‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 38 sur 223 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Des BLASPHblIS DIS OEHS D'iOLISB.

I E donne un' autre place aux blasphèmes des gens d'égltse que je n'ay donné à I ceux des séculiers. Ce que loutesfois je ne (ày pensant que ceste-ci leur soit plus commode, mais plustost m'accommoda nt à ma mémoire, qui ai me fournit pas les exemples dont i'ay à-faire toutes les heures que je les luy demande : ains me fait souvent attendre, et suis contraint ce pendant de traiter quel qu'autre point, des exemples duquel je luy puis &ire rendre comte. Et à dire la vérité, le lecteur ne peut rien perdre à telle attente ; car tant plus ma mémoire me fait attendre, tant plus elle m'assemble d'exemples, lesquels puis je communique à iceluy.

Mais pour n'user de plus longue préface, il tâut premièrement noter qu'au lieu qu'aucuns disoyent il y a quelques ans par manière de proverbe, // jure comme un gentilhomme (i) (pourcequ'on n'esiimoii pas qu'il appaninst à un vilain de renier Dieu, non perlinere ad

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74 APOLOGIE POUfi HERODOTE

e Deum, comme il a esté allègue de

Menot ci~dessus, en la page loz, ei les autres disoyenc et disent encores aujourdhuy. Il jure comme un chartier : on souloii dire aussi, Jl jure comme un Abbé, ou // jure comme un frétât {i). De ma part, laissant cesic question aux autres, lequel comme de ces trois est fondé sur meilleure raison, je me conienteray de dire ce petit mot en passant, c'est que je pense que les gentilshommes et les chartiers aycnt appris te raestier de blasphe'mer des prélats, et autres gens d'église, et non pas ceux-ci de ceux-là : et croy que toutes gens de bon sens et entendement, et qui ne seront préoccupez de quelque affeciion particulière, seront de mon opinion. Que si ils me confessent que les gens d'église en ont esté les maistres, mais que leurs disciples les ont en fin surmontez, je leur accorderay bien qu'en une sorte de blasphèmes les gens d'église ont pu estre surmooteï par les séculiers : mais je di qu'il y en a deux autres sortes

GHAPITBE XXV jb

mesmement de ces messieurs, ausquels jamais les stoiliers n'ont pensé?

Pour parler donc premièrement des blasphèmes que les nna ont commiins avec les autres (c'est à dire des paroles qui sont proférées contre Thonneur de Dieu par ceux qui jurent, ou sans intention de jurera sont fort despitez et choierez), je ne pense point que les séculiers en ayent jamais dict de pires que les ecclésiastiques, ains croirois plustost le contraire. Pour le moins je puis asseurer que combien que j'aye demouré long temps en Italie (qui est le pays le plus fertile de blasphèmes) (i) et contre mon gré me sois trouvé souventes fois en des compagnies où j'oyois dire des outrages merveilleux \ nostre seigneur Jésus Christ et i la vierge Marie pareillement (à laquelle aussi ils s'attachent bien d'autre façon qu'on ne fait en France), je n'en ay jamais ouy un tel que cestuy-ci, qui fut proféré à Rom me par un prestre, Al dispetto di quel can ehe pendeva nella croce (2). Or en avoit-il dict plusieurs autres avant que venir à cestuy-ci, lequel il garda pour le dernier comme le plus horrible. Et d'où venoit son despit ? D'une putain, qui luy avoit joué quelque mauvais tour, ainsi qu'il disoit. Comme si c'estoit bien raison que comme elle luy avoit faict despit, aussi luy despitast Dieu de telle façon qu'il n'y a Turc ni Juif qui en sçeust dire d'avantage. Car encores ajoustoit-il quelque chose plus exécrable, que je suis délibéré de taire. Quant aux blasphèmes qui se disent hors de cholère, je croy que tant s'en faut que les ecclésiastiques en doivent rien aux autres, qu'au

(1) Cf. Da Bellay, Deffence^ 1. I, ch. II : « siècles fertiles de bons poiiitet et orateurs. » Malherbe, I. IV, Stances pour une mascarade :

On tient que ce plaisir est fertile de peines. (2 « En dépit de ce chien qui pendait à la croix. • ^

contraire les aulres leur en doivent beaucoup de retour. Et qu'ainsi soit, comme j'ay cî-dessus allégué exemples de ceux des uns, j'allégueray aussi maintenant exemples de ceut des autres. Et commenceray par ce mot qui se dit par manière de proverbe. N'en pieurej pas .* peut-estre n'esi il pas vray. Car on dit que ceci est venu d'un.qui preschoït la passion, lequel après avoir faict pleurer le povre peuple à chaudes larmes, par ses pileuses exclamations qu'il faisoit sur la cruelle mon que nostre Seigneur avoit endurée, en la fin voyant qu'il avoit le passctemps qu'il demandoil, leur dict qu'ils n'en pleurassent point, et que paraventure il n'esloit pas vray. Et que dirons-nous du beau père qui preschant à Tours depuis trois ou quatre ans, tenoit ce ianguage : (i Ces meschans huguenots rejettent totalement le Pape, et disent que nous nous devons tenir à cela seulement que Jésus Christ a dicE : et moy je vous di que quand Jésus Christ et le Pape seroyent là a

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