estoycnt pernicioux. Si le dieu de paste est un dieu qui empoisonne (Dont l'empereur Henri tesmoignage nous donne), Que diroyent les payens de ces gentils docteurs. Qui les hommes ont faict de luy adorateurs ? Car si leur dieu ne fait de meurdrir conscience. Entre leur diable et dieu quelle est la différence (2)?

Que si d'aventure quelcun me fait ceste objection, que ces exemples de cruautez ne sont de nostre temps, mais beaucoup plus anciens, je respondray que si les

fi) Henri de Rottenburg, frère utérin de Héribert, fut évêqae de WQrzboarg, de 995 à 10 18. « Vir magni/icus, • dit Trithème, « ci sempitema memoria dignus, instaurator et fundator multarum ecclesiarum, cujus animam regnare cum Christo nullus Jîdelium dubitabit, • Ann. I, i$9.

(a) Barthold (der Rœmer\ug Heinrichs von Lut\elburg, Kœnigtb., i83o) a démontré la fausseté de cette histoire. Les auteurs contemporains, Ptolomée de Lucques, Mussato, Jean de Cermenate, Ferreto, Ventura, G. Villari, sont à peu près d'accord là-dessus ; qu'il nous suffise de citer le premier : t Post hcec Cctsar fortunam in mari experiri conatur. Jussit per nuntios tractari varia et plurima', et profectususque Orgiam fiuvium, peracta cœna, influvii ripa conseJcns tinctis ob refrigerationem in aqua etiam cruribus, subeun" tem sensit languorem et comperta sub dexteri cruris genu pustula quœ antrax vocatur» noctem duxit insomnem. Et mane dato signo

Page 1